Bai Qingqing lissa le pelage des lionceaux de léopard pour qu'ils sèchent mieux près du feu. Elle tendit ensuite les bras vers le petit serpent.
« Viens t'asseoir ici. Le feu ne sautillera plus. » Bai Qingqing le persuada doucement.
Le petit serpent s'approcha d'elle en hésitant, et s'assit à côté d'elle.
Sentant la chaleur du feu, le petit serpent se glissa derrière Bai Qingqing, ses longs bras maigres l'enlaçant fermement à la taille, tout contre elle.
Bai Qingqing lui tapota le dos, le cœur serré. Ce n'est qu'alors qu'elle eut le sentiment que le petit serpent était vraiment son enfant.
Les lionceaux bougonnèrent. Ils imitèrent le petit serpent et allèrent enlacer les jambes de leur maman. Bai Qingqing se retrouva soudain avec deux gros accessoires pendus à ses jambes.
Un troisième n'ayant pas réussi à attraper sa jambe s'accrocha à son bras.
Bai Qingqing ne savait s'en rire ou s'en plaindre en se trémoussant. « Qu'est-ce que vous faites ? Descendez vite vous faire sécher le pelage. »
Les lionceaux ne bougèrent pas, obstinés à l'enlacer.
Bai Qingqing se sentit démunie. Ne parvenant pas à les décrocher, elle les laissa faire.
La pluie tombait dru, arrachant une parcelle d'herbes folles au sol qui devint boueuse. On s'en mettait plein en s'asseyant.
Les trois mâles tenaient des sacs et semaient les grains de blé dans le sol boueux, creusant un trou à chaque pas.
« La pluie s'est intensifiée. »
Parker leva les yeux vers le ciel, l'esprit rempli de sa compagne restée à la maison.
Qingqing ne pouvait plus que rester à la maison à s'occuper. Elle devait s'ennuyer ferme.
« Winston, si tu as quelque chose à dire, dis-le vite », lança Parker avec impatience.
Curtis le regarda aussi.
Winston continua de semer le blé et dit : « Le corps des femelles est trop faible. Si on ne s'en occupe pas bien et qu'il lui arrivait quelque chose... »
Avant qu'il n'ait fini, il sentit la fureur émaner de Parker et de Curtis.
« De quoi parles-tu ? Je saurai parfaitement m'occuper de Qingqing ! » Les yeux de Parker s'étaient injectés de sang, et il serra les grains de blé si fort qu'ils crissèrent.
Les yeux de Curtis luisirent aussi d'une lueur féroce, mais il ne put s'empêcher de se remémorer le rêve dont Bai Qingqing avait parlé.
Le mâle de son rêve lui ressemblait trop. Il avait failli emprunter le même chemin.
En fait, il approuvait tout ce qu'avait fait l'homme-bête scorpion. Lui-même avait failli faire de même.
Il devait être reconnaissant à ce fichu homme-bête aigle. Si l'aigle n'avait pas arraché Snow de ses griffes, il n'aurait pas eu l'occasion de changer non plus, et sa Snow n'aurait pas pu vivre jusqu'à aujourd'hui.
Son héritage lui disait qu'il était très difficile pour les femelles de survivre, et que les petits serpents naissaient tous la même année où le couple devenait compagnons.
Quant à l'avenir, il n'y avait soit aucune trace, soit ce sont les yeux des petits serpents qui enregistraient la mort des femelles.
Curtis savait que les femelles étaient très fragiles, mais après avoir vécu avec Bai Qingqing pendant quelques années, il réalisa que leur vie était bien plus précaire qu'il ne l'imaginait.
S'il avait utilisé ses anciennes méthodes pour s'occuper d'elle, il aurait probablement suivi le même chemin que ses ancêtres, faisant ce qu'avait fait cet homme-bête scorpion dans le rêve.
Winston s'empressa d'expliquer : « Je pensais que si l'on meurt et que l'âme subsiste, alors on pourrait encore retrouver Qingqing si elle subissait un malheur un jour. Nous pourrions même... »
Curtis et Parker n'étaient pas bêtes et comprirent immédiatement. Tous deux arrêtèrent net leur travail.
« La faire revivre ! » continua soudain Curtis.
Winston et Parker échangèrent un regard, et Winston acquiesça : « C'est exact. C'est bien ce que je pense. »
Winston était différent d'eux. Il n'était pas doué pour exprimer ses émotions. Pour obtenir l'approbation de sa compagne, il ne pouvait que contribuer en silence, en attendant qu'elle découvre ses intentions.
Face aux situations, il ne pensait pas seulement à comment les résoudre, mais planifiait aussi pour l'avenir. C'est pourquoi il fut le premier à songer à ce point.
Parker regarda autour de lui avec anxiété.
Winston dit : « Ne t'inquiète pas, il n'y a personne d'autre ici. »