Cortis dit avec impatience : « Sortez tout ce que vous avez. »
Le jeune homme-bête mouton était au bord des larmes. Les lèvres rentrées, il implora : « Ma famille de trois — trois mâles et une femelle — vit de ce riz. Laissez-nous un peu, je vous en prie. »
Cortis déposa Bai Qingqing et’ouvrit sa peau de serpent, en extrayant de la couche la plus intérieure un cristal transparent gros comme un pois. « Je veux tout le riz de votre village. »
Le simple fait de rester debout sur le sol donnait à Bai Qingqing la tête qui tourne et les jambes cotonneuses. Ce n’est qu’en s’agrippant au comptoir de pierre qu’elle parvint à se stabiliser.
'Qu’est-ce que c’est que ça ? Juste une bille et il exige tout le riz du village. Cortis, t’es un bandit ou quoi ?'
Mais l’homme-bête mouton parut délirer de joie à cette vue. S’emparant du cristal, il promit sur-le-champ : « D’accord, j’vais en parler à tout le monde tout de suite. »
Cristal d’énergie ! Avec un seul de ceux-là, tout leur village pouvait s’offrir une année de sel. Ils n’auraient plus à se faire de souci pour le sel cette année.
L’apparition du cristal transparent fit éclater de joie tout le village des Moutons. Les hommes-bêtes simples d’esprit apportèrent immédiatement tout leur riz, mais même empilé, il n’y en avait apparemment que quinze à vingt kilos.
Le jeune homme-bête dit, embarrassé : « Notre village n’a plus que ce riz. La prochaine récolte sortira le mois prochain. On vous réservera tout le riz du prochain lot. »
Cortis hocha la tête, visiblement satisfait de la proposition. D’un bras, il souleva le sac de peau de bête contenant près de vingt kilos de riz, glissa sa peau de serpent sous son aisselle, libérant une main pour prendre celle de Bai Qingqing. « Xiao Bai, regarde s’il y a autre chose que tu veux dans ce village. »
D’un doux mouvement de queue, l’agile Cortis glissa aisément sur une grande distance. Bai Qingqing était frêle à la base. Entraînée par Cortis, elle perdit instantanément l’équilibre et tomba en avant.
« Xiao Bai ! »
Bai Qingqing perçut vaguement le cri alarmé de Cortis, avant de perdre connaissance.
Lorsqu’elle reprit conscience, Bai Qingqing sentit sa tête tourner. Elle ne put s’empêcher de gémir faiblement. C’est alors qu’elle entendit la voix anxieuse de Cortis demander de l’aide.
« Comment va-t-elle ? »
La personne qui répondait à Cortis avait l’air d’un vieillard, et sa voix était hautement agitée. « Comment tu t’es occupé de la femelle ? Si tu l’avais amenée ne serait-ce qu’un peu plus tard, elle serait morte de maladie ! Son corps est glacial et tu ne t’en es même pas rendu compte ? C’est bien la peine, les bêtes errantes sont toutes des brutes ! Tôt ou tard, elle finira morte sous ta garde ! »
Bai Qingqing eut envie de rire en entendant ça. Elle songea à quel point les femelles de ce monde étaient délicates et précieuses. Elle avait attrapé un rhume, tout au plus, et probablement une hypoglycémie parce qu’elle avait trop faim. Mais lui avait l’air de dire qu’elle était gravement malade et sur le point de mourir à tout instant.
Bai Qingqing ouvrit ses paupières lourdes et se redressa dans les bras de Cortis. « Je vais bien. »
Ce médecin était un vieil homme à la barbiche, de petite taille et maigre. Ses yeux brillaient d’une ruse, et il ne semblait pas craindre Cortis. Quand son regard se porta sur Bai Qingqing, il devint instantanément doux. « Petite Femelle, n’aie pas peur. Je lui donne une leçon pour toi, comme ça il n’osera plus te maltraiter à l’avenir. »
Cortis ne fut pas fâché contre le vieil homme-bête mouton pour son arrogance. Voyant Bai Qingqing se réveiller, le soulagement l’envahit.
« Xiao Bai va bien ? » demanda Cortis au vieil homme-bête mouton.
« Hmph ! » Face à Cortis, le vieil homme-bête mouton était si furieux que sa barbiche s’enroula. « C’est bien la preuve que vous autres bêtes errantes ne savez pas prendre soin d’une femelle. Elle est gelée. Sa température corporelle est presque plus basse que la vôtre, créatures à sang froid. Comment pourrait-elle ne pas s’évanouir ? »
Le vieil homme-bête mouton tendit alors à Bai Qingqing le bol de pierre qui était à côté. « C’est de la soupe de racine jaune. Bois, et tu auras plus chaud.
— Merci. » Bai Qingqing savait que la soupe de gingembre chassait le froid, alors elle la but volontiers.
Voyant Bai Qingqing si docile, le cœur du vieil homme-bête mouton se serra d’avantage pour elle. Il ne put s’empêcher de la sermonner. « Femelle, pourquoi ne lui as-tu pas dit que tu te sentais mal ? Eux, les hommes-bêtes serpents, ne savent pas chérir les femelles. Si tu te tais, tu ne feras que souffrir en silence. »
Puisqu’elle avait été enlevée par un homme-bête serpent, elle devait prendre soin d’elle-même, sans ça elle ne vivrait pas longtemps.
Le vieil homme-bête mouton était inquiet, et il espérait seulement que ses mots pousseraient la femelle à apprendre à devenir indépendante.