Il y a dix ans…
Le fond de la mer bleu profond était parsemé de perles grosses comme le poing. Une lumière douce illuminait les abysses, offrant un spectacle d'une beauté surnaturelle.
De vastes étendues d'algues ondulaient au gré des courants, et plusieurs petits poissons colorés se réfugièrent dans les algues avec un « floc », avant d'en jaillir à nouveau.
« Pfft. »
Le son d'un éclat de rire féminin retentit. Une jeune fille aux longs cheveux bleus bouclés était penchée près d'une grotte, de délicates chaînes de coquillages ornant son cou et ses membres. Elle portait des vêtements tissés dans les algues les plus rares, qui flottèrent sur son corps menu comme de la soie.
Elle était parée comme une fée des mers, pourtant personne ne l'admirait.
Elle contempla le monde extérieur, tripotant la fine pellicule invisible qui bordait la grotte. De l'eau de mer se trouvait dehors, mais de l'air à l'intérieur de la fine membrane. Il fallait y regarder de près pour s'apercevoir que les contours de la grotte étaient tous recouverts d'une telle couche.
« Soupir ! C'est mortel d'ennui. Quand est-ce que le Roi et les autres reviennent ? » soupira Jean en demandant.
Avec un « floc » retentissant, tous les petits poissons dans les algues jaillirent, soulevant une trouble qui se propagea dans l'eau de mer.
Jean colla immédiatement son visage contre la fine pellicule. Un visage humain pressé contre la membrane, sans que celle-ci ne montre le moindre signe de rupture.
Elle savait que cela signifiait un danger derrière le rocher. Pourtant, elle ne paniqua pas. Une telle animation n'arrivait pas tous les jours.
Elle vivait ici jour après jour, année après année. L'ennui la rendait vraiment folle. Cela malgré le fait que les mâles de la tribu lui apportaient tout ce qu'il y avait de meilleur, lui offrant une quantité infinie de nourriture, de beaux vêtements qu'elle ne pourrait jamais finir de porter. Elle disposait aussi d'une jeunesse et d'une beauté sans fin.
De nouvelles femelles sirènes ne naissaient qu'une fois la précédente proche de la fin de sa durée de vie. Il n'y avait donc jamais qu'une seule femelle dans la tribu des sirènes. En tant que femelle sirène de cette génération, elle portait l'importante responsabilité d'assurer la descendance.
Les mâles parcourraient de vastes distances pour lui chercher des cristaux verts, lui permettant de prolonger sa vie indéfiniment. Des générations de mâles défilèrent, et elle vit ses enfants grandir, puis s'accoupler avec eux, engendrant la génération suivante. Elle continua de les regarder vieillir, ou ne pas revenir d'une certaine expédition sur la terre ferme.
Elle ne pouvait plus se rappeler depuis combien de centaines d'années elle existait. Des journées comme celles-ci étaient trop ennuyeuses, elle ne supportait plus de les endurer.
Juste à ce moment, un changement soudain survint dans sa vie.
Un énorme serpent glissa hors de la carrière, ses couleurs noir et rouge éclatantes dégageant un intense sentiment de danger.
Jean savait qu'elle aurait dû pousser un cri d'angoisse, mais pour une raison quelconque, elle ressentit une légère envie que le serpent s'approche.
Le fait que le serpent ait pu éviter des couches de gardes et parvenir jusqu'à sa demeure prouvait sa force. Son cœur battit soudain la chamade et elle se serra la poitrine, avançant son visage encore plus loin hors de la pellicule.
Était-ce un homme-bête d'une autre race ? Il devait être capable de l'emmener dehors. Elle voulait tant aller jouer sur la terre ferme !
Ces mâles étaient trop peureux et n'osaient que la mener à la surface de la mer pour qu'elle reprenne son souffle. Au mieux, ils la hissaient juste le temps d'un instant sur une petite île dont on voyait l'autre bout. De plus, ils la surveillaient constamment.
Comme s'il avait entendu ses pensées, le haut du corps du serpent se transforma soudain en forme humaine.
Sa mi-homme mi-serpent ressemblait beaucoup à celle des sirènes, et ses longs cheveux rouges flottaient dans l'eau de mer, se changeant en une traînée d'un rouge vif. Jean fut instantanément attirée par sa chevelure rousse.
Cependant, sa queue était trop longue et ses écailles trop rêches. Les larges plaques d'écailles blanches sur son ventre, surtout, ressemblaient à une carapace. Pour quelqu'un comme elle, habituée à regarder des queues de poisson, elle trouvait les queues de serpent trop laides.
Curtis fixa la femelle dans la grotte et nagea vers elle. Tendant un doigt, il fendit la pellicule que Jean n'avait pas réussi à percer, quoi qu'elle fasse.