De l'autre côté de la petite rivière s'étendait une forêt de montagne à la végétation extrêmement luxuriante. Outre les grands arbres, qui occupaient déjà une part significative de l'espace forestier, une infinité d'arbres petits et minces poussaient dans un coin de la forêt. Ils n'auraient pas existé sans les grands arbres effondrés qui ne faisaient qu'encombrer davantage la forêt de montagne.
Bai Qingqing scruta longuement le bord de la forêt de montagne. Elle tendit alors la main pour casser une branche d'arbre. La branche se brisa aisément en deux, mais l'écorce resta intacte, trop résistante.
La branche finit par se détacher après que Curtis eut tendu la main et l'eut tranchée de son ongle.
« Que fais-tu ? » demanda Curtis.
Bai Qingqing sourit en coin en se baissant pour décoller un morceau d'écorce. Elle se releva et répondit, un sourire aux lèvres : « J'ai trouvé le matériel qu'il me faut. Vite, aidez-moi à casser d'autres branches. Je vais utiliser l'écorce pour tisser un filet. »
« Un filet ? » demanda Curtis. Winston regarda également Bai Qingqing, perplexe.
« Vous verrez plus tard », dit Bai Qingqing tout en épluchant l'écorce de la branche. Elle avait une confiance absolue dans le tissage d'un filet puisqu'elle savait faire un nœud chinois. Elle énuméra mentalement les méthodes envisageables en songeant au filet.
Curtis et Winston se mirent au travail sans poser d'autre question. Curtis coupait les petits arbres et en pelait l'écorce, tandis que Winston la déchirait en lanières fines qu'il tordait pour en faire des cordes. Bai Qingqing restait assise au sol, concentrée sur son tissage.
Deux cents brins de corde furent attachés à une tige de bois. Bai Qingqing noua ensuite les brins adjacents deux à deux. Après avoir terminé le premier rang de nœuds, elle sépara les brins noués et continua à les attacher aux brins adjacents. Elle répéta l'opération pour former des rangées de nœuds.
Bien que ce ne fût pas difficile, c'était fastidieux et mettait vraiment sa patience à l'épreuve.
Il y avait un espace d'environ trois centimètres entre chaque nœud — suffisant pour attraper un oiseau gros comme un moineau. Bien que les brins fussent attachés sur une tige étroite, le filet faisait presque deux mètres de large une fois déployé.
Bai Qingqing eut le cou raide après avoir tissé un filet large comme leur champ. Il leur en fallait encore trois ou quatre du même acabit pour couvrir la totalité du terrain.
Les articulations de Bai Qingqing craquèrent lorsqu'elle s'étira. Elle se dit avec entrain : 'Allez, on continue !'
Curtis leva les yeux vers le soleil, qui s'était désormais déplacé vers la partie droite du ciel. Il fit les quelques pas jusqu'à Bai Qingqing et lui retira des mains la corde d'écorce. « Tu dois manger. »
Bai Qingqing réalisa alors qu'elle avait faim et se lécha les lèvres. « On a assez d'écorce. Allez me chercher des patates douces. Je veux finir ce filet au plus vite. »
Curtis ne dit mot. Il se baissa, la souleva et se mit en route vers la Cité des hommes-bêtes.
« Hé, pose-moi ! »
Curtis retira son pagne en peau de bête et ses jambes se transformèrent en queue de serpent. Il glissa alors rapidement.
Winston sourit en les regardant partir. Il ramassa alors la corde au sol et se mit à tisser le filet en suivant la technique de Bai Qingqing.
Après avoir planté les cultures une fois, Bai Qingqing se sentit trop gênée pour manger du riz. Elle voulut faire de la bouillie pour économiser le riz, mais Curtis ne le permit pas, et ils préparèrent du riz dans du bambou comme d'habitude. Lorsqu'elle eut mangé à sa faim et qu'ils revinrent au champ, Winston avait déjà tissé un filet long d'un demi-mètre.
Ses nœuds n'étaient pas aussi réguliers que ceux de Bai Qingqing, mais on ne pouvait leur trouver de défaut.
Bai Qingqing fut plutôt surprise. Elle déplaça les sections déjà tissées jusqu'au champ et tous les quatre se mirent à tisser le filet ensemble. Ils parvinrent à le terminer avant la nuit et le placèrent au-dessus du champ.
Cependant, ce filet n'était pas vraiment efficace car de petits serpents attendaient les oiseaux dans leur champ, et les oiseaux s'en tenaient naturellement à l'écart.
Au coucher du soleil, les hommes-bêtes qui cultivaient passèrent le relais à l'équipe suivante. Du coup, le nombre de personnes dans les champs augmenta rapidement. La surprise se lisait sur tous les visages alors qu'ils regardaient le filet sur le champ de Bai Qingqing.
« C'est quoi ça ? »
« Il y a une telle odeur de plante. C'est de l'écorce fraîche ? Mon dieu. Comment l'écorce a-t-elle pu finir comme ça ? »
Les hommes-bêtes n'osaient pas approcher le territoire d'un puissant homme-bête et observèrent le champ recouvert de filet depuis loin.