Parker dit alors : « Notre village peut échanger dix proies contre un pot de sel. Échangeons-en cinq pots. Trois jours suffiront. Tu auras alors assez de vêtements neufs. »
Bai Qingqing n'osa pas en dire plus, hochant la tête en répondant : « Oh, oh, oh. Je ferai ce que tu dis. »
Quatre jours plus tard, comme Parker l'avait prévu, ils avaient déjà cinquante proies à la maison. Après les avoir fumées un jour et une nuit, ils les suspendirent aux saules le long de la rivière pour les faire sécher. Chaque famille faisait de même, et les arbres sur tout le cours de la rivière étaient garnis de viande séchée. Elles ressemblaient à des carillons, se balançant au vent. Elles dégageaient une atmosphère légèrement terrifiante.
C'était déjà le cœur de l'hiver, et une fine couche de glace s'était formée à la surface de la rivière. Elle fondrait dès que le soleil brillerait.
Une fois tout le travail terminé, Parker se mit à confectionner des vêtements pour Qingqing. Winston l'aida dans la chambre. Les arêtes de poisson ne parvenaient plus à percer la peau épaisse, alors Parker utilisa ses crocs pour limer une aiguille et cousit quelques points de travers avant que Bai Qingqing ne lui arrache l'ouvrage.
« Laisse-moi faire », dit Bai Qingqing. Ce ne fut qu'après avoir piqué l'aiguille à travers qu'elle réalisa que la peau de bête était extrêmement résistante. Son corps s'étaitmostly rétabli, et sa taille n'avait plus guère de gras.
Si seulement Curtis était réveillé. Les vêtements qu'il confectionnait étaient si soigneusement cousus qu'on les aurait crus sortis de boutique. De plus, il était très rapide.
« Il pleut de la glace ! » cria une femelle dehors, puis les voix surprises des enfants retentirent. On entendit aussi plusieurs « boum boum boum » d'impacts.
Bai Qingqing luttait avec la peau de bête quand elle entendit les voix. Elle se leva et courut dehors, demandant dans l'allégresse : « Est-ce qu'il neige ? Ou bien c'est de la grêle ? »
En voyant comme elle était excitée, Parker sentit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Il se leva et la poursuivit. Il venait juste de sortir de la chambre quand il vit Bai Qingqing s'élancer dehors. Il fut si saisi qu'il hurla : « Qingqing ! »
Parker attrapa vivement le bras de Bai Qingqing et la tira en arrière.
« Bang ! » Un bloc de glace gros comme un pamplemousse s'écrasa sur le seuil, envoyant des éclats de glace voler partout.
« Aaah ! » Bai Qingqing poussa un cri de surprise et regarda dehors, stupéfaite. Tout était blanc dehors, et ce ne fut qu'en regardant attentivement qu'on distinguait d'innombrables ombres blanches glissant dans les airs. Des morceaux de glace s'abattaient comme des rochers sur le sol, les éclats laissant le sol blanc comme neige.
Ce ne fut qu'un court instant, mais la grêle devint soudain dense et terrifiante. Les « boum boum boum » sur le toit étaient assourdissants.
La femelle dehors regagna sa maison sous la protection de l'homme-bête ours, et les quatre louveteaux restés dehors fuyaient désespérément, hurlant de leurs voix d'enfants. Bai Qingqing vit l'un d'eux incapable d'esquiver à temps, écrasé au sol par un morceau de glace pas beaucoup plus gros que lui. Une tache de rouge vif s'étendit sur le sol blanc comme neige.
Heureusement, les trois autres louveteaux parvinrent à regagner leur maison. L'homme-bête s'élança alors sous la grêle, encaissant les morceaux de glace qui s'abattaient sur son corps, et repartit avec le louveteau qui ne bougeait plus et était devenu mou.
« Qu'est-ce que tu fais ? » Parker saisit Bai Qingqing par les épaules et rugit, terrifié par ce qui aurait pu arriver, en la serrant fortement contre lui.
Le visage de Bai Qingqing pâlit, ses yeux s'écarquillèrent dans le vide. Elle fut tirée de sa torpeur par la voix anxieuse de Parker, et elle le serra en retour en disant : « J'ai eu tort… Je n'ai pas fait exprès. »
Qui aurait su que la grêle de ce monde serait si grosse qu'elle pourrait tuer quelqu'un ! Si la maison où l'on vit n'est pas assez solide, même le toit serait percé.
Parker était infiniment reconnaissant d'être sorti jeter un coup d'œil. Sinon… Se rappelant comment Bai Qingqing avait failli sortir de la maison tout à l'heure, Parker eut le cœur qui s'arrêta. Il relâcha Bai Qingqing, la voyant saine et sauve, et son expression changea. Une pointe de pleurs perçait dans sa voix. « Tu es folle ! »