Sur une route déserte, une voiture noire fonçait à toute allure. Soudain, les freins crisèrent et le véhicule s’immobilisa au milieu de l’avenue.
Une fille en uniforme scolaire en sortit, s’accroupit sur le bas-côté et se mit à vomir.
avait le mal des transports quand elle n’était pas en bonne condition. Ayant peu déjeuner ce midi, le conducteur imprudent ayant ajouté son poids à la donne, cela lui avait valu une véritable torture.
Frère Léopard klaxonna, pressant, avant de lancer : « Vous avez fini ? Si c’est le cas, remontez vite dedans. Et n’essayez même pas de jouer à des petites manœuvres ! »
jeta un coup d’œil à la falaise abrupte qui bordait la route et évalua rapidement ses chances de fuir.
Elle savait qu’elle n’avait aucune chance : ils étaient armés. Si elle tentait de courir, ils la flanqueraient simplement d’une balle.
Devrait-elle rouler jusqu’en bas pour appeler ses compagnons ? Mais il y avait trop de monde autour. S’ils la voyaient faire, devrait-elle les neutraliser tous ? De plus, vu l’inclinaison du versant, elle risquait surtout de se faire mal sans ressentir réellement le vertige de la mort qui plane.
Après un instant de réflexion, s’essuya les commissures des lèvres et regagna la voiture à contrecœur.
Frère Léopard eut l’air satisfait en attendant qu’elle monte dans le véhicule. Il saisit soudain son menton et lâcha, le visage complice : « Je trouve que tu es assez raisonnable. Pourquoi tu ne deviendrais pas ma femme ? »
Surprise, voulut immédiatement se débattre. Mais deux hommes la maintinrent fermement de part et d’autre. Baissant les yeux sur sa main crispée autour de son menton, elle retrouva brusquement son calme. Puis, avec un sang-froid déconcertant, elle répliqua : « Je suppose que vous ne tenez plus tellement à cette main, non ? »
Frère Léopard serra davantage, plissant le fin visage de . Il lui fit signe de loin et aboya avec fureur : « Apparemment, vous préférez que je joue fort ! Réfléchissez bien. Une fois arrivés là-bas, votre repentir ne servira à rien. »
s’égratigna le menton, encore marqué par la douleur.
Sans force, elle se recroquevilla sur la banquette arrière bondée. À l’idée de la nature sauvage qui bordait la route, un sourire effleura soudain ses lèvres tandis qu’elle fermait les yeux.
Dans une zone montagneuse déserte, une silhouette noir et rouge fila tel un ouragan, disparue au coin d’un regard.
Après avoir filé du véhicule, Curtis avait pris un taxi pour les suivre jusqu’à la montagne avant de s’y engager discrètement. À pied, il progressait bien plus vite qu’assiégé dans une voiture.
En ville, Curtis était bridé partout. C’était exactement comme dit le proverbe : « Quand le tigre descend sur les plaines, il se fait embêter par les chiens ; quand le phénix touche le sol, il vaut moins qu’une poule. »
Mais ici, en montagne, il régnait en maître. Se cacher dans ces reliefs leur signait probablement un arrêt de mort.
La voiture de Frère Léopard quitta la chaussée pour s’engouffrer sur une piste boueuse. Après une succession de secousses, le véhicule finit par s’arrêter devant une vieille bâtisse qui dégageait un net parfum de campagne.
« Je ne vois vraiment pas comment Frère Tigre pourrait mettre la main dans la montagne, à moins d’être un dieu ! » Frère Léopard claqua violemment la portière en faisant signe à ses hommes. « Attachez-la dans la salle principale et appelez Frère Tigre. Je veux qu’il me coupe une main ! »
Fidèle à son attitude docile jusque-là, s’arrêta net. Les deux hommes qui lui tenaient les épaules mirent un instant à réagir.
« Et s’il refuse ? » demanda-t-elle en fixant directement Frère Léopard.
Frère Léopard ricana et promena son regard lubrique sur son corps. « Alors, ce sera ton tour de souffrir. Je t’ai offert une chance. En réalité, lui ravir sa femme serait aussi une belle vengeance. Mais malheureusement, tu ne sais pas ce qui est bon pour toi. Maintenant, prie que Frère Tigre soit assez fou pour aimer quelqu’un comme toi au point de couper une main. »
Furieuse, serra les poings et maudit : « Saligaud ! »
Elle comprenait Winston. Même s’ils bluffaient, il pourrait bien tomber dans le piège.
Elle ne devait surtout pas les laisser passer cet appel ! Curtis ne pouvait être bien loin. Elle devait encore tenir un peu !
Sous les directives de Frère Léopard, deux hommes au visage fermé aux regards lascifs s’approchèrent d’elle. Comment allait-elle bien pouvoir tenir ?