Les yeux troubles de l’homme d’âge mûr brillèrent d’un éclat soudain et il tendit la main pour saisir Winston à la cheville. Pourtant, ce dernier esquiva son contact.
« Je suis partant, je suis partant. Sauvez-moi, je vous donne tout ce que vous voulez ! » implora l’homme d’âge mûr dans un sanglot hystérique.
Winston s’éloigna avec dégoût. S’il ne s’agissait pas de sa première transaction, il aurait refusé de l’aider sans hésiter. Même en lui portant secours, cet homme resterait du rebut social.
Ce quidam s’était tourné vers un usurier à cause du jeu. Il était certes malheureux d’être contraint de rembourser, mais il l’avait bien mérité. Tant qu’il n’abandonnerait pas sa passion pour les paris, il retomberait inévitablement sur ses pattes.
Il y avait cependant un point positif chez ce type. Ici et maintenant, il disposait juste assez de liquide pour régler leur prestation ainsi que le principal de la dette.
Sous le regard espoir de l’homme d’âge mûr, Winston fit quelques pas en arrière, croisa droit dans les yeux celui qui portait des tatouages et déclara : « À présent, j’ai l’intention de provoquer un accrochage. »
« Hahahaha, c’est d’accord ! » lâcha l’homme tatoué d’un grand rire, comme s’il venait d’entendre la plaisanterie du siècle. Puis il appuya brutalement sur la détente. « Meurs ! »
« Bang ! » Le coup de feu retentit et les hommes de Frère Léopard éclatèrent de rire, tandis que la mine de l’escorte de Winston se transforma aussitôt.
Dans l’instant saisissable par les sens humains, Winston n’avait pas seulement entendu le coup assourdissant, il avait aussi capté un souffle infime émanant de l’objet braqué contre lui. Puis était venu le sifflement de l’air tranché, né du frottement du métal sur l’atmosphère.
Danger !
La mine de Winston se contracta à son tour. Il bougea au quart de tour et bondit avec l’agilité d’un tigre furieux sur une pile de cartons atteignant les deux mètres.
À si courte distance, compte tenu de sa précision, l’homme tatoué aurait certainement pu abattre quelqu’un en un seul tir.
Winston évita de justesse la balle mortelle dirigée vers son cœur, mais il ne pouvait tout de même surpasser la vitesse du projectile. Quelque chose lui transperça le bras et il ressentit une douleur brûlante.
Les armes humaines étaient vraiment bluffantes. Il avait sous-estimé ses adversaires.
Alors qu’une rancune montait en lui, toute la pièce restait médusée, son escorte comprise. Pendant un instant, nul ne sut réagir.
Winston détailla le petit trou ouvert sur son bras et la colère envahit son visage. Il serra les poings jusqu’à en blanchir les jointures et ses avant-bras durcirent sur-le-champ, bombant les muscles. Le sang fut chassé de la plaie par la contraction.
« Ahhh ! » Winston poussa un hurlement qui semblait jaillir de l’âme d’une bête sauvage.
Son rugissement enragé rebondit sur les murs de l’usine fermée, faisant vibrer leurs tympans. Jusqu’à l’air lui-même parut trembler.
Un « ting » clair résonna et un objet minuscule aux reflets métalliques fus hors de son bras. La balle avait été violemment expulsée par la puissance de ses muscles.
Winston cessa son cri et l’endroit bascula dans un silence de plomb, rompu uniquement par le tintement sec de la balle rebondissant sur le sol. Ce bruit semblait incroyablement acéré, stimulant les nerfs.
« C’est impensable. Comment un humain pourrait-il être plus rapide qu’un pistolet ? » Ce n’est qu’à ce moment que l’homme tatoué avoua dans son for intérieur la terreur qui le glaçait. Ses membres se défirent et il peinait presque à maintenir son arme stable. Il arma plusieurs fois encore, mais sa précision avait considérablement fléchi.
Winston esquiva les nouvelles rafales en quelques bonds et apparut instantanément derrière l’homme tatoué. D’une main, il saisit son bras ; de l’autre, il referma un étau autour de son cou avant de le propulser violemment contre un mur.
Maigrelet, Ventripotent et les autres fixaient la scène, les yeux écarquillés, songeant : Ça arrive. À l’époque, c’était ainsi qu’on avait écrasé le chauve à mort.
Cependant, alors que le crâne de l’homme tatoué frôlait encore le mur à un centimètre près, Winston stoppa net et modula sa force pour écraser sa nuque contre la paroi, au lieu de la pulvériser.
« Aujourd’hui, je viens faire des affaires. Je ne tue pas. »
Tandis que Winston parlait, son souffle balayait la bouche et le nez du prisonnier. Ce dernier jura sentir l’odeur du sang. Il frissonna de tout son corps et un filet d’urine glissa entre ses cuisses. Le tissu de son pantalon se teinta instantanément en sombre.
Winston recula immédiatement de quelques pas. Bien sûr, il s’écarta aussi de celui qui représentait désormais un danger potentiel.