Winston ne s'arrêta pas après avoir traîné la moto jusqu'en haut. En constatant qu'elle ne ralentissait pas, il la plaqua contre son bras et libéra l'autre main pour l'immobiliser.
Les jeunes hommes s'étaient précipités dès qu'ils avaient aperçu la scène. Ils ne purent s'empêcher de reconnaître la valeur de Winston.
Depuis cet incident, Winston avait mieux cerné le maniement des motos. Tout fut nettement plus fluide dès lors qu'il y remonta.
Maigrelet grimpa sur la moto de Fatsea et le groupe se rendit dans le territoire du Frère Léopard, où ils rejoignirent l'un des leurs qui montait la garde.
Cette usine se trouvait en un lieu reculé et le bâtiment massif n'accueillait qu'une poignée de personnes. Des gémissements agonisants retentissaient les uns après les autres.
Maigrelet déclara : « Nous avons déjà croisé ce type. Il a emprunté cinq mille yuans au Frère Léopard il y a six mois et les intérêts ont gonflé jusqu'à deux cent mille yuans. À présent, le Frère Léopard veut lui trancher une main et vendre sa fille. Ils sont tous les deux à l'intérieur. »
Le gros homme poussa un « tsseuh » méprisant et murmura : « Quand on l’a repéré, il ne nous croyait pas. Je préfère vraiment éviter de m’encombrer avec lui. »
L'expression de Winston resta imperturbable quand il ordonna : « On y va. »
S'ils ne possédaient aucun talent particulier, ils tenaient toutes les rumeurs et connaissaient par cœur les dessous sombres du milieu.
Ils avaient à peine avancé qu'ils furent bloqués par les deux hommes de garde.
« Halte ! Qui êtes-vous ? »
Winston continua sans s'arrêter. « On vient récupérer des personnes. »
Ils saisirent aussitôt qu'ils n'étaient pas venus avec de bonnes intentions et dégainèrent leurs armes. Mais Winston était déjà à portée de main, leur laissant absolument aucune marge de manœuvre. Dans un réflexe défensif, il projeta violemment les deux têtes l'une contre l'autre et les assomma brutalement.
À l'intérieur, on entendit la pagaille et les coups cessèrent.
L'usine était vaste et lumineuse, mais elle abritait à peine une dizaine de personnes. Au milieu, un homme d'âge mûr, criblé de bleus, restait étendu à même le sol, entouré de plusieurs jeunes voyous. Non loin, une jeune femme était ligotée ; ses yeux étaient rouges et bouffis, son visage ravagé par les sanglots.
Le chef de bande était un homme entièrement couvert de tatouages, un des hommes de confiance du Frère Léopard. Il leva son visage menaçant et tourna le regard vers l'entrée.
Winston était accompagné de cinq jeunes hommes. Même si la majorité était faible en nombre, sa seule présence imposait un respect absolu.
L'homme aux tatouages se redressa, tira un revolver de sa poche et le pointa directement sur le visage de Winston. « Qu'est-ce que vous foutez ici ? Comment osez-vous venir casser du beurre dans mon secteur ? »
Les quelques voyous derrière Winston paniquèrent instantanément. Maigrelet dit nerveusement : « Frère Tigre, fais attention. Ils ont des armes à feu. »
Winston acquiesça mais ne ralentit pas. Il serra les lèvres et lança froidement : « La bagarre n'est pas commencée. Je dois d'abord lui poser quelques questions. »
Par un instinct animal, l'homme aux tatouages ressentit une pointe de frayeur, mais la vue de son arme lui permit d'endiguer son terrifiement.
Winston fixa le canon de l'arme avant de s'avancer vers l'homme d'âge mûr allongé à même le sol. Il plongea un regard dans celui du blessé et annonça : « On aurait dû te prévenir. Tu leur dois deux cent mille yuans en prêt usurier. Si tu me verses dix pourcents, je règle ton affaire. L'argent déjà payé sera déduit des intérêts et il ne te restera plus qu'à les dédommager sur le capital. »
Plus de dix personnes dans l'usine éclatèrent de rire. L'homme tatoué braqua son arme sur Winston et grimaça en ricanant. « Tu te prends pour qui ? Tu croyais vraiment qu'on allait régler ça selon tes bons vouloirs ? Tu sais dans quel endroit tu mets les pieds ? Ici, c'est le secteur du Frère Léopard ! »
Il martela la phrase finale d'un ton hautain, débordant d'une assurance tranquille.
Winston ne daigna même pas le regarder. Il garda les yeux fixés sur l'homme d'âge mûr. « C'est ta dernière chance. À toi de voir si tu l'acceptes ou non. »
À bout de forces suite aux sévices, l'homme d'âge mûr flottait à demi-conscience. Il mit quelques instants avant de traiter les mots qui venaient de lui être adressés.