Cinq jeunes hommes aux cheveux en bataille se trouvaient dans un étroit appartement loué. Ils étaient Maigrefilet, Grossos et les autres.
La pièce était dans le désordre. On voyait des objets placés un peu partout, mais il n’y avait absolument aucun détritus. Une légère odeur bizarre planait dans l’air.
Les jeunes gens remuaient la jambe, touchaient de temps à autre la cigarette coincée derrière leur oreille sans pour autant l’allumer. Au mieux, ils l’approchaient de leur nez pour en flatter le parfum.
Frère Tigre avait l’odorat sensible et détestait par-dessus tout qu’on laisse trainer des senteurs suspectes dans ses environs.
Une silhouette noire effleura la vitre, et une brise nocturne s’engouffra dans la pièce. Une haute et imposante stature humaine apparut soudainement. C’était Winston, qui venait de quitter la maison en pleine nuit.
Il s’agissait du logement de Maigrefilet. Dieu sait quelle frayeur ce dernier reçut quand il se réveilla une nuit pour aller aux toilettes et tomba sur cette présence. Il imagina aussitôt qu’un ennemi cherchait à se venger.
Il le reconnut seulement comme leur patron à sa carrure. Il ignorait comment celui-ci les avait retrouvés, mais il était certain qu’aucun d’entre eux ne lui avait communiqué leur adresse.
« Frère Tigre. »
Les jeunes hommes cessèrent instantanément de remuer la jambe et abandonnèrent leurs cigarettes. Ils se levèrent d’un bloc.
Winston répondit d’une voix grave : « Où sont les leurs ? »
Graslot bavarrait toujours, mais Maigrefilet gardait l’esprit plus clair face aux situations concrètes. Il répondit immédiatement : « Dans une usine à deux kilomètres et demi. Petit Zhao les surveille. Tout va bien. »
« C’est tant mieux. On y va. » Alors que Winston parlait, il prit les devants et bondit par la fenêtre.
Il s’agissait d’un appartement sur le toit d’un immeuble de neuf étages. Pour la première fois, Graslot découvrait la trajectoire habituelle de leur patron et s’empressa d’observer. Il vit la silhouette trapue se laisser suspendre avec précision sur un balcon, sauter encore deux étages, puis se suspendre à nouveau. En un temps de souffle, il atterrissait déjà fermement au sol.
« Mon dieu. » Les jambes de Graslot fondirent rien qu’à voir ça.
Le grand homme lui donna une tape sur la nuque. « Qu’est-ce que tu regardes ? Dépêche-toi de descendre. Ne fais pas attendre Frère Tigre. »
« Dépêche-toi, dépêche-toi de descendre. »
Les jeunes hommes semblaient sortir d’un rêve en sortant précipitamment de la maison.
Winston n’essayait pas de jouer les cool ; il estimait simplement que prendre l’escalier serait une corvée vu les allers-retours nécessaires. Cependant, même en sautant, il devrait toujours attendre les humains lents. Vraiment une perte de temps.
Il réalisa soudain les avantages des technologies modernes. Avec un téléphone, il suffisait de passer un coup de fil en cas de problème.
Maigrefilet et les autres redescendirent, faisant sortir plusieurs motos et s’écriant : « Frère Tigre, voulez-vous un passage ? »
La moto poussait des cris stridents, ce qui fronça les sourcils de Winston. « Comment l’utilise-t-on ? Je n’ai pas envie de confier ma sécurité à autrui. »
Maigrefilet débrouilla rapidement sa propre moto et lui expliqua le fonctionnement. Tandis qu’il écoutait, Winston observait également les autres sans rien perdre de la démonstration. Ne relevant aucune contradiction avec les explications de Maigrefilet, il monta sur la selle.
« Vroum— » Winston enfourcha la moto et partit à toute allure.
« Aaaah ! Patron ! Attention ! »
Les jeunes hommes, terrifiés, se mirent à les suivre en vitesse. Instantanément, la route fut remplie du vacarme des moteurs, le pauvre Maigrefilet étant le seul à courir après eux.
Winston conduisait très vite, au point de faire complètement paniquer ses hommes. Ils craignaient que leur patron ne périsse ainsi avant même d’avoir accompli quoi que ce soit.
Toutefois, cette vitesse ne représentait rien pour Winston. Il ne paniquait pas, mais la route regorgeait de virages et la moto n’était pas aussi agile que son corps. Lors d’un tournant brutal, le véhicule perdit son équilibre.
Lorsqu’une moto tombe à une telle vitesse, il y a 90 % de chances que le véhicule soit détruit et que le conducteur meure. Pourtant, alors que la moto penchait, le motocycliste se détacha soudain et souleva la machine du sol.
Les roues de la moto tournaient frénétiquement sur l’épaule de Winston, ressemblant soudain à un simple jouet inoffensif.
Toute la bande resta sans voix. Ils devaient sûrement rêver. Qui peut conduire pareillement ?