Lanky avait peur de perdre ce soutien et suivit Winston tout du long. Naturellement, Winston l’avait entendu, mais avant qu’il ne soit chassé, les gardes de la Villa lui bloquèrent le passage.
Lanky s’arrêta devant le secteur luxueux des villas et le dévisagea quelques instants avant de marmonner : « Je savais bien que Frère Tigre n’était pas commun. »
De retour auprès des siens pour faire part de sa découverte, il repartit l’esprit tranquille. Quiconque vivait dans un endroit pareil n’avait sûrement rien à gagner à escroquer un simple repas à des inconnus. Frère Tigre tenait vraiment à les accueillir parmi eux.
Winston ne détendit enfin son dos une fois revenu chez lui. Il s’allongea sur le canapé du salon et ferma les yeux.
Peu après, l’odeur de l’alcool emplit les lieux et tous les mâles de la maison en sortirent.
s’appuya contre la balustrade du deuxième étage, un pan sur le nez, et demanda : « Winston, t’as mélangé quoi avec toi ? Ça pu à mort. C’était ça qui m’a réveillé. »
Curtis émergea à son tour, son livre sous le bras, le front plissé tandis qu’il lançait un regard lourd à Winston.
Le sens de l’odorat étant moins développé chez les hommes-bêtes aigles, cela ne troublait guère Muir.
Winston leva son propre bras et renifla, comprenant qu’il avait raison. Il força son lourd atlas à se redresser. « Allez, je file me laver. »
remarqua la bouteille dans sa paume et s’écria, vif : « T’as quoi là ? C’est à manger ? Je t’ai filé deux rations de viande à l’instant. Cette bouteille-là, elle est pour moi. »
Winston le toisa aussitôt avec défiance, répondant sur un ton catégorique : « Non. C’est pour Qingqing. »
La curiosité de en prit un coup de fouet. À peine Winston eut-il tourné les escaliers qu’il se pencha sur l’angle du palier pour tenter un reniflement. « Un petit sniff, ça devrait passer, non ? Merde, putain d’odeur. T’as bu du vin de raisin pétouillé ou quoi ? »
Chez Curtis, les oreilles frémissèrent aussi ; il s’accota à la balustrade, les muscles relâchés, attendant patiemment des explications.
S’il s’agissait d’une saloperie douteuse, il n’hésiterait pas à lui barrer la route et à refuser que Neige y touche.
« C’est une boisson fermentée à base de plantes variées, déclara Winston. Pas sucrée. Le goût passe, et ça fournit de l’énergie. »
« Dans ce cas, ça marche pas. Faut que je teste. Moi, je connais mieux que quiconque ce que préfère Qingqing. Et si ça ne lui convient pas ? » insista .
Winston jugea son argument recevable. Qingqing adorait avant tout les plats cuisinés par . Logiquement, il était bien placé pour évaluer ses goûts.
Il desserra donc le bouchon de la bière à regret et la passa : « Va-y mollo. »
s’en saisit sans attendre, reniflant l’embouchure avec un air récalcitrant. Probablement dû à un rinçage insuffisant, ou peut-être que d’autres mains l’avaient manipulée, mais celle de capta une odeur étrangère.
D’un geste sec, il essuya le col, inclina la tête et vida la bière dans sa bouche sans jamais frôler le bord, avale après avale.
« Suffit. » Winston lui arracha la bouteille des mains.
Son estomac se serra à la vue du niveau d’alcool descendu. Il se détourna, surpris, constatant que Curtis n’avait pas bougé d’un pouce.
Curtis récupéra la bouteille, porta délicatement sa langue à l’orifice et lécha chaque goutte restante à l’intérieur.
Puis il la rendit à Winston, le visage tiré, comme s’il venait d’avaler quelque chose d’amer.
Winston lâcha un souffle de soulagement et remit la bouteille dans sa chambre.
Une fois sorti de son bain, fraîchement lavé, il prit la direction immédiate de l’école pour remettre la bouteille à .
La pause déjeuner battait son plein et le campus regorgeait de calme. De quoi faciliter sa quête pour localiser la salle de classe de .
Parfait hasard, l’enseignant à l’avant-scène venait aussi de sombrer dans le sommeil. Winston entra sans ménagement et se positionna près du bureau de .
La charge scolaire pesait lourdement sur les lycéens, privant ces derniers de leurs heures de repos. Aussi dormait-elle la paix profonde, la bouche entrouverte. On voyait glisser entre ses lèvres ses deux incisives supérieures et le bout rose de sa langue.
Devant ce spectacle, Winston resta figé, sa respiration s’étant naturellement ralentie. Il posa sa large paume sur le crâne de sa femelle. Au contact de cette chaleur familière, une vague de satisfaction indescrivable envahit doucement son poitrine.