La capitale Rollris, située sur le continent central.
Le château royal, situé en plein cœur de cette métropole au comble de la prospérité.
Dans sa salle du trône se tenait le roi Argus van Rollris, souverain des continents central, sud et est.
Bien qu'il eût dépassé la soixantaine, son aura n'avait jamais faibli.
De son trône, il surplombait ses subordonnés d'un regard acéré.
Devant un Argus ainsi fait… se trouvaient Arios et les siens.
Arios, Aggas, Linn, Mina… Cette équipe surnommée Parti du Héros, censée récolter les louanges du peuple, était à genoux et nageait dans une sueur froide.
« Arios. »
La voix grave d'Argus résonna et le corps d'Arios tressaillit violemment.
« Tu sais pourquoi je t'ai fait appeler… ? »
« E-euh… »
« Avoir libéré un démon, puis assassiné les aventuriers témoins. Et pour couronner le tout, envisager de colluder avec ledit démon pour t'attribuer le mérite… As-tu quelque chose à répondre ? »
« ……Je n'ai rien fait de tel. »
Malgré le regard rigoureux d'Argus, Arios n'avait toujours pas reconnu sa faute.
« Oh… ? Des pétitions des villageois locaux sont parvenues jusqu'à moi, qu'en dis-tu ? »
« J'ai certes secouru les villageois, mais je ne les ai nullement placés dans une situation difficile. Sont-ils simplement désemparés par la terreur ? »
« Et quant aux rapports remontés par la Guilde ? »
« Je n'y voyais aucune affinité. Il doit s'agir d'une erreur. »
« Autant dire qu'il se considérait sans reproche. »
« Oui. »
Arios répondit fermement.
Il affichait une attitude des plus dégagées, comme s'il n'avait point de conscience troublée.
Face à cet Arios, les conseillers autour du roi éprouvèrent un doute.
Serait-ce les rapports de la Guilde qui étaient erronés ?
Les villageois n'avaient-ils pas mal interprété les choses ?
Après tout, Arios était le Héros.
Il était impossible qu'il eût commis des actes pareils.
Le simple fait de vénérer l'existence du Héros avait fini par orienter leurs esprits vers cette conclusion.
……Pourtant, Argus était resté incrédule.
« Insensé !!! »
« Ah ! ? »
La clameur d'Argus, semblable au tonnerre, résonna et le visage d'Arios se contracta sous le choc.
Aggas et les autres tressaillirent également.
Argus était le roi.
Non pas un monarque stupide laissé manipuler autrui, mais un souverain sage qui plantait fermement ses pieds dans la terre de son propre gré.
Pouvait-on vraiment tromper les yeux d'un tel roi ?
La réponse ne pouvait être que négative…
« Tu croyais vraiment pouvoir passer outre ce mensonge ! ? »
« M-mais ce sont là des faits, je n'ai pas menti… »
« Tu persistes à empiler les mensonges ? »
L'humeur d'Argus chutait à vue d'œil.
S'en rendant compte, le teint d'Arios pâlissait davantage.
Il s'évertuait à se défendre désespérément…
Aveuglé par l'idée que ses explications porteraient fruit, il ne vit pas que le mécontentement du roi plongerait alors à son niveau le plus bas.
« ……Assez. »
D'un geste las, Argus agita la main pour congédier.
« On dirait bien qu'il m'était impossible de discuter raisonnablement maintenant. Va refroidir ta tête. Cavaliers, emmenez Arios et les siens en prison. »
« Quoi ! ? »
Emprisonner celui qui était le Héros ?
Entendant ces paroles absurdes, Arios resta sans voix.
Pourtant, le regard d'Argus était terriblement sérieux.
Et les cavaliers ayant reçu l'ordre partageaient cette même détermination.
S'approchant d'Arios et des autres, ils lui saisirent les bras de part et d'autre.
« Viens, par ici. »
« Pff… T'es fou ! ? Je suis le Héros ! Pourquoi me faire enfermer dans une geôle… ! »
« Ne t'inquiète pas, je te ferai sortir dès demain matin. En attendant, réfléchis à tes actes et repens-toi. »
« Ô Roi, comment osez-vous… ! »
« Ferme-la. Aujourd'hui, je refuse de t'écouter ou même de te voir. Reste enfermé à affronter tes péchés. »
« Gnnf. »
Le visage d'Arios se tordit violemment.
Colère, panique, humiliation… Diverses émotions se dessinèrent sur son visage.
Se débarrasser de ces cavaliers sur-le-champ aurait été facile.
Fût-il aussi bien entraîné qu'un chevalier, il ne pourrait jamais rivaliser avec un Héros.
Mais agir ainsi sous les yeux du roi équivaudrait à soulever un drapeau rouge, autrement dit à se rebeller.
Même en étant le Héros, franchir cette ligne serait prohibé.
Il tomberait brutalement du statut de Héros à celui de rebelle.
Ayant parfaitement conscience de cela, il serra les dents mais se laissa mener sans rechigner par les cavaliers.
Cela dit, il ne cessa de fixer Argus du regard jusqu'au bout.
« Phou. »
Une fois Arios et les autres partis, Argus s'enfonça profondément dans les coussins de son trône.
Un lourd soupir lui échappa naturellement.
« Jamais je n'aurais cru qu'il pousserait à un tel point… »
Songeant aux actes commis par Arios et compagnie, le visage d'Argus se fit amer.
S'il était vrai qu'il affichait un orgueil démesuré et indifférent autrui…
Que sa bêtise puisse atteindre de telles proportions restait invraisemblable.
Argus entra alors dans de profondes réflexions.
Ce qu'avait fait Arios était impardonnable.
À défaut de mieux, il eût souhaité le juger comme un criminel et le jeter en cellule.
Cependant, Arios était le Héros.
Si Arios disparaissait, l'humanité perdrait le seul moyen de contrer le Roi Démon.
Bien que l'Adversaire fût actuellement en période d'engourdissement…
Il finirait bien par reprendre pleinement vie et déchaîner ses crocs sur l'humanité.
En son absence, les Hommes n'auraient d'autre choix que l'anéantissement total.
Arios constituait donc une pièce maîtresse indispensable.
Toutefois, cela ne signifiait nullement qu'il lui fallait laisser courir tous ses caprices.
S'accommodant généralement de quelques menues imperfections…
Cette fois-ci, le trait était manifestement trop tiré.
Qu'il regrettât ses actes serait idéal, mais au vu de sa conduite récente, ses chances de repentir semblaient faibles.
Quelle décision prendre désormais ?
Argus s'employa à réfléchir.
« Bon gré mal gré, je devrai trouver un moyen de le contenir… Hum. Le flatte-t-on par la gloire et les richesses ? Non… Ça ne ferait que gonfler son ego davantage. S'il fut vrai que lui avoir tout permis était une erreur… Alors, dépêche-t-on un surveillant. Ainsi, je pourrai exercer un certain contrôle… »
Marmonnant entre ses dents, Argus planifia la suite des événements.
« C'est entendu… Mettons cela en application pour l'instant. Avec des regards indiscrets, il évitera les sottises. Je garderai ça en réserve quelque temps… S'il revient sur le droit chemin, tant mieux. Si cela avorte… Alors, j'activerai mes plans de secours. »