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Banished from the Hero's Party

Chapitre 66

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Chapitre 66

Chapitre 66

Chapitre 66/15742%~11 min de lecture2 183 mots

Le quartier portuaire subit souvent les effets des tempêtes.

Les inondations des sous-sols dues à la crue du fleuve sont un événement annuel, et l'effondrement de bâtiments n'est pas rare.

Les habitants du quartier portuaire ont renoncé à surmonter les tempêtes et ont plutôt développé des techniques de construction permettant d'élever rapidement des bâtisses qui n'ont pas besoin de durer longtemps, peu importe si elles sont détruites par la tempête.

Cette boutique, située dans une zone peu fréquentée du quartier portuaire, a elle aussi été半壊ée par une tempête il y a trois ans. De vieux murs et de nouveaux murs se raccordent comme des pièces de réparation, et le vent siffle dans les interstices.

La tenancière est une grand-mère au dos courbé, qui accueille les clients avec un sourire bienveillant.

« Voici, une soupe de poisson blanc. »

« Merci. »

J'emporte les deux grands bols de soupe où flottent des tronçons de poisson, posés sur le comptoir, jusqu'à ma table.

Comme nous sommes décalés par rapport aux heures de repas, il n'y a pas d'autres clients que nous dans la salle.

« Ça a l'air bon ! »

Danan l'affirme en faisant briller ses yeux.

« Tu dis ça à chaque fois, non ? »

Je ris en regardant Danan.

C'est sa réplique habituelle devant un plat. Tant que le repas est correct, Danan sort toujours cette phrase en faisant briller ses yeux.

Voir à nouveau cette manie d'un camarade que je n'avais pas revu depuis longtemps me donne un coup de nostalgie involontaire.

« Non, depuis que tu es parti, j'ai eu moins d'occasions de dire "ça a l'air bon". La bouffe en voyage est devenue dégueulasse. »

« Évite de dire "dégueulasse" à table. Vous faisiez la cuisine à tour de rôle ? »

« Non, Ares a dit qu'il s'en chargeait, alors je lui ai laissé. »

« Ah, ça ne pouvait pas marcher. »

On n'a jamais entendu dire qu'Ares s'y connaissait en cuisine. Il a dû vouloir reprendre à son compte ce que je faisais, vu qu'il m'avait viré.

C'est de la folie.

« Confier ça à un seul incapable, ça accumulate les frustrations. Dans ce cas, il faut faire tourner : comme ça, tout le monde partage le constat que ce travail n'est pas si simple. Ensuite, on peut discuter ensemble de la manière de faire mieux, et on voit qui est le plus doué. »

« On est tous des spécialistes du combat, nous… »

Danan se gratte la tête.

« Tout ça, c'est parce que tu es parti n'importe où de ton propre chef. »

Le bras posé sur la tête de Danan bouge flou.

L'instant d'après, son index se trouve juste à côté de mon front.

Je tourne la tête et esquive de justesse son coup de poing sur le front.

« Ton bras n'a pas rouillé. »

Danan ricane en retirant son bras.

Pas question.

Si je me prenais un coup de poing de ces gros doigts, j'en aurais pour trois jours avant que la douleur ne parte.

Je l'ai évité par chance, mais ses mouvements sont plusieurs crans plus vifs qu'avant. Si c'est ce qu'il fait pour rire, je n'ose pas imaginer ce qu'il devient quand il est sérieux.

« Il n'y a pas dix personnes au monde capables d'éviter mon coup de poing sur le front. »

« Non, franchement, j'ai senti l'écart de force. Danan, t'es fort. »

Je l'avais déjà perdu de vue, mais maintenant l'écart de niveau entre Danan et moi est abyssal.

Pendant que je vivais tranquillement à Zoltan, Danan a franchi la ligne de front contre l'armée du Roi-démon.

Moi dont le seul atout était le niveau, si on me bat même sur ce terrain, je n'ai plus aucune chance de gagner.

« … Moi, je ne pense pas ça. Gideon, t'es un homme qu'on peut respecter. »

Mes mots font dire à Danan, avec un air un peu triste :

Je bois la soupe avec un bruit d'aspiration, tout comme Danan.

Le goût du poisson et du sel, rien de plus. Outre les morceaux de poisson, de gros morceaux de pommes de terre et de chou flottent dans le bol.

Ce n'est pas un plat sophistiqué, mais c'est bon. Quand la compétence Cuisine est faible, le principe est d'utiliser le goût des ingrédients tel quel. C'est une bonne cuisine qui respecte ce principe.

La grand-mère qui tient cette boutique était apparemment chanteuse pour les marins autrefois. Après avoir pris sa retraite de chanteuse, elle est devenue tenancière de taverne, un métier complètement différent, et malgré une compétence inadaptée, elle a maintenu cette boutique pendant des années grâce à son ingéniosité et son sourire inné.

« Au fait, pourquoi t'es parti ? »

Danan lâche ça, piteux.

« … Tu l'as entendu d'Ares, non ? J'ai fui. »

Pour ne pas causer de problèmes à l'ordre des chevaliers, j'avais demandé à Ares de coordonner nos versions, mais selon ce que j'ai appris de Tise, Ares a été pressé de questions et a avoué sans détour que j'avais fui.

Danan l'a forcément su.

« C'est parce qu'Ares te l'a dit ? »

« C'est aussi ça, mais… plus que ça, c'est moi-même qui l'admets. Le combat contre Desmond de la Terre me l'a fait réaliser. Je ne pouvais plus suivre au-delà de ce niveau. »

« C'est faux ! »

Danan frappe la table d'un coup sec.

La soupe gicle et retombe un peu sur la table.

« Depuis que tu n'es plus là, je l'ai bien compris. Gideon, t'es fort. Pas seulement la force brute : le cran de garder son sang-froid face à plus fort que soi, le savoir pour prendre l'action la plus efficace sur un champ de bataille sans techniques martiales ni magie, t'es un homme véritablement fort. Le voyage avait besoin de toi. »

Les yeux de Danan sont sérieux.

Mais… mon cœur est déjà fait, et on ne peut pas rester là à discuter indéfiniment.

« Désolé, mais j'ai trouvé ma place ici. Je ne peux plus partir avec vous. »

« Pour protéger cette place, il faut bien battre le Roi-démon, non ? ! »

Danan m'assène ce problème en face.

Les mots d'Albert me reviennent en mémoire.

« Celui qui a la force a l'obligation de l'utiliser. »

Est-ce un péché de ne pas se battre ? Est-ce un devoir de se battre si la bénédiction innée le réclame ?

Oui, je me suis posé cette question en regardant Ruti tout ce temps.

La petite Ruti est née avec l'obligation de sauver le monde. Si Ruti disait qu'elle ne veut pas se battre, ni les gens, ni le monde, ni même la bénédiction ne le lui pardonneraient.

Nous nous sommes fixés un moment, mais c'est Danan qui a détourné le regard le premier.

« … Haa, bon, d'accord. Tu as quitté le voyage de ta propre volonté. »

« Le déclencheur, c'est Ares, mais la décision d'arrêter, c'est ma volonté. »

Nous restons un moment dans le silence.

Nos regards s'entrecroisent, chargés d'émotions complexes.

« Je ne pige pas tout, mais bon, j'ai compris. Je vais voir un moment ce que tu fais ici à Zoltan. Après, on verra. »

« C'est pas un problème, mais… il y en a un autre. »

« Quoi ? »

« Ruti est aussi venue. »

« Hein ? »

Danan s'arrête net, surpris.

« Pourquoi la brave… »

« Si tu entends ça, tu risques de t'énerver contre Ruti. »

« Moi ? Contre la brave ? Y a pas moyen. »

Dois-je tout dire à Danan ? Pour éviter les ennuis, je pourrais le manipuler pour l'éloigner du problème de Ruti.

« Mais Danan. Je vais te dire tout ce que je sais. Ce que Ruti pensait, ce qui la faisait souffrir. Tu es son camarade. »

« La brave qui souffre ? »

Pourquoi le seul fait que je parte a-t-il fait éclater les camarades de la brave ? Quand on me l'a dit la première fois, je ne comprenais pas.

Ce que je faisais, c'étaient des tâches diverses sans compétence. Pour le dire franchement, n'importe qui peut le faire avec de l'effort.

Si je disparaissais, ce serait sûrement dur, mais « si les camarades se partagent le travail », ce n'était pas une tâche impossible.

Mais en réalité, Ares a tout voulu faire seul et ça a capoté. Les frustrations se sont accumulées chez les camarades, le groupe s'est disloqué.

C'est la faute d'Ares ?

Certes, c'est une part. Si Ares avait dit « c'est trop pour moi seul, aidez-moi », ça ne serait peut-être pas arrivé.

Mais ce n'est pas que ça. Même si c'est Ares qui l'a proposé, s'ils savaient qu'il n'y arrivait pas seul, ils auraient pu l'aider.

On peut aussi dire que ça vient de la méfiance envers Ares qui nous a virés. Yarandara et Danan sont partis parce qu'ils ne faisaient pas confiance à Ares.

« Vrais camarades. »

C'est un mot d'Ares, mais ironiquement, c'est probablement ça qui a causé l'effondrement du groupe.

« Moi, je te considère comme un vrai camarade. »

Danan réagit à mes mots en disant ça.

Ça fait plaisir, vraiment… mais c'est pas ça.

Je commence à raconter à Danan l'histoire de Ruti.

Qu'elle souffrait depuis toujours d'être ballotée par la bénédiction du Héros.

Qu'en échange de la résistance totale, elle avait perdu une grande partie de son humanité.

Et qu'en utilisant la bénédiction du démon pour réprimer l'impulsion de sa bénédiction… elle pourrait bien arrêter d'être la Brave.

Les camarades qui avaient passé tout ce temps ensemble n'avaient pas compris la souffrance de Ruti.

Ruti a le rôle de tirer le groupe en tant que Brave. La bénédiction le décide ainsi.

Si tout le monde remplit le rôle que la bénédiction lui a donné, le groupe fonctionne. C'est ça, les « vrais camarades » d'Ares.

Mais ça n'a pas marché. Nous ne sommes pas les esclaves de la bénédiction.

« Souffrance due à la bénédiction ? J'y ai jamais pensé. »

À mes mots, Danan est sous le choc.

« Moi, la bénédiction de Martial Artist me va. M'entraîner c'est fun, affronter des forts m'excite. Devenir plus fort, c'est juste un bonheur fou. Pour ça, je supporte n'importe quelle galère… j'étais ce genre d'humain. »

« Ouais. »

« … Je pige pas. Je pige vraiment pas. »

Danan est du côté de ceux qui ne comprennent pas fondamentalement la sensation de souffrir de l'impulsion de la bénédiction. Parmi les humains que j'ai vus, il n'y en a pas qui soit autant aimé par sa bénédiction que Danan.

Le fait qu'avec la bénédiction « Martial Artist », qui n'est pas du haut de gamme, il surpasse en force des camarades aux bénédictions supérieures comme « Crusader » ou « Sage », en est la preuve.

« Je pige pas. Mais j'ai pigé que tout ça, je le pige pas ! Ce que je peux faire, c'est me battre ! »

« T'es vraiment un cerveau de muscles. »

« C'est pour ça que de toute façon, si la brave agit pour quelque chose, je me bats pour ça ! Et si la brave arrête d'être la brave, on verra à ce moment-là ! »

Ah, complètement. Danan est vraiment Danan.

« Puisque c'est décidé, on a pas le temps de glander ici ! Allons-y Gideon, si la brave galère, l'aider c'est notre rôle ! »

« Attends attends, mon histoire c'est bon, mais t'as pas raconté la tienne. »

« On parlera en marchant, mon histoire c'est pas grand-chose ! »

Perdre son bras droit, c'est quand même pas mal gros comme histoire.

Le visage de Danan affiche clairement une impatience à ne plus pouvoir rester en place.

« J'ai compris. »

Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ce côté de Danan.

Ce cher cerveau de muscles a toujours mis l'action avant la réflexion. Quel que soit le contexte, c'est un homme qui ne s'arrête jamais à réfléchir.

Par moments, cette simplicité de Danan me semble éblouissante.

***

La porte s'ouvre et Red et Danan sortent bruyamment de la boutique.

« Vous ne les poursuivez pas ? »

Depuis une table éloignée de celle où étaient assis Danan et les siens, l'homme au visage bandé… Albert, dit ça.

Théodora, une lance dans le dos, ne répond pas et fixe simplement sa main posée sur la table.

Théodora se situe au sommet de l'humanité en tant que mage de la loi. Si elle utilise sérieusement sa magie de dissimilation de présence, même le duo Danan et Red aurait du mal à la repérer, tant qu'elle n'a pas d'intentions hostiles.

(La Brave qui abandonne la défaite du Roi-démon ?)

Théodora ne peut pas raisonner aussi simplement que Danan.

Théodora ne voit même pas Albert, qui l'observe avec inquiétude, et continue de ruminer ce qu'elle doit faire.

Au fond d'elle, elle veut coopérer avec Ruti et Gideon. Si cette Ruti souffre, elle veut l'aider !

Théodora n'a jamais trouvé la simplicité de Danan aussi enviable qu'aujourd'hui.

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