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Banished from the Hero's Party

Chapitre 2 : La vie à la frontière n'est pas si mal

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Chapitre 2

Chapitre 2 : La vie à la frontière n'est pas si mal

Chapitre 2/367%~9 min de lecture1 699 mots

… On pourrait se dire que le Guide cache peut-être un cheat prodigieux.

Eh bien non. Il n'y en a pas.

Ce qu'une bénédiction vous donne, ce sont les compétences initiales, les compétences propres que les niveaux débloquent, et les compétences communes, accessibles à tout moment.

Le Guide offre comme compétence initiale « niveau de bénédiction initial +30 », ce qui est extrêmement puissant.

Le niveau de bénédiction 30, c'est celui d'un chevalier ordinaire au moment de prendre sa retraite.

Autrement dit, je possède dès le départ le niveau qu'un chevalier, qui consacre la majeure partie de sa vie au combat, met une existence entière à atteindre.

Seulement, il n'existe aucune compétence propre.

Comme sa capacité consiste à être assez fort dès le départ, il n'y a même pas de marge d'interprétation qui permettrait de détourner cette unique compétence.

Faute de compétences, je suis très en dessous des autres à niveau égal ; et pour devenir plus fort, donc pour accumuler des points de compétence en abattant des ennemis, je ne peux pas venir à bout de ceux que les autres battent : je dois me rabattre sur des adversaires bien moins rentables.

À bien y réfléchir, c'était une bénédiction terriblement ingrate.

Il aurait peut-être mieux valu recevoir une bénédiction banale et réputée inférieure, « Guerrier » ou « Mage », qui laisse au moins un avenir.

Le cœur brisé net en deux, me voilà donc à gagner ma vie petitement, en visant une existence tranquille.

***

Aujourd'hui encore, je monte en montagne cueillir des herbes.

Comme je n'ai que le niveau pour moi, j'ai de l'endurance, et faute de compétences propres j'ai bien garni mes compétences communes.

Grâce à la compétence de survie, je ne me perds pas en montagne à moins de m'enfoncer vraiment très loin, et je reconnais les herbes que l'on trouve ordinairement.

Ce ne sont que des compétences communes, alors cela s'arrête à ce qu'on trouve ordinairement, bien sûr.

« La jusquiame pour arrêter le sang et désinfecter, les feuilles de koku contre le poison, le champignon du dragon-dieu comme fortifiant. Et les rares baies blanches comme catalyseur de potion magique. »

Hum hum.

Je fredonne en m'appliquant à ma cueillette quotidienne.

Les montagnes de la région de Zoltan, où seule l'eau est abondante, regorgent d'herbes et de fruits au point de mériter le nom de trésor naturel.

« Tiens, des noix vertes. Je les ferai bouillir au bivouac. »

En principe, une cueillette d'herbes dure deux jours et une nuit.

Comme le trajet prend près d'une demi-journée, l'aller-retour dans la journée serait bien trop peu rentable.

Ayant voyagé, je suis rompu au bivouac. En dehors des herbes médicinales, je trouve aussi des pousses sauvages et des aromates que j'emploie sur place.

« Cela dit, bivouaquer en montagne, c'est fatigant, il faut le reconnaître. »

Les monstres ne craignent pas le feu.

Je tends, pour me rassurer, une corde garnie de clochettes, puis je m'endors avec mon épée au chevet.

Il n'y a pas de monstre bien redoutable par ici, mais on peut toujours être surpris dans son sommeil et récolter une mauvaise blessure.

« Ah, je devrais carrément me bâtir une cabane. »

Les habitants d'ici n'en construisent pas, sous prétexte que les tempêtes les emportent, mais je n'ai pas besoin d'une belle bâtisse : de quoi m'abriter de la pluie et du vent, et assez solide pour qu'un monstre y mette un peu de temps à faire un trou.

Pour l'instant, je cueille des herbes deux fois par semaine, mais passer à des expéditions de quatre jours et trois nuits me faciliterait beaucoup la vie. Pour cela, il me faut une cabane en montagne, qui serve d'entrepôt et d'abri pour des séjours prolongés.

« Bon, ce sera pour quand j'aurai mis un peu plus d'argent de côté. »

C'est en songeant à mes projets d'avenir que je m'endors.

Au milieu de la nuit, je me réveille.

J'ai senti au loin une odeur de fauve et la présence d'une grosse créature.

Sans faire de bruit, je tire mon épée à moi et je guette.

Je n'ai aucune compétence particulière qui corrige la perception, comme les bénédictions de voleur ou de chasseur ; il n'empêche que mes compétences de perception sont d'un niveau élevé, faute d'avoir eu autre chose à développer.

Cela ne suffirait pas face au corps d'élite de ninjas de l'armée du roi démon, mais c'est amplement suffisant pour repérer un monstre sauvage vivant en montagne.

Comme la présence ne semble pas se rapprocher tout de suite, je sors de mon sac de couchage et je grimpe à un arbre sans bruit.

Ce soir, le ciel porte un croissant aiguisé comme un arc. La clarté lunaire ne suffit pas, et je ne distingue pas le monstre.

J'observe un moment, puis les clochettes tintent.

Et une grosse bête sort la tête de l'obscurité.

« Ah, un ours-hibou. »

L'ours-hibou, une bête magique à tête de hibou et à corps d'ours brun.

Un monstre de niveau 15.

C'est une bête magique qui vit dans les forêts du monde entier ; la plupart du temps, elle trône au sommet de l'écosystème forestier et règne à sa guise sur les bois.

Cela me rappelle quelque chose : autrefois, quand j'avais suivi Ruti partie chercher un camarade égaré dans la forêt, nous avions affronté un ours-hibou.

Elle avait sept ans à l'époque.

Aujourd'hui, je le battrais sans peine, mais…

« Et il n'y a même pas de prime sur sa tête. »

Je saute lestement de mon arbre.

Les animaux, et les monstres peu intelligents comme les bêtes magiques, savent d'instinct si celui qu'ils ont en face est plus fort qu'eux.

L'ours-hibou croise mon regard, recule lentement, puis fait volte-face et s'enfonce en courant dans la nuit.

Je ne le poursuis pas ; je retourne dans mon sac de couchage et je dors jusqu'au matin.

Le lendemain, ma cueillette achevée, je rentre en ville et j'y trouve une certaine agitation.

J'ai demandé au garde de la porte ce qui se passait.

« Que se passe-t-il ? »

« Oh, Red, te voilà sain et sauf. »

« De mon côté, c'était comme d'habitude. Ici, ça a l'air agité, il s'est passé quelque chose ? »

« Ah, un aventurier s'est fait attaquer par un ours-hibou. On recrute une expédition, et la montagne va sûrement être interdite d'accès jusqu'à ce qu'il soit abattu. »

Aïe.

Cet ours-hibou venait peut-être d'attaquer un aventurier quelconque.

« Sérieusement ? Ça va prendre combien de temps, à ton avis ? »

« Va savoir. Un morceau comme un ours-hibou, ça ne sort pas tous les jours. Ou bien on envoie le groupe de rang B, la fine fleur, ou bien, si c'est impossible, on mobilise une trentaine d'hommes. »

Les aventuriers sont classés en six rangs, de S à E.

Le rang est attribué non pas à l'individu mais au groupe, et toute modification du groupe entraîne une réévaluation.

Les critères sont les suivants.

E : groupe qui vient de s'inscrire.

D : groupe capable de survivre en extérieur, là où rôdent les monstres.

C : groupe capable de résoudre une crise de l'ampleur d'une menace pour un village.

B : groupe capable de résoudre une crise de l'ampleur d'une menace pour une ville.

A : groupe d'envergure nationale, capable de résoudre une menace pesant sur plusieurs villes.

S : groupe légendaire, mobilisé lors des crises continentales ou mondiales.

En principe, chaque guilde des aventuriers, dans chaque ville, compte de un à trois groupes de rang B, qui en forment le sommet et le haut d'une pyramide.

Moi, je suis de rang D.

Comme je ne fais que de la cueillette, c'est logique ; et de toute façon, atteindre le rang B ici me ferait remarquer, et mon vrai nom risquerait d'être découvert. Si par malheur cela arrivait, le commandant de l'ordre des chevaliers, à qui je dois tant, en pâtirait lourdement.

« Je vais me tenir tranquille en ville quelque temps, on dirait. »

Heureusement, je venais tout juste de terminer ma cueillette.

Je me suis rendu à la guilde des aventuriers pour faire racheter les herbes que j'avais sur moi.

***

Cette fois, la recette s'élève à environ quatre-vingt-dix périls.

De retour dans la chambre de l'auberge où je loge, j'entretiens mon épée de cuivre, qui ne me sert plus ces temps-ci qu'à faucher des herbes, et je répare mes vêtements de voyageur, déchirés par la montagne.

J'ai également monté ma compétence de réparation à un niveau honorable. Avant mon départ de la capitale, à l'époque des combats aux marches du royaume, elle m'était utile. Au bout du compte, comme la magie répare aussi bien, elle était devenue en cours de route parfaitement inutile.

Mais aujourd'hui, je ne connais plus aucun mage capable de lancer le sort de Réparation, et faire réparer chez l'armurier coûte de l'argent. Pour moi qui économise en vue de mon herboristerie, c'est une des compétences que j'ai réévaluées.

En revanche, comme je n'emploie plus qu'une épée de cuivre, la plupart de mes compétences d'arme ne servent à rien. Enfin, l'effet des compétences d'arme communes reste de toute façon modeste…

L'entretien de mon matériel terminé, je prends dans le garde-manger des œufs, des pommes de terre et les fruits rapportés de la montagne, et je me prépare une salade et une purée pour le dîner.

Cela fait, je me lave au cabinet de toilette et je vais me coucher.

Ce n'est plus le combat quotidien aux côtés de Ruti, ni les nuits passées sur un champ de bataille jonché de cadavres de monstres, ni les tours de garde dans un nid de dragons où rôde le dragon maudit, la peur de la mort au ventre, ni l'enfer d'une montagne enneigée : c'est une chambre, petite, mais avec un toit et des murs.

Quand j'aurai assez d'argent, je bâtirai ma maison-herboristerie, et derrière, j'aménagerai un jardin où je cultiverai les herbes les plus demandées.

Pas de grande réussite, mais pas non plus de combat où l'on risque sa vie, pas de complot qui vous ronge les nerfs : cette vie-là, elle existe, à Zoltan.

Voilà quelle était la seconde vie de l'homme chassé du groupe du Héros.

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