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Banished from the Hero's Party

Chapitre 1 : Il paraît que je ne suis pas un vrai compagnon

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Chapitre 1

Chapitre 1 : Il paraît que je ne suis pas un vrai compagnon

Chapitre 1/333%~10 min de lecture1 849 mots

Trois ans que Tarakson, le roi démon de la Colère qui règne sur le continent des Ténèbres, a lancé son invasion sur le continent d'Avalon.

En trois ans seulement, quatre royaumes ont été anéantis et la moitié du continent est tombée aux mains du roi démon.

On croyait que les humains n'avaient plus aucun recours… mais Dieu n'a pas abandonné les hommes.

La prophétie de la naissance du Héros.

Et une jeune fille qui, à la tête d'une garnison provinciale presque dépourvue de moyens de défense, a repoussé l'avant-garde de l'armée du roi démon.

Le Héros, Ruti Ragnason, est apparue dans la capitale royale avec une preuve que nul ne pouvait contester : la bénédiction du Héros.

Le combat puis la réconciliation avec la guilde des voleurs qui troublait la capitale, la récupération de la preuve du Héros qui dormait dans des ruines d'anciens elfes, et bien d'autres exploits : le roi lui-même s'est convaincu que cette jeune fille était le Héros de la légende.

Et le Héros est partie sauver le monde, sous les acclamations et les bénédictions de tous.

***

Loin du pays natal du Héros, loin du front contre l'armée du roi démon : la contrée reculée de Zoltan.

L'eau y abonde, mais c'est le couloir des tempêtes venues des mers du Sud, et le nord comme l'est sont barrés par une immense chaîne de montagnes inexplorée qu'on appelle le Mur du Bout du Monde. Les marais s'y étendent, les communications sont mauvaises et l'aménagement n'avance qu'à pas comptés.

Une terre sans la moindre valeur stratégique.

À Zoltan, grâce à l'abondance de l'eau et à un sol fertile que les crues des tempêtes enrichissent, il suffit de semer sur les terres bien drainées pour obtenir une certaine récolte. Mais quand on s'attelle sérieusement à l'agriculture, les tempêtes emportent souvent tout, si bien que les gens d'ici ont naturellement pris un caractère indolent et fuyant l'effort.

La mutation à Zoltan, la terre de la paresse, est ce que redoute tout fonctionnaire du centre. Une terre abandonnée où même les criminels ne s'aventurent pas, faute d'y gagner quoi que ce soit.

Les voyageurs qui viennent ici sont des fugitifs, des ermites ou des originaux.

Mais pour moi, aujourd'hui, ce genre de terre me convenait mieux.

« Trois kilos de jusquiame, deux kilos de feuilles de koku, un sac de baies blanches… »

Au guichet de rachat des récoltes de la guilde des aventuriers, je pose sur le comptoir les herbes médicinales que j'ai ramassées.

« Merci pour votre travail, Red… Cela nous fait cent trente périls au total. »

L'employée pèse tout d'une main experte et me tend l'argent.

« À la prochaine. »

En me voyant m'écarter du comptoir, les aventuriers alentour ricanent.

« Salut, Red, encore de la cueillette d'herbes ? Tu ne veux pas aller casser du gobelin, pour changer ? »

« Et alors ? C'est ce qui me convient. »

« N'empêche, elle a vraiment mauvaise allure, ton épée de cuivre. Sans une épée d'acier au moins, tu fais honte à la profession. »

J'ai haussé les épaules.

Se faire moquer n'a rien d'agréable, mais à côté de ce jour-là, ce n'est rien du tout.

Et ces aventuriers ne font que plaisanter : eux aussi sont de purs produits de l'âme indolente de Zoltan, qui n'acceptent que les missions faciles.

Pourquoi je fais l'aventurier dans un endroit pareil… C'est une histoire d'avant que je devienne cueilleur d'herbes professionnel.

***

Autrefois, même si cela ne fait pas encore un an, j'étais dans le groupe du Héros.

À l'époque, je m'appelais Gideon Ragnason.

Autant le dire tout de suite : le Héros, Ruti Ragnason, est ma petite sœur.

Dans ce monde, chacun naît avec une bénédiction. On dit que Dieu l'accorde pour indiquer la voie qu'une personne doit suivre et lui donner la force nécessaire ; d'où son nom.

La bénédiction confère un niveau et des compétences correspondant à son type, Guerrier, Mage, et ainsi de suite.

Moi, j'avais une bénédiction sans précédent : le Guide.

Son pouvoir : niveau de bénédiction initial +30.

Je suis né au niveau 31.

J'avais d'emblée le niveau d'un chevalier de la garde royale.

Autant dire qu'on m'a porté aux nues. De fait, dès six ans je partais chasser les monstres, à huit ans l'ordre des chevaliers me recrutait, et à dix-huit j'étais vice-commandant.

Quand on a su que ma sœur était le Héros, on nous a vantés comme les deux ailes de l'espoir de l'humanité.

Après avoir mené les combats de la frontière avec Ruti, quand elle a quitté la capitale pour abattre le roi démon, je me suis évidemment joint au groupe.

À ce moment-là, du moins, j'étais plus fort que ma sœur, et je comptais parmi les cinq meilleurs chevaliers de la capitale. Personne ne s'est opposé à ce que j'entre dans le groupe du Héros.

Personne, sauf un : le sage Ares, qui rejoignait le groupe lui aussi.

Au bout du compte, c'est Ares qui avait raison.

Ma bénédiction est le Guide. Une bénédiction faite pour protéger le départ du Héros.

À mesure que le niveau du Héros montait et que les autres compagnons acquéraient des compétences puissantes, le défaut du Guide est apparu.

La bénédiction du Héros a des compétences de Héros, celle du sage des compétences de sage, et même une bénédiction banale comme Guerrier a ses compétences de Guerrier ; mais il n'existe aucune compétence de Guide.

Les seules compétences que je pouvais choisir étaient les compétences communes, celles que n'importe qui peut acquérir.

Fort au départ, je me suis fait peu à peu rattraper, puis dépasser, et je suis devenu le boulet du groupe.

Mon rôle, c'était d'aider le Héros tant qu'elle était inexpérimentée, et d'être le compagnon qui s'en va avant le milieu de l'histoire.

***

« Tu n'es pas un vrai compagnon. »

Après avoir abattu au terme d'un combat acharné Desmond de la Terre, l'un des Quatre Rois Célestes de l'armée du roi démon, alors qu'on célébrait la victoire au manoir du seigneur, le sage Ares m'a fait sortir pour me dire ça.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Un vrai compagnon, c'est quelqu'un qui partage les épreuves et peut combattre avec les autres. »

« Et je n'en serais pas un ? »

« Tu le sais bien toi-même, non ? Pour parler clair : tu es un poids mort. Ce combat contre Desmond de la Terre, par exemple, qu'est-ce que tu as fait ? »

« … Je me suis battu à l'épée, comme les autres. »

« Non. Ton épée n'a jamais infligé de dégâts sérieux à Desmond. Et surtout, Desmond t'ignorait complètement. Tu as été pris dans ses attaques de zone, mais pas une seule attaque ne t'a visé. »

C'était vrai.

Desmond m'ignorait.

« Tu n'étais pas considéré comme une menace, et pourtant tu n'arrivais même pas à esquiver de simples attaques de zone qui ne te visaient pas. Si tu es blessé, Ruti veut t'aider et te soigne. Rien que ça nous coûtait une action. »

« … C'est-à-dire que… »

« Ta présence est un poids pour Ruti. Ne trouves-tu pas que c'est pire encore qu'un simple boulet ? »

« Moi aussi, je fais des efforts pour être utile, ne serait-ce qu'un peu. »

« Des efforts ? Mais tu es idiot ou quoi ? »

« Quoi ! »

« Faire des efforts peut expliquer une réussite, jamais excuser d'être un poids mort. Sous prétexte que tu fais des efforts, on devrait te pardonner d'être un boulet ? Quel égoïste ! Décidément, tu n'es pas un vrai compagnon ! »

Je n'ai rien pu répondre.

C'était peut-être le moment.

J'y pensais depuis longtemps… Est-ce que le jour était venu ?

« Mais je suis vice-commandant de l'ordre des chevaliers de Bahamut. Rentrer en disant qu'on m'a traité de poids mort entacherait l'honneur de l'ordre… »

« L'honneur de l'ordre, devant la fin du monde ? Pff. »

« Alors je pars seul reconnaître les mouvements de l'armée du roi démon… et je ne suis pas revenu. Dis-le comme ça. »

« Très bien, entendu. Je couvrirai ta version. »

« … Merci. »

J'allais m'éloigner, tête basse.

« Hé. »

Ares m'a retenu.

« Laisse l'équipement. Il nous appartient. »

« ………… »

J'ai retiré tout ce que je portais, l'épée sacrée Thunder Waker à ma ceinture, l'anneau de défense mentale, le manteau d'esquive, et j'ai reçu d'Ares un maigre viatique et une épée de cuivre bon marché avant de partir.

Mais je n'arrivais pas à en rester là.

Le lendemain, avant de quitter le groupe, j'ai eu envie de revoir le visage de ma sœur une dernière fois.

Cette petite sœur qui s'accrochait à moi en m'appelant grand frère, grand frère.

Bien sûr, aujourd'hui je suis de loin le plus faible des deux, mais l'idée qu'elle allait continuer seule m'inquiétait, et puis… j'espérais un peu qu'elle serait bouleversée de me voir partir.

Sauf que… en regardant discrètement par la fenêtre, ce que j'ai vu, c'est ma sœur avec le bras d'Ares autour de ses épaules.

« Ah… c'était donc ça. »

Je ne suis plus nécessaire. Je l'ai compris clairement.

Il avait raison : je n'étais pas un vrai compagnon.

Bon sang, voilà que les larmes me remontent encore.

Tu n'as sans doute plus besoin de ton grand frère, mais ça me ferait plaisir que tu penses à moi de temps en temps… C'est en marmonnant des choses aussi pitoyables que j'ai quitté la ville au petit matin.

Ensuite, j'ai changé de nom pour Red et je suis venu échouer dans cette contrée abandonnée de Zoltan, en piètre aventurier spécialisé dans la cueillette d'herbes.

***

« Ça a été dur, à l'époque. »

Une fois seul, malgré mon âge et malgré tout, j'ai pleurniché comme un enfant.

Chassé du groupe, je n'ai eu goût à rien pendant un moment ; j'ai vaguement liquidé une bande de brigands qui inquiétait les environs de la ville où je m'étais arrêté, je leur ai pris leur argent, et pendant un mois je me suis réfugié dans l'alcool auquel je n'étais pas habitué, à boire jusqu'à plus soif.

Mais ce genre de chose se remarque.

Si mon identité venait à s'ébruiter, cela causerait des ennuis considérables au commandant et au seigneur à qui je dois tant.

Alors je me suis repris, j'ai voyagé jusqu'à la lointaine Zoltan en tant qu'aventurier du nom de Red, et j'ai décidé de me donner un nouveau rêve.

« Ouvrir une herboristerie ici, à Zoltan, et couler des jours tranquilles ! Je n'ai aucun talent pour le combat ; désormais, je vivrai en paix ! »

Ma sœur m'inquiète, mais je suis plus faible qu'elle : m'inquiéter n'y changera rien.

Puisque de toute façon je ne suis pas un vrai compagnon, je leur laisse le roi démon et je vais vivre pour moi !

C'est aussi pour ça que, tout en mettant de l'argent de côté avec les commandes de cueillette, je notais sur une carte personnelle la répartition des herbes selon les saisons.

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