« La chambre à coucher ? »
Je courus dans le couloir et ouvris la porte de la chambre.
Un homme d'âge moyen gisait là, le visage livide, les yeux injectés de sang, gémissant en se tenant la poitrine.
« Jackson ! »
Newman s'assit à ses côtés et examine immédiatement ses symptômes.
« Insuffisance respiratoire, sueurs, fièvre, il a mal aussi ? Quel état lamentable, Red, va chercher ta trousse à pharmacie. »
« Compris. »
Je retournai en courant à la clinique, fourrai violemment les médicaments que j'avais sortis tout à l'heure dans la trousse, puis me dirigeai à nouveau vers Newman.
En revenant, je vis que Newman avait déchiré les vêtements du patient avec son couteau et palpait les battements de sa poitrine.
« Le cœur aussi est bizarre. »
Newman sécurisa immédiatement les voies respiratoires, assista la respiration et prodigua les premiers secours.
Mais comme il ne connaissait pas la cause, il semblait ne pas savoir comment réagir.
« Tiens. »
Je tendis un médicament en poudre fait d'astéride gris tiré de ma trousse. C'est un type d'antidote qui adsorbe les toxines dans les vaisseaux sanguins, les neutralise et les fait évacuer telles quelles.
« Tu sais ce que c'est ? »
« Juste pour soulager les symptômes. J'ai poussé la compétence Secourisme jusqu'à la maîtrise. »
Le secourisme est une compétence commune qui correspond presque à un équivalent inférieur de l'art de soigner, compétence propre aux médecins et autres.
Comme ses effets ne se cumulent pas, la base veut que soldats et aventuriers ne l'apprennent qu'un peu. Ceux qui vouent leur vie à soigner ne lui jettent même pas un regard… mais le bonus de maîtrise du secourisme, « Médecin de fortune ». Cette compétence seule rivalise avec l'art de soigner de plus haut niveau.
Elle permet de savoir comment soulager les symptômes même quand on ignore la cause de la maladie.
On ne peut pas guérir, mais elle améliore temporairement un état critique — calmer la douleur, arrêter un saignement — et gagne du temps jusqu'à ce qu'un vrai sort ou une vraie technique de soin intervienne.
Newman fit un bref visage perplexe, mais retrouva aussitôt son air grave, acquiesça et accepta le médicament de ma main.
***
Pendant que Newman soignait, je cherchai alentour quelque chose qui pourrait indiquer la cause.
« Hmm, ceci… »
Je remarquai aussitôt un carré de papier tombé par terre.
En le touchant, je sentis qu'une fine poudre y adhérait encore.
« Un médicament ? »
Avec une bénédiction d'herboriste ou d'alchimiste, on peut identifier un médicament rien qu'en en goûtant une infime quantité, mais je n'ai pas ce genre de capacité.
« Docteur Newman, regardez ça. »
Je lui montrai le papier.
« C'est… c'est ça ! Red, aide-moi, on l'emmène à la clinique ! »
« On peut le bouger ? Compris ! »
Faute de brancard, je pris le haut du corps et Newman les jambes, et nous le transportâmes à la clinique.
Les badauds dehors, en nous voyant, s'empressèrent de nous faire passage.
« Poussez-vous, poussez-vous ! »
Menés par les voix tonitruantes des gens du quartier bas, nous regagnâmes la clinique.
***
Peu après, Jackson vomit abondamment une fois et se calma tant bien que mal. Il avait encore l'air de souffrir, mais semblait pouvoir respirer normalement.
Entre-temps, Newman, le visage grave, emporta le seau de vomissures dans la salle d'examen.
La réceptionniste, l'air inquiet, s'affairait à aider Newman.
« Il ne faut pas crier victoire, mais le plus dangereux est passé. »
Newman poussa un long soupir.
« Au fait, quelle en est la cause ? »
« Apparemment, c'est à la mode en ce moment. »
Quand je penchai la tête, Newman me montra le papier que j'avais ramassé.
« C'est de la drogue. Récemment, un médicament autorisé s'est révélé être… ce genre de chose. Les autorités l'ont réglementé illico, mais il semble qu'une sacrée quantité ait déjà été distribuée. »
Je me souvins du tumulte quand je suis allé demander l'autorisation pour l'anesthésique.
« En d'autres termes, c'est une intoxication médicamenteuse. »
« Les symptômes précis et les contre-mesures sont encore à l'étude chez les autres médecins. Mais que l'astéride gris fonctionne, c'est un angle mort. Je partage l'info avec les autres cliniques, ça te va ? »
Partager ne posait pas de problème, mais comment présenter ma découverte. Laisser le mérite au docteur ici serait peu naturel.
Je ne pense pas que mon identité soit dévoilée pour si peu… Dire que, bien que possédant une bénédiction permettant la préparation intermédiaire, je n'avais que le secourisme pour évaluer les symptômes, ça tient la route.
« Ça ne me dérange pas. »
Je répondis brièvement.
***
Jackson n'avait toujours pas repris conscience, mais comme j'avais la boutique à tenir, je décidai de rentrer.
« Ta présence m'a sauvé, Red. »
Au moment de partir, Newman baissa la tête pour me remercier.
« Pour la drogue en question, ce ne sont encore que les premiers cas d'intoxication ; je pense qu'on va voir débarquer bien d'autres patients. J'aimerais que toi aussi, tu prépares du médicament. »
« Entendu, je cultive de l'astéride gris dans le jardin, j'ai du stock. Dis-le-moi si ça vient à manquer. »
« Tu es rassurant. »
De la drogue, hein. Qui a bien pu l'apporter ?
Cela dit, je n'ai pas l'intention de le découvrir moi-même.
***
« T'es loooent ! »
En rentrant à la boutique, je trouvai Rit qui faisait la moue en râlant.
« J'ai faim ! »
Il était déjà bien passé midi, tiens.
Apparemment, Gonz et Tanta étaient rentrés manger à la maison.
« Désolé, désolé, y a eu un pépin. »
« Un pépin ? T'as pas glandé, au moins ? »
« Je suis passé chez le docteur Newman, et là, tu te souviens de l'histoire de la drogue qu'on a entendue quand on est allés demander l'autorisation pour le nouveau médicament ? Ben un gars du quartier a fait une intoxication. J'ai aidé pour les premiers secours. »
« Ah bon, y a déjà des intoxiqués. C'est donc un médicament si dangereux. »
« Comment savoir, c'est peut-être juste quelqu'un dont le corps ne l'a pas supporté. De toute façon, ça va probablement augmenter, on m'a demandé de préparer les médicaments. »
Tout en parlant, je me dirigeai vers la salle de bains pour me laver les mains. Bien sûr, pour cuisiner ensuite.
« Je retourne au marché avant la soirée, tiens la boutique d'ici là. »
« Compris, et pour le midi je veux une omelette. »
« Il me reste de la sauce tomate toute faite, ça ira vite. »
« Youpi. »
À l'époque de mes voyages, je gardais toujours des œufs dans ma boîte d'objets.
C'est nutritif et ça varie les plats. Ça sert de plat principal, d'accompagnement ou de sauce.
C'est un ingrédient que les gens du commun achètent normalement, mais un peu cher pour en acheter tous les jours. Moi, je m'arrangeais pour en avoir toujours.
Servir l'omelette baveuse ou bien cuite, c'est une question de goût.
Moi, je l'aime quand la surface est croustillante à souhait.
Quant aux ingrédients à mettre dedans… viande hachée, noix, oignons, je les mets avant de cuire. C'est aussi une question de goût, rouler en cuisant doit être bon aussi.
Quand je suis seul, je procède comme ça, mais…
« Et Rit, elle aime comment ? »
Quand y a quelqu'un avec qui manger, ça devient un petit dilemme. faudait-il demander son goût à Rit ?
Tenant l'œuf, j'hésitai un court instant, puis, sans revenir vers Rit, je cassai l'œuf.
D'abord, je lui ferai goûter l'omelette que je trouve la meilleure. C'est décidé.
***
Sur l'omelette croustillante reposait une sauce tomate rouge, saupoudrée de basilic en poudre.
En accompagnement : soupe aux herbes, pain blanc et deux saucisses.
Rit en prit une bouchée, détendit les lèvres, puis se mit à manger à toute vitesse.
Le déjeuner ayant retardé, elle avait sans doute faim, mais elle avalait à une vitesse peu féminine, faisant claquer sa cuillère.
Je m'aperçus que moi aussi, j'avais le coin des lèvres détendu sans m'en rendre compte. Je commençai à manger à mon tour.
« Mm, c'est bon. »
C'était bien meilleur que lors de la dégustation en cuisinant. Peut-être parce qu'il y a quelqu'un qui mange avec appétit devant moi.