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Banished from the Hero's Party

Chapitre 141

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Chapitre 141

Chapitre 141

Chapitre 141/15790%~11 min de lecture2 064 mots

Le jour où nous avons restitué Rinrirara et les siens au prince Salius.

Après cela, nous avons laissé Missphia, le prince Salius et Rinrirara dans la pièce et sommes descendus dans le hall de l'auberge où se trouvaient les soldats de la marine de Véronia.

Les soldats semblaient y manger par roulement, avalant soupe et pain.

« Tiens, j'ai faim, moi. »

Dehors, il faisait déjà nuit.

J'étais sorti de la boutique avant midi pour apporter des médicaments à la clinique de Newman, j'avais croisé le fer avec Rinrirara en chemin, nous l'avions emmenée au manoir de Ruti, appelé Missphia et les autres, le prince Salius était arrivé, nous avions récupéré Rinrirara et sa suite et nous étions venus ici.

Une journée passablement chargée.

Demain, je veux prendre mon temps.

« Hé, t'as l'estomac dans les talons ? »

Un soldat… à en juger par son apparence, un demi-humain issu d'un haut-elfe, m'interpelle.

Ses oreilles sont juste légèrement pointues, sinon identiques à celles d'un humain. Ses traits corporels sont quasi humains.

On dirait qu'un haut-elfe figure parmi ses arrière-grands-parents.

Sa peau hâlée et burinée ne ment pas : c'est un marin. Pourtant, pas de barbe, et ses yeux ont une fraîcheur déplacée qui trahit son ascendance elfique.

Lui aussi, quand nous sommes revenus au hall, nous dévisageait avec hostilité en tant que ravisseurs de Rinrirara, mais après qu'on lui a expliqué que ses subordonnés, capturés avec elle, s'étaient réconciliés, il est devenu tout à fait aimable.

« Ah ouais, j'ai rien bouffé depuis midi. »

« C'est ça ? Alors, si ça te va, y a de la soupe sur la table. »

Il désigne le récipient du doigt.

De la cuisine de la marine véronaise, hein.

Le royaume de Véronia a eu maille à partir avec le royaume d'Avalonia, donc je n'ai jamais goûté à leur cuisine. Quel assaisonnement utilisent-ils ? Ça m'intrigue.

« Bon, je veux bien un peu, si c'est possible. »

« Y a pas de souci. »

Apparemment, c'est un sous-officier. Il aboie un ordre à ses hommes, et des soldats à la barbe naissante apportent illico soupe et pain pour tout le monde.

La soupe est à peine trouble, mais assez transparente pour voir le fond du bol.

L'odeur… presque inexistante.

Dedans flottent du porc, des oignons et des carottes coupés n'importe comment.

La viande est épaisse, encore rosée.

« …… »

Hmm… c'est peut-être ça.

Je porte une cuillerée à mes lèvres.

De l'eau salée.

Je goûte les ingrédients : rien n'est cuit à cœur, certains sont encore froids au centre.

En clair.

« C'est dégueu. »

Ruti, qui mangeait à côté de moi, le dit net.

Visage impassible, mais les sourcils forment un « ハ » inquiété ; elle le pense vraiment.

Le sous-officier ne s'énerve pas, il rit.

« Tu l'entends, Kurt ! C'est bien dégueu, hein ! »

« Désolé, j'ai pas le skill cuisine. »

Kurt, la trentaine, l'un de ceux qui ont apporté les gamelles, rigole en se grattant la tête.

Pas tant un skill qui manque que les bases mêmes de la cuisine…

« Ah, d'accord, tu cuisines pas d'habitude. Alors c'est normal. »

« Non, je suis cuistot. Je fais la popote sur le navire aussi. »

Kurt a l'air gêné.

Non mais, quand même, c'est bizarre.

« Au fait, t'as quelle expérience en cuisine ? »

« J'ai commencé à cuisiner en m'engageant. »

« Ça arrive… mais personne pour t'apprendre ? »

« On m'a pas appris à cuisiner, par contre la gestion des stocks et comment empêcher les matelots de chaparder la bouffe, ça on m'a montré. »

Effectivement, c'est peut-être la compétence numéro un d'un cuistot de bord.

« Ouai, la cuisine c'est pas son fort, mais Kurt c'est un "Tireur d'élite". Son œil en vigie, c'est du lourd. »

« Merci. »

C'est important, okay… mais bon.

« Yosh. »

Après une courte hésitation, je me lève.

« C'est moi qui vais cuisiner. »

« Hein ? »

« On est à Zoltan, merde. Que les ingrédients de Zoltan finissent en ça, en tant que citoyen de Zoltan, j'accepte pas. »

« O, oua ? »

La vraie raison, c'est que je supporte pas de manger mauvais le ventre vide, mais je n'en dis rien.

Je m'impose en cuisine, traînant un Kurt perplexe, et je m'y mets sans attendre.

J'ai faim.

Pas le temps pour des plats longs.

« Je refais la même soupe porc-légumes. »

« Avec les mêmes ingrédients ? »

« La base, ouais. »

Carottes non épluchées, coupées petites. La peau, c'est le meilleur.

Oignons : partie blanche en biais fin, partie verte hachée menu.

Ensuite, gros morceaux de beurre fondus dans la marmite.

Légumes dedans, sautés franchement. Ça empêche qu'ils se défont à la cuisson et garde saveur et nutriments.

Porc tranché fin, posé sur les légumes.

Eau à mi-hauteur des légumes. Pas encore de vraie soupe.

Dès que ça bout, couvercle et sept minutes vapeur. Plus rapide que mijoter, et le sucre des légumes reste dedans.

Ensuite, eau et sel, un bouillon. Goût, ajustement sel, poivre, et une pincée de poudre de poisson du petit pot.

Vingt minutes montre en main, préparation comprise.

Touche finale : persil haché parsé par-dessus.

« Yosh. »

Une fois en bols, ça sent bon le légume bien cuit.

« Hé, moi aussi j'en veux ! »

« Y en a pour une vingtaine de bols. »

Kurt prend son bol, ne retourne même pas au hall, goûte sur place.

« Umee !! »

La vie sur un navire militaire, c'est l'enfer pour un civil.

Du coup, quand le bateau fait escale, si on laisse tout l'équipage descendre, y a des déserteurs.

La norme : rotation, petit groupe en permission, le reste reste à bord.

Un capitaine tyrannique peut ne pas les faire descendre pendant des années.

Donc même en escale, ils bouffent presque tout le temps sur le navire.

« C'est… c'est la première fois depuis longtemps que je bouffe un truc aussi bon. T'es "Cuisinier", toi ? »

« Non, j'ai juste le skill Cuisine niveau 1 en commun, c'est tout. »

« Niveau 1 et c'est aussi bon ?! »

« Le skill aide, mais d'abord faut connaître les bases. »

Le sens de la préparation, les règles de l'assaisonnement, et imaginer le goût final pendant qu'on cuisine.

Rien de sorcier, mais dans ce monde où tout le monde pense que bénédiction et skills font tout, les bases sont négligées.

Le fait qu'en montant en niveau on s'en sorte quand même n'arrange pas les choses.

Peut-être que c'est bien comme ça, hein.

Mais balayer l'incapacité à cuisiner d'un « pas de skill, tant pis », c'est problématique.

Pareil pour l'épée.

Le débat « l'escrime est inutile » revient dans toutes les armées. « Autant chasser du monstre pour monter en niveau plutôt qu'apprendre l'escrime », ou des commandants qui suppriment l'entraînement pour envoyer les troupes exterminer des monstres.

Résultat : la seule solution à tout devient « monter en niveau ».

Mais quand il faut résoudre un problème *maintenant* et que le niveau ne suit pas, on fait quoi ?

Le chef de mon ordre, les Chevaliers Bahamut, était un puriste de l'escrime.

Par l'escrime, on acquiert une force au-delà du niveau.

Il maîtrisait non seulement l'épée, mais lance, hache, bâton, faux… toute arme non couverte par ses skills. Ses subalternes se demandaient s'il n'était pas juste un maniaque, tant il devenait loquace et excité dès qu'on parlait armes… mais pour moi, « Guide » qui ne peux pas compter sur les skills, c'était un bienfaiteur.

« Je vois… la cuisine, c'est réfléchir pendant qu'on fait, hein. »

Quand je lui ai expliqué les bases de la cuisson et des assaisonnements, Kurt a acquiescé, ému, passant spontanément au vouvoiement.

« Bon, aide-moi à dresser. »

Au final, j'ai pas mal cuisiné : porridge de pain durci, poisson séché grillé moelleux, purée salée qui appelle la bière. Ventre vide oblige.

Kurt m'a filé un coup de main pour ces ajouts. Porridge, poisson, purée : des plats simples.

Le skill change surtout l'assaisonnement. Un plat juste salé devient bon avec un skill cuisine élevé.

Sans skill, comment faire ?

Choisir une recette qui tire le maximum des condiments dispo. Logique, mais peu de cuistots le font. Beaucoup attribuent tout, réussite comme échec, à la bénédiction et aux skills.

« Oui ! »

Kurt salue comme pour un supérieur, saisit la vaisselle et file dresser d'un pas vif.

Pas assez pour tout le monde, mais de quoi nourrir une belle tablée.

Je me dis que j'avais pas d'obligation à faire ça, mais les acclamations qui montent de l'autre pièce me font sourire en coin.

***

Bon, la cuisine a cartonné.

« Ça faisait longtemps que j'avais pas bouffé aussi bon ! »

Entouré par des soldats véroniens qui étaient nos ennemis il y a peu, je me fais couvrir de louanges.

« Surtout, c'est dingue que ce soit Kurt qui ait fait ces amuse-gueules si bons ! »

La purée, n'importe qui peut la faire… c'est ce que pense quelqu'un qui *connaît* les bases.

Donne une épée à qui n'en a jamais tenu, il ne coupera rien. Donne une poêle à qui n'a jamais cuisiné, il cuira mal la viande.

Et l'échec est attribué au manque de skill, on se contente d'un truc mangeable et on appelle ça « cuisiner sans skill ».

… À ce moment-là, j'avais peut-être oublié la peur de sortir du lot.

« C'est vrai, c'est bon. »

« Bien sûr, mon Red est incroyable. »

« Oui, mon grand frère est incroyable. »

Salius, Rinrirara et sa suite avaient débarqué dans le hall, et Rit et Ruti se tenaient côte à côte, la poitrine bombée, fièrement.

« Hmm, je me disais bien qu'il fallait améliorer la bouffe. Hem, hum… Rinrirara s'en fichait complètement. »

Le prince Salius hoche la tête à répétition en marmonnant ça.

J'ai senti, dès cet instant, que ça allait devenir pénible.

Quelques jours plus tard.

Missphia et le maire Tornade sont venus exprès à ma boutique pour me demander d'organiser un cocktail pour les soldats, avec Kurt.

***

« Sensei ! Aujourd'hui encore, je compte sur vous ! »

Jour du cocktail.

Kurt, cuistot de la marine véronica, me salue les yeux brillants.

J'avais dit qu'un porteur de la bénédiction « Cuisinier » serait plus indiqué, mais Salius et Rinrirara ont insisté.

Il y a aussi l'objectif de former Kurt.

La rémunération est très belle. De quoi éclipser le chiffre d'affaires habituel de la boutique.

« Pouvoir servir de l'oden ici, c'est le summum pour une tenancière d'oden ! »

C'est Oparala, la patronne du yatai à oden, qui retrousse ses manches.

« Non, sérieusement, je compte sur toi. »

C'est la renfort que j'ai suppliée de venir, avec Ruti, parce que j'avais peur que ma cuisine rate.

Même si mon plat foire, l'oden déjà mijoté d'Oparala fera filet de sécurité.

« Mais le héros du jour, c'est le patron Red. Moi, je suis le second rôle, je tiens la baraque. »

Elle le dit avec un sourire triomphant, en préparant le tendon de bœuf.

Quoi ? Une blague sur l'oden ?

« Bon, vu le fric qu'on touche, je vais y aller à fond. »

Je sors mon couteau fétiche, enfile mon tablier.

« Au fait, ton couteau n'est pas en cuivre. »

« Bah non. »

« C'est quoi ce "bah non" ? L'épée, c'est plus important, non ? »

Oparala rigole, amusée.

Certes, l'arme qui porte ma vie est une épée de cuivre, mais mon couteau de cuisine est en acier. C'est bizarre, dit comme ça.

« Red. »

Je me retourne à l'appel. Rit et Ruti sont là.

« Assistantes prêtes ! »

« Je fais de mon mieux. »

Rit en tablier rouge, Ruti en tablier rond orné d'une tête de chat, toutes deux une louche en main droite.

« Ça fait cuistot, non ? »

Rit rit en cachant sa bouche sous son bandana.

Elles sont mignonnes, mais toutes deux nulles en cuisine.

Rit l'héroïne, Ruti la plus forte des héros, connaissent les bases du bivouac, mais niveau lambda.

Leur physique surhumain et la magie des esprits sont impuissants face à la cuisine. C'est profond, la cuisine.

Bon, passons aux choses sérieuses.

J'aligne les ingrédients apportés sur la table.

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