Su Ping reporta son attention sur le petit squelette. Conformément au processus décrit dans le Contrat de familier antique, il se mordit le doigt et peignit lentement le front du petit squelette avec son sang.
Le petit squelette restait assis là, les esprits ailleurs. Il semblait complètement étranger à tout ce qui l’entourait, puis il réagit à l’odeur du sang sur le doigt de Su Ping ; une teinte cramoisie très pâle apparut dans ses orbites creuses.
Le petit squelette leva lentement un bras vers la main de Su Ping, bien que ce dernier ait retiré sa propre main dès qu’il eut terminé de poser le contrat.
Un motif sanguin complexe était gravé sur le front du petit squelette.
Alors que Su Ping baissait la main, le motif sanguin disparut peu à peu, comme si le petit squelette l’avait absorbé.
À l’instant suivant, Su Ping ressentit une nouvelle ligne s’ajouter dans sa conscience, reliée à une conscience externe.
La seconde était une conscience particulièrement faible, telle une flamme vacillante prête à s’éteindre à tout moment.
Depuis cette conscience affaiblie, Su Ping perçut de vagues indices de peur et de désorientation.
« Est-ce la conscience du petit squelette ? » Su Ping observa le petit squelette. Grâce au pouvoir accordé par le contrat, il percevait avec netteté les variations des émotions du petit squelette.
Le petit squelette leva la tête, le regard vague fixé sur Su Ping. Il restait encore perplexe face aux récents changements qu’il subissait.
Su Ping lui tapota doucement la petite tête. Après tout, le petit squelette venait tout juste de naître. Il ne possédait ni héritage ni souvenirs. Il était donc naturel qu’il soit désorienté face à tout.
Su Ping alla ouvrir la porte. Lorsque la lumière du soleil envahit le magasin, il sentit brusquement la peur émaner de l’esprit du petit squelette.
Il se retourna et découvrit le petit squelette qui était tombé du comptoir. Les os épars bougèrent lentement pour regagner l’ombre au fond d’un coin près du comptoir. Le petit squelette se remonta seul. Il serrait ses genoux contre lui, replié sur lui-même, tremblant de terreur.
« Craint-il la lumière du soleil ? »
Su Ping resta surpris. Il prit conscience de son ignorance. La majorité des familiers issus de la lignée démoniaque préféraient un environnement sombre. Une minorité d’entre eux avait une telle phobie de la lumière solaire qu’ils ne pouvaient rester qu’à l’obscurité.
Su Ping revint immédiatement et transporta le petit squelette tremblant jusqu’à la pièce aux animaux à l’arrière.
Un enclos d’élevage vide se trouvait là. Su Ping y déposa le petit squelette.
« Système, cet enclos d’élevage gratuit coûte dix pièces par heure. Que peut-il faire ? » demanda Su Ping, animé par la curiosité.
Louer un service de pension pour familiers à dix pièces l’heure n’était pas donné.
« Les enclos gratuits sont construits avec des pierres spirituelles brisées. L’énergie spirituelle résiduelle et les radiations complexes et troublantes provenant des minéraux récupérés peuvent favoriser la croissance du familier. Il y a de fortes chances que les familiers subissent une mutation », expliqua le système.
« Se muter ? »
Su Ping sursauta.
Mis à part l’évolution, une différence dans l’environnement de vie pouvait offrir une faible possibilité que les familiers se mutent.
Quant à la mutation, elle signifiait que le familier deviendrait une espèce totalement différente.
Peut-être pourrait-il évoluer vers une nouvelle espèce plus puissante, ou dégénérer en une espèce ratée.
Certaines zones de guerre aux environnements extrêmes, remplis de ruines et de déchets technologiques, étaient les lieux les plus propices à l’élevage de bêtes mutantes.
La plupart des bêtes mutantes transportaient des agents porteurs de maladies inconnues, susceptibles de provoquer très probablement des pandémies ou des attaques virales à grande échelle.
De tels cas pouvaient s’avérer mortels pour le grand public. Par conséquent, dans la plupart des cas, l’expression « familier muté » suffisait à semer la panique.
En même temps, dans le cadre des études scientifiques sur les familiers, on n’avait jamais cessé d’y induire des mutations. Nombreux étaient les célèbres familiers de neuvième rang de la Fédération à être le fruit de telles méthodes. Ces familiers excellaiemt au combat et avaient également été reproduits avec succès comme nouvelles espèces !
« Les familiers qui se mutent dans les enclos sont-ils bons ou mauvais ? » consulta Su Ping auprès du système.
Le système répondit brièvement : « C’est la moitié-moitié. Il est conseillé à l’hôte de mettre à niveau les enclos en enclos de rang élémentaire, afin d’éviter d’abîmer la réputation du magasin. »
Su Ping serra les lèvres avec ironie.
Heureusement, il avait pensé à poser cette question.
Il avait déjà eu un doute quand le système avait évoqué les radiations des minéraux brisés. Qui cherche à économiser finit souvent par acheter de la pacotille.
« Passe à la mise à niveau. »
Sans hésiter, Su Ping prit sa décision.
Premièrement, après la mise à niveau, le loyer serait multiplié par dix et d’autres avantages suivraient. Deuxièmement, il ne pouvait pas se permettre de faire face aux risques de mutations avortées.
Blesser les familiers de ses clients et entrer en conflit avec eux nuirait irréversiblement à la réputation du magasin. Le système ne lui offrait pas gratuitement un enclos d’élevage. Il lui plantait une vraie bombe à retardement !
Bonne pioche, il venait de réaliser quelques bénéfices rapides. Mis à part cela, l’activité stagnait depuis quelques jours. Rien ne s’était passé.
-20 points d’énergie.
Soudain, une clarté blanche et diffuse resplendit au-dessus des deux anciens bancs de concrétions. Lorsque la lumière blanche se dissipa, il constata que les bancs arboraient un aspect entièrement neuf. Leur structure restait pratiquement identique ; ils utilisaient les mêmes pierres acérées, mais la couleur de chaque stalagmite était radicalement différente.
Auparavant, les emplacements semblaient avoir été confectionnés avec des rochers bruts aux teintes sombres et ternes. Désormais, les stalagmites ressemblaient à de l’ivoire, débordant de vitalité.
« Là, ça commence à parler. »
Su Ping fut satisfait.
Son cœur se serra néanmoins en se rappelant que cet enclos de rang élémentaire lui coûterait un point d’énergie par jour pour son entretien.
Cela faisait déjà sérieuse pression sur son budget.
En un clin d’œil, il ne lui restait plus que moins de cent points d’énergie sur les trois cent quinze initiaux.
« Je dois profiter de chaque instant disponible pour gagner des points d’énergie. J’ai toujours besoin de mettre à niveau la Piscine de l’esprit chaotique. »
Rien qu’à penser aux effets qu’une Piscine de l’esprit chaotique de troisième rang pourrait produire, Su Ping frissonnait d’impatience. S’il parvenait à élever un familier issu d’une lignée de Roi des Bêtes, le simple fait de l’exposer dans le magasin suffirait à attirer une foule de clients !
« Quelqu’un est là ? » lança une voix depuis l’extérieur du magasin.
Cette voix lui était familière. Il sortit en hâte de la pièce aux animaux située à l’arrière.
Deux jeunes femmes élégamment habillées se tenaient près de la porte, observant les alentours avec une grande attention.
« Quoi ? »
Su Ping reconnut immédiatement l’une d’elles du premier coup d’œil. C’était la jeune fille venue chercher le Rat foudre.
...
« Le patron est là ? » interrogea Su Yanying près de l’entrée. Elle jeta un coup d’œil à l’intérieur du magasin, visiblement confuse.
« Yingying, es-tu certaine que c’est bien ici ? »
Lan Lele, vêtue d’une jupe légère en gaze, les avait suivi. Après avoir contemplé ce petit magasin si peu recommandable et disgracieux, elle peinait à croire que ce génie du Rat foudre ait pu y être dressé.
« C’est bien ici ! »
Su Yanying en était persuadée. « Ce lieu doit forcément avoir un rapport avec les transformations de mon Rat foudre ! »
Elle avait fini par mieux comprendre la situation après les épreuves préliminaires ; il y avait bel et bien quelque chose d’anormal chez son Rat foudre.
Après les passages et les interrogatoires de ses professeurs et du conseiller de classe, elle avait pris pleine conscience à quel point son Rat foudre était incroyablement fort !
On pourrait qualifier cela de coïncidence si le Rat foudre n’avait appris qu’une seule compétence avancée de familier. Mais qui aurait pu tenir ce discours en voyant sa maîtrise de deux compétences pareilles ?
Elle avait su détacher la piste de ses professeurs ; après tout, elle n’en était pas vraiment sûre. Pourtant, elle savait pertinemment que cela pouvait avoir un lien avec le magasin où elle avait confié son Rat foudre en pension temporaire.
Avant cela, le Rat foudre était plutôt ordinaire et il n’avait jamais été en contact avec quoi que ce soit d’autre avant son séjour au magasin. À la lumière de cette analyse, elle était convaincue que le seul facteur variable dans l’équation restait le magasin !