Lorsque le rapport volontaire fut effectivement refusé, la Maison Bleue et le parti au pouvoir ne cachèrent pas leur mécontentement.
En tout état de cause, tant que les données ne sont pas remises, le gouvernement ne peut pas examiner arbitrairement les avoirs et les historiques de transactions d'une société étrangère.
C'est pourquoi on continue de pister les flux de virements depuis l'intérieur du pays ainsi que les ventes, les bénéfices et la trésorerie de la société étrangère pour débusquer l'évasion fiscale offshore.
Il y avait une entreprise qui s'agitait encore plus que nous sur ce dossier : le groupe Rite.
Le groupe Rite est une société fondée au Japon par le président Jin Kyung-ho, un Coréen du Japon. Fort de son succès au Japon, il a pénétré le marché coréen à la fin des années 1960 et s'est hissé au cinquième rang des conglomérats coréens.
Le problème, c'est que tandis que le chiffre d'affaires de Rite Japan stagne depuis, celui de Rite Korea a explosé. Les chiffres des deux entités se sont inversés depuis longtemps, 90 % du revenu étant généré par Rite Korea. Pourtant, comme la structure de gouvernance où Rite Japan contrôle Rite Korea demeure, la controverse ne cesse d'enfler.
À mesure que l'opinion se dégradait, le vice-président Jin Dong-min, qui dirige Rite Korea, a promis de faire coter Rite Hotel et d'engager sa séparation d'avec le siège japonais.
Comme je quittais l'entreprise, les reporters qui attendaient à l'entrée me suivirent.
« On a entendu dire que vous avez refusé de déclarer volontairement vos avoirs offshore. »
« Vous opposez-vous à la politique du gouvernement ? »
« Les autres entreprises paient correctement leurs impôts. Trouvez-vous normal d'avoir une société dans un paradis fiscal ? »
« Que pensez-vous de la déclaration du président selon laquelle les entreprises doivent assumer leurs responsabilités sociales ? »
« Avez-vous l'intention de vous introduire sur le marché boursier coréen ? »
« Dites un mot au public. »
Je m'arrêtai et dis :
« Je gère mes affaires moi-même. Je n'ai aucune intention de me plier à ce qu'on me dit de faire ou de ne pas faire pour quelque chose qui n'est même pas imposé par la loi. »
…
Tout le monde sait qu'OTK Company est domiciliée dans un paradis fiscal.
Mais maintenant que le gouvernement s'est saisi de l'évasion fiscale offshore, la polémique a repris de plus belle.
Avec le développement de Saemangeum piloté par OTK Company et compte tenu de mes relations avec les États-Unis, la Maison Bleue et le parti au pouvoir semblaient s'abstenir de tout commentaire supplémentaire. Pourtant, les médias ne cessaient de gloser sur mille sujets.
Je pensais en regardant les actualités.
À quoi est-ce que je ressemble aux yeux du public ?
Un homme d'affaires qui a réussi ? Un investisseur doté de prescience ? Ou un être froid qui ne se soucie que de l'argent ?
Mon esprit est encombré de mille pensées. Ellie, qui rentra tard du travail, me vit et dit :
« Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu n'as pas l'air bien, Jin-hoo. »
« C'est rien. »
« Ce n'est pas rien. »
Ellie s'affala à côté de moi.
« Allez, dis-moi. »
« Je me demande juste si je fais ce qu'il faut. »
Beaucoup de self-made men ont établi des plans de vie dès l'enfance et les ont exécutés étape par étape. Warren Buffett l'a fait, Masayoshi Son aussi.
Moi, je n'ai fait que gagner de l'argent quand l'occasion s'en présentait, et me voici arrivé là, on ne sait trop comment.
Je n'avais aucun but particulier, aucun sens de la mission.
Même moi, je ne savais pas qu'OTK Company grossirait à ce point.
Tout a tellement changé en seulement cinq ans. Les voitures électriques autonomes font désormais partie du quotidien. La pornographie a ouvert un nouveau marché en croisant réalité virtuelle et poupées grandeur nature. Un VRMMORPG qui rassemble plus de cent millions de joueurs est en production pour le jeu en ligne. Un réacteur à vague de combustion est en construction en Russie. Une ville neuve sort de terre à Saemangeum, qui n'était qu'une friche.
Tout cela était inimaginable il y a cinq ans. Alors, que se passera-t-il dans les cinq prochaines ?
Je vois parfois l'avenir, mais je n'arrive pas à me le représenter nettement. Il en va de même pour moi-même.
En m'écoutant, Ellie sourit.
« Tu sais quelque chose ? »
« Quoi ? »
« Tu es une bien meilleure personne que tu ne le crois, Jin-hoo. »
Je ricannai.
« C'est pas juste toi qui me vois comme ça ? »
Ellie demanda sur un ton badin :
« Tu veux que je te remonte le moral ? »
« Comment ? »
« Comme ça. »
Ellie grimpa sur mes genoux, m'enlaça et m'embrassa.
« Ça va mieux ? »
« C'est pas de la triche, ça ? »
Tandis que nous étions absorbés par le baiser, la voix de Taek-gyu nous parvint de derrière le canapé.
« Euh, hum. Je demande juste pour être sûr, vous n'êtes pas en plein dedans, là ? »
« Ouais. On n'est pas. »
C'était une position qui prêtait à confusion vue depuis l'arrière du canapé.
« Je file, donc vous pouvez continuer ce que vous faisiez. »
« Tu vas où ? »
« Ha-young dit qu'elle bloque sur son scénario et qu'elle a besoin de prendre l'air. »
C'est toujours un geek débordé par sa vie amoureuse.
Une fois Taek-gyu parti, Ellie dit :
« On va prendre l'air nous aussi. »
« Où ça ? »
« Le fleuve Han. »
« Maintenant ? »
« Quand on a le cafard, regarder une rivière ou la mer, ça remonte le moral, non ? »
Guidé par la main d'Ellie, je montai en voiture et pris la direction du fleuve Han.
Peut-être parce que le temps s'était radouci, il y avait pas mal de monde malgré l'heure tardive. Quand nous sortîmes de la voiture, on nous reconnut immédiatement.
« Hé, c'est pas Kang Jin-hoo ? »
« Wah ! C'est vraiment lui. »
« On dirait qu'il est venu avec sa copine. »
« Ils vont bien ensemble. »
Nous marchâmes le long de la berge, bras dessus bras dessous, sans prêter attention aux regards autour de nous. Ça faisait indéniablement du bien d'être dehors.
Nous nous arrêtâmes sous un pont et regardâmes la rivière. Les lumières du pont se refléchaient sur l'eau, et au loin, les feux de la tour Namsan étaient visibles.
« C'est quand même chouette que Séoul ait le fleuve Han. »
Ellie aime l'eau, sans doute parce qu'elle a toujours grandi avec la vue sur la mer.
Je serrai fort sa main et dis :
« On ira à Hong Kong la prochaine fois. »
…
À l'approche de la date du mariage de la grande sœur Hyun-joo, l'attention des investisseurs mondiaux se porta sur la Corée.
Le gouvernement fit divers préparatifs pour accueillir les investisseurs. Il envoya même des cadres opérationnels jusqu'à l'île de Jeju dans le seul but d'attirer des investissements.
C'est au milieu de cela qu'une nouvelle choc tomba.
C'était la venue du prince héritier Sulaiman ben Salman d'Arabie saoudite en Corée. La nouvelle de l'arrivée du prince héritier bouleversa le pays tout entier.
La partie saoudienne indiqua que le but de la visite était d'assister à la cérémonie d'achèvement d'un complexe pour K-Oil, une filiale d'Aramco.
— Pourquoi le prince héritier vient-il ?
— Serait-ce pour rencontrer Kang Jin-hoo ?
— Waouh ! Une rencontre entre le premier investisseur mondial et le prince du pétrole ?
— Le prince héritier Sulaiman, c'est si important ? Comment il se compare à Mansour ?
— Y a même pas à comparer. La capitalisation d'Aramco se murmure à 2 000 milliards de dollars en ce moment. Le prince héritier Sulaiman est pratiquement l'actionnaire unique et le PDG.
— Whoa~ Alors il vaut le double de Kang Jin-hoo ?
— Les 2 000 milliards, c'est du wishful thinking saoudien. En réalité, c'est probablement autour de 1 000 à 1 500 milliards.
— Même ça, c'est dingue, et en plus d'Aramco, il y a plein d'autres entreprises d'État. Tout ça appartient au roi.
— Puisque c'est une monarchie, faut ajouter la valeur des terres domaniales et le droit de lever l'impôt.
— Alors ça se rapprocherait des 5 000 milliards ?
— J'suis trop jaloux ㅜㅜ
…
Quelle est la plus grande entreprise du monde ?
Npple ? Gooble ? MS ? AMZ ? CarOS ? Ou OTK Company ?
Contre toute attente, la plus grande entreprise du monde n'est pas cotée et se trouve au Moyen-Orient. C'est l'entreprise d'État saoudienne, Aramco.
Les démocraties bien établies comme les Pays-Bas, la Norvège ou l'État de l'Alaska utilisent l'argent du pétrole pour l'investissement et le bien-être par consensus social.
Mais dans les monarchies, la classe dirigeante monopolise les revenus du pétrole.
Il en va de même pour l'Arabie saoudite. Le nom même d'Arabie saoudite signifie « le royaume arabe de la maison des Saoud ». Par conséquent, tous les droits pétroliers appartiennent à la famille royale.
Le chiffre d'affaires d'Aramco l'an dernier était de 355 milliards de dollars, et son bénéfice d'exploitation s'élevait à l'astronomique somme de 111 milliards. Sa capitalisation boursière est estimée entre 1 000 milliards minimum et 2 000 milliards.
Actuellement, l'un des dossiers que le monde financier suit le plus attentivement, c'est l'introduction en bourse d'Aramco.
L'Arabie saoudite prévoit de coter environ 10 % des actions d'Aramco pour lever des fonds d'investissement. Même 10 %, ça représente grosso modo 150 milliards de dollars.
En termes de taille d'introduction, c'est vraiment la plus grande du monde.
Alors que Npple ou AMZ valent aujourd'hui plus de 1 000 milliards, leur capitalisation au moment de leur introduction était inférieure à un centième de cela.
Aussi, quand une entreprise valorisée à 10 milliards s'introduit, la part réellement offerte au public est généralement de 20 à 50 %. Mais dans le cas d'Aramco, comme c'est une cotation partielle, 100 % de cette portion sera offerte.
Aucune bourse unique ne pouvant absorber une introduction de cette ampleur d'un seul coup, le plan est de la coter sur cinq ou six places différentes.
L'Arabie saoudite entretient par défaut des relations étroites avec JPMorgan, mais elle a aussi fait continuellement affaire avec Golden Gate.
En particulier, concernant l'introduction à la Bourse de New York pour Aramco, des négociations sont en cours avec Golden Gate. S'ils sont choisis comme chef de file du syndicat de garantie, Golden Gate empochera d'énormes commissions, donc ils font aussi leur maximum.
Taek-gyu demanda :
« C'est quelqu'un d'aussi important que ça ? »
« Le roi actuel s'est retiré de la première ligne politique en raison de son âge avancé, donc c'est lui le roi effectif. »
Ce n'est pas une monarchie constitutionnelle, c'est une monarchie absolue. Naturellement, le pouvoir détenu par le roi est immense. De plus, l'Arabie saoudite est un pays pétrolier notoire.
Son revenu national par habitant dépasse 50 000 dollars grâce aux ventes de pétrole. Cependant, la situation n'est pas brillante récemment. La raison, c'est la baisse du prix du pétrole.
L'économie saoudienne est pratiquement à la merci des cours internationaux du pétrole, et la chute des prix a mis les finances publiques dans le rouge.
Sulaiman n'était pas le prince héritier dès le début.
La maison des Saoud pratique la succession fraternelle. Selon la tradition, son cousin Muhammad aurait dû être le prochain roi, mais Sulaiman l'a écarté et s'est emparé du pouvoir.
Après être devenu prince héritier, il a prôné la réforme et l'éradication de la corruption, emprisonnant des membres de la famille royale et des hommes d'affaires.
Ils étaient par milliers.
« Attends, pourquoi y a-t-il autant de membres de la famille royale ? »
« La royauté arabe peut avoir jusqu'à quatre épouses. Tu crois qu'ils vont se contenter d'une ou deux femmes et de quelques enfants ? »
En fait, le premier roi en avait eu vingt-deux.
« Ah ! Il les a mises en prison ? »
« Il les a mises à l'hôtel. »
Le lieu de détention était l'hôtel de luxe Ritz-Carlton. Pendant un temps, le Ritz-Carlton de Riyad fut surnommé la prison la plus luxueuse du monde.
Comme condition de libération, le prince héritier Sulaiman les a forcés à céder leurs avoirs, de 50 % minimum jusqu'à 70 % maximum.
On sait que plus de 200 milliards de dollars ont ainsi été récupérés pour le trésor public.
À ce stade, l'ampleur de la corruption des princes est simplement ahurissante. En outre, certains ont dû abandonner leurs actions et leurs droits de gestion.
Il y a eu une immense insatisfaction, mais Sulaiman avait déjà saisi le pouvoir comme prince héritier et avait l'opinion publique de son côté, donc tout le monde a fermé sa gueule.
Le Premier ministre Ryu Jeong-hoon alla à l'aéroport accueillir le prince héritier Sulaiman, et la Maison Bleue organisa un banquet de bienvenue suivi d'un sommet.
Le président Heo Chang-min et le prince héritier Sulaiman échangèrent des salutations cordiales. Le président Heo demanda de renforcer la coopération économique avec l'Arabie saoudite, et le prince héritier Sulaiman répondit favorablement.
Ils convinrent de renforcer la coopération non seulement dans les domaines existants de la construction et de l'énergie, mais aussi dans les secteurs d'avenir comme les industries de pointe, l'informatique, les télécommunications et l'automobile.
Les deux dirigeants assistèrent ensemble à la cérémonie d'achèvement du complexe de raffinage et de pétrochimie de K-Oil, mettant en scène l'amitié entre les deux pays.
Les cinq premiers conglomérats montèrent aussi au créneau. En l'absence de son président, le président de Seosung Electronics, Kwon Nak-yeon, assista pour le compte du groupe Seosung afin de discuter des futurs investissements.
Le prince héritier Sulaiman, comme s'il ouvrait un sac d'argent, signa des protocoles d'accord pour 10 milliards de dollars avec des entreprises coréennes.
…
Le bureau de la succursale de Golden Gate était en alerte maximale.
Ils avaient reçu un appel les informant que le prince héritier Sulaiman viendrait après la fin du sommet. À leur demande, Henry, moi, Taek-gyu et Ellie y participâmes aussi.
Un instant plus tard, une voiture arriva devant la grille principale.
Un homme en tenue traditionnelle saoudite descendit d'une Rolls-Royce Phantom. À cause de la barbe qui lui couvrait le visage, on lui aurait donné la quarantaine ou la cinquantaine, mais son âge réel était la mi-trentaine.
Il avait des traits distincts et un visage plutôt beau. Son apparence a probablement joué dans sa popularité auprès du public.
Un prince héritier de monarchie…
En rencontrant quelqu'un comme ça en personne, je me rendis compte une fois de plus à quel point le monde est vaste.
Le prince héritier Sulaiman prit ma main et exprima sa joie.
« C'est un plaisir de vous rencontrer, PDG Kang Jin-hoo. Je souhaitais vous rencontrer depuis longtemps. »