Après le sermon de Monsieur Anais, le cours d'ingénierie magique interrompu reprit. Toutefois, vu le peu de temps qui restait, la séance se limita à une révision, et un travail personnel sur la Création de Fée fut assigné.
Comme prévu, je créai un slime aléatoire et y intégrai une fonction de transformation, m'inspirant du cours de magie de Monsieur Anais. Pour la transformation, je jouai la sécurité en lui donnant la forme d'un poing, avec quelques variations de taille. Les slimes pouvant se transformer et s'étirer pour attaquer, incorporer de tels schémas de comportement me parut naturel. J'avais l'impression de commencer à saisir comment raisonner de façon plus enfantine.
Quant à Alfe, elle recopia consciencieusement la plaque de formule que je lui avais offerte sur une vierge. On aurait dit qu'elle préparait une sauvegarde au cas où elle l'égarerait. Pourtant, même après les conseils du professeur, si le même harcèlement se reproduisait, cela pourrait devenir problématique par la suite.
Néanmoins, ni Monsieur Anais ni Lionel ne cherchèrent à identifier le coupable, et Alfe comme moi n'avions pas l'intention d'y perdre du temps.
J'avais décidé de fermer les yeux sur cet unique incident de harcèlement, tant que nous pouvions passer notre temps en paix sans interférence. Cependant…
« Hé, Alfe, Leafa ! »
Au moment où le cours se termina et que Monsieur Lionel quitta la salle, un garçon costaud nous interpella par nos prénoms. Je compris immédiatement qu'il était celui qui avait insulté Alfe en la traitant de fille de race démoniaque.
« Savez-vous ce qui vous arrivera si vous dénoncez l'affaire au professeur ? »
Les épaules hautes, la poitrine bombée, cherchant à paraître plus grand que son âge ne le permettait, le garçon s'avança vers nous.
On dirait qu'il a soit du culot, soit aucune idée de ce qu'il fait.
« Tiens, tiens. Surprenant. Êtes-vous venu juste pour nous avouer que vous êtes le coupable ? » « Ta… taisez-vous ! Si vous fourrez votre nez, vous subirez le même sort ! »
Je tentai un avertissement, mais il tomba dans l'oreille d'un sourd. Je ne pus m'empêcher d'être stupéfaite.
« Oh, oh. Votre logique est fallacieuse. Vous agissez vraiment comme un enfant. » « Vous êtes une enfant vous aussi ! »
À ma remarque, les garçons alentour renchérirent. « C'est ça, c'est ça ! » raillèrent-ils.
« Nous sommes supérieurs. Comment se fait-il que vous, nouveaux venus arrivés en cours de route, soyez devenus élèves boursiers ! » « Peut-être à cause de nos capacités ? »
N'a-t-il aucune idée de pourquoi nous avons passé des examens d'entrée et des tests de niveau ? Ou bien existe-t-il un autre système d'évaluation ici ?
« Le fils aîné de la famille Gutenberg ne peut pas être inférieur à des roturiers comme vous ! Je sais que vous trichez ! » « … La vie serait facile si l'intelligence était déterminée par l'origine familiale. »
Oups, ça m'a échappé sans filtre. Pas très enfantin comme réplique. Bon, avec des gens comme eux qui avouent si facilement être les coupables, ce sera oublié en trois pas.
« Je… je propose un duel pour régler ça ! » « Un duel ? »
La conversation fit un bond, mais je suppose que c'est le genre d'idée qu'on attend de garçons de cet âge. Toutefois, la différence de gabarit posait problème, et si par malheur je me blessais, quel prétexte donnerais-je à mes parents…
« Je parle d'une Bataille de Fées. Vous ne connaissez même pas ça ? »
Ah, je vois. C'est juste un jeu d'enfants.
Si c'est quelque chose sans présence physique, sans risque de dommage corporel pour l'un ou l'autre, alors très bien, je jouerai le jeu. Je ne garantis pas de me retenir, ceci dit.
« … Leafa… »
Alfe, qui était restée silencieuse tout du long, laissa échapper une voix inquiète et s'accrocha à mon bras.
« Ça ira, Alfe. Plus important encore, si je gagne, promettez-moi de vous excuser auprès d'Alfe et de jurer de ne plus jamais faire un coup pareil ? » « D'accord. Mais si nous gagnons, vous deux quittez l'école. »
La demande n'a rien à voir avec la situation, mais bon, peu importe.
« Une chose pareille… » « C'est bon. Alors, on y va ? »
Je devrais un peu leur faire regretter de m'avoir choisie comme adversaire.
« Vous n'avez pas entendu ?! J'ai dit que vous deviez quitter l'école ! » « Cela m'est égal. Peu importe, tant que je ne perds pas. »