« Bien, essayons de nous exercer à la formule simplifiée d'invocation des fées. Ceux qui ont fini d'écrire dans leur cahier, allez-y, exercez-vous. »
« Page vingt-six, Leafa. »
Pendant que je regardais le tableau noir, Alfe me renseigna à voix basse. Je tournai à la page indiquée et y trouvai une introduction à « Création de Fée » en tant que magie spirituelle.
Création de Fée était la forme la plus fondamentale de la magie spirituelle, un sort servant à raffiner une fée dépourvue de forme physique. Pour façonner cette fée, il fallait une plaque de formule en guise de catalyseur. On prépare à l'avance les caractéristiques et les schémas de comportement de la fée, puis on les inscrit sur la plaque de formule sous forme de formule simplifiée. L'invocation se fait ensuite en y insufflant de l'éther.
« Alfe et Leafa, servez-vous de ceci, je vous prie. »
Monsieur Lionel distribua des plaques de formule vierges et des stylos-plumes.
« Ce stylo-plume contient une encre dite "encre magique". C'est une encre spécialement conçue pour la magie, dotée de propriétés qui conduisent l'éther. Cette encre magique est également utilisée sur les plaques de formule des appareils magiques de vos maisons. »
La plaque de formule était un carré tout simple, en métal, de dix centimètres de côté et de trois millimètres d'épaisseur. Cette taille laissait de quoi écrire abondamment, mais je m'interrogeais sur la précision qu'exigeait l'inscription.
« Écrivez ce que vous voulez. Prenez garde à ne rien invoquer de trop grand, cela consommerait d'autant plus d'éther. »
Percevant peut-être mon embarras, Monsieur se tourna vers moi et prit la parole. Alfe hocha la tête d'un air entendu et se mit à écrire une formule simplifiée sur la plaque.
« Plante, soleil, jaune, invocation. »
Alfe avait sans doute imaginé une fée de fleurs jaunes, peut-être inspirée par la fée donnée en exemple.
« Mon serviteur. Viens à l'existence. Création de Fée. »
Sur l'incantation d'Alfe, une douce fée de fleurs jaunes émergea de la plaque de formule. La fée, vêtue d'une robe aux pétales qui miroitaient comme le soleil, portait pour une raison ou une autre un chapeau fait de feuilles.
« On dirait que vous avez reproduit jusqu'à ce qui n'est pas écrit sur la plaque de formule, Alfe. »
« Eh bien, euh, c'est que… j'ai pensé à Leafa en le faisant. Parce que Leafa est comme mon soleil… »
Tandis qu'Alfe disait cela, la fée de fleurs jaunes voleta dans les airs et s'approcha de moi.
« Le chapeau de feuille représente mon trésor, c'est ça ? Merci, Alfe. »
« Oui ! »
Alfe avait beau faire preuve d'une habileté assez avancée, Monsieur ne la couvrit pas d'éloges pour autant. C'était peut-être dans les capacités attendues d'Alfe pour un exercice de ce niveau. Si c'était le cas, je pouvais peut-être créer quelque chose de correct, moi aussi.
« … Leafa, quelle sorte de fée vas-tu faire ? »
Attendant que Monsieur aille vérifier le travail d'autres élèves, Alfe me chuchota cela. La capacité d'Alfe à faire preuve d'une délicatesse discrète était vraiment remarquable.
« Eh bien, voyons voir… »
Je n'avais pas envie de trop réfléchir à ce que j'allais créer, alors pourquoi ne pas faire quelque chose qui ferait plaisir à Alfe ? Sur cette idée, j'écrivis rapidement sur la plaque. « Animal, quatre pattes, oreilles de chat, queue, blanc, yeux dorés, yeux bleus, petite taille, invocation. » C'est un peu brouillon, mais j'espère que cela rendra une impression enfantine.
Ce serait bien si je pouvais invoquer le chat de l'histoire du Chat et de la Princesse, celle qu'Alfe aimait.
« … Mon serviteur. Viens à l'existence. Création de Fée. »
Je fis couler de l'éther dans la plaque de formule en même temps que l'incantation. Comme prévu, j'invoquai avec succès un tout petit chat au pelage blanc, avec un œil doré et un œil bleu.
« Leafa, c'est magnifique ! »
Alfe s'exclama de joie, ce qui attira l'attention de Monsieur Lionel.
« …… »
Monsieur ne dit rien, mais une admiration manifeste se lisait sur son visage.
En cherchant à créer quelque chose de brouillon et d'enfantin, j'avais apparemment conjuré sans le vouloir une fée d'une grande précision. Il semblait que superposer l'image d'Alfe au chat modèle m'ait joué un tour.
Je devrais peut-être me montrer moins précise sur les détails la prochaine fois, et créer quelque chose comme un slime. Pour l'instant, je ferais bien d'interrompre l'apport d'éther et de l'effacer.
« Dis, Leafa, ça… »
« Hein, qu'y a-t-il ? »
Pendant que j'effaçais une partie de la plaque de formule, Alfe m'interpella.
« Oh… »
Comme j'avais interrompu l'apport d'éther et effacé l'encre magique de la plaque de formule, le chat disparut naturellement.
« Hein… pourquoi ? Pourquoi il a disparu… ? »
« Ah, j'ai frotté ma manche sur la plaque sans faire attention. »
« Oh non… »
Alfe avait l'air sur le point de pleurer.
Zut. Puisque j'avais pris pour modèle quelque chose qu'Alfe aimait, j'aurais dû y penser.
« Je suis désolée… »
« C-Ce n'est rien… Alors que tu l'avais fait avec tant de soin, il a disparu. C'est toi qui dois être la plus contrariée, et pourtant, moi je… »
Alfe semblait au bord des larmes, se frottant les yeux tout en se mordant la lèvre. On aurait dit qu'elle se retenait de pleurer en se disant que je devais être plus ennuyée et plus triste qu'elle.
Alfe a tellement grandi pour être capable de pousser le raisonnement jusque-là… Elle était un si petit bébé. … Au sens physique, je suis pareille, cela dit.
« Leafa, avez-vous effacé ce chat blanc ? »
« Oh, oui… Je l'ai effacé sans le vouloir. »
« Je vois… »
Il semblait que Monsieur Lionel s'intéressait lui aussi beaucoup au chat blanc que j'avais créé. C'était peut-être une bonne chose que j'aie réussi à l'effacer vite, sans attirer une attention inutile.
« Voilà une bien belle plaque de formule. J'attends le prochain travail pratique avec impatience. »
« Oui, mais… je crois que je vais me concentrer sur des choses plus élémentaires pour l'instant. »
Tout en feignant la modestie, je fis passer mon intention d'éviter que cela ne pèse sur les exercices à venir. Monsieur hocha la tête en respectant ma décision et se dirigea vers un autre élève qui avait levé la main.
Il restait peu de temps avant la fin du cours. Dans toute la salle, les fées créées par mes camarades flottaient çà et là. Alfe, elle, contemplait avec un peu de regret la plaque de formule où mon encre magique avait été effacée, en laissant quelques traces.
« Dis, si elle te plaît tant que ça, je te la donne, cette plaque de formule, Alfe. »
« C'est vrai ? »
« Oui. Il semble que j'aie rempli l'exercice, au moins. »
D'ailleurs, cette plaque de formule était inutilisable en l'état, puisqu'une partie de l'encre magique avait été effacée. Alfe n'en parut pas moins heureuse, sans le moindre souci.
« J'étais tellement contente quand tu as fait un chat tiré de mon livre préféré, Leafa. »
Alfe plissa les yeux d'un air rêveur et sourit avec ravissement.
« Cet album est ton préféré depuis que tu es toute petite. »
« Non, c'est parce que tu me le lisais tout le temps. »
Il semblait que les souvenirs d'Alfe manquaient et avaient été modifiés, depuis la petite enfance jusqu'à l'époque de la garderie environ. À l'origine, c'était Madame Judy qui le lui lisait, et c'était censé être son préféré au point qu'elle en avait eu une peluche.
S'il existait des amies d'enfance capables de se rappeler ce genre de choses, ce serait sans doute inquiétant. Elle n'a pas besoin de connaître toute la vérité, et il vaut mieux se taire.
« … Alfe, tu te souviens de beaucoup de choses. »
« Oui. Je me souviens de tout ce qui te concerne, Leafa. »
Cette assurance venait très probablement du fait que presque tous les souvenirs d'Alfe étaient liés à moi. Peut-être qu'à l'avenir de tels souvenirs s'effaceront, et ce sera sans doute mieux ainsi.
« Je vois… »
Ne sachant pas quoi répondre à Alfe, je parcourus la salle des yeux. Alfe n'insista pas non plus pour poursuivre la conversation, et elle regarda autour d'elle comme moi.
Toutes sortes de fées créées par mes camarades flottaient ou voletaient. Certaines étaient incomplètes en tant que formes de vie, mais même ces fées imparfaites ressemblaient à des expressions d'imagination enfantine.
À en juger par les réactions de Monsieur Lionel, toute la classe semblait avoir réussi son invocation. Cependant, à regarder ainsi autour de moi, même dans une classe d'élite, l'écart de capacités était devenu tout à fait manifeste.