Une fois le concert terminé, nous sortîmes de la salle et fûmes accueillies par l'air vif de l'hiver. L'intérieur avait été assez chaud, emporté dans le tourbillon de l'excitation et de la chaleur, mais en mettant le pied dehors, je réalisai une fois de plus, de façon aiguë, que c'était l'hiver.
« C'était incroyable ! Je crois que j'aime vraiment cette ambiance survoltée des concerts ! » « Ouais. C'est sympa d'avoir ça de temps en temps. »
Alfe, qui s'était d'abord retenue par considération pour moi — se contentant de se balancer au rythme vers l'arrière — avait fini par profiter du concert depuis le premier rang aux côtés d'Estea et des autres pendant la seconde moitié. La voir lever haut les mains et rebondir légèrement sur le beat, comme une vague d'enthousiasme, rendait la chose amusante pour moi aussi.
« Ah, vous voilà ! Maîtresse~ ! » « Désolée de vous avoir fait attendre, Leafa. » « Ma foi, c'était fort grisant~ ! »
Peu après nous, Estea, Marie et Melua sortirent de la salle. À leur place, des adultes munis de billets commencèrent à descendre les escaliers. Il était déjà passé 19 heures, et la foule semblait passer des étudiants aux adultes.
« Putain, c'était fun ! J'ai descendu mon verre cul sec, mais j'ai encore la gorge complètement sèche ! » « J'ai faim, moi aussi. On dîne dehors avant de rentrer ? »
À la remarque de Marie, Melua proposa immédiatement.
« Moi, je suis partante ! L'Impero est tout près, et c'est pas cher, non ? » « Inutile de s'en faire pour ça. J'invite tout le monde. » « Bon, ça, c'est un peu... »
La conversation allait si vite que j'essayai d'intervenir, mais Marie me fit taire d'un simple regard.
« Quand je dis que c'est bon, c'est bon ! Ne vous en faites pas — commandez ce que vous voulez, autant que vous voulez. En plus, je suis super curieuse de connaître les sous-classes qui se sont rapprochées d'Estea pendant mon absence. C'est l'occasion rêvée, j'ai bien l'intention de faire plus ample connaissance ! »
Marie le dit si franchement — presque brutalement — que nous finîmes toutes par échanger des regards.
« Nyahaha ! Ça nous arrange très bien aussi. Allez, alors, on ne se retient pas. » « Merci beaucoup ! »
Farah l'esquissa d'un rire comme si elle décidait sur le champ, et Alfe emboîta le pas. Après près d'un an à vivre ensemble comme colocataires, les deux semblaient parfaitement synchronisées.
Cependant, au lieu d'avoir l'air satisfaite, Marie haussa un sourcil, posa une main sur la hanche avec un aplomb théâtral, et nous fixa droit dans les yeux.
« Franchement, pas la peine d'être si raides ! J'aime pas avoir l'impression d'être la seule mise à l'écart. » « Ouais, ouais ! Ne t'en fais pas ! C'est exactement comme ça qu'on s'est connues au début, en plus. » « Je sais pas si ça a beaucoup de poids venant de toi, Melua. »
Voyant la situation, Estea intervint, et Marie acquiesça avant de continuer.
« Melua est de la même promo que moi à la base, donc c'est normal. Personnellement, je ne fais pas grand cas du rang social. »
Quand je pensais aux nobles, des gens comme Ignis ou Rizel me venaient à l'esprit, mais il y avait peut-être des cas comme Marie, à qui ces choses importaient peu. Curieuse, je décidai de demander.
« … C'est assez rare d'entendre quelqu'un dire ouvertement qu'il se fiche du rang. Y a-t-il une raison à ça ? » « Aucune en particulier. C'est juste que mon statut de noble et ce grade de lieutenante appartiennent à la famille Versailles. Je les ai obtenus sans le moindre effort personnel. M'en servir comme d'un bouclier pour exiger du respect — ce n'est pas un état d'esprit que je possède. »
La franchise de Marie était vraiment appréciable. Puisqu'elle était l'amie proche d'Estea, c'était probablement quelqu'un en qui je pouvais avoir confiance. Cela dit, rien qu'en passant la journée ensemble, il était clair que son rapport à l'argent était plutôt… décalé. Néanmoins, si elle affirmait qu'il n'y avait pas à s'en faire, il valait mieux la croire sur parole.
« … Ah. Maîtresse, vous pensiez juste que ça vous fait mal qu'on vous invite tout le temps, non ? » « Hein ? Ben, pas totalement faux. » « Faut pas t'en faire — elle te demandera un gros service en échange plus tard, donc c'est bon ! Marie ne raisonne pas du tout en termes de qui est au-dessus ou en dessous. Elle considère que ceux qui ont quelque chose — argent, savoir, talent, capacité — doivent être ceux qui l'offrent. » « Précisément~ ! »
Marie n'avait pas manqué l'explication que Melua me murmurait.
« J'adore les gens qui regorgent de talent. Vous m'intriguez tout particulièrement — vous, que Melua appelle une alchimiste de génie. »
J'avais essayé de rester discrète, mais avec la Coupe de Canalford et tout, je ne pouvais qu'espérer que les rumeurs ne s'étendraient pas trop. Honnêtement… avec les présentations académiques qui arrivent aussi, ça commençait à ressembler à une gageure de garder le tout sous le boisseau.