Après le dîner, Vannabelle nous emmena dans un coin sympa qu'elle connaissait, et nous sortîmes dans la cour, boissons en main.
« Wahou ! Il y a une fontaine ici ! » s'exclama Alfe avec enthousiasme en apercevant la fontaine au loin.
« Ouais, mais parait qu'elle est à sec toute l'année. »
La cour, relativement petite, se trouvait entre le dortoir des nobles et le dortoir des roturiers. Au vu de l'absence d'eau dans la fontaine, elle semblait considérée comme faisant partie des terrains du dortoir des roturiers.
« Pfiou, rien qu'un courant d'air change tout ! » « Ouais~, surtout après un gros dîner, ça fait un bien fou~. »
Assises en cercle sur le bord de la fontaine, laissées bercer par l'air du soir, c'était incroyablement relaxant. Comme je rentrais d'ordinaire directement dans ma chambre après le dîner, je réalisai que j'avais raté cette façon de décompresser.
« Avec cette chaleur, un bain froid serait parfait ! » « D'accord~ ! » « Nyaha ! Faut juste faire gaffe à pas trop refroidir votre ventre ! »
Si la température continuait de grimper, baisser la température de la douche pour la rendre plus fraîche ferait probablement un bien fou. Peut-être devrais-je concevoir un petit outil magique capable de générer de l'air froid — ça serait rudement utile en été.
Pendant que j'y pensais, Hom se pencha vers moi et me chuchota à l'oreille.
« Maîtresse. » « Quoi, Hom ? » « Regarde par-là. »
En suivant le doigt pointé d'Hom, j'aperçus Gutenberg et Jost debout près d'une fenêtre dans le couloir du dortoir des nobles.
« Ah, c'est le garçon Gutenberg. »
Dès que nos regards se croisèrent, il plaqua un carnet ouvert contre la vitre. S'il avait quelque chose à dire, il n'avait qu'à ouvrir la fenêtre et parler normalement. Pourquoi passait-il par l'écrit ? Intriguée, je lus son message.
« … Rizel et Ignis se dirigent vers vous. Rentrez au dortoir immédiatement. » « Ignis ? C'est qui ? »
À ma marmonnade, les oreilles de lapin de Vannabelle tressaillirent, captant mes mots instantanément.
« C'est le vice-président du conseil des élèves~. » « Berk ! Je me souviens — on dit que c'est l'un des pires nobles du coin — mmph!? »
Avant que Vannabelle n'en dise plus, Numelin lui clampa prestement la main sur la bouche.
« Ta voix est trop forte~. » « Oh, au moins tu t'en rends compte. »
Mais malgré ses efforts, c'était trop tard. Un noble du dortoir avait déjà entendu.
Celui qui apparut n'était autre que Rizel de la classe 1-A.
Rizel nous dévisagea en passant la main dans ses cheveux bleus en pics. À ses côtés se tenait un étudiant plus âgé aux cheveux rouges un peu longs, également en pics. Malgré la chaleur humide, il portait un long manteau formel sur une chemise ornée d'un jabot blanc plissé. C'était probablement l'Ignis dont Gutenberg nous avait averties.
« Alors, vous aviez trop peur de venir seule et vous avez ramené un aîné ? » Vannabelle se leva, narguant Rizel.
« Qu'est-ce que tu viens de dire — » « En tant que membre du conseil des élèves, je ne peux pas fermer les yeux sur ceux qui enfreignent le règlement du dortoir. »
Ignis coupa court, son attitude composée stoppant Rizel avant qu'il ne morde à l'hameçon.
« Règlement ? Quel règlement ? C'est pas encore l'extinction des feux, et c'est un espace commun. »
Même après avoir appris qu'ils étaient du conseil des élèves, Vannabelle ne reculait pas. Moi non plus je ne pensais pas qu'on faisait assez de bruit pour poser problème, alors j'acquiesçai.
« Oh… ? »
Entendant la réplique de Vannabelle, Ignis haussa encore ses sourcils déjà arqués.
« Une roturière métisse qui ose répondre à un noble… Typique des crétins ignorants de la classe F. » « … Donc t'es un de ces putains de suprématistes, hein ? »
Marmonna Vannabelle, d'un ton sombre.
« Suprématie ? Ne te méprends pas. C'est simplement une distinction. On vous a accordé vos soi-disant "droits" par pitié. Ne vous leurrez pas en croyant que ça vous rend nos égaux, vous les métisses. » « Tu te prends pour qui, bordel !? »
Vannabelle perdit son sang-froid et attrappa Ignis par le col.
« Et qu'est-ce que tu crois faire ? Tu vas me frapper ? Déjà la violence ? Typique d'une bête. »
Dans ces moments-là, c'était mon rôle d'intervenir et de freiner.
« … Vannabelle. » « Ouais, je sais. »
Dès que j'appelai son nom, Vannabelle le lâcha sans protester.
« J'ai compris. Le frapper serait stupide. Même moi — » « Vannabelle ! »
Avant que Vannabelle ne finisse sa phrase, Farah poussa soudain un cri d'alarme.
« Uwooooah !! »
De nulle part, un étudiant fonça sur nous par derrière, levant un bâton pour frapper.
« … Qu'est-ce que tu crois faire ? »
Farah intercepta l'attaque, bloquant le bâton net. Toutes deux se retournèrent pour fusiller l'agresseur du regard.
« Oh, toutes mes excuses. Quand j'ai cru que le vice-président allait se faire taper, mon bâton a bougé tout seul. » « … Je sais que tu l'as fait exprès. Mes yeux ne peuvent pas être trompés. » « Tch, une demi-humaine et une utilisatrice d'il Magique… »
Celui qui cliqua de la langue et marmonna, c'était Ignis.
« Exactement. »
Farah acquiesça, puis balaya rapidement les alentours du regard et écarta grand les bras.
« … Au fait, j'ai remarqué un truc depuis tout à l'heure. Dans ces buissons, derrière ces arbres — vous avez pas mal de copains qui se planquent, non ? Qu'est-ce que vous comptez faire en nous encerclant ? » « C'est du harcèlement ? Juste parce qu'une élève de la classe F a eu un score parfait en aptitude Mécha-soldat — » « On ne fait que régler un problème à la racine. Vous tous — attrapez-les ! »
Au signal d'Ignis, ses laquais, planqués dans la cour, se ruèrent à l'attaque. Face à l'hostilité évidente dirigée contre elles, Farah et Vannabelle prirent les devants pour mettre la première vague d'assaillants au tapis.
« … Dis, Leafa. On est dans notre tort, là ? » « J'peux pas franchement te dire de te laisser faire sans broncher. »
Vannabelle ricana en demandant, et j'acquiesçai. Il était évident qu'on était tombées dans un piège. Mais y'avait pas trente-six solutions.
« … Je sais ! Je sais ! » Soudain, Alfe, qui était restée silencieuse jusqu'ici, éleva la voix.
« Alfe ? »
Elle serra les poings, les jambes tremblantes, mais fit un pas en avant face à Ignis.
« Hé, Monsieur le Vice-Président. À cette académie, les différends se règlent par duel, non ? » « C'est ce que prévoient les règles. Mais quoi ? C'est votre camp qui a eu recours à la violence en premier. »
Arguer sur qui a commencé ne jouerait qu'en notre défaveur. Depuis le moment où Vannabelle a mordu à l'hameçon et attrapé Ignis par le col, on était déjà tombées droit dans leur piège.
« Vannabelle a eu tort de t'attraper la première, mais tout à l'heure — tu as clairement donné l'ordre d'attaquer. Et je l'ai enregistré ! » déclara Alfe, puis fit apparaître un miroir d'eau dans les airs. Le miroir flottant, renforcé par une magie de projection, rejoua les paroles et les actes d'Ignis de l'instant d'avant.
« Quoi !? En si peu de temps… ? »
Les yeux d'Ignis s'écarquillèrent de stupeur, ses lèvres se tordirent de frustration. Ses laquais, pris de court par ce revirement inattendu, se mirent à reculer dans la confusion. C'était le moment de bravoure d'Alfe, et je devais m'assurer qu'il ne soit pas gâché. C'était mon rôle de reprendre la situation en main.
« Bon, maintenant que c'est dévoilé, vous êtes dans une position délicate, non ? Dans ce cas, pourquoi ne pas régler ça comme il se doit entre étudiants — par un duel, comme Alfe l'a suggéré ? »
Ignis grinca des dents face à ma proposition, tandis que Rizel se tortillait mal à l'aise, se balançant d'un côté à l'autre.
« … La seule humaine de la classe F se révèle être un sacré casse-pieds. »
Après une brève pause, Ignis finit par parler comme s'il s'y résignait.
« Très bien. J'accepte. Mais ce sera en un contre un. » « C'est moi qui le fais. » « Vannabelle, tu peux pas. »
Alors qu'elle s'avançait, frappant ses poings l'un contre l'autre, pressée d'en découdre, je la stoppai instinctivement.
« Tu tiens vraiment à m'empêcher d'avancer, hein… ? »
Vannabelle se gratta vigoureusement l'arrière de la tête, visiblement frustrée.
« Belle, t'es trop énervée là~. Nume aussi est contre~. » « Comment tu veux que je reste calme après m'être fait insulter comme ça ? »
Même ainsi, elle semblait accepter mon raisonnement et celui de Numelin, car elle n'insista pas.
« Nya-ha, ouais, c'est juste. Même moi j'arrive pas à garder mon calme. » « … J'irai. »
C'était surprenant d'entendre Farah admettre qu'elle n'était pas calme. Si c'était le cas, alors celle d'entre nous qui était la plus posée et avait le plus de chances de gagner, c'était Hom.
« Désolée de te refiler le bébé, Hom, mais je compte sur toi. » « Comme vous l'ordonnez, Maîtresse. »
Et ainsi, ce qui avait commencé comme une provocation arbitraire du dortoir des nobles dégénéra en duel formel — entre Hom et Ignis.