Après un bain médicinal relaxant et une part des sécrétions de Limax de Numelin, je m'endormis d'un sommeil profond, sans rêves, qui me laissa parfaitement reposée.
Pour ma part, je ne me sentais pas particulièrement fatiguée après le cours d'ingénierie, grâce à mon affection — le syndrome de surproduction d'éther — qui me permettait de récupérer d'une exhaustion anormalement vite, mais le visage de Hom, qui se réveilla avec un sourire rayonnant et reposé, confirma à quel point le bain avait été efficace.
Même pour moi, la surproduction d'éther ne soulage pas la tension mentale, aussi le temps passé à décompresser et à discuter avec Alfe et les autres dans le bain médicinal eut-il tout son sens.
« On va au petit-déjeuner, Maître ? » « Oui, allons-y. »
Malgré son appétit impressionnant au dîner la veille, Hom semblait avoir à nouveau très faim ce matin. Depuis le début des cours optionnels, j'envisageais de décaler notre heure de lever pour aller à la cantine plus tôt, pour elle.
Prendre un rythme était essentiel, d'autant que le choix de Hom de se spécialiser dans la section militaire répondait en partie à mon vœu. Préparer une collation de nuit dans la cuisine que nous avions utilisée auparavant pourrait aussi être une bonne idée. Avoir de l'endurance en réserve, ne fût-ce que grâce à une maladie, s'avérait parfois bien commode.
C'est avec de telles pensées en tête que Hom et moi nous dirigeâmes vers la cantine en discutant de nos projets pour la journée, pour découvrir Farah en train de finir son plateau.
« Désolée ! J'avais trop faim », dit-elle, ses oreilles de chat tressaillant d'excuse. « Pas besoin de t'excuser. C'est moi qui suis désolée de t'avoir fait attendre », répondis-je, accueillant sa préoccupation.
Après avoir rassuré Farah, je me dirigeai vers les comptoirs avec Hom. Le petit-déjeuner proposait divers choix : des bretzels salés torsadés en forme de cœur, de simples petits pains ronds de la taille d'une paume, et des pains carrés parsemés de noix et de fruits secs. Le tout accompagné de saucisses, de jambon, d'œufs brouillés, de légumes de saison, de fruits, et d'un assortiment de produits laitiers comme le lait.
Je n'avais jamais gros appétit le matin, aussi me contentai-je d'un bretzel, d'une petite portion d'œufs brouillés, de quelques légumes et de quelques morceaux de fruit pour la touche de fraîcheur.
Hom, en revanche, avait une faim de loup. Elle chargea son plateau de tout ce qui attirait son regard, utilisant son bras gauche pour caler un grand plat contre son coude tout en empilant habilement d'autres éléments de la main. Une démonstration impressionnante de dextérité.
« Ah… »
Le léger souffle de Hom attira mon attention vers le bout du comptoir, où elle avait repéré un plat de fruits mélangés à du yaourt. Cependant, sa main droite tenait déjà un verre de lait, et d'après son hésitation, elle en concluait qu'elle ne pourrait pas porter quoi que ce soit de plus.
« Je m'en charge », dis-je, lui prenant le verre de lait sans attendre sa réponse. Je lui fis signe de prendre ce qu'elle voulait. « Merci, Maître. »
Hom accepta l'aide avec reconnaissance, ses mots portant une note de chaleur plutôt que d'excuse. Elle commençait à trouver un équilibre — me respectant comme sa maîtresse tout en me traitant plus naturellement, comme de la famille.
« De rien. S'il y a jamais quelque chose que je peux porter pour toi, n'hésite pas. » « … Je suis vraiment heureuse », murmura-t-elle, les yeux brillants comme si elle était profondément touchée.
Un si petit geste, pourtant il lui apportait tant de joie. J'espérais qu'avec le temps, elle apprendrait à compter sur moi plus aisément. Peut-être que cultiver ce sentiment de confiance et de confort deviendrait l'un de mes objectifs personnels durant cette vie scolaire.
« Hé, te voilà ! Je t'attendais, Leafa ! »
Sur le chemin de la classe après le petit-déjeuner, je trouvai Vannabelle qui m'attendait dans le couloir, m'agitant la main énergiquement pour attirer mon attention. D'ordinaire, elle restait à la cantine jusqu'à la dernière minute, mais je ne l'y avais pas vue ce matin.
« Quelle occasion, Vannabelle ? Tu es levée bien tôt ce matin. » « Occasion ? C'est pour l'affaire d'hier, bien sûr ! » « Ah, le test d'aptitude au pilotage des mécha-soldats », répondis-je, me rappelant notre conversation aux bains.
Quand j'avais évoqué le problème de mes jambes qui n'atteignaient pas les pédales du mécha d'entraînement, le Legion, Vannabelle avait immédiatement juré d'en parler à monsieur Tanutanu avant de s'élancer. À en juger par son air triomphant à présent, elle avait dû obtenir une réponse favorable.
« C'est ça ! Si tu veux, tu peux utiliser ce truc Arke-quoi que tu as apporté pour mesurer ton aptitude ! »
La voix de Vannabelle débordait d'enthousiasme, et il était clair qu'elle avait ardemment plaidé ma cause auprès de monsieur Tanutanu.
« Merci, Vannabelle. C'est tout à ton honneur », dis-je sincèrement.
Si j'avais déjà obtenu l'autorisation d'apporter l'Arkecius, je n'avais pas songé à l'utiliser pour les tests d'aptitude. La réactivité de Vannabelle me touchait vraiment. Souriante, je lui exprimai ma gratitude, et son visage devint soudain écarlate.
« N-non ! Je n'ai rien fait de spécial. C'est toi qui as apporté cet Arke-quoi au départ ! »
Bien qu'elle semblât heureuse de fêter cela avec moi, son déni obstiné était si typiquement Vannabelle qu'il m'arracha un sourire encore plus large. Pourtant, je voulais m'assurer qu'elle sache à quel point ses efforts comptaient pour moi.
« Même ainsi, je suis vraiment contente que tu aies pris ma défense. C'est une grande aide. » « … B-ben, oui. Au fait, j'ai entendu dire que si on ne correspond pas aux standards des unités mécha, on est exempté des cours. »
Cela avait du sens. Les halfelins comme Romeo entraient probablement dans cette catégorie. Étant donné que la classe F était composée principalement d'élèves demi-humains, c'était sans doute une manœuvre délibérée pour nous désavantager au tournoi de combat mécha d'août.
« Mais franchement, ils savaient que le Zersteller¹ arrivait, et ils ont quand même bourré la classe F de demi-humains… Ils pourraient au moins fournir des unités subordonnées ou des mécha-soldats plus petits pour tout le monde », maugréa Vannabelle, la frustration perçant dans sa voix.
Elle n'avait pas tort.
Dans l'Empire d'Arcadia, État militaire, le Zersteller était une compétition mécha traditionnelle. À l'origine, une cérémonie exécutée devant l'empereur, elle avait évolué en divertissement prisé de la noblesse avant de se répandre parmi le peuple.
La compétition elle-même était simple — des mécha-soldats s'affrontant, les spectateurs pariant sur les issues.
Je ne l'avais jamais vue en personne, mais j'imaginais aisément à quel point le spectacle de machines de huit mètres s'entrechoquant devait être haletant. Pas étonnant qu'elle captive tant de citoyens de l'empire.
Le Zersteller dont parlait Vannabelle désignait la compétition mécha organisée en août à l'Académie de Canalford.
C'était essentiellement une version lycéenne du Zersteller traditionnel, tenue dans le grand colisée devant un public. Officiellement intitulée Zersteller : Coupe de Canalford, c'était une compétition de grande envergure, à élimination directe. Les tests d'aptitude aux mécha-soldats servaient à sélectionner les participants pour cet événement prestigieux.
« … Haha, quand c'est aussi flagrantement injuste, on a presque l'impression qu'on nous tend une perche pour nous venger », dit Farah, éclatant d'un rire amusé après avoir rumine notre conversation. « Ahahaha ! Honnêtement, tu as probablement raison. Même au combat simulé de classe, tout le monde a vu que nous avions fait un retour incroyable contre la classe A ! » rit Vannabelle à son tour, se remémorant l'événement.
Admisément, je m'attendais à moitié à ce que quelqu'un fasse scandale à cause de l'utilisation de mon Ars Magna, mais comme c'était une technique conçue par Alfe, Hom et moi ensemble, aucune plainte précise ne fut déposée.
D'ailleurs, même si quelqu'un examinait l'Ars Magna, il ne verrait que des pages blanches. Au maximum, on pourrait penser qu'il fonctionne comme un amplificateur de puissance magique.
« Dans ce cas, si nous dominons totalement le prochain Zersteller, nous prouverons la force de la classe F à tous ! » s'exclama Vannabelle avec entrain. « Exactement~ » renchérit Numelin, les yeux pétillants d'excitation. « D'accord, je suis remontée à bloc ! Avec l'aval de l'académie, tant que l'Arke-quoi de Leafa a une aptitude correcte, ce sera un atout précieux pour notre équipe ! » « Disons qu'il n'est pas spécialisé pour le combat² », répondis-je.
Même ainsi, la foi de Vannabelle en moi comme atout potentiel me réchauffait le cœur. Farah semblait déborder de confiance elle aussi, ce qui me donnait hâte de voir les résultats des tests d'aptitude.