« Bon, on s'y met aujourd'hui ! » La compétition interclasses contre la classe A approchant, Vannabelle menait une réunion de stratégie enthousiaste.
« On rentre, Hom ? »
« Bien sûr, Maîtresse. »
Au début, nous étions restées dans la salle de cours, mais le sentiment d'être mises à l'écart et les regards inquiets d'Alfe, de Farah, de Lili-Lulu, d'Isaac, de Romeo et de Gide nous décidèrent, Hom et moi, à regagner le dortoir.
« Il reste trois jours avant le combat simulé. Alors aujourd'hui, on va vérifier les armes les unes des autres ! » La voix tonitruante de Vannabelle résonnait non seulement dans la salle, mais jusque dans le couloir.
Le combat simulé se déroulait en conditions réelles : « simulé » ou non, quiconque subissait des dégâts de la classe adverse était éliminé, et le vainqueur serait désigné lorsqu'un camp serait entièrement anéanti ou se rendrait.
« L'Ars Magna de Maîtresse compte-t-il comme une arme ? »
« Oui, on m'a dit que Lili-Lulu apportaient des bâtons magiques qui amplifient leur puissance magique, alors il semble qu'il n'y ait aucune restriction particulière. »
Les bâtons magiques, transmis de génération en génération au village des elfes noirs, s'apparentaient à mon Ars Magna par leur valeur historique. De plus, le fait que des armes aussi meurtrières que la hache de combat de Numelin soient autorisées laissait penser qu'il n'y avait vraiment aucune restriction.
« Il me faudra tout de même être prudente, donc je ne compte pas m'en servir sauf en cas de nécessité. » répondis-je.
Pour le combat simulé, l'équipe médicale, dont Madame Matilda, se tiendrait prête, ce qui garantissait que même si quelqu'un perdait un bras ou une jambe, il pourrait être remis en état. En revanche, comme ils ne peuvent pas ressusciter les morts, quiconque viserait une zone vitale comme la tête ou le cœur serait disqualifié.
Je doutais que personne aille jusqu'à blesser gravement son adversaire lors de son premier combat simulé, mais il serait peut-être sage de revoir ma magie défensive, à tout hasard.
« Oh, mais ce sont Leafa et Hom. Vous rentrez encore en avance ? »
Tandis que je marchais dans le couloir en ruminant la manière dont je devrais me comporter lors du combat simulé à venir, j'entendis monsieur Tanutanu nous interpeller.
« Oui. Pour l'instant, il semble que ma présence pour faire nombre suffise. »
Je choisis mes mots avec soin, en cherchant à éviter toute tension. Après tout, je ne tenais pas particulièrement à m'impliquer beaucoup, si bien que le traitement que m'infligeait Vannabelle ne me mettait pas vraiment mal à l'aise.
« Votre état vous impose peut-être certaines limites physiques, mais vous êtes l'une de mes élèves les plus précieuses. Je serais ravi que vous puissiez avancer avec assurance le moment venu. »
« Je compte agir de manière à ce qu'Alfe et Hom ressortent indemnes. » répondis-je.
« Même s'il devait m'en coûter la vie, je protégerai Maîtresse. » ajouta Hom.
Nos voix se superposèrent, en réponse d'un seul élan aux encouragements de monsieur Tanutanu.
« Ha ha ! Voilà l'état d'esprit qu'il faut ! Un match, cela dure, après tout. Les jeunes ont tendance à se précipiter pour attaquer, mais la vraie partie commence quand on a jaugé l'ensemble de la situation. »
Le rire franc de monsieur Tanutanu me parut accompagné d'un conseil précieux. En militaire, il comprenait manifestement bien l'art du combat de groupe. Je ne connaissais que des bribes des stratégies de Vannabelle, mais il semblait que monsieur Tanutanu fût parfaitement au courant de sa manière de foncer droit devant.
« Oui, c'est vrai. Vannabelle a tendance à charger sans trop réfléchir, alors je compte reculer de quelques pas et observer tout le terrain. Je vous remercie beaucoup. »
Grâce à monsieur Tanutanu, j'avais trouvé une ligne claire sur la façon d'aborder ce combat.
« Vannabelle a le sang chaud et l'humeur vive. Elle se donne des airs assurés, mais elle a probablement été profondément ébranlée par la discrimination qu'elle a subie, elle qui n'avait jamais rien connu de tel. J'espère sincèrement que cette victoire rapprochera la classe. »
Monsieur Tanutanu plissa les yeux en me regardant de haut.
« Sans peur de l'isolement, gardant toujours votre sang-froid... vous pourriez bien être la clé de cette unité. »
Ses yeux sombres semblaient me traverser, comme s'il pouvait voir ma véritable force. Alors que je n'étais qu'une élève moyenne au vu de mes résultats en épreuves physiques et en études magiques, il me parlait avec ce poids d'attente, presque comme s'il voyait au-delà des apparences.
Ne pas craindre l'isolement était un reste de ma vie antérieure, une vie où je ne faisais confiance à personne, où personne ne m'aimait, et où j'embrassais la solitude sans y réfléchir un instant.
« ...Merci. Vos paroles vont bien au-delà de ce que je mérite. » répondis-je, avec un nœud d'émotions mêlées. Puis, avec Hom, je repris le chemin de ma chambre au dortoir.