La lumière du matin se faufilait par les interstices du balcon, déroulant quelques tapis dorés sur le sol.
Ye Zhenzhen poussa la porte de sa chambre. Le salon était complètement silencieux.
Pas l'ombre de ce sourire qu'on a envie de gifler qu'elle s'attendait à trouver, ni la moindre taquinerie qui d'ordinaire lui donnait des démangeaisons.
Elle se sentait un peu dépaysée.
Ce chien est encore au lit ?
Elle se frotta les yeux, légèrement rouges et gonflés, venant tout juste de se réveiller.
La scène au cinéma, la veille au soir, avait des allures de rêve parfumé au caramel qui n'avait pas fini de se dissiper.
L'instant d'après, son regard se posa sur la table de la salle à manger.
Les buns poêlés fumaient, et sur le bol de lait de soja, un Post-it portait une écriture cursive, un peu brouillonne.
[Mange le petit-déjeuner tant qu'il est chaud. Je sors faire des courses, je serai de retour à midi pour manger ensemble.]
Le bout de ses doigts effleura la ligne de mots, et le coin des lèvres de Ye Zhenzhen se releva imperceptiblement.
« Au moins, tu sais montrer un peu de respect. »
La jeune femme marmonna tout bas, tira une chaise pour s'asseoir et se mit à déjeuner.
Une fois mangé, Ye Zhenzhen se remit machinalement à son bureau. Mais au bout d'un moment d'absence, elle réalisa que le gaokao était déjà fini.
Pourtant, l'habitude cultivée si longtemps lui laissait un vide intérieur si elle n'étudiait pas quelque chose.
Tant pis, j'irai à la bibliothèque cet après-midi emprunter deux ou trois bouquins de médecine.
Elle passa la main dans ses cheveux lisses, retroussa les manches de sa chemise pour dévoiler ses poignets d'une blancheur de neige, et attacha négligemment ses cheveux en une haute queue de cheval.
Puisque ce fauteur de troubles n'était pas là, elle pourrait aussi bien faire un grand ménage à fond.
Gu Ran : ???
Il ne devrait pas être considéré comme le fauteur de troubles, non ?!
La serpillière glissa sur le carrelage du salon, laissant une fine brume d'eau qui scintilla au soleil avant de sécher bien vite.
Après avoir nettoyé le salon, Ye Zhenzhen se tint sur le seuil de la chambre de Gu Ran, ses outils de nettoyage à la main.
Elle hésita deux secondes avant de pousser la porte et d'entrer.
« Sss — »
Une odeur crue, propre aux adolescents, lui monta au nez, accompagnée d'un bordel intégral dans la pièce.
L'œil de Ye Zhenzhen tressaillit légèrement.
Il n'est rentré que depuis un jour, comment cette chambre a-t-elle pu virer à la porcherie ?
Trois T-shirts pendaient sur la chaise de l'ordi, et un boxer large qu'il avait enlevé la veille gisait lamentablement par terre.
« Gu "Chien" Ran, t'es né l'année du cochon ou quoi ? »
Bien que la fille exprimes son dégoût, son corps, lui, se baissa honnêtement.
Elle ramassa les vêtements épars un par un, les tria et les lança dans le panier à linge.
Dans la salle de bain, la machine à chargement par le haut se mit en marche.
Pendant ce temps, la jeune fille accroupie face au lavabo fixait les quelques pièces de lingerie qu'elle avait mises à part, et ses jolies joues s'embrasèrent soudain.
« Fainéant... fainéant de chien, encore pas lavé tes vêtements toi-même... »
Mordillant sa lèvre, elle versa un peu de lessive et les frotta doucement dans la bassine.
Tandis que les bulles dansaient entre ses doigts, son cœur perdit aussi le rythme, et elle ne put s'empêcher de se laver le cerveau.
« C'est... c'est ce qu'une grande sœur doit faire. Ye Zhenzhen, laisse pas ton imagination déraper... »
Rouge comme une tomate, elle étendit le linge, se tapa les joues et retourna dans la chambre de son frère fainéant.
Il restait quelques plis sur les draps. Elle tendit la main vers le bord de l'oreiller, avec l'intention de le soulever pour en chasser la poussière.
Cependant, au moment où elle souleva l'oreiller, les mouvements de Ye Zhenzhen se figèrent complètement.
Dans les plis du matelas, dans l'angle mort sous l'oreiller, gisaient plusieurs paires de chaussettes soigneusement roulées.
Ye Zhenzhen en attrapa une au hasard, et en la voyant distinctement, elle se sentit entièrement mal.
Pourquoi ça lui paraissait si familier ?
On aurait dit que c'étaient toutes les siennes...
« Pe... pervers... pervers ! »
La jeune fille grinca des dents, honteuse et furieuse, mais songea aussitôt à ce mec qui s'endormait comme ça tous les jours.
La chaleur lui monta le long de la colonne vertébrale jusqu'au sommet du crâne ; elle eut l'impression de fondre.
Elle avait d'abord voulu confisquer tous les objets volés, mais à mi-chemin, sa main s'arrêta.
Prendre sans demander, c'est du vol !
Elle... elle n'était pas un petit frère pervers. En tant que grande sœur, elle devait montrer l'exemple.
Se réconfortant ainsi, Ye Zhenzhen rougit et les remit en place.
Pas seulement ça, elle tira même délibérément le coin de la couverture pour les cacher bien serrés, s'assurant qu'aucun défaut ne se voie de l'extérieur.
Ensuite, comme possédée, elle regagna sa propre chambre.
Elle en prit quelques-unes, neuves, et les ajouta à la pile.
« Salaud ! »
Elle agita son petit poing dans le vide, le regard tombant sur le petit ours en peluche usé au chevet du lit.
C'était celui que Gu Ran lui avait piqué.
Ye Zhenzhen saisit la peluche et lui donna quelques coups de poing dans le ventre.
« C'est pour t'apprendre à être un voyou ! »
Petit Ours : ???
Après l'avoir tabassé, elle caressa le ventre aplati de la peluche et, se sentant bien mieux, la remit soigneusement à sa place d'origine.
De retour dans sa chambre.
Elle enleva son home wear poussiéreux et enfila une chemise blanche de belle qualité.
En bas, elle mit un jean bleu foncé ajusté, qui dessinait les lignes droites et fines de ses jambes.
Elle se planta devant le miroir en pied, laissa tomber ses longs cheveux et les peigna lisses.
La fille dans le miroir avait une peau claire et froide qui dégageait, dans la lumière du soleil, une élégance haut de gamme et distante.
Avec juste une fine couche de crème solaire, elle était assez éblouissante pour arrêter le temps.
Elle lança son sac en toile sur l'épaule et poussa la porte d'entrée.
Juste avant de descendre, Ye Zhenzhen baissa les yeux pour vérifier ses chevilles.
Elles étaient chaussées d'une paire neuve de chaussettes en coton blanc pur.
Une fois portées, je les jetterai sous son oreiller !
Ça lui apprendra à planquer des trucs !
La jeune fille s'engouffra alors dans l'ombre de l'escalier, d'un pas vif et gai, en direction du magasin de légumes à l'extérieur de la résidence.
Le vent soufflait dans la cime des arbres, et le dos de la jeune fille disparut au coin de la rue.
Pendant ce temps, au café Shangdao, un Gu Ran en pleine forme éternua inexplicablement.
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