« Thwack ! » Un bruit énorme explosa dans la cabine de Chris.
Chris avait été projeté contre le mur opposé au lit, qu'il était en train de faire pour sa sœur. Il rebondit sur le mur et s'écrasa lourdement sur le sol, produisant un autre retentissement sourd.
« Hein ? Si faible ? » Un homme posa un pied sur la poitrine de Chris et renifla.
Quelques secondes plus tard, Chris secoua le pied de l'homme et se releva en titubant. Il fixa alors son agresseur.
L'homme qui se tenait devant Chris était immense, au moins deux mètres dix, et son visage était difforme d'une manière indéfinissable. Le géant dévisagea Chris avec hébétude, se demandant pourquoi celui-ci ne parvenait pas à riposter.
Nina retroussa sa jupe et se hâta de soutenir son frère de ses deux mains.
« Hah ! Andrew, mon vieux, tout le monde n'est pas doué d'une force aussi impressionnante que la tienne, hein ? » Le garçon que Chris avait rossé flattait le colosse avant de jeter un regard féroce à Chris.
Glenn, qui était accouru pour aider, restait tremblant de choc face à cette agression brutale soudaine. Une voix au plus profond de son cœur grondait :
'Pourquoi n'es-tu pas dans un zoo ou quelque chose comme ça, toi, gros morceau de viande ? T'as été élevé aux hormones de croissance ou quoi ?'
« Ce n'est pas fini ! » Une voix aiguë brisa le silence temporaire.
Un homme se fraya un chemin à travers les spectateurs et vint jusqu'au garçon aux yeux gonflés. Ses petits yeux brillants papillotaient vivement. « Barry, regarde la sœur de ce type. Elle n'est pas bandante ? Pourquoi ne pas en profiter — »
« Casse-toi, salaud ! » Chris grogna furieusement sur l'homme qui avait fait cette suggestion ignoble. Il adopta alors une posture de combat en tirant sa sœur derrière lui.
Chris reçut un autre coup de poing puissant d'Andrew, le grand gaillard, qui l'envoya valser dans les airs. Il lutta pour se relever et posa une main sur son abdomen, la grimace aux lèvres.
« C'est pas drôle. Le sorcier Dior a dit : pas de meurtre sur ce navire ! » Le géant Andrew fit craquer son poignet. « Vous, les faibles, vous voulez établir votre territoire ? Aucune chance. Seuls les plus forts peuvent revendiquer un territoire ici. »
« Ouais, un lâche comme toi n'a aucune chance de survivre ici. Laisse le Triade — Andrew, Barry et moi — te donner une leçon », dit l'homme aux yeux de rat. « Ce sont les poings qui parlent sur ce navire. T'as le plus gros poing, t'as raison. »
L'homme aux yeux de rat s'appelait « Souris ». Ce surnom lui avait été donné par les autres membres du Triade — Barry et Andrew — parce que sa figure ressemblait à celle d'une souris.
La fureur de Barry ne s'était pas apaisée et il restait obstiné dans sa vengeance.
« Je veux sa sœur », dit Barry en s'avançant vers Nina, qui tremblait derrière son frère blessé.
Alors qu'il approchait de Nina pour commettre sa brutalité, personne ne sembla faire un geste pour l'arrêter.
Au moment où Barry allait la toucher, quelqu'un intervint :
« Arrête ça, sinon j'irai chercher Barron… Il va… » Le brave qui avait stoppé Barry était Wade, un garçon qui reculait devant n'importe quelle menace. Seulement, son courage ne dura pas longtemps.
Sa bravoure s'effondra après que Barry lui eut lancé un regard diabolique. Wade recula de quelques pas en disant : « Je plaisantais. C'est pas mes affaires. »
Mais c'était trop tard. Barry renonça à Nina et marcha droit sur Wade. Il lui asséna un coup de poing dans l'estomac. Cet acte valut de vifs hourras à la foule des spectateurs.
'Seuls les forts peuvent survivre et avoir un foyer ? Et les faibles doivent être méprisés et opprimés ? Est-ce la règle du Continent des Sorciers ?' Un sentiment triste assaillit Glenn.
Le reste du groupe de Glenn était arrivé, aussi, mais ils ne trouvaient rien pour faire face à Andrew, qui les écraserait tous en moins d'une minute.
Alors que Barry s'approchait à nouveau de Nina, une voix adorable railla :
« Haha, établir votre territoire ? Une guerre de territoire ? Intéressant ! Je veux votre cabine, alors. Et voici votre nouvelle carte. »
Une carte de bronze fut lancée sur la figure d'Andrew et atterrit sur le pont avec un bruit sourd. Andrew, aussi bien que Souris, s'arrêta net, stupéfait.
Barry relâcha Nina et se retourna pour voir ce qui se passait.
« Elle est folle ? Elle a pété un câble ? » bourdonna la foule.
« Lafite ! Oui, Lafite ! Elle connaît la sorcellerie ! Elle peut terrasser Andrew ! » s'écria Glenn.
Lafite agita le bras et ses lèvres murmurèrent quelque chose sur le même ton bas qu'elle avait utilisé avec Robinson.
En un rien de temps, sa vigne magique symbolique apparut, et en une fraction de seconde, elle s'enroula autour d'Andrew et le lia solidement avant que le lourd nigaud n'ait le temps de réagir. Le grand homme s'effondra alors au sol avec un fracas sourd.
« Salaud, va en enfer ! » Le grand homme vaincu, Glenn se rua sur Barry et le renversa d'un coup de pied.
« Pitié, s'il te plaît. Épargne-moi la vie. Je l'ai pas fait exprès », supplia Souris, et des perles de sueur roulaient sur son front.
L'endroit était maintenant silencieux. Tous restaient bouche bée tandis que Lafite mettait Andrew à terre avec une vigne sortie de nulle part. Ils étaient convaincus qu'elle était une sorcière. Cela devait être la raison pour laquelle elle avait pu invoquer la vigne magique. Ils ne savaient rien des outils magiques.
Lafite ignora les supplications de Souris et le traîna jusqu'à Chris. Elle se tourna ensuite vers Andrew.
« Maintenant, ta cabine est à moi, grand gaillard. Profite de ton temps au premier pont », Lafite mit alors fin à la « sorcellerie » et la vigne disparut simultanément.
Elle se dirigea ensuite vers la cabine du grand homme et claqua la porte derrière elle.
Glenn jeta un coup d'œil aux trois brutes neutralisées et s'assura qu'elles ne représenteraient plus aucun danger pour Chris et Nina. Il se tourna alors vers le frère et la sœur : « Je suppose que ça va aller. »
« On est vraiment reconnaissants. Je te dois une fière chandelle, mon vieux ! » Chris planta son regard dans celui de Glenn.
Nina, à ce moment, courut vers Wade et lui demanda s'il allait bien.
La scène dramatique était terminée. Les spectateurs se dispersèrent.
Glenn regagna sa chambre. Comme il déverrouillait la porte, une bouffée d'air vicié lui souffla au visage. Ça sentait le poisson et les algues. Glenn grimaca en chassant l'air infect de la main. La cabine était petite et meublée sommairement. Mais un lit, un bureau et une chaise plus une lampe à huile suffisaient à Glenn.
Glenn s'assit et alluma la bougie. C'était l'heure de la lecture. Il sortit *Amplification olfactive canine et cartographie des odeurs*.
Après plus d'un demi-mois de travail acharné sur *Amplification olfactive canine et cartographie des odeurs*, Glenn avait réussi à faire naître une force magique et atteint un niveau situé quelque part entre deux et trois points.
C'était un niveau assez bas. Selon le Guide, un sorcier ordinaire devrait être capable de faire naître une force magique d'environ dix fois le niveau de sa force mentale. Donc, en théorie, cent vingt points de force magique constituaient un niveau normal puisqu'il avait été testé à douze points de force mentale dans la cité de Bi Seer.
« J'aimerais avoir une boule de cristal. Je pourrais voir si ma force mentale a progressé, alors », marmonna Glenn.
L'amplification olfactive canine était bien plus complexe et difficile à comprendre. Elle contenait une variété de termes arcanes et de jargons.
L'amplification olfactive canine dépassait l'entendement de Glenn à l'époque, mais il avait décidé de la mémoriser entièrement, pour prendre une longueur d'avance dans son futur apprentissage de la sorcellerie à l'École des sorciers de Lilith.
Dix autres jours s'écoulèrent. Cent garçons et filles de plus avaient été admis sur le navire comme sorciers en devenir lors des escales dans les nombreuses cités portuaires.
Le vrai défi arrivait maintenant. Le navire allait traverser une mer profonde.
Les mers profondes étaient des lieux mystérieux et beaucoup restaient inexplorées même par les sorciers. Des légendes racontaient que des bêtes titanesques qui rodent dans les profondeurs sombres surgiraient à la surface de la mer et chavireraient les navires de passage d'un simple coup de museau.
« Pirates ! Y a des pirates par là ! » Une clameur s'éleva.