Ayant retrouvé foi en sa méthode d'apprentissage de la sorcellerie, Glenn quitta la tablette de pierre et regagna son dortoir. Il s'immergea alors dans sa méditation habituelle pour s'apaiser et mettre de l'ordre dans ses pensées.
La méditation était la méthode la plus fondamentale et la plus efficace pour renforcer sa force mentale et stimuler la conversion de celle-ci en force magique. Son efficacité variait selon le satori[1] du méditant, ce qui signifiait grossièrement à quel point ce dernier parvenait à s'investir dans le processus. Par ailleurs, la durée de la méditation devait se limiter à environ un sablier, l'unité chronométrique en usage sur le Continent des sorciers, où un sablier équivalait à deux heures dans le monde des humains.
« Hmm... » Glenn acheva sa méditation et inspira profondément. Il posa ensuite ses mains avec empressement sur la boule de cristal, qu'il avait reçue en bonus avec les sept cours de sorcellerie gratuits de l'école. Il se réjouit lorsque la boule afficha une force mentale de 13 points et une force magique de 125 points.
« Cela fait une hausse de deux points en force magique. La méditation a porté ses fruits ! » s'exclama Glenn.
Selon le Guide de la méditation du sorcier Apollon, la force magique typique d'un sorcier était fondamentalement dix fois sa force mentale. Avec ses 13 points de force mentale, il en avait désormais extrait une force magique proche du dixuple.
C'était un grand pas en avant car aux tout débuts sur le navire, il n'avait produit que trois points de force magique pour 12 points de force mentale.
D'une humeur fort agréable, Glenn alla s'asseoir sur la chaise face à sa table d'expérimentation. gisaient une grenouille disséquée, un cerveau de singe, un assortiment d'insectes baignant dans des fluides de bocaux, quelques rats piaillant dans une cage à grille de fer, des fioles de parfums que Glenn avait confectionnés d'après la Cartographie des odeurs – Volume II de l'Amplification olfactive canine et cartographie des odeurs, ainsi qu'un microscope très prisé qui lui avait coûté 30 pierres magiques.
Il feuilleta ses lourdes notes accumulées ces deux dernières années sur l'Amplification olfactive canine – Volume I de l'Amplification olfactive canine et cartographie des odeurs, et il était désormais capable de discerner plus de 4 000 sortes d'odeurs, soit dix fois la capacité moyenne. Mais pour lui, c'était loin d'être suffisant.
Glenn alluma alors un encens, fruit de sa propre fabrication. Il dégageait une odeur agréable et apaisante.
'L'Amplification olfactive n'est pas de la Sorcellerie hématologique[2], alors à quelle branche appartient-elle ?' se demanda Glenn.
Ce n'était ni de la Sorcellerie de malédiction, ni de la Sorcellerie des médicaments, ni de la Sorcellerie occulte, ni de la Sorcellerie mécanique, ni de la Sorcellerie alchimique, ni aucune des sorcelleries qu'il avait apprises jusqu'alors.
Et malheureusement, impossible de savoir qui avait écrit l'Amplification olfactive canine, et il n'existait aucun ouvrage similaire à consulter dans la bibliothèque, où abondaient les livres sur la Sorcellerie de malédiction, la Sorcellerie mécanique et la Sorcellerie alchimique.
Arpentant le dortoir de long en large, il espérait une illumination. Et elle vint !
Glenn décida de franchir un cap.
Auparavant, Glenn menait ses recherches surtout en nourrissant les rats de laboratoire avec ses propres médicaments, censés aiguiser leur odorat. Mais le processus était lent, alors Glenn décida de prendre un risque et d'injecter le médicament par voie intraveineuse aux rats, après l'avoir teinté avec un pigment synthétique rougeâtre.
Deux jours plus tard, à sa grande surprise, il constata que chaque cellule du corps des rats avait viré au rouge lorsqu'il les observa au microscope. Cette observation signifiait que le médicament s'était propagé dans toutes les veines des rats. Mais le microscope ne pouvait pas montrer les changements spécifiques des cellules individuelles.
Résolu à mener ses recherches à bien, Glenn se précipita à la Tour Noire pour y chercher de l'aide.
'Il doit y avoir un microscope plus sophistiqué là-bas,' pensa-t-il.
Le rez-de-chaussée de la Tour Noire était en réalité un immense marché, où tout le monde s'affairait à conclure des affaires. Glenn traversa le premier étage et se rendit directement au septième, où se trouvait la salle de Location d'équipements. Mais il resta coi devant le tarif de location des microscopes : une pierre magique par jour ! Quoi qu'il en soit, pour son expérience, Glenn se décida et en loua un. Il regagna alors sa table d'expérimentation en toute hâte.
Mais le nouveau microscope ne permit pas non plus à Glenn d'observer les changements chez les rats au niveau cellulaire. Aussi, le lendemain, Glenn le rapporta et en demanda un plus perfectionné. Le garçon qui lui avait loué le microscope la veille parut fort surpris.
D'ordinaire, seule la Sorcellerie des médicaments, et dans certains cas la Sorcellerie mécanique et la Sorcellerie alchimique, requéraient un microscope. Le fait que Glenn en réclame un à très haute résolution le prit donc de court.
« Quoi ? Celui que tu as pris ne te suffit pas ? À quoi ça te sert, au juste ? On n'est pas en Sorcellerie des médicaments ! En plus, il n'y en a pas de meilleurs. » Le garçon haussa les épaules. « Attends une seconde ! Mon mentor en a un. D'après ce qu'on dit, il l'a acheté à la Sainte Tour des Sept Anneaux. Tu le veux ? »
« Ouais. Je le veux à tout prix ! » Les yeux de Glenn brillèrent.
« Alors je te le laisse pour un temps. Comme récompense, tu me donnes 20 pierres magiques. »
« Quoi ? 20 pierres magiques ? Tu es fou ? » Même si Glenn supposait que le mentor du garçon devait être un grand sorcier, il trouvait toujours le microscope excessivement cher.
« Bon, j'essayais d'aider. Tu sais que c'est un gros risque. » Le garçon prit un air qui disait qu'il s'en fichait si Glenn n'achetait pas.
« Mais je n'ai pas autant d'argent. »
« Reviens me voir quand tu l'auras, alors. Au fait, je m'appelle Varro. »
Glenn n'eut d'autre choix que de partir, car il ne possédait qu'une pierre magique et demie. Il avait presque tout dépensé en matériaux pour son expérience olfactive. Tout le long du retour, il marmonna : 'Comment puis-je bien me procurer ces 20 pierres magiques ?'
Emprunter aux membres de la Ligue de la Voile funeste n'était pas une option, car Glenn était trop fier pour mendier.
Mais soudain, il eut une bonne idée et n'eut pas besoin d'emprunter.
'J'ai désormais les connaissances sur l'amplification olfactive, pourquoi ne pas m'en servir ?' pensa Glenn. 'Je devrais commencer par les parfums. Ouais, les aphrodisiaques ! Je pourrais les fabriquer et les vendre au marché, alors.'
Glenn bondit de joie à cette idée.
Après des années d'efforts sur l'étude des odeurs et de l'olfaction, Glenn, contrairement à la majorité des élèves de l'école, n'avait appris aucun tour de force offensive, mais s'était virtuellement mué en un professionnel des odeurs.
Les aphrodisiaques figuraient effectivement dans la Cartographie des odeurs. Ils étaient inodores, ou plus subtilement, imperceptibles aux gens ordinaires. Leur aspect le plus stupéfiant était leur puissant effet d'augmentation de la libido.
Les aphrodisiaques étaient essentiellement composés de dix types d'odeurs – trois pour marquer et impressionner, trois pour faire durer les odeurs pendant plusieurs sabliers ; trois pour contraindre les sujets à s'y abandonner et le dernier pour dissiper les autres odeurs autour d'eux.
Au bout de deux jours, Glenn avait produit un bocal d'aphrodisiaques, qu'il répartit ensuite en 30 fioles.
« Maintenant, je peux les vendre au marché et obtenir des pierres magiques. » Glenn était aux anges.