Trois jours plus tard.
Esther se prépara à sortir après avoir appris que la rénovation des bâtiments du temple était terminée.
Elle avait même obtenu la permission du Grand-Duc DeHeen de participer aux efforts de secours dès aujourd'hui.
« Ce serait bien que le frère Judy vienne aussi. »
« On n'y peut rien, il doit apprendre une compétence importante lors de son cours d'escrime aujourd'hui. Il viendra la prochaine fois. »
En plein milieu de la journée, sous un soleil éclatant, Esther et Dennis se dirigèrent vers la rue principale où se trouvait le temple.
Le carrosse était chargé d'eau qu'Esther avait transformée en eau bénite.
Cependant, en entrant dans la rue principale, on pouvait ressentir l'atmosphère dépressive des passants.
Regardant par la fenêtre, Esther gonfla les joues et dit d'un air boudeur :
« Tout le monde a l'air confus. »
« C'est normal. Le temple n'est rien de moins qu'un soutien spirituel pour le peuple de l'Empire. Nous sommes devenus des ennemis pour eux. »
Des gens étaient allongés sur le ventre devant le temple, en pleurant.
Il semblait que plus de temps serait nécessaire pour que l'opinion du peuple envers le temple change.
C'est alors qu'en observant la scène avec pitié, un visage familiste apparut dans son champ de vision.
« Grand frère, n'est-ce pas Jerome, là-bas? »
« C'est vrai. Que fait-il? »
Le garçon qui quittait rarement les bidonvilles errait parmi la foule, tentant de vérifier discrètement les visages.
« C'est un peu suspect, non? »
« Mouais. Nous devrions l'amener ici. »
Les deux s'arrêtèrent pour demander aux chevaliers de ramener Jerome jusqu'au carrosse.
Jerome reconnut le chevalier qui accompagnait toujours Esther et courut vers le carrosse, tout excité.
« Waouh, grande sœur Esther! Grand frère! Ça faisait longtemps. Vous m'avez manqué! »
Jerome, qui semblait avoir grandi un peu entre-temps, sourit joyeusement. Il était visiblement très heureux.
« Comment vas-tu? Mais que fais-tu ici? »
« Oh, je cherche quelqu'un. »
Jerome déplia le papier qu'il tenait à la main. Le dessin, esquissé grossièrement de quelques traits, représentait un homme.
« Qui est-ce? »
Fixant le dessin qu'on lui avait tendu, Dennis interrogea Jerome.
« Euh, c'est... »
Cependant, Jerome ne put répondre immédiatement, l'air inquiet et pensif. Ses yeux tremblèrent, puis il baissa la voix comme s'il avait pris une décision.
« En fait, il y a quelques jours, des gens très riches sont venus dans les bidonvilles. »
« Pourquoi? »
« Ils veulent que nous trouvions un homme qui vivait autrefois dans les bidonvilles, en offrant une énorme prime. »
Alors qu'Esther réfléchissait aux paroles de Jerome, un sentiment d'inquiétude l'envahit.
« Profiter des gens des bidonvilles... Sais-tu qui a ordonné cela? »
« Euh... ils ne nous l'ont pas dit, mais j'ai entendu leurs conversations par hasard. »
Jerome jeta un regard autour de lui et baissa la voix, comme s'il avait peur malgré le fait qu'il soit à l'intérieur du carrosse.
« Ils disent que c'est le Duc de Braons. L'un des quatre grandes familles, le Duc de Braons! »
« Quoi? »
Esther et Dennis froncèrent les sourcils en même temps. Puis ils fixèrent l'image.
C'était la première fois qu'ils voyaient cet homme sur un dessin. Ils se demandaient bien qui il pouvait être pour que le Duc de Braons vienne jusqu'à Tersia pour le débusquer.
Plus que tout, Esther, sachant que le Duc de Braons n'était pas une personne aimable, était mal à l'aise à l'idée que Jerome se lance là-dedans.
« Tu es obligé de faire ça? »
« Ce n'est pas comme ça... De toute façon, je n'ai rien à faire et ils m'ont donné de l'argent. »
Dennis posa sa main sur la tête du garçon qui hésitait.
« Tu n'avais pas dit que tu voulais apprendre à lire la dernière fois? »
« Oui! »
« Tu apprendras bientôt. Alors arrête de faire des choses pareilles et prépare-toi à étudier avec tes amis. »
« Comment? »
Jerome demanda plusieurs fois à Dennis avec un air incrédule.
« Le Grand-Duc fera des provisions. Alors, tu devras étudier dur à l'avenir. Quand tu sauras lire tout seul, je t'offrirai un livre en cadeau. »
« Waouh... »
Jerome, qui semblait sur le point de pleurer à tout moment, était adorable. Dennis lui tapota la tête et lui dit de ne pas pleurer.
« Jerome, alors puis-je prendre ce dessin? »
« Bien sûr. De toute façon, c'est un dessin qui a été largement distribué aux gens des bidonvilles. Et je peux vous donner tout ce que vous voulez! »
Avant que quiconque ne s'en rende compte, les oreilles de Jerome étaient devenues rouges. Il tendit le papier à Esther avec une grande timidité.
« La grande sœur et le grand frère sont les personnes les plus gentilles que je connaisse. Alors, le Grand-Duc doit aussi être quelqu'un de très bon, n'est-ce pas? »
Dennis et Esther se regardèrent et acquiescèrent.
« C'est vrai. »
Puis, une certaine réticence apparut sur le visage de Jerome, qui marmonna :
« En fait... Il y a beaucoup de gens qui disent du mal du Grand-Duc ces jours-ci. Je suppose que c'est à cause du temple... »
« Nous le savons. Tu n'as pas à t'en excuser. »
Rassuré par Esther, Jerome serra les poings et cria avec détermination :
« J'irai leur dire que ce n'est pas comme ça! »
« Tu feras ça? Merci. »
Promettant de les revoir bientôt, Jerome descendit du carrosse. Puis le duo frère et sœur se dirigea vers le temple.
L'entrée, qui était auparavant bloquée par le gardien, était désormais grande ouverte à tous.
Esther et Dennis descendirent du carrosse et marchèrent lentement à travers la porte.
Esther marqua un temps d'arrêt face à la grande statue de pierre de la Déesse au centre du premier étage.
En contemplant cette immense statue de pierre après tant de temps, elle se souvint de ce qu'elle avait pensé lorsqu'elle avait quitté le temple central pour la première fois.
'Je ne connais toujours pas tes intentions.'
Pendant un instant, en fixant la statue avec un regard complexe, elle eut l'impression que les yeux de la statue la regardaient en retour.
« Hein? »
Sursautant, elle tenta de s'approcher de la statue, mais Dennis passa un bras autour de ses épaules par le côté.
« Ça va? »
« Oh, grand frère. »
Esther, qui avait repris ses esprits, acquiesça, puis regarda à nouveau la statue de pierre.
Mais la sensation qu'elle avait ressentie plus tôt avait disparu. Elle secoua la tête, pensant qu'elle s'était peut-être trompée.
Les deux furent guidés par les chevaliers du Grand-Duc stationnés au temple et purent trouver Paras immédiatement.
« Bonjour, Monsieur Paras. »
Sorti pour les saluer, Paras écarquilla les yeux en voyant que les enfants du Grand-Duc apportaient des provisions.
« Bonjour... Non, vous...? »
Il fut très surpris de voir Esther, se rappelant qu'il l'avait autrefois amenée au temple central pour rencontrer Cespia.
Esther sourit et salua Paras convenablement.
« Vous vous souvenez de moi? À l'époque, j'avais des circonstances particulières. »
« Êtes-vous la fille de Son Altesse le Grand-Duc? »
« C'est exact. »
« J'ai... j'ai commis une grave erreur. »
« Je ne pouvais pas vous le dire, alors vous n'avez pas à vous excuser. »
Souriant maladroitement au Paras encore stupéfait, Esther désigna les grands barils que les chevaliers transportaient.
« Je ne sais pas si vous avez eu des nouvelles de notre père, mais c'est entièrement de l'eau bénite. S'il vous plaît, utilisez-la pour soigner les gens. »
Les yeux de Paras, déjà écarquillés, s'agrandirent au point qu'il n'aurait pas été surprenant qu'ils sortent de leurs orbites.
« Vous voulez dire que tous ces barils sont de l'eau bénite? D'où est-ce que ça vient? »
Connaissant mieux que quiconque la valeur précieuse de l'eau bénite, Paras regarda les barils avec un choc total.
« Je connais une fontaine d'eau bénite près de chez moi. »
Incapable de dire la vérité, Esther détourna maladroitement le regard.
« Quoi...? Vous dites que de l'eau bénite coule d'une fontaine? »
Les yeux de Paras se plissèrent comme s'il demandait si elle se moquait de lui.
« Oui. Vraiment. »
« Je n'ai jamais entendu parler d'un tel cas. Penser qu'une telle fontaine bénie existait à Tersia... C'est peut-être une relique inconnue de la première sainte. »
« Ahaha. Peut-être. Si ce n'est pas suffisant, j'en apporterai d'autres. »
Paras n'arrivait pas à croire que l'eau bénite coulait toujours de la fontaine.
« Emmenez-moi avec vous la prochaine fois, je vous en prie. Avant de mourir, je veux vraiment voir les vestiges de la première sainte. »
Se sentant accablée par l'ardeur de son regard, Esther fit semblant d'observer les environs et commenta :
« Il y a beaucoup de malades. »
« Tous ceux qui n'ont nulle part où aller viennent ici. Il y a des médecins, mais le traitement rencontre de nombreuses limites. »
Contrairement à Esther, Paras ne pouvait pas utiliser son pouvoir divin indéfiniment et ses forces s'épuisaient chaque jour.
« Aujourd'hui, je vais aider aussi. »
« Mademoiselle va aider? Vous allez vous occuper des patients... »
« J'ai déjà travaillé au temple. J'étais une candidate. »
Paras fut une fois de plus déconcerté. Il avait entendu des rumeurs selon lesquelles la fille du Grand-Duc avait été adoptée au temple, mais il ne l'avait jamais cru.
Il resta un moment songeur après avoir entendu cela, puis se souvint des paroles du Grand-Duc lui disant d'« bien utiliser » les provisions quand les enfants viendraient, et accepta.
« Alors, je vous en prie. »
Regardant autour d'elle la grande salle du premier étage où les gens étaient assis pêle-mêle, Esther dit à Dennis :
« Je vais rester ici, alors grand frère, prends ton temps. »
« D'accord. À tout à l'heure. »
Dennis tapota l'épaule d'Esther et monta à l'étage avec quelques chevaliers.
Comme une bibliothèque devait être construite à l'intérieur du temple, Dennis décida d'aider pour la sélection et le placement des livres.
Restée seule, Esther se dirigea vers une personne qui se trouvait juste à côté d'elle, le regard brillant de vigueur.
« Essayons. »
Bien qu'elle ne puisse pas utiliser ouvertement une grande partie de son pouvoir divin, personne ici ne le reconnaîtrait si elle soignait les gens en secret pendant que Paras était occupé par son travail.
« Où avez-vous mal? »
« Je me suis cassé le poignet... Il faudra plusieurs mois pour guérir. D'ici là, ma famille mourra de faim. »
« Montrez-moi. »
Des blessures cutanées aux traumatismes, jusqu'aux maladies. Le pouvoir divin d'Esther était équitable envers tous les gens, peu importe la maladie.
Tous ceux qui étaient touchés par le pouvoir divin émanant de sa paume retrouvaient la santé et leurs yeux devenaient clairs.
« Je crois que tout va vraiment mieux! Oh mon Dieu... C'est incroyable. Est-ce que je peux vraiment accepter ça? »
« Mouais. Par contre, si vous êtes reconnaissant, dites aux gens autour de vous que ce n'est pas si mal que le Grand-Duc ait expulsé le temple. »
Après avoir terminé le traitement, elle passa immédiatement à la personne suivante.
« Est-ce que... est-ce que vous êtes la jeune demoiselle? »
Quelques personnes qui se souvenaient de la marche d'il y a un an reconnurent Esther. Elle dégageait une atmosphère unique.
« C'est exact. »
Esther leur sourit et reprit ses soins.
Il y avait beaucoup de patients dont l'état était urgent, il serait donc inutile de discuter.
C'est alors qu'un murmure commença à se propager partout.
C'était un spectacle rare que l'on ne pouvait voir nulle part ailleurs : la jeune demoiselle du Grand-Duché touchant et soignant directement les patients, sans distinction de rang.
« Elle... elle est la fille du Grand-Duc. »
« Pourquoi une personne comme elle est-elle ici? »
« Oh, vous ne voyez pas? Elle est en train de nous soigner. »
Alors que l'agitation grandissait, Paras jeta un coup d'œil furtif à ce qui se passait et fut choqué de voir la lumière éclatante se propager du bout des doigts d'Esther.
« C'est quoi, cette lumière? »
Au moment où il s'approcha d'Esther pour regarder de plus près...
« Monsieur Paras!! Il y a un patient urgent! »
Des chevaliers entrèrent en courant dans le temple en portant quelqu'un sur le dos.