Sans prêter attention aux sanglots de la couturière, Violet dit à l'une des servantes d'apporter une plume et du papier.
La jeune couturière ne comprenait pas la situation dans laquelle elle se trouvait. Son maître avait reçu une commande aujourd'hui ici, à la Maison Everett, mais il avait été renvoyé et elle se retrouvait toute seule.
Pendant ce temps, après que la Dame ducale eut reçu la plume et le papier qu'elle avait demandés à la servante, elle se mit à dessiner quelque chose elle-même.
Puis, elle tendit ce dessin à la jeune couturière.
« Votre Seigneurie, ceci est… ! »
« Pouvez-vous le confectionner ? »
« Alors, c'est un modèle personnel de Votre Seigneur… »
Sa phrase resta en suspens, mais la couturière ne comprenait toujours pas sa situation. Elle ne pouvait que fixer béatement l'esquisse qui se trouvait entre ses mains.
Le dessin était simple : des lignes épousant les courbes de celle qui le porterait, descendant jusqu'à s'évaser avec grâce à partir du haut du genou.
Il n'avait d'autre ornement que le point focal au centre, qui maintenait la robe en créant délicatement des plis. Malgré la simplicité du modèle, il ne paraissait pas trop pudique grâce aux plusieurs couches de tissu transparent superposées.
Peut-être parce que c'était une robe qui enveloppait le corps, on aurait dit qu'il était difficile de bouger dedans, mais les côtés de la robe avaient été prévus avec de l'aisance et il y avait du tissu en dessous pour faciliter les mouvements de celle qui la porterait.
C'était un dessin que même elle n'avait jamais imaginé.
Dans le style d'un bustier, les bras et les épaules seraient exposés par cette robe. Pourtant, même avec un châle et le tissu transparent, la beauté subtile de la porteuse serait soulignée.
Ce n'était pas tout. C'était un modèle élégant, fleuri dans son évasement du bas, et avec les plis sous la poitrine, les esquisses brutes de Violet paraissaient toutes faciles à porter comparées à la robe de style Empire tout en montrant naturellement les courbes de celle qui la portait.
Maintenant que les corsets étaient à la mode, la jeune couturière était complètement stupéfiée par le festival de modèles révolutionnaires qu'on lui montrait. Elle comprenait à présent pourquoi Violet avait jugé les vêtements de Laurent ridicules.
Il n'était pas nécessaire de « mettre en valeur » la beauté naturelle du corps — on pouvait être assez belle même sans avoir à serrer sa taille ou à accentuer sa poitrine et ses hanches.
« Heu, mais Votre Seigneurie, si vous souhaitez porter quelque chose comme ça, les gens pourraient… »
Les gens pourraient remarquer l'embonpoint de la porteuse.
Cependant, sans ajouter un mot, la jeune couturière referma la bouche.
Se tournant vers Violet, qui était assise avec élégance tout en portant une robe terriblement démodée, la couturière en conclut que la Dame ducale porterait définitivement ces modèles révolutionnaires.
« Alors pourquoi n'ajouterions-nous pas des ornements comme ceci ? »
« Hmm. Pas mal. »
« Je pense aussi qu'il serait plus joli d'ajouter de la dentelle sur cette partie. Et la couleur qui irait à Votre Seigneurie serait… »
Enfin comprenant la situation dans laquelle elle se trouvait, la jeune assistante se mit à montrer son talent. Après avoir vu quelques-unes des esquisses de Violet, elle y ajouta ses propres idées et commença à dessiner des vêtements qui iraient à la Dame ducale.
Cette fille regorgeait de talent.
« Un tissu violet irait aussi très bien à Votre Seigneurie, non ? Si nous utilisons aussi des perles broyées, cela donnera un reflet subtil et vous fera ressembler à une fleur magnifiquement épanouie ! »
« Est-ce bien vrai ? »
Et elle débordait de passion.
Elle ajoutait des ornements par-ci, apportait des arguments valables par-là, et transformait aussi les choses d'une certaine manière…
Violet montra plusieurs autres esquisses en un instant. La jeune assistante devint une machine à acquiescer.
« Je ne veux pas porter de vêtements inconfortables, alors j'aimerais aussi commander des vêtements confortables. »
« Ah, alors est-ce que je reconstruis certains des modèles que Votre Seigneurie a déjà fournis pour en faire quelque chose ? »
« J'aimerais aussi un pantalon. »
« Un pantalon ? Heu. Heuu… ? »
« Je vous paierai autant que vous voudrez, alors faites à votre discrétion. »
La commande fut passée rapidement. Roen sourit avec satisfaction en regardant Violet parler à la jeune couturière, puisant tranquillement dans les finances de la Maison Everett.
« C'est gâché que vous soyez assistante. Qu'en pensez-vous d'être bénéficiaire d'un parrainage ? »
« P-Pardon ? Parrainage ? »
« Vous ne pourrez pas confectionner tous ces vêtements toute seule, il vous faudra une équipe. Dites-le-moi si vous avez besoin de soutien. »
« Je peux faire ça ? »
La jeune couturière devint alors morose. On aurait dit qu'elle réalisait qu'elle prenait en charge une commande importante.
Mais aux yeux de Violet comme de Roen, ses talents étaient suffisants.
« Vous ne le pouvez pas ? »
« Si, je peux ! Je ferai de mon mieux ! »
Bien qu'elle ressentît de la peur, cela ne voulait pas dire qu'elle avait assez peur pour laisser passer cette opportunité.
Finalement, on aurait dit qu'elles avaient fini de constituer sa garde-robe. Violet roula du cou, l'air fatiguée.
« Au fait, Violet. Comment as-tu eu l'idée de ces modèles ? »
« Je suppose que ça m'est venu soudainement à l'esprit après cette frôlement avec la mort. »
Violet répondit franchement. Ce n'était pas un mensonge.
Se souvenant que Violet s'était jetée dans le lac, Roen tomba brièvement dans le silence. Bien qu'il fût aveugle à la mode et au design, les modèles de Violet lui paraissaient aussi peu conventionnels.
« Bien. Alors l'affaire de vos vêtements est réglée pour l'instant. »
« Je préférerais du café au thé. »
« Allons-nous faire essayer vos chaussures ? »
« Quoi ? »
Roen grina.
La jeune couturière était encore dans le salon, et en écoutant la conversation entre le frère et la sœur, elle s'interrogeait aussi intérieurement.
Sur un signe de Roen, d'autres personnes entrèrent dans le salon. Voici les meilleurs cordonnier, joaillier et marchand de la Capitale.
« Il vaut mieux leur parler à tous en même temps plutôt qu'un par un, non ? »
« …… »