« Alors, que pensez-vous de cette robe ? »
« Elle ne ferait que m'étouffer. La suivante. »
« Ah, ahaha… Si ce n'est celle-ci, alors celle-là. Ce design mettra assurément en valeur le charme de Votre Seigneurie — »
« Trop d'ornements, c'est pire qu'aucun. La suivante. »
La demande de Violet était un peu délicate. Assis sur le côté, Roen ne s'y connaissait pas beaucoup en vêtements, alors il se contenta d'observer.
Ne supportant plus la situation, le couturier finit par éclater :
« Votre Seigneurie, il semblerait que mes créations ne correspondent pas à ce que vous avez en tête. À l'origine, une robe doit mettre en valeur le corps d'une femme de manière à correspondre à l'idéal, la rendant ainsi belle aux yeux de tous, mais… il ne semble pas que Votre Seigneurie soit satisfaite par cela. »
« …… »
Face aux propos insensés du couturier, Violet ne fit que relever le menton une fois, un geste muet l'invitant à continuer.
Le couturier reprit alors la parole :
« Ici, à Werchen, le style que les femmes recherchent est la beauté classique — un style où la beauté naturelle est d'autant plus rehaussée que de nombreuses décorations colorées et tape-à-l'œil y sont ajoutées. Personne ne pourra détacher les yeux d'une telle beauté ! »
S'ensuivit une nouvelle longue tirade du couturier sur les idéologies de la boutique Laurent.
Pour résumer une fois de plus, Violet passait pour une provinciale tout juste sortie de son trou paumé, fraîchement débarquée dans la capitale. Elle ignorait ce qui était à la mode au cœur de l'empire, donc les créations du couturier étaient conformes au standard ultime de la beauté.
En premier lieu, ce couturier était un homme, et ce n'était pas à lui de décider ce qu'était « le standard ultime de la beauté » pour le corps d'une femme.
Violet fronça les sourcils.
Elle avait entendu dire que la fleur de la haute société impériale était Lady Tolofia, mais que diable avait-elle fait pour populariser un costume de clown ?
« Je crois que ça fait un peu moins de trois ans. »
Ce n'était que l'opinion de Violet, ceci dit. En réalité, les créations de la boutique Laurent n'étaient pas assez mauvaises pour mériter l'appellation de costumes de clown.
« Certes, je comprends ce que vous voulez dire. »
« Votre Seigneurie ! Alors, comme prévu — »
« Ce que vous dites maintenant, c'est que mon point de vue est erroné, hm ? »
La voix calme de Violet illumina le visage du couturier une seconde, avant de le faire tomber le suivant. Il regarda Roen et tenta silencieusement d'implorer son aide.
Cependant, Roen ne lui offrit qu'un doux sourire.
« Cela, eh bien, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je veux seulement dire que les tendances poursuivies à Werchen — »
« Pourquoi devrais-je suivre les tendances ? »
« Pardon ? »
« Permettez-moi de répéter. Y a-t-il une raison pour que je suive les tendances ? »
« …… »
Le ton hautain de la dame ducale cloua le bec au couturier.
En réalité, ce que disait Violet n'était pas faux. À l'exception de la princesse impériale, parmi toutes les jeunes filles non mariées, Violet était la plus haute noblesse de sa génération.
Il était donc tout à fait normal que Violet ne suive pas les tendances, mais qu'elle les dicte.
Bien sûr, cela valait si Violet régnait en tant que fleur de la haute société.
« Alors, euh, à nouveau, au sujet de cette robe… »
Se sentant dépassé, le couturier s'obstina à tenter d'expliquer ses vêtements une fois de plus. Mais Violet claqua simplement de la langue.
Ce minuscule geste fit tressaillir le couturier, qui se mit à hoqueter.
Assis sur le côté, Roen admira l'attitude de Violet. En effet, c'était un talent que même le prince héritier pourrait convoiter.
Même sans la protection de Roen, Violet pouvait tenir bon sur ses convictions et les faire comprendre par un simple claquement de langue.
Pourtant, le couturier ne semblait pas prêt à abandonner ses créations.
« Bien. Toi là. »
« O-Oui ?! »
« Toi aussi, tu fais des vêtements ? »
« Ah, oui… Je travaille sous les ordres de Lord Laurent en tant qu'assistante. »
Tandis que Violet continuait d'ignorer les paroles du couturier, elle fit signe à la jeune fille agitée qui se tenait sur le côté.
Soudainement appelée, l'assistante parut très surprise. Elle marchait sur des œufs près du couturier, qui la foudroya du regard quand elle fut appelée.
« Votre Seigneurie, cet enfant n'est pas encore très habile ! »
« Je ne vous ai pas demandé votre avis. Avez-vous le droit de couper la parole à la fille d'un duc ? »
« Non, pas du tout, ce n'est pas ce que je veux dire — »
« Assez. Violet a le droit de décider. Si elle ne sollicite pas votre avis, il vaudrait mieux pour vous de fermer votre bouche. »
« E-Excusez-moi ? »
Roen observait simplement le déroulement des événements jusqu'ici, mais il intervint bientôt. Le couturier ferma alors sa gueule. Il était évident pour n'importe qui qu'il se sentait lésé.
« Assistante, hein. Donc tu es assistante. As-tu déjà confectionné des vêtements ? »
« O-Oui… Bien que je sois encore jeune, j'ai confiance en mes compétences, qui valent celles de n'importe qui d'autre, car Lord Laurent m'a bien formée. »
« Je vois. D'accord. »
L'assistante avait involontairement relevé le couturier par ses propos, mais Violet se moquait bien de cette partie. Les yeux du couturier étaient emplis d'incrédulité.
Non. Pas possible.
« Toi, tu restes ici. Et toi, ton nom c'est Laurent, c'est ça ? Tu peux partir maintenant. Je te paierai généreusement pour la peine d'être venu jusqu'ici. »
« E-Excusez-moi ? »
« Vous avez les oreilles bouchées entre-temps ? J'ai dit, vous pouvez partir. Maintenant. »
« Q-Quoi que vous soyez la fille d'un duc, vous ne pouvez pas me faire ça… ! »
Réalisant enfin le traitement qui lui était réservé, le couturier protesta avec acharnement.
Même si quelqu'un avait l'argent pour se le permettre, tout le monde ne pouvait pas mettre la main sur ses vêtements. Les nobles de la capitale faisaient tous la queue pour obtenir l'une de ses créations. Il était sous l'impression qu'une haute noble comme Violet de la Maison Everett était tout aussi émerveillée par lui.
« Quoi que vous soyez la fille d'un duc, vous ne pouvez pas traiter ma boutique comme — ! »
« Violet a déjà pris sa décision. Ne vaudrait-il pas mieux pour vous de partir de vos propres pieds ? »
Alors que Roen prononçait ces mots, le couturier désespéré fut bientôt traîné dehors.
« Euh, bon, moi… »
Laissée seule dans le salon, la jeune couturière sanglotait intérieurement, ne sachant que faire.