« …Pourquoi continus-tu à me rendre visite ? »
« Y a-t-il une raison pour que je vienne ? »
« Cet endroit est trop rempli, évidemment. »
Mais Roen continua de répondre avec nonchalance.
Tout ce temps, cette personne avait gardé ses distances et se contentait d'envoyer des cadeaux en guise d'excuses et de sincérité envers elle. Cependant, cela avait changé quelques jours auparavant, lorsqu'il avait commencé à lui rendre visite souvent.
Violet ne savait que faire de l'homme face à elle.
Elle refusa d'accepter les excuses de Roen. Les blessures qu'elle avait endurées étaient bien trop douloureuses et bien trop profondes pour qu'elle puisse l'accepter facilement.
Même si sa colère brûlait jusqu'à ne laisser que des cendres, la douleur ne disparaîtrait pas pour autant.
À quoi avait ressemblé sa vie jusqu'ici ? Tout cela prendrait-il fin avec de simples excuses ?
À son crédit, Roen n'imposait pas non plus ses intentions à Violet. Il était parfaitement conscient de l'étendue de sa douleur.
« Les hommes collants ne sont pas très populaires. »
« Vraiment ? Pourtant, je suis en fait assez populaire, si je puis me permettre. »
Violet lui parla la première, mais se retrouva sans voix. Même quand elle laissa échapper un profond soupir, Roen continua de bavarder sans se démonter.
« Le nouveau chef a travaillé au palais impérial, tu sais. Peut-être est-ce pour ça, mais son talent est de premier ordre. Et j'ai pensé à toi, alors je lui ai demandé de faire une tarte aux myrtilles que je pourrais t'offrir. »
« Tu ne l'as même pas cuite toi-même, mais tu en es fier quand même. »
« Tu préférerais que je te la fasse moi-même ? »
« …Tu voudrais voir le personnel de cuisine s'évanouir, Jeune Seigneur ? »
« Froide comme toujours, je vois. »
L'esprit de Violet tourbillonnait de questions. Elle et Roen n'étaient pas assez proches. De ce fait, l'atmosphère entre eux était plutôt étrange.
« Alors, quel est le problème ? »
Incapable de supporter cette gêne, Violet fut la première à exprimer ce qu'elle ressentait.
Voyant cela, Roen afficha un sourire en coin.
« Je sais. Sûrement que nous ne sommes pas assez proches et que nous ne devrions nous voir que pour des affaires officielles qui— »
« Vous avez raison, Jeune Seigneur. Alors, si vous n'avez rien à faire ici, je vous prie de bien vouloir repartir. »
« …Tu es vraiment encore mal à l'aise avec moi, hein. »
……
Il lui est impossible d'être à l'aise avec lui. L'esprit de Violet analysa rapidement la situation.
Cependant, il n'est guère aisé de deviner ce que Roen tramait.
« Bon, ce n'est pas comme si je venais ici pour rien du tout. »
……
« Tu as dit que tu allais envoyer un tableau à Père, non ? »
« Je n'ai jamais confirmé une chose pareille… »
« Si cela ne te dérange pas, j'aimerais en demander un aussi — en cadeau. J'adorerais le faire valoir face à ce gamin, le prince héritier. »
Mais qu'est-ce que ce duc et ce fils de duc étaient en train de faire, bon sang.
Le duc réclamait un tableau pour soi-disant rendre l'empereur jaloux, et voici le fils du duc qui en réclamait un également, mais dans le but explicite de le faire valoir face au prince héritier impérial.
Tout en essayant de se rappeler ce qu'elle savait du prince héritier, avec des souvenirs enfouis profondément, Violet parut visiblement agacée.
Violet avait vécu en haute noble toute sa vie, donc elle pourrait ne pas le ressentir de la même manière ; cependant, la version de Violet avec la personnalité de Yeon Ha-yoon en elle n'appréciait pas de parler de manière détournée.
Alors, elle décida d'être franche.
« Je n'ai aucun désir d'offrir mes tableaux en cadeau à des gens avec qui je suis mal à l'aise. Je refuse votre suggestion. »
« …Comme prévu. Je comprends. »
Roen posa son menton sur une main. Violet l'avait dit si directement, sans la moindre tentative de maintenir les convenances. Une grimace traversa même brièvement ses traits.
« Te souviens-tu, Vee ? Quand nous étions enfants, tu m'as fait une couronne de violettes. »
……
Roen sortit cette histoire de nulle part.
Et l'entente de ce surnom, qu'elle ne pouvait même pas se rappeler jusqu'à maintenant, la fit grimacer. Elle sirota son thé les lèvres pincées.
« Je dis juste, tu sais. Il y a eu un temps comme ça. L'Aîné t'adorait aussi, et Cairn… Heu. Bon, ce gamin est le même qu'avant et maintenant. »
« Qu'est-ce que tu veux dire. »
Entendre soudain une histoire sur leur enfance fit trembler la voix de Violet.
« Je te l'ai dit. Il est tout à fait normal que j'essaie de reconstruire une relation brisée. »
……
« Toi… Tu as essayé de garder notre relation intacte, mais tu as fini par abandonner. Tu as plutôt choisi qu'il n'y ait rien entre nous. Tu nous as haïs au point de tout enterrer — au point qu'il semblait qu'il n'y ait aucune haine ni aucune colère du tout. »
Alors que Roen continuait de parler sur un ton décontracté, l'expression de Violet se déforma de plus en plus.
Que devait-elle faire pour ne pas verser de larmes.
Sa fierté tenace restait ferme en elle, et c'était précisément la partie d'elle qui ne voulait montrer aucune faiblesse aux autres.
Elle s'assura de faire cesser le tremblement de sa voix avant de répondre brièvement.
« Je vois. »
La réponse monotone fit sourire Roen à nouveau.
« Puisque tu as déjà abandonné, c'est à mon tour d'essayer. »
……
« Je vais essayer encore et encore jusqu'au jour où tu pourras accepter mes excuses. Que tu pourras à nouveau me considérer comme ta famille. »
Roen dit cela en maintenant ce même sourire, qui semblait plutôt maladroit. Pour quelqu'un qui était doué pour cacher ses émotions, son expression était notablement déplacée.
Était-ce un masque, lui aussi ? Si c'était le cas, quel homme compétent il était vraiment.
Violet retint ces mots amers en elle.
« …Je n'en veux pas. »
« Je sais. C'est simplement un vœu de ma part que nous puissions redevenir proches. »
« Pourquoi ? »
Violet put refouler ces mots amers, mais pas ses émotions.
Elle n'aurait pas pu continuer à vivre jusqu'ici si même ses émotions avaient été réprimées.
Remarquant que la voix de Violet recommençait à trembler, Roen sourit avec tendresse.
Ce n'était pas un sourire qui contenait de la prétention et de l'hypocrisie, mais un sourire plein de sincérité.