Ils étaient trois au total à accompagner Violet lors de sa sortie. Le premier était Georges, le cocher. La seconde, Mary, la femme de chambre attitrée de Violet. Et la troisième, Eshika, une servante de cuisine de l'annexe.
« Il y a beaucoup de monde alors qu'il est encore matin. »
« C'est le plus grand quartier commercial de tout le duché ! Ah — Milady, vous ne pouvez pas vous promener toute seule. »
« C'est bon. Je me souviens être venue ici à plusieurs reprises. »
À l'époque, elle ne portait que des robes tape-à-l'œil et filait droit chez la modiste.
Violet rit. Grâce aux efforts de Mary, elle s'était un peu rapprochée des gens de l'annexe, qui n'étaient jusque-là que des inconnus.
Puisqu'elle avait vécu toute sa vie en haute noblesse, il était tout naturel qu'elle ignore comment vivaient les roturiers.
Avec cette pensée en tête, Violet sourit en observant son environnement. Tout était un peu plus avancé que dans ses souvenirs.
Elle se rappela aussi comment Aileen s'était fait envoyer les mêmes modèles de vêtements qu'elle achetait chez la modiste qu'elle fréquentait. Comme elle avait été furieuse, à l'époque. Mais tout cela appartenait désormais au passé.
« Milady, par ici. »
Eshika était chargée de la guider dans le quartier, et elle s'acquitta de sa tâche avec application. Mary étant une nouvelle servante, elle ne connaissait pas les lieux. Le groupe suivit Eshika calmement.
« Y a-t-il un endroit particulier où vous souhaiteriez aller ? »
« Je voulais juste sortir, il n'y a pas vraiment d'endroit précis que je... Ah, attendez. Y a-t-il une boutique de fournitures d'art par ici ? »
« Des fournitures d'art... Je ne suis pas sûre, mais je crois qu'il y a une mercerie dans le coin. »
« Commençons par là alors ? »
Georges se considérait comme le garde des jeunes filles pour la journée, mais au final, il devint leur porteur.
Après avoir fait le tour de la mercerie, ils mangèrent tous ensemble dans un restaurant voisin.
Bien que la qualité des ingrédients n'égale pas celle de la résidence ducale, Violet déclara que c'était délicieux.
Bien que cela parût déplacé, Mary demanda même à Violet si on ne pourrait pas lui préparer ces plats à l'annexe la prochaine fois.
Personne ne fit remarquer le comportement de la Dame ducale alors qu'elle dégustait avec entrain la nourriture de rue qu'elle croisait.
Après le repas, ils burent aussi du thé. Il y avait pas mal de clients dans la maison de thé, fréquentée aussi bien par de riches marchands que par des roturiers aisés.
Le simple spectacle de cette scène lui donna un léger sentiment de nostalgie. La sortie de Violet s'acheva simplement ainsi.
Ils regagnèrent l'annexe dans la même calèche qu'à l'aller.
À la vue de Violet, Zylo se saisit la nuque et parut sur le point de s'effondrer sous le coup d'une poussée d'hypertension.
Depuis, les sorties de devinrent plus fréquentes, prenant presque allure de routine. Zylo s'y opposait, mais comme les employés de l'annexe avaient pitié de la jeune fille enfermée ici avec eux tous, ils se liguèrent pour protester. Même le chevalier droit ne put résister.
Il finit par abandonner quand il en fit le rapport au duc.
Le duc se contenta de lui ordonner de l'accompagner en tant que chevalier d'escorte.
Violet refusant catégoriquement de se faire remarquer dans la foule, Zylo dû également s'habiller en roturier, et il but avec la Dame ducale.
Tout comme Violet, Zylo avait lui-même été élevé comme un noble, si bien que ces sorties avec elle devinrent une expérience particulière pour lui.
On aurait dit qu'aucune épreuve ni aucune souffrance n'avaient existé avant cela.
Violet erra dans la ville sous prétexte d'acheter de la peinture, mais à un moment donné, elle s'installa devant une fontaine et se mit à dessiner.
Des passants curieux se rassemblèrent autour d'elle, et elle commença à faire leurs portraits à bas prix.
Passablement indigné à ses côtés, Zylo baissa les yeux et demanda pourquoi elle s'infligeait volontairement du travail de la sorte.
Cheveux blanc d'argent, yeux violets aux reflets de lacs profonds.
Malgré sa tenue de roturière, son allure aristocratique ne pouvait être dissimulée. Bien qu'ils ne sachent pas qui elle était, certains se mirent à chuchoter entre eux au sujet de cette jeune fille distinguée.
Il ne leur vint pas à l'idée que la propre fille du duc puisse se promener dans les rues vêtue ainsi, mais tout le monde semblait avoir deviné d'emblée qu'elle était de haute noblesse.
D'ailleurs, il aurait été plus étrange qu'ils devinent immédiatement sa véritable identité, vu les rumeurs tourbillonnant sur son compte hors de la résidence ducale.
On murmurait qu'elle se baignait régulièrement dans le sang de vierges pour préserver sa jeunesse et sa beauté, ou qu'elle entretenait une relation charnelle avec un homme au point que chaque jour était un spectacle tapageur.
Comment pouvait-elle être si travestie dans ces rumeurs ?
On ne pouvait que se demander qui se cachait derrière tout cela. Contrairement aux rumeurs fondées sur des faits, celles qui couraient dans les rues étaient terriblement loin de ce qu'était Violet fondamentalement. Pourtant, comme toutes ces rumeurs ne lui ressemblaient pas, Violet balaya aisément leur insolence.
Malgré de telles rumeurs, la seule constante était qu'Aileen jouait le rôle de la pauvre petite princesse tourmentée par une sorcière maléfique.
Violet ne prêta aucune attention à ces murmures. Ce furent plutôt Mary, Rosie et Georges qui s'y opposèrent le plus farouchement — mais Violet les retint. Absorbée par sa peinture, elle dit : « Ne faites pas de scandale ici sans raison. »
Tous ceux qui reçurent d'elle un portrait esquissé furent ravis. Ce n'était pas à la hauteur d'un portrait réalisé par un peintre officiel, mais en premier lieu, il n'est pas si facile d'en commander un quand on n'est pas né noble ou riche.
Mis à part les rumeurs insidieuses sur Violet qui couraient partout, les expressions de ceux qui avaient reçu un portrait restaient mesurées.
Ce fut une sortie paisible, mais pas totalement paisible.
Perdue un instant dans ses pensées, elle repensa au petit garçon qui avait jeté une pierre sur « Violet » lorsqu'elle était sortie par le passé. Qu'était devenu cet gamin ? Était-il mort ?
Après tous ces actes malveillants commis, il est bien trop tard pour ressentir de la culpabilité ou des remords.
Elle ne pouvait nier avoir infligé de la douleur aux autres.
Dans un état d'esprit autodérisoire, Violet mit un terme à la sortie du jour.
Un jour, alors que Violet sortait en secret à la recherche d'un petit bonheur,
Une convocation lui parvint du manoir principal,
Portant la nouvelle qu'Aileen avait bu du poison et s'était effondrée.