Violet se demanda pourquoi il agissait ainsi, puis claqua la langue en voyant Cairn suivre de près. En y réfléchissant, leur dernière conversation ne s’était pas bien passée.
Le visage d’Aldin était aussi impassible que d’habitude, mais à y regarder de plus près, on pouvait discerner la fluctuation de ses émotions.
Peut-être était-ce pour cette raison. D’ordinaire, Aldin lui aurait proposé de l’accompagner, mais cette fois, il marcha en silence sans faire la moindre offre.
C’était clairement insolite. Du moins pour Violet.
Elle était déjà mal à l’aise de se rendre chez sa famille maternelle uniquement avec Cairn et sans aucun renseignement, et maintenant, même la seule personne dont elle était heureuse de voir l’apparition se montrait gauche, ce qui ne fit qu’accroître son mécontentement.
Perdue dans ses pensées embrouillées, elle trébucha brièvement.
Le corps de Violet vacilla.
Alors qu’elle perdait l’équilibre, Aldin se précipita pour la rattraper.
Elle faillit vivre une scène des plus embarrassantes en trébuchant sur un chemin parfaitement lisse.
« Merci. »
« Ce n’est… rien. »
Aldin recula vivement, surpris, comme s’ils revenaient au jour de leur première rencontre.
Violet lui adressa un léger sourire. Malgré sa maladresse inhabituelle depuis longtemps, Aldin restait Aldin.
Elle aperçut le bout de ses oreilles rougir. Inquiet que Violet ne retombe, il lui proposa de l’accompagner.
Ce n’était qu’un simple faux pas dû à son esprit vagabond, et pourtant il la traitait comme une enfant.
Violet ne refusa pas.
Cairn jeta un coup d’œil aux deux jeunes gens.
Même s’il retrouvait un ami après tant d’années, il demeurait silencieux.
La première impression que Violet eût de ses cousins fut la suivante.
« Je vous défie en duel ! »
« Sonia, quand on pose un tel geste, on est censée lancer un gant. »
« Oh, vraiment ? Tant pis, je recommence. Je vous défie en duel ! »
L’un des enfants, aux cheveux courts et au visage identique à celui de son frère, projeta un gant.
Le gant atterrit avec force sur le sol.
« Dépêche-toi d’accepter mon défi ! »
« …Tu devrais peut-être d’abord décider à qui tu t’en prends. »
« Ça m’est égal qui ! Oui, toi, celle qui vient de répondre, défie-moi ! »
« Sonia, c’est la dame ducale Violet. Tu devrais faire preuve de respect. »
« Qu’est-ce que ça change ! Pour un chevalier, seule compte la conviction ! »
« …Je ne suis pas chevalière, et je n’ai jamais appris le maniement de l’épée de manière formelle, donc je décline. »
« Quoi ? Comment peux-tu ne pas avoir appris le combat à l’épée !? Faits-tu même partie de la famille Blaise ? »
« Sonia… »
Il y avait d’innombrables choses à corriger. Violet pensait que Cairn était le seul à agir de manière aussi sauvage dans la société noble, mais le monde était vaste. Elle se demandait comment répondre au défi de duel unilatéral de sa cousine.
Jusqu’ici, Violet avait toujours employé un langage respectueux avec les personnes qu’elle rencontrait pour la première fois.
C’était sa manière à elle d’honorer la mémoire de Yeon Ha-yoon, qui savait respecter les gens en tant qu’humains, loin de la réputation sulfureuse de Violet qui traitait tout le monde durement.
Cependant, il existait des exceptions. Si quelqu’un commençait par la sous-estimer, elle répondrait impitoyablement du même tonneau.
« Accepte rapidement mon défi de duel ! »
L’enfant appelée Sonia était exaspérée. Elle n’avait guère plus de quinze ans. On avait peine à distinguer si le petit être dont elle ramassa le gant pour le relancer était une fille ou un garçon. Cette fois, le gant atterrit aux pieds d’Aldin.
« …… »
« Accepte vite ! Je n’arrive pas à croire qu’il existe une autre personne surnommée génie du siècle en dehors de moi. Je te défie pour prouver qui est le véritable génie ! »
Elle se trompait visiblement sur quelque chose. Bien sûr, Aldin portait également ce surnom, mais celle que Sonia visait était probablement Cairn.
Aldin ramassa le gant et le rendit poliment à Sonia.
« …Si tu le souhaites, je m’entraînerai avec toi, mais connais-tu mon nom ? »
« Je sais. Tu es Cairn. Mon frère aîné m’en a parlé. »
« Je ne m’appelle pas Cairn. »
« Quoi ?! Alors où est Cairn ? Sors ! Défie-moi ! »
« Euh… êtes-vous sire Aldin Aesir ? Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous me donner des conseils ? Ah, je suis Hayes Blaise ! »
C’était la totale anarchie. Dans le même temps, une nouvelle prise de conscience éclaira l’esprit de Violet. Elle s’était toujours demandé de qui Cairn tenait son tempérament au sein de cette famille.
Et aujourd’hui, elle trouva la réponse.
« Des marmots ! Que faites-vous donc en faisant preuve d’autant de grossièreté ! »
À cet instant, quelqu’un fit son apparition. Un homme aux cheveux platine clair saisit les jumeaux par l’arrière de la nuque et les força à s’incliner. Hayes, qui expliquait timidement à côté de Sonia, dut s’incliner lui aussi.
Le nouveau venu ne semblait pas dépasser la vingtaine. Il inclina la tête en tandem avec les jumeaux et présenta des excuses sincères.
« Je vous prie de nous excuser pour le comportement de mes cadets… Je suis Delta Blaise. Excusez leur grossièreté. »
Enfin, une personne normale fit son entrée.
Sonia et Hayes, sévèrement sermonnés par leur grand frère, continuaient de recevoir une pluie de remarques piquantes. Naturellement, Sonia écoutait d’une oreille et ressortait par l’autre. Non découragée, l’enfantine riposta à Delta et finit par se prendre une bonne tape sur la tête.
Bien que le majordome fût debout tout près, il ne s’immisca point dans la mêlée. Cela semblait être une scène suffisamment habituelle.
Tandis que Violet, encore sous le choc et incapable de réagir, le véritable chef de la maison Blaise arriva.
« Marmots ! »
Avec son arrivée, la situation s’apaisa rapidement.
Les perturbateurs n’osaient même pas songer à défier leur père et leur grand-père.
« …Je m’excuse. Quelle que soit notre éducation, il semble impossible de dompter leur caractère fougueux. »
Le père des jumeaux soupira, se massant les tempes.
Violet comprenait parfaitement ce sentiment et jeta un coup d’œil vers Cairn.
D’ordinaire, il aurait pris la parole immédiatement, mais il resta anormalement silencieux. Une preuve de maturité, peut-être.