C'était un carnet de croquis rempli de dessins qui dégageaient une impression de raideur, d'amateurisme.
Il était impossible pour Violet de les trouver bons. Comme quand on n'aime pas quelqu'un : rien que d'entendre sa voix suffit à vous irriter.
Violet comprit les véritables intentions d'Aileen. Dès qu'elle reçut le carnet, un sourire moqueur lui vint aux lèvres.
Puisqu'Aileen utilisait les mêmes vieilles tactiques depuis l'enfance, il était peu probable qu'elle s'en écarte autant maintenant.
« Je me demande. Est-ce qu'elle finira par partir si je lui jette du thé à la figure ? »
Violet l'avait déjà fait des dizaines de fois, mais Aileen n'avait jamais cédé. Autrefois, dans le seul but de la chasser, Violet avait impatiemment imaginé toutes sortes de méthodes.
« Je suis quasi certaine qu'il t'est interdit d'accéder à cet endroit. Mais c'est peut-être exactement pour ça que tu es venue ? »
« Pas du tout ! Je, je suis venue te rendre visite parce que tu me manquais tant, Sœur. »
« Ta bouche est toujours aussi douée pour baratiner. »
Tout en disant : « Tu me manquais, Sœur », les yeux d'Aileen se plissèrent en fins croissants de lune. Peu après, cependant, son expression s'effondra.
Regarde comme le visage de cette fille change vite.
Malgré les gifles et le thé qu'on lui avait jeté à la figure tant de fois, elle se présentait encore volontiers devant Violet, sans faute. Elle faisait tout ça, et pourtant pourquoi faisait-elle une telle expression maintenant, après une seule réplique ?
L'attention de Violet se reporta sur le carnet de croquis qu'Aileen lui avait tendu.
« C'est ça, et c'est toi qui l'as dessiné. »
« Oui ! Je veux juste trouver quelque chose qu'on pourrait avoir en commun, Sœur… Je suis encore bien nulle, non ? »
Aileen sourit innocemment.
À son tour, Violet but une gorgée de thé en feuilletant les pages du carnet.
Objectivement, les dessins d'Aileen étaient bien faits. On voyait le genre d'œuvre dans laquelle elle avait mis des jours d'efforts, et bien sûr, sous la tutelle d'un professionnel.
— Mais c'était tout.
« Des dessins qui donnent l'impression d'un examen d'entrée. »
Violet les critiqua sans hésiter. Les peintures d'Aileen étaient jolies, oui, mais raides.
« Heu, si ça ne te dérange pas, est-ce que je peux voir tes dessins, toi aussi, Sœur ? »
« Je n'ai pas envie. »
« Hein ? »
« J'ai dit non. »
« M-Mais tu as regardé mon art, Sœur, alors… »
Lorsque Violet refusa sa demande, s'ensuivirent les larmes d'Aileen. Des larmes affleurèrent au coin de ses yeux.
L'expression de Violet se durcit.
« C'est toi qui m'as fourré ce truc sous le nez et t'as fait regarder la première. »
Violet répondit intérieurement. Elle avait mal à la tête à présent, et elle pressa doucement ses tempes.
Cette fille montra son artwork d'abord, puis demanda la réciprocité, mais quand Violet refusa, la voilà sur le point de pleurer.
Au final, Violet était la seule méchante de l'histoire.
Voyant à travers les manigances évidentes de la fille, Violet posa le carnet de croquis.
« Je veux juste… Je veux juste voir l'art de Sœur… Mais de refuser si froidement, hiic. Ça devrait suffire… »
« C'est ce que tu dis, mais ce n'est pas une raison suffisante pour que je te montre mon art. »
« Hiic… »
Malgré le refus ferme auquel elle fit face, Aileen refusa toujours de reculer.
Il y avait tant de choses dans la vie qu'il était impossible de résoudre avec des larmes seules. Mais, oh, le cher ange de la maison Everett était une faiseuse de miracles. Elle rendait possible de résoudre tant de choses avec ses larmes.
Violet sentit un goût amer dans sa bouche. La seule qui paraissait agitée était Mary, qui se tenait à proximité. Aileen sanglota encore plus fort.
« Donc tu me dis que tu t'es introduite de force dans un endroit qui t'est interdit, juste parce que tu veux voir mon art. Quel bordel. »
« Sœur… »
« On dirait que tu considères les paroles de Sa Grâce le Duc comme une simple blague. On t'a donné un ordre. Ne devrais-tu pas t'assurer de le suivre ? »
« Tu es si méchante. Comment peux-tu rejeter mes sentiments comme ça ? »
C'était bien d'être flexible selon la situation, mais certainement pas quand il y avait des règles non négociables en place.
Violet claqua de la langue en considérant les actions d'Aileen. Elle insistait pour faire tout ce qu'elle voulait et continuait d'ignorer les règles.
Ses yeux se tournèrent alors vers Mary, qui se tenait sur le côté.
Bien que ce ne fût pas son intention, le fait que Violet ait fait attendre Aileen dehors pendant quatre heures serait sûrement répandu dans toute la résidence ducale d'ici demain.
« …Toujours comme avant, tu continues vraiment à faire des choses sans aucun égards pour ton comportement. »
Violet fit un geste à Mary.
Bientôt, la servante arriva en courant avec le carnet de croquis dans lequel Violet dessinait jusqu'à présent.
Mary l'ouvrit devant Aileen.
Vas-y, regarde, puis tire-toi gentiment.
Violet espérait qu'Aileen disparaîtrait juste vite de son paradis.
« Wahou, ton art est… »
Maintenant qu'elle avait enfin atteint son but, Aileen sourit et rendit le carnet de croquis de Violet.
De toute façon, il n'était rempli que de misérables gribouillages. Peu importait s'ils étaient montrés à quelqu'un d'autre.
« Comme c'est fascinant. Je n'aurais jamais dessiné quelque chose comme ça. »
« …… »
« La façon dont tu exprimes les choses à travers ces traits est particulièrement distinctive. Je me demande comment tu as fait pour que tes dessins ressemblent à ça… C'est bien ça, tu as dessiné exprès d'une manière bien différente du style artistique populaire de nos jours, n'est-ce pas ? Comme prévu, Sœur est vraiment unique. »
Puis, Aileen dévisagea les vêtements de Violet du coin de l'œil.
Face à cela, Violet afficha un sourire sardonique.
« Si tu penses que je ne sais pas dessiner, dis-le franchement. Pourquoi faut-il que tu aies recours à la sophistique ? »