Tandis qu'elle pensait à ceci et cela, Violet se rendit soudain à la galerie avant même que le soleil ne se lève.
Avec la pâle lueur de l'aube pour seul éclairage, ses tableaux lui devinrent étrangers. Ils étaient si disparates, comme s'il s'agissait de peintures qui n'auraient pas dû exister en ce monde.
Personne ici n'appréciait vraiment ses tableaux.
De son côté, Violet pensait que ce sentiment de disparité provenait des vestiges de « Yeon Ha-yoon » en elle.
On ne pouvait pas dire qu'elle était en deuil, mais elle était remplie de chagrin pour la petite vie qui s'était juste effondrée et brisée.
Les tableaux ici étaient l'aboutissement des vies de Violet et de Yeon Ha-yoon — broyées en morceaux, recousues une fois encore, mélangées l'une à l'autre, et ainsi dessinées.
Et pourtant, ces peintures semblaient appartenir à une inconnue.
« C'est pas pour rien qu'on dit que j'aurais pu être jugée pour sorcellerie à cause de ces tableaux. »
Violet sourit amèrement, se rappelant tous les mots chuchotés dans son dos par ceux qui avaient vu les tableaux.
Dans un cas comme celui-ci, mieux valait revenir à ses racines et peindre comme elle l'avait toujours fait. Violet le savait, elle aussi.
Cependant, c'était plus facile à dire qu'à faire.
Depuis qu'elle avait recouvré les souvenirs de sa vie antérieure, Violet avait changé. Au lieu d'une fusion sans couture des deux personnalités, l'existence même de « Violet S. Everett » avait créé un sentiment d'incongruité.
Et tant qu'elle aurait les souvenirs de Yeon Ha-yoon, elle n'aurait d'autre choix que de se sentir comme une étrangère pour elle-même.
Une étrangère.
Dès qu'elle réalisa cela, un sentiment de solitude la frappa. Des émotions indéfinissables la rongeaient, et tout au bout, il ne restait qu'un abîme sombre.
Violet comprit qu'elle ne pourrait jamais faire pleinement partie de ce monde.
« Ce n'est pas le mien, je n'ai jamais été là. »
Elle ne pourrait jamais se fondre dans ce monde. La « volonté » de Violet ne lui semblerait plus jamais tout à fait sienne.
Violet tenait aux siens, mais au final, elle marcherait toujours et à jamais sur une ligne parallèle à la leur. Elle ne pourrait pas se résoudre à accepter l'éthique et les lois du monde, pourtant elle devrait vivre avec ces souvenirs sordides et insignifiants tout en habitant le corps d'une dame ducale.
On en était même arrivé au point qu'il était impossible de savoir si ses tableaux appartenaient à « Yeon Ha-yoon » ou à « Violet ».
C'était sans doute parce que l'aube approchait qu'elle devenait émotive, mais Violet était sérieuse là-dessus.
En rumant tout ce qui la tourmentait, Violet ne put plus considérer cette affaire comme de simples plaintes.
Comme elle ne parvenait pas à sombrer dans un sommeil profond depuis le soir sombre jusqu'au matin bien entamé, la première chose que Violet dit à Mary fut ceci.
« Allons dans un magasin de fournitures d'art. »
Mary fut surprise.
Et elle songea : Qu'est-ce qui prend à Milady ? Je n'arrive pas à croire qu'elle sorte de la maison deux jours de suite.
En tout cas, Mary pensa que c'était une bonne chose, alors elle alla vite en informer Roen.
Apprenant la nouvelle avant même d'avoir pu prendre son petit-déjeuner, Roen rit et répondit.
« Non. »
D'après Roen, toute sortie devait être planifiée à l'avance car tout suivait un certain emploi du temps. Par conséquent, à son grand dam, Violet dut subir l'une des leçons de Roen : Si tu agis sur un coup de tête et sans but, ta vie est fichue !
« Ça n'a pas d'importance. Je ne fais rien de toute façon, et quoi que je fasse, les curieux fourreront leur nez dans mes affaires et renifleront le moindre potin. »
« Même ainsi. Tu ne peux pas. »
Violet lui lança un regard noir, sans détour.
Roen tressaillit. Pourtant, il tint bon et ne céda pas.
Ce foutu control freak.
Avant que Violet ne puisse rétorquer avec indignation, Cairn intervint le premier.
« Ouais, je suis d'accord — Ça n'a pas d'importance, non ? Franchement, y a pas de différence que Sœur sorte pour s'amuser ou pour bosser. De toute façon, tu peins à la maison parce que t'as rien d'autre à faire, non ? Qu'est-ce que ça peut faire si tu sors t'amuser quand tu veux ? »
Ça sonnait comme s'il la soutenait, mais en même temps, c'était plutôt blessant. T'es au chômage de toute façon, alors va t'amuser à fond.
Sans un mot, Violet pinça son jeune frère.
« Aïe ! Hey, je t'aide, moi ! » Cairn cria de colère.
« Tu n'y vas pas, et c'est final. Violet, pense à ta position. Tu ne peux pas aller n'importe où, n'importe quand. »
« Je croyais que tu voulais être enfermée à la maison, au passage. »
« Je vais lancer la procédure pour une sortie officielle, alors patiente quelques jours. Si tu veux sortir incognito, je peux arranger ça aussi. »
« Argh, sérieusement, tout le monde dans cette famille a des problèmes de tempérament… Ça n'a pas d'importance ! Sœur ne fait pas de scandale dans le grand monde, et il ne va rien arriver aujourd'hui. Ou alors, je devine ? Tu es jaloux que je puisse partir en voyage avec Sœur au lieu de toi ? »
« Tu parles trop. Et pourtant, plein de choses imprévues pourraient arriver. »
« Moi, je vais suivre Sœur de toute façon, donc y aura pas de problème. »
« Toi, t'es le plus gros problème. »
Alors que la conversation coulait de source, le sujet changea naturellement.
Franchement, Roen n'avait pas tort.
Pourtant, Violet était vexée.
« Uuuuuh, bon, tant pis. Faisons un contrat ou un truc comme ça. Vous êtes libre de me virer si je cause le moindre problème. Ça va, non ? Hein ? Donnez-moi juste une épée et virez-moi. Mais ! Même si on écrit ce contrat, je ne causerai aucun incident de toute façon ! »
« …Hmm. »
Cairn parla avec une totale sincérité. À ce stade, il hurlait pour lui-même plutôt que pour défendre Violet.
Violet songea.
« S'il se fait donner une épée et qu'on le vire ensuite, je parie qu'il ira faire du mercenaire. »
Sur le côté, Roen avait l'air de penser la même chose.