Dans l'intérieur sombre de la tente, seul le lent souffle d'une jeune fille aux cheveux argentés endormie se fait entendre.
« Nnn… »
Les yeux de la jeune fille s'entrouvrirent et elle tendit la main, encore engourdie, cherchant quelque chose.
Sa main atterrit sur une couverture. Elle la tâtona lentement, la soulevant pour glisser les doigts dessous.
Elle est seule dans le lit.
C'est bruyant dehors, elle entend des voix et le bruit des soldats qui s'affairent.
――Ah oui, c'est un champ de bataille.
Elle avait encore sommeil, mais ne parvenait pas à se détendre assez pour se rendormir.
Elle se redressa lentement et regarda autour d'elle.
Sélène n'était pas dans la tente. Elle s'était levée plus tôt.
Krische resta assise un moment, serrant la couverture contre elle, le regard perdu dans le vide.
Elle sentit la pochette pendue à son cou, qui ne contenait plus qu'un seul bonbon.
Elle le tripotait à travers l'étoffe en se levant.
Krische se lava le visage avec l'eau d'une cruche, se réveillant grâce à la fraîcheur.
La température ambiante n'est pas si basse, pourtant elle ressentait un frisson.
Elle saisit sa cape et s'en enveloppa.
Elle prit le pain qu'elle avait mis de côté et le trempa dans la soupe froide.
Ce n'est pas si mauvais. Elle en détacha de petits morceaux et calma sa faim.
Exceptionnellement, elle n'avait pas envie de savourer et finit son repas vite.
Est-ce que je devrais faire du thé ?
Krische avait envie de boire quelque chose de chaud, mais la flemme la gagnait.
Alors la tente du maître.
Mais ses pieds étaient lourds.
Elle s'assit sur le lit et fixa le vide.
Son esprit n'est peut-être pas encore tout à fait réveillé.
Elle resta là, absentement, à ne faire que jouer avec le sac de bonbons.
« Krische veut rentrer et cuisiner avec Bery. »
Krische marmonna pour elle-même.
À cet instant, quelqu'un écarta l'entrée de la tente.
« Hein ? Tu es réveillée ? Je pensais que tu dormirais encore. »
Ses magnifiques cheveux blonds fouettaient gauche et droite comme une queue de cheval.
Sélène sourit en s'approchant et emprisonna les joues de Krische entre ses mains.
Ses mains étaient chaudes dans la tente fraîche.
« Bonjour. Le soleil s'est levé depuis un moment. »
« …oui, bonjour. »
« Tu as mangé ? Tu t'es lavée le visage ? »
« Euh… oui. »
Krische hocha la tête.
Sélène lui caressa la tête et s'assit à côté d'elle sur le lit.
« Il y a une réunion à midi, je suis venue te réveiller. Ton esprit est clair ? »
« …ehehe, oui. »
Krische enlaça Sélène.
Sélène sourit en coin et caressa la tête de Krische tandis que celle-ci se blottissait contre elle.
« Et c'est comme ça que tu te comportes quand ton esprit est clair ? Tant pis, ça m'épargne des tracas. »
Sélène sourit et frotta sa joue contre celle de Krische.
Elle peigna délicatement ses longs cheveux de ses doigts.
« On a le temps… alors, Krische, tu peux nous faire du thé ? Aujourd'hui… je prendrai la même chose que toi, sucré avec beaucoup de miel. »
« Et beaucoup de lait ? »
« Oui. Pareil. »
« D'accord. »
Krische sourit et acquiesça.
Elles ont entièrement l'initiative.
L'ennemi est forcé de réagir à leurs mouvements et se trouve sous leur contrôle.
――C'est le moment.
« Je pense qu'il est temps d'attaquer. Des objections ? »
Personne ne contesta la déclaration de Bogan.
Tous dans la tente acquiescèrent profondément.
« …puisqu'il n'y a pas de mouvement de l'armée centrale, il nous faudra repousser l'ennemi par nos propres moyens. Je préfère parier sur notre victoire plutôt que sur la résistance du sud. »
Sélène prit la parole et Gallen montra son accord.
Bogan hocha aussi la tête et se tourna vers Krische.
« Krische. Qu'en penses-tu ? »
« Krische veut vite rentrer cuisiner avec Bery… alors Krische préfère en finir rapidement. »
Tous sourirent en coin face à la franchise de Krische, pendant que Sélène lui pincait la joue pour sa trop grande décontraction.
Krische ne montrait aucun doute sur leur victoire.
Son absence de tension dissipa les inquiétudes des autres face à ce pari et hâta leur décision ―― et la bataille commença.
――En finir et rentrer.
Ça a l'air vraiment tentant, alors Krische proposa un plan d'infiltration du camp ennemi dans les montagnes et s'y porta volontaire.
Mais la position floue de Krische risquait de semer la confusion, aussi Sélène fut mise à la tête d'une escouade d'assaut spécialement formée et Krische nommée son adjudante.
Le plan : infiltrer les montagnes la nuit, suivi d'une attaque surprise audacieuse sur le poste de commandement ennemi à l'aube.
Le quatrième corps suivrait après l'embuscade du poste de commandement par l'escouade de Krische.
Leur rôle est de soutenir cette attaque en paralysant la chaîne de commandement ennemie.
Krische a l'habitude de courir dans la forêt et les arbres denses ne sont pas un obstacle pour elle.
Pour cette mission, 500 soldats habitués aux montagnes, comme d'anciens chasseurs, furent choisis.
Ils avancèrent en silence, Krische en tête.
« Ah ―― »
Krische sauta des arbres et fit tournoyer son épée deux fois.
Elle trancha la gorge de deux soldats en patrouille sans leur laisser le temps de crier. Le sang frais jaillit tandis qu'ils s'effondraient au sol.
――Vingt-sept.
Krische compta le nombre de ses victimes en jetant un œil à sa cape.
Sa cape était tachée de rouge par le sang, ce qui la fit bouder, mécontente.
Normalement elle aurait pu éviter les éclaboussures, mais l'objectif est les empêcher de crier et éviter d'être repérée.
C'est difficile de faire les deux tout en évitant le sang.
Sa cape s'était alourdie, gorgée de sang, elle voulait l'enlever.
C'est maintenant l'aube. Les 500 soldats sélectionnés avaient gravi la montagne dans la nuit noire et s'étaient infiltrés par le flanc ennemi.
La lumière matinale créait des ombres, rendant le sous-bois encore plus sombre.
La cape, désormais d'un rouge foncé, n'est pas si mal à cette heure.
Kriche se força à la garder avec cette logique en levant la main pour signaler les autres.
Les arbres bruissèrent tandis que des hommes en sortaient, tous regardant la fille devant eux avec crainte. Même Sélène fixait Kriche d'un air sévère.
Krische privilégiait la fiabilité et endossa le rôle de guider l'escouade et d'éliminer les patrouilles.
Même si les soldats furent choisis pour leur aptitude en montagne, elle ne pouvait pas être sûre de leurs capacités.
Krische les laissa se concentrer sur la surveillance des alentours et la détection des patrouilles ennemies pendant qu'elle se chargeait des sentinelles.
Krische trouvait ce système fiable et efficace, et en était assez satisfaite. Mais la voir abattre les sentinelles si tranquillement, sans recevoir la moindre égratignure, glaça les soldats d'effroi.
C'est une réaction naturelle après l'avoir vue tuer aussi facilement plus de gens qu'on ne peut en compter sur les doigts des deux mains et des deux pieds.
Même parmi les soldats aguerris, peu pourraient dire avoir tué assez d'ennemis en une seule journée pour les compter sur leurs deux mains.
Les soldats combattent dans une tension extrême tout en luttant contre la peur de la mort, leur vie constamment en jeu.
Quiconque tient la ligne de front et en tue cinq en une seule bataille est déjà un héros.
Tuer un seul ennemi et survivre est le maximum pour la plupart des soldats.
C'est la norme pour la plupart et c'est pourquoi ils sont terrifiés par Krische.
Il est vrai que quiconque tue beaucoup avec une seule vie devient un héros du champ de bataille.
En un sens, les soldats sont des assassins de métier, mais Krische est trop professionnelle, trop différente de leur image du héros.
Krische calcule la façon la plus efficace de tuer et l'exécute.
Ce n'est pas du combat, c'est de l'assassinat.
C'est le rôle qui lui est demandé, mais elle l'accomplit trop méthodiquement.
Elle identifie avec précision les angles morts de l'ennemi et les moments où leur respiration se relâche, puis frappe ―― résultat : ils meurent sans réaliser ce qui s'est passé.
Quoi que fasse l'ennemi, c'est une mort inévitable.
L'instant où elle repère les sentinelles, ce sont des hommes morts. Les soldats ne comprenaient pas Krische, mais ils pouvaient imaginer ce que ressentaient les ennemis.
Ils pourraient l'accepter s'ils perdaient par l'épée au combat.
Mais comment serait-ce d'être tué ainsi au milieu de la forêt, sans honneur, sans même savoir ce qui s'est passé ?
――Ils l'imaginèrent et tremblèrent.
Et cela mena à l'image de ce qui leur arriverait si l'épée de cette fille se tournait vers eux.
Beaucoup de ces soldats choisis sont d'anciens chasseurs et comprennent bien comment et ce que signifie ôter une vie.
Mais elle ne chasse pas des animaux, elle chasse des humains.
Ils ne comprenaient pas comment Krische pouvait tuer si calmement et méthodiquement, sans aucune hésitation, juste parce qu'il le faut, c'est flippant.
« …ça va ? »
Sélène s'approcha de Krische et lui caressa la tête, consciente des sentiments des soldats.
Krische agit normalement même sous les regards des soldats.
Elle sourit un peu tandis que Sélène lui caressait la tête.
Elle souleva un coin de sa cape et leva les yeux vers Sélène.
« La cape de Krische est trempée de sang. Même si Bery l'a achetée pour Krische… les taches partiront au lavage ? »
« Si ce n'est pas le cas, j t'en achèterai une autre… désolée de te faire faire ça. Je ferai tout ce que tu voudras une fois rentrées. »
« …n'importe quoi ? »
Krische porta un doigt à ses lèvres, rougissant un peu.
« Alors, Krische veut prendre le thé dans la chambre de Sélène encore. Boire du thé, euh… à trois, et manger des, cookies… »
« Tu ne demandes pas grand-chose. Bon… c'est entendu, je viendrai. »
« …ehehe. »
Sélène savait que cela arriverait quand Krische s'est portée volontaire.
Après l'avoir vu de ses propres yeux, Sélène comprenait pourquoi les soldats la craignaient.
Ce côté de Krische ressortait d'autant plus mal à cause du décalage avec l'image habituelle de Krische Christand ―― la belle et mignonne fille du général.
Même les centurions expérimentés qui semblaient réticents au début, mal à l'aise face à l'apparence et à la jeunesse de Krische, la regardaient maintenant avec des yeux effrayés.
Sélène aurait voulu que Krische attende avec Bogan.
Même si Krische s'en fiche, Sélène, elle, s'en soucie.
C'est triste et douloureux que la Krische qu'elle aime soit regardée ainsi.
Mais c'est une mission d'infiltration furtive à travers la ligne défensive ennemie dans les montagnes.
Le plan de Krische, perturber la chaîne de commandement et percer rapidement les montagnes avec le quatrième corps pour mener une attaque surprise sur le flanc et sécuriser une tête de pont sur la rive sud du fleuve, serait difficile à mener seule par Sélène.
Bien sûr, Sélène comprend le fonctionnement de la tactique et sait quoi faire, mais quant à savoir si elle peut réellement prendre le commandement et l'exécuter, elle n'en est pas si sûre.
Sélène n'a agi qu'en adjudante jusqu'ici.
C'est la première fois qu'elle prend réellement le commandement hors entraînement.
La responsabilité de mener cette escouade d'assaut spéciale est trop lourde pour Sélène seule.
C'est pourquoi Bogan a décidé d'utiliser Krische, s'attendant à ce que Sélène serve de tampon entre Krische et les soldats.
Sélène en est aussi consciente.
Elle enrageait, mais était aussi soulagée.
Bogan est une personne extrêmement pragmatique.
Krische a des capacités uniques ―― exceptionnelles.
Sélène a de bonnes compétences, mais clairement inexpérimentées.
Il a évalué calmement leurs aptitudes et leur a assigné des rôles adaptés.
Parce que Sélène comprenait cela, elle se sentait pathétique.
Gérer 500 soldats en montagne est vraiment très difficile.
Simplement avancer en éclaireur et trouver les bons moments pour de courtes pauses est difficile. Même avec des soldats expérimentés, elle doit veiller à ce qu'il n'y ait pas de retardataires.
Si en plus elle doit choisir la route d'infiltration, ce que fait actuellement Krische, ce serait trop difficile pour elle.
Une fois la bataille commencée, l'information deviendra encore plus complexe et confuse.
C'est pourquoi, tout en maudissant son inexpérience, elle est aussi reconnaissante de la présence de Krische.
Le génie intuitif et l'escrime de Krische leur ont permis de s'infiltrer plus loin que prévu.
C'est aussi parce qu'ils ont glissé à travers les brèches de la ligne défensive ennemie que Krische avait déduites de la géographie.
Tout est grâce à Krische s'ils ont réussi à s'infiltrer si loin sans grandes batailles.
Sélène avait initialement prévu de faire un grand détour par des sentiers de haute montagne et de prendre l'ennemi à revers, puis de percer rapidement les points faibles de la ligne défensive. Ce plan d'infiltration exploitait pleinement l'expérience de marche des soldats.
Mais ce plan impliquait du combat et ils auraient dû se précipiter pour atteindre le poste de commandement ennemi avant que la nouvelle de leur infiltration ne parvienne.
C'aurait été extrêmement épuisant pour les soldats.
Au lieu de cela, Krische a suggéré de gravir la montagne la nuit puis de faire une longue pause avant de redescendre.
Krische descendit la première sans corde et reconnaissance la zone, éliminant les sentinelles en patrouille.
Ensuite, les soldats descendirent prudemment avec des cordes et ils passèrent à travers les brèches de la ligne défensive, évitant totalement le combat. Ils n'ont qu'à surveiller les patrouilles ou forces de réserve.
Bien qu'ils doivent rester sur leurs gardes en avançant, le risque d'exposition est faible puisqu'ils ne combattent pas, ce qui réduit la fatigue mentale et physique.
Une fois descendus prudemment de la montagne, ils peuvent s'infiltrer profondément dans les lignes ennemies sans gaspiller d'énergie ni combattre.
Résultat : ils se sont infiltrés bien plus loin que le point idéal du plan de Sélène.
Comment aurais-je pu faire cela avec mes seules troupes sans Krische ?
Sélène faillit se laisser distraire par cette pensée mais se força à se concentrer sur l'affaire en cours.
« …ce devrait être la limite. Le poste de commandement ennemi devrait être juste devant nous. »
« Oui. On a réussi à éviter complètement les gardes ennemis jusqu'ici… mais c'est la limite. En jugeant par la position des forces ennemies, le poste de commandement est un peu plus au sud. »
Le ton de Krische était confiant.
Krische comprenait le déploiement ennemi et connaissait leur position comme si elle avait des yeux dans le ciel.
Elle doit avoir une carte et une boussole mentales.
Ses réponses sont toujours concises et assurées.
Sélène ne parviendra jamais à égaler Krische sur ce point.
Sélène déploya une carte sommaire et confirma leur position avec Krische.
Sélène peut reconnaître leur position actuelle d'après la durée et le rythme de leur marche, mais pas aussi précisément que Krische.
Elle corrigea la légère erreur entre sa position perçue et celle de Krische, songeant à ce qui l'avait causée. La carte ? Leur allure ? Ou a-t-elle mal lu le terrain ?
Depuis sa rencontre avec Krische, Sélène avait travaillé à se comprendre elle-même.
Elle apprit ses propres capacités, ce en quoi elle est douée, ce en quoi elle est mauvaise.
Bogan lui avait toujours dit de connaître ses propres failles et Sélène comprit enfin ce qu'il voulait dire après avoir rencontré Krische.
Krische est quelqu'un que Sélène ne pourra jamais battre. Mais Sélène peut apprendre d'elle et se rapprocher.
Pour cela, elle doit comprendre où elle manque, puis elle peut travailler à s'améliorer, se perfectionner avec son ambition et sa diligence innées.
C'est la force de Sélène.
De grandes attentes pèsent sur Sélène, pas seulement comme successeure digne du héros, Bogan Christand, mais comme quelqu'un qui peut le dépasser. Cependant, Sélène elle-même n'a jamais cru être talentueuse.
Elle se croit une personne normale qui a simplement eu la chance d'étudier sous de nombreux excellents précepteurs.
Son humilité et sa soif d'apprendre la rendirent encore plus populaire et attachante.
Ainsi personne ne se plaignit qu'elle prenne le commandement pour une mission si importante malgré sa jeunesse. Au contraire, ils furent motivés à se battre pour elle.
La loyauté des soldats envers la fille du général, Sélène Christand, refoula leur peur de Krische, créant un équilibre qui leur permit d'avancer de façon ordonnée et furtive.
Il n'y eut pas non plus beaucoup d'objections à ce que Krische prenne la tête et gère les sentinelles, principalement parce que c'était la décision de Sélène.
Krische accorde aussi une grande valeur à la popularité de Sélène.
Krische sait que ça n'aurait pas si bien marché si elle était seule.
Elle prend les choses trop à la légère et ne considère pas les implications à long terme.
C'est à cause des capacités exceptionnelles de Krische qu'elle a inconsciemment développé cette mauvaise habitude.
Elle découle de sa confiance absolue en elle-même.
Krische est indifférente à ce que les soldats l'écoutent.
S'ils écoutent, tant mieux.
S'ils n'écoutent pas, elle les punira elle-même pour désobéissance selon les règles, exactement selon les règles ―― par la mort.
Krische n'hésite pas à le faire et croit pouvoir gérer n'importe quel problème qui surviendrait.
Si elle peut de toute façon gérer, alors elle s'en fiche tant qu'un certain nombre reste.
La mauvaise habitude de Krische la mène trop facilement à de telles conclusions.
Elle s'attendait à devoir en sacrifier deux ou trois, mais cette perte devint inutile avec Sélène aux commandes.
Krische ne voyait les soldats que comme des chiffres et s'en fichait plus ou moins, mais moins de pertes, c'est mieux.
Ainsi elle n'a pas besoin d'exécuter qui que ce soit et les obéissent quand même.
Krische est reconnaissante à Sélène pour cela.
Sélène fait simplement de son mieux pour ne pas être un fardeau pour Krische tout en apprenant constamment d'elle.
Elles s'estiment mutuellement, sont conscientes des capacités de l'autre et se complètent.
Commandante et adjudante. Toutes deux avaient sans le savoir créé la relation de travail idéale.
« Ils ne devraient pas nous avoir repérées… c'est ton mérite, Krische. Grâce à toi, nous aurons un bel avantage. »
« Krische n'a fait que montrer le chemin. Ça n'aurait pas si bien marché avec Krische seule, alors le mérite revient à Sélène. Et puis, Krische n'est venue que pour livrer des lettres. »
« …tu dis encore ça ? »
« Uuuu… »
Sélène pinça la joue de Krische, exaspérée.
Krische regarda Sélène en signe de protestation tandis que sa joue douce s'étirait.
Ce n'était pas douloureux mais elle n'aimait pas qu'on lui tire la joue.
Mais Sélène aime tirer les joues de Krische autant que lui caresser la tête, les yeux reprochateurs de Krische ne l'arrêteraient pas.
Krische comprend que Sélène ne le fait pas par méchanceté, mais par forte affection ―― de l'amour, selon Bery.
Sélène sourit et caressa la tête de Krische, puis déclara.
« …éventuellement, je ferai en sorte que Krische n'ait plus à faire ce genre de choses. Alors Krische pourra toujours cuisiner avec Bery à la maison. »
« …toujours cuisiner. »
« Oui, toujours… alors pour l'instant, prête-moi ta force. »
Krische réfléchit un instant, puis sourit et acquiesça.
Grace et Gorka, Gallen et Galla ―― maintenant il y a Sélène et Bery aussi.
Ces gens ne demandent jamais rien à Krische, ne font que lui donner, ils sont spéciaux pour elle.
Elle a toujours du mal à penser à ce qu'elle peut faire en retour, c'est pourquoi c'est un soulagement chaque fois qu'ils lui demandent quelque chose.
Krische voit tout en termes de calculs, ainsi elle est plus à l'aise avec des relations à somme nulle.
C'est désagréable de recevoir trop peu, mais recevoir trop la met aussi mal à l'aise.
Heureuse qu'on lui demande une faveur, les yeux de Krische se plissèrent légèrement tandis que sa bouche se détendait en un petit sourire.
« D'accord. Alors… une fois rentrées, Krische n'enseignera pas seulement l'escrime à Sélène, mais aussi la cuisine. Donc, euh… »
――Refaisons la cuisine ensemble avec Bery.
Krische a reçu trop mais ne peut rendre qu'avec des riens du quotidien.
C'est parce que c'est ce qu'elle valorise le plus.
Si quelqu'un est gentil avec toi, fais pour lui quelque chose qui t'a rendue heureuse.
Grace et Bery lui avaient toutes deux appris cela, alors Krische le suivit fidèlement.
C'est pourquoi Krische dit ça, mais Sélène écarquilla les yeux un instant, puis hocha la tête joyeusement.
« Fufu, après le retour alors. Un plat simple, s'il te plaît. »
« …d'accord. »
Elles sourirent et se parlèrent doucement pendant que Sélène rangeait la carte.
Une petite pause ―― un petit échange.
Les soldats observèrent cette scène avec des sentiments étranges.
Ils n'avaient pas réussi à comprendre ce que pensait Krische, mais à cet instant, elle devint chair et sang, ils ne purent détacher leurs yeux de sa beauté et de sa mignonnerie.
Les héros protégeant les deux belles princesses Christand ――
Les soldats se rappelèrent ce titre et se regardèrent, serrant les poings.
Avec Sélène, Krische ressemble à n'importe quelle fille de son âge, donc c'est aussi leur devoir de la protéger.
Bien que leur peur et leur malaise à son égard ne soient pas disparus, elles doivent protéger cette scène.
S'approchant du poste de commandement ennemi de la ligne défensive en montagne, les soldats réprimèrent diverses émotions et concentrèrent tout leur être sur cette pensée.
Protéger Krische fait partie de protéger le sourire de Sélène, la Sélène en qui elles croient toutes et qu'elles aiment.
De nombreuses histoires sur elles parlaient souvent de ce décalage.
La froide et impitoyable Krische n'agit ainsi, si enfantinne, qu'avec Sélène, et la sérieuse et stricte Sélène ne permet qu'à Krische d'agir ainsi.
――L'histoire des deux belles princesses commença avec cette bataille.
-Fin-