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A Land of Nations

Chapitre 47

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Chapitre 47

Chapitre 47

Chapitre 47/17826%~12 min de lecture2 378 mots

César reste stupéfait.

On ne saurait le lui reprocher. Depuis son arrivée au château, ni l'intendant, ni les serviteurs et pages comme lui, ni le prince Baudouin, ni leur précepteur Héraclius, n'ont fait mention de la première épouse d'Amaury Ier.

Et la première rumeur qu'il a entendue sur un remariage disait qu'Amaury Ier avait déjà négocié maintes fois l'union avec l'empereur byzantin Manuel Ier.

Il en a naturellement déduit que la mère de Baudouin était déjà décédée, peut-être quand Baudouin était tout petit. Bien sûr, il n'aurait jamais évoqué une chose pareille devant Baudouin.

Et voilà que cette mère sort de la tombe ?

Penser ainsi est certes un brin irrespectueux. César baisse immédiatement la tête et s'incline. Il ne sent qu'une brise tiède de lavande l'effleurer. « Relevez la tête, mon enfant. Vous n'êtes pas le premier à me regarder comme si vous voyiez un fantôme. »

Il lève les yeux et aperçoit Baudouin planté sur place, encore plus mal à l'aise que lui. On dirait qu'il veut tendre les bras pour étreindre sa mère, mais en levant la main, il réalise qu'il ne porte ni gants ni voile. Il se retourne prestement pour les chercher, mais la comtesse de Jaffa l'attire déjà dans ses bras.

« Laissez-moi vous tenir comme il faut. » dit-elle. « Votre père est un roi et ne vous craint pas. Pourquoi aurais-je peur de vous ? »

Elle serre Baudouin longuement. Le visage de Baudouin est rouge vif, masquant presque les cicatrices de la lèpre. Il entrouvre à peine les yeux, son corps se détend peu à peu, allant même jusqu'à s'abandonner sur l'épaule de la comtesse comme un homme ivre.

Bérion d'Ibelin n'entre pas, il se contente de tousser légèrement. César comprend et referme la porte.

Le geste de Bérion signifie clairement qu'il monte la garde devant la porte. César se demande s'il doit lui aussi se retirer, mais la comtesse jette un coup d'œil aux divers objets éparpillés sur le tapis. Ces cadeaux coûteux sont manifestement répartis en deux tas. Il est donc évident ce que ces deux enfants faisaient avant qu'elle n'entre.

« Vous êtes César, n'est-ce pas ? » l'appelle doucement la comtesse. « Venez, venez vous asseoir avec nous — j'ai entendu votre nom et connais votre valeur. Je suis ravie que mon fils ait un compagnon comme vous. »

Elle pose la main sur la tête de Baudouin. « Comme le dit le sage, qui se ressemble s'assemble. Plutôt qu'on dise que vous êtes le page du prince, j'aimerais mieux qu'on dise qu'il est l'ami de César. »

Même le visage de César commence à chauffer.

« Je ne suis plus un page » dit Baudouin joyeux. « Sous le regard de Dieu, nous sommes devenus frères. Dorénavant, lui et moi, c'est pareil. »

La comtesse sourit faiblement et examine César avec attention. « Si j'avais pu mettre au monde un si bel enfant, j'aurais sans doute bâti une chapelle rien que pour la Vierge Marie. »

« Et moi, je ne suis pas beau ? » Baudouin reste bouche bée. « J'ai toujours cru que j'étais beau, Maman. »

La comtesse voit bien que son enfant cherche délibérément à la divertir. Elle éclate de rire, puis dit : « Dans mon cœur, même si le sang-qui-devient-violettes Attis, la rusée prétendante Cydippe et Linus fils du dieu solaire Apollon se tenaient côte à côte devant moi, le plus beau serait assurément encore vous, et vous seul. »

Elle attire Baudouin contre elle. Bien qu'après le 2 février Baudouin aura dix ans, et qu'avec la permission d'un évêque ou du pape, il puisse être majeur par anticipation, apte à se marier et à conclure des alliances — pour toutes les mères, leur enfant reste toujours petit, prêt à être soulevé et tenu dans les bras.

C'est une scène tendre, mais quelques éclats d'or percent les yeux de César à contretemps. Il remarque alors que le coin du petit manteau que Baudouin vient de lui montrer dépasse. Il cherche comment le dissimuler discrètement quand la comtesse le repère.

« Un cadeau de la princesse Marie. » dit-elle franchement. « Apportez-le-moi. Voyons s'il sied à mon plus bel enfant. »

Baudouin se presse de se cacher le visage. César rampe pour le récupérer. La comtesse le prend en main et l'examine longuement. « Byzance… » Sa voix ne contient guère de jalousie ni de haine. « Amaury Ier et moi avons divorcé en 63. »

À l'origine, ce mariage était une belle alliance. Amaury Ier n'était qu'un second fils, et la comtesse, fille du comte d'Édesse. Elle n'avait jamais espéré porter une couronne, seulement que son mari ne meure pas trop vite et lui laisse avec un peu de chance des enfants — ils eurent bientôt Sibylle, puis Baudouin. Mais l'année suivant la naissance de Baudouin, Baudouin III mourut soudainement. Sans héritier, il ne put léguer le trône qu'à son frère.

Pour Amaury Ier, son épouse d'origine ne lui correspondait plus. Ce n'était ni ingratitude ni mépris de l'affection, mais le roi de la Marche d'Ayyarasa et le comte de Jaffa et d'Ascalon sont des créatures radicalement différentes. Et à cette époque, le comté d'Édesse avait déjà chuté. Le patriarche, les ministres et le grand maître des chevaliers le pressaient tous de trouver un mariage plus avantageux pour la Marche d'Ayyarasa.

Amaury Ier y a longuement réfléchi — il avait besoin d'une belle-famille puissante. La chute du comté d'Édesse était une leçon — bien qu'il y eût maintes raisons… De plus, il nourrissait des ambitions sur l'Égypte.

« Il a consenti à traiter avec le patriarche pour préserver le statut légitime de Baudouin et de Sibylle et reconnaître leurs droits d'héritage. J'en ai été très reconnaissante, sans parler qu'il m'a laissé Jaffa. »

La comtesse jette un regard de côté à César et sourit. « Mais ils ont du mal à vous en parler. Que diraient-ils ? Que mon mari m'a lâchement abandonnée ? Que la mère a été forcée d'abandonner ses enfants ? »

Baudouin saisit sa main. La comtesse serre à son tour les doigts de l'enfant, en apparence distraitement, en réalité pour vérifier son état. Après avoir constaté que Baudouin n'a pas relevé son petit manège, son cœur se serre violemment, mais son visage ne laisse rien paraître.

Ils restent ainsi un moment, paresseux et heureux. Baudouin reprends sa part des cadeaux et offre les plus précieux à sa mère. La comtesse ne prend qu'une broche ronde et l'épingle à son fichu, puis regarde César : « Et vous, vous n'avez rien à m'offrir ? »

César rassemble son courage, choisit quelques bijoux et les tend à la comtesse. Elle baisse les yeux et choisit elle aussi une broche, qu'elle épingle à côté du cadeau de Baudouin.

« Regardez » dit-elle en prenant un petit miroir. « Quel joli duo. »

Cette fois, César ose regarder son visage. Il y retrouve maints traits familiers. On peut dire que, hormis les yeux bleus, Baudouin et Sibylle ont hérité presque tout d'elle.

Sibylle est si belle, et cette comtesse l'est tout autant. Même après l'usure du temps et du destin, sa beauté n'a pas été complètement effacée, elle a gagné un voile brumeux qui la rend plus douce, plus réservée, plus digne d'être explorée.

« Qu'est-ce que vous avez ? » La comtesse surprend son regard.

« Vous ressemblez à Baudouin. » Après l'avoir dit, César réalise sa maladresse. Il ajoute précipitamment, embarrassé : « Non, c'est Baudouin qui vous ressemble, et la princesse Sibylle vous ressemble aussi. »

La comtesse ne peut réprimer son rire. « Bien sûr, mon enfant. Ils sont mon sang, mon héritage. » Elle relève doucement le menton de César. « Vous êtes un bel enfant et le bon ami de Baudouin, mais vous m'avez plu au premier regard, et pas seulement pour cela. »

Elle tourne le visage de César vers Baudouin et les rapproche. « Comme c'est étrange » dit-elle. « Vous vous ressemblez un peu, tous les deux. » Elle regarde l'un puis l'autre. « Peut-être que les beaux se ressemblent tous. »

Ils passent ainsi la majeure partie de l'après-midi, jusqu'à ce que le ciel hors de la fenêtre passe de l'or à l'encre bleue. « Je dois partir » dit la comtesse.

« Restez dîner avec moi. » Baudouin agrippe le bas de sa robe et supplie.

« Je resterai dans la Marche d'Ayyarasa un moment, jusqu'à ce que le mariage d'Amaury Ier avec la princesse byzantine Marie soit achevé — c'est la responsabilité de la comtesse de Jaffa. » La comtesse se penche et embrasse son front. « Alors ne vous inquiétez pas. Je viendrai vous voir souvent. »

La comtesse est venue sans bruit et repart tout aussi silencieusement, et prestement.

« Elle a dit qu'elle reviendrait. » César ressent lui aussi une pointe de réticence. La comtesse n'a rien des dames nobles du château. Elle est comme une fleur éclose dans les monts de Judée, entourée seulement de sable, de soleil brûlant, de grands lacs et de la voûte immense, ce qui la rend si fière et unique. « Même si elle ne peut pas venir, nous pourrons aller à Jaffa la voir. »

« Tu as raison. » Les yeux de Baudouin s'illuminent. « J'ai reçu la bénédiction. Je ne suis plus un enfant. »

Cette nuit-là, César et Baudouin dorment ensemble, ni dans leurs chambres, ni sur le lit gigogne. Ils parlent tout le temps. En fait, à la fin, ils ne savent même plus ce qu'ils se sont dit, seulement qu'ils ne se sont jamais sentis aussi heureux.

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La comtesse de Jaffa était aussi heureuse avec Baudouin qu'elle était tourmentée avec Sibylle.

« Je vous l'ai dit, tout ça, c'est l'œuvre des hommes ! » Elle s'essuie le visage de la paume et se plaint à son beau-frère Bérion.

« Cela… » Bérion a bien du mal à acquiescer — Godefroy de Bouillon est un saint intouchable dans la Marche d'Ayyarasa, et Baudouin II fut aussi un roi chevalier d'une vaillance suprême, mais quant à la façon dont ils ont traité leurs filles — c'est vraiment indescriptible.

Godefroy de Bouillon, pour contrôler les autres pays chrétiens de la Terre sainte, maria ses filles aux souverains d'Antioche, de Tripoli et d'Édesse. Son plan était que lorsque ces souverains mourraient — de maladie ou au combat — sa fille puisse soutenir un jeune seigneur et gérer la cour — et par la suite, il y eut bien deux reines mères de plus.

Godefroy donna un mauvais précédent, et Baudouin II suivit le même chemin. Il n'avait qu'une fille, Mélisende, et choisit soigneusement un gendre pour elle, Foulque d'Anjou. Mais dans son testament, à l'article de la mort, il stupéfia tout le monde — il partagea les droits d'héritage en trois parts : une pour la fille, une pour le petit-fils, une pour le gendre… et ne désigna que la fille comme tutrice de Baudouin III, laissant Foulque, père biologique de Baudouin III, sans aucun pouvoir !

Il le fit sans raison apparente déraisonnable. Foulque et Mélisende n'avaient qu'un fils — à l'époque — mais Foulque avait plusieurs fils adultes d'un précédent mariage. Il craignait qu'après sa mort, Foulque n'use de son pouvoir pour devenir le seul roi — ce que Foulque projeta bel et bien — puis n'exile Mélisende et son fils, et ne fasse hériter le trône à son aîné.

Ce n'était pas rare à l'époque. Bien que les seigneurs mâles de la Terre sainte meurent souvent jeunes à la guerre ou de maladie, et que faute d'héritiers mâles, ils durent laisser leurs filles hériter de leurs territoires, ces filles, une fois mariées, exerçaient rarement le pouvoir directement. Ce sont leurs maris qui gagnaient voix et autorité par elles.

Si l'on avait de la chance, la lignée de leur père continuait sur ce territoire. Sinon, c'était faire des habits de noces pour autrui.

Après que Baudouin II alla rejoindre Dieu, Foulque commença bel et bien à intriguer et à s'emparer du pouvoir. Mais, impuissant, avec le testament de Baudouin II d'un côté et l'appui des ministres et chevaliers de la Marche d'Ayyarasa de l'autre, il ne put ébranler l'autorité de Mélisende en Terre sainte. Finalement, ce scélérat imagina un sale coup : accuser Mélisende d'adultère avec le cousin de Baudouin II — le comte de Jaffa de l'époque — pour couper le soutien de l'Église et des nobles à son égard.

Bien sûr, la vainqueure finale fut encore Mélisende. Elle mit fin à la partie net par un coup de force à la cour. Après médiation de l'Église, Mélisende « toléra » magnanimement de se réconcilier avec son mari, et eut plus tard un fils, Amaury Ier. Mais après cela, Foulque ne toucha plus à la moindre once de pouvoir.

Huit ans plus tard, il tomba de cheval, se brisa la nuque et mourut.

Par la suite, Mélisende continua de régner, co-régnant avec son fils aîné Baudouin III pendant treize ans. Sans son attaque d'apoplexie en 1161, elle serait peut-être restée active dans la Marche d'Ayyarasa…

« Si Sibylle pouvait devenir une seconde Mélisende… ce serait peut-être même une bonne chose. » Bérion conseille prudemment.

« Impossible. » La comtesse relève la tête, son regard foudroie Bérion qui frémit. « Laissons de côté que son frère a reçu la bénédiction, la princesse byzantine aura aussi des enfants. Des filles partageront le pouvoir avec elle, des garçons en monopoliseront tout — et comment pourrait-elle se mesurer à Mélisende ? Mélisende a été élevée par Baudouin II comme une héritière. »

Elle ricane. « Amaury Ier n'est même pas un héritier lui-même. Comment pourrait-il voir en sa fille celle à qui confier toute la Terre sainte ? Surtout qu'il a Baudouin. Et — » Elle presse fatiguée son front. « J'ai connu Mélisende et passé du temps avec elle. Comme mère, elle n'était pas très compétente. On pourrait dire qu'elle fut l'ennemie mortelle de son aîné et la geôlière de son cadet. Amaury Ier ne serait absolument pas ravi d'avoir une fille comme Mélisende. »

« Attendez » elle regarde soudain dans une direction. « Cet enfant — je crois l'avoir vue chez Sibylle. Où va-t-elle ? La tour de gauche ? »

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