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A Land of Nations

Chapitre 46

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Chapitre 46

Chapitre 46

Chapitre 46/17826%~14 min de lecture2 662 mots

Dans l'escalier en colimaçon, César rencontre la princesse Sibylle.

Bien que César soit éveillé, et que Baudouin le soit également, ils doivent attendre plusieurs jours avant de pouvoir se rencontrer.

Lorsque Baudouin est ramené au château de la Sainte-Croix, tous assistent à une telle solennelle relique sainte. Tant qu'il demeure plongé dans un profond sommeil, on demande sans cesse à le visiter, voire à le servir — bien sûr, de telles demandes ne peuvent être accordées, non seulement parce que Baudouin est encore très affaibli, mais aussi parce qu'il présente encore des symptômes de lèpre.

Bien qu'on puisse désormais dire qu'il s'agit de l'épreuve de Dieu plutôt que d'un châtiment, Amaury Ier, après mûre réflexion, place encore la santé de Baudouin au premier rang, ignorant les lettres anxieuses et les supplications. Ce n'est qu'après que Baudouin a franchi le stade critique que quelques personnes en qui Amaury Ier place une confiance profonde pénètrent dans sa chambre.

Parmi eux figurent le comte Raymond de Tripoli et son fils David, le duc Bohémond d'Antioche et son fils Abigaël, ainsi que plusieurs autres vassaux et leurs héritiers. Si ces garçons ne peuvent revenir comme écuyers, leurs pères rejoindront probablement le prince Baudouin dans les mois à venir — il doit reprendre ses leçons.

Comme mentionné précédemment, les leçons du prince étaient à l'origine très chargées, et ses maîtres, outre son père Amaury Ier, étaient ses ministres et ses généraux. Ainsi Raymond enseignait l'équitation et le maniement de la lance, tandis que Bohémond enseignait la fauconnerie et le tir à l'arc. Pour les matières savantes comme la grammaire et l'astronomie, le défunt patriarche assurait un tiers de l'enseignement, et d'autres prêtres s'occupaient du reste.

Après que le diagnostic de lèpre est posé pour Baudouin, l'ancien patriarche fuit plus vite que s'il avait vu des Sarrasins. Raymond et Bohémond se retirent également. Si Baudouin n'est plus l'héritier du trône, un moine n'a pas le droit d'avoir un comte ou un duc pour précepteur.

Le chapitre troublé peut enfin être tourné. Bien que la lèpre demeure un danger latent, plus personne ne doute de la capacité de Baudouin à devenir un vaillant commandant. La lance de saint Georges a déjà révélé son destin — quant à ne pouvoir procréer et mourir avant trente ans, cela importe peu ; il y a partout des rois sans héritiers, et beaucoup qui n'atteignent pas trente ans.

Avec la visite de ces hautes figures, la chambre du prince Baudouin devient soudain exiguë. Songeant que César a lui aussi reçu une « bénédiction » comme lui, Baudouin préfère le garder dans la chambre avec lui plutôt que de se trouver ensemble à devoir saluer les gens et le servir, lui et ses hôtes, par nostalgie de son compagnon.

Finalement, après que Baudouin a confirmé qu'il n'y aurait pas de visiteurs ce jour-là, il envoie immédiatement un serviteur chercher César.

César ignore que lorsqu'il sort une boîte de safran envoyée par l'abbé Jean et une boîte de mûres au miel (il sait que Baudouin n'en manquera pas, mais le partage entre amis est toujours une joie), qu'il glisse dans son surcot et gravit l'escalier en colimaçon, il tombe nez à nez avec la princesse Sibylle.

La princesse Sibylle fut un jour louée comme une pierre précieuse parmi les fleurs, et elle l'est encore. Pourtant, cette gemme semble avoir été trempée, devenant plus tranchante, plus éclatante. Même dans l'escalier en colimaçon faiblement éclairé, elle semble irradier, et les revers précédents ne paraissent pas l'avoir beaucoup affectée.

César ressent du réconfort. Dans le tumulte causé par l'arrivée du comte Étienne, les deux rois sont les instigateurs, tandis que la princesse Sibylle est une victime pure.

De son point de vue, que ce soit simple sympathie pour la victime, ou pour l'unique sœur de Baudouin, ou pour la maîtresse de Damara, il ne peut rester indifférent, ou regarder avec des yeux froids comme les autres, ou même se réjouir du malheur d'autrui.

Sibylle observe également César. Elle a un jour désiré cet enfant ; il est si beau, il devrait être à ses côtés, comme une broche, un bracelet ou une bague. Mais quand elle apprend qu'il est le nouveau page de Baudouin, elle abandonne immédiatement l'idée.

Non par amour ou pitié pour son frère, mais parce qu'elle sait depuis longtemps que seul Baudouin occupe une place importante dans le cœur de leur père Amaury Ier, et qu'il y a maintenant aussi de la culpabilité. Sans parler d'un page intelligent et beau, même une pierre, Amaury Ier ne lui permettrait pas de la disputer à Baudouin.

Il est difficile de dire dans quelle mesure c'était pour Baudouin, et dans quelle mesure par cette malice longuement mijotée, qu'Amaury Ier a commencé à craindre César, et qu'elle a trouvé Baudouin pour lui dire qu'elle pouvait orchestrer un accident habile afin d'éliminer cette suspicion et ce doute.

Écraser une rose, tailler en pièces un brocart, briser une gemme — plus c'est parfait, plus c'est sans défaut, plus c'est satisfaisant à détruire !

Pendant leur « cérémonie du Choix », Sibylle ne regagne pas sa chambre pour se reposer mais s'agenouille dans la chapelle, priant en silence. Ceux qui la voient sont émus par sa piété et son amitié ; nul ne sait à quel point son cœur est turbulent.

Elle maudit parfois tous les deux, demandant à Dieu de ne pas les bénir ; parfois elle implore Dieu de ne bénir que l'un d'eux. Quand elle pense à Baudouin contemplant le dos de son page avec jalousie, ou à César finissant par rejoindre la masse des ouvriers ordinaires faute de bénédiction, elle a envie de rire.

Devrait-elle le faire venir vers elle ?

Absolument pas. Elle ordonnera à Abigaël de mandater un marchand d'esclaves isaacites et de laisser l'esclave retourner à son destin.

Mais au final, c'est seulement Sibylle qui est plongée dans la souffrance.

Dieu est miséricordieux, comme il est miséricordieux !

Après le départ du comte Étienne du château de la Sainte-Croix, bien qu'il soit nominalement censé retourner en Francie demander la permission au roi Louis VII d'épouser la princesse Sibylle, tout le monde sait que ce n'est qu'un prétexte.

Comme prévu, la réponse du roi Louis VII arrive peu après. Dans sa lettre, il déclare avec regret qu'il ne peut accepter le mariage, et il ne précise pas les raisons spécifiques. Pourtant, tous ceux qui apprennent la nouvelle comprennent implicitement et échangent des regards subtils.

Cette situation se produit même parmi les demoiselles d'honneur qui l'entourent. Elle sait qu'elles se moquent d'elle dans son dos, toutes les demoiselles d'honneur ne sont pas aussi innocentes que Damara… Elle les déteste, et elles ne l'apprécient peut-être pas beaucoup non plus.

L'arrivée et le départ du comte Étienne sont comme le bris de quelque chose de parfait. Hormis les demoiselles d'honneur, les enfants nobles qui l'entourent commencent aussi à la regarder avec des yeux plus lucides. Elle vaut encore la peine d'être courtisée, mais au-delà de sa beauté, sa valeur décline régulièrement — le prince Baudouin a reçu une bénédiction, peut-être aura-t-il une descendance, peut-être sa vie pourra-t-elle s'étendre à quarante, cinquante ans ?

Surtout maintenant que le contrat de mariage entre Amaury Ier et la petite-nièce de Manuel Ier est conclu, la princesse Marie Comnène arrivera sur la Marche d'Ayyarasa le jour de la fête de sainte Agnès (21 janvier) pour épouser le roi le jour de la fête de saint Pierre (29 juin).

En cette époque, une princesse promise arrive généralement très tôt dans le pays de son futur époux. C'est pour se familiariser au plus vite avec la terre étrangère qu'elle devra servir le reste de sa vie, et aussi pour inverser la « reconnaissance d'identité » de la décennie ou des deux précédentes — c'est-à-dire la transformer d'une princesse d'une nation en reine d'une autre.

La princesse Marie arrive sur la Marche d'Ayyarasa à la fin janvier et épouse le roi à la fin juin. Le public raille déjà le roi pour son « impatience », tandis que les ministres avisés devinent que le roi veut un héritier en bonne santé le plus vite possible, car les épées sont aveugles sur le champ de bataille, et une couronne ne peut protéger le roi des flèches ou des lances.

Et dès que la nouvelle épouse du roi sera enceinte, les droits d'héritage de Sibylle seront encore dilués. S'il s'agit d'un garçon, même si le prince Baudouin n'a pas de descendance, son jeune frère pourra encore hériter du trône de la Marche d'Ayyarasa après sa mort.

En revanche, l'esclave qu'elle considérait jadis comme un « objet » a, en gagnant la confiance du prince et la bénédiction de Dieu, sauté hors de sa condition d'origine pour s'engager sur une voie radieuse.

Tandis qu'il se tient là, elle voit directement son avenir : serviteur, page, écuyer, chevalier, ministre ou général. Dieu le traite même mieux que Baudouin ; Baudouin pourrait mourir dans la force de l'âge, mais lui continuera à vivre. Il deviendra le confident du nouveau roi.

Il est si intelligent, si beau, si pieux ; il vivra longtemps, comblé de gloire… peut-être même se taillera-t-il un territoire et deviendra-t-il comte, duc, roi…

Et elle ? Une épouse.

Comme c'est injuste.

« Tu vas chercher Baudouin ? » dit Sibylle, ses yeux bleus d'une profondeur insondable : « Va, il t'attend. »

Dès que Baudouin aperçoit César, il se précipite, et les deux s'étreignent étroitement.

« Je pouvais à peine le croire », dit Baudouin avec excitation : « Bien sûr, je l'ai vu, la lumière qui débordait de toi, si éblouissante, mais ensuite je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, j'étais terriblement inquiet, craignant que ce ne soit une hallucination due à mon trop grand empressement. Heureusement, on m'a dit que c'était vrai. J'ai eu l'impression d'avoir vu saint Georges, et toi tu as eu l'impression d'avoir vu saint Jérôme. »

Le prince marque une pause, une expression de perplexité sur le visage : « Saint Jérôme fabriquait-il des boucliers ? » Mais il chasse vite cette pensée. Il y a eu des chevaliers qui avaient vu des vierges, et ils restaient invincibles sur le champ de bataille.

Il prend le bras de son ami, et ils s'assoient ensemble à la petite table ronde, comme chaque fois auparavant. Ils mangent d'abord un bon repas à satiété, puis ordonnent aux serviteurs d'emporter les restes. Ensuite, Baudouin renvoie tout le monde et attire César pour s'asseoir avec lui sur le tapis, et ils commencent à admirer et à partager les cadeaux qu'il a reçus.

César sort le safran et les mûres au miel. Les deux enfants s'assoient en tailleur, mangeant les fruits confits sucrés et ouvrant les boîtes.

Les bijoux et les épices sont les plus nombreux, étant à la fois chers et petits. Viennent ensuite les armes, puis les tissus — ou plutôt la soie. Le coton et le lin sont directement entreposés au magasin.

Baudouin demande à César d'attendre un instant et sort un coffre de chêne du placard d'angle. Il n'est pas grand, environ un pied carré et haut comme une paume. Avant de l'ouvrir, César devine qu'il pourrait s'agir des vêtements que la princesse Marie a envoyés à Baudouin.

Effectivement, Baudouin en sort une cape d'un pourpre profond aux couleurs vives. Sa longueur n'arrive qu'aux genoux de Baudouin, mais un tel tissu pourpre profond avec une bordure d'or, s'il descendait jusqu'aux chevilles, ne serait porté que par un empereur ou un roi.

« C'est… un style byzantin, ou plutôt une cape perse. »

Le coffre contient plus qu'une cape ; il y a aussi une ceinture exquise, que seuls les membres de la famille royale ont le droit de porter.

En voyant la ceinture, César se souvient de quelque chose. « Ah oui », dit-il, « l'abbé Jean m'a aussi donné une ceinture. » Il la montre à Baudouin.

Baudouin bat des mains de joie. « C'est merveilleux ! » dit-il. « J'ai déjà demandé à l'intendant du château d'en chercher une, mais l'empereur byzantin garde ce soie pourpre profond de très près. Même le marchand le plus riche pourrait ne pas pouvoir s'en procurer — l'abbé Jean est vraiment prévenant. »

« Veux-tu que j'aille avec toi accueillir la princesse byzantine ? »

Baudouin lance à César un regard qui va de soi. « Mais simplement l'enrouler autour de mon bras ne suffit pas. J'ai ici une courte cape qui paraît argentée au soleil et dorée au clair de lune. Je ferai coudre cette bordure pourpre sur le revers par la demoiselle d'honneur, ainsi nous ressemblerons à des frères. »

« Baudouin, tu m'as déjà donné tant de choses. »

« Un maître doit être responsable de la nourriture et des vêtements de son page », dit Baudouin, s'appuyant sur ses mains derrière lui. La lumière du soleil brille sur son visage. Maintenant qu'il est seul avec César, il ne porte ni voile ni gants. Il reste encore quelques taches rouges sur son beau visage, mais la majeure partie de sa peau est lisse. « En outre, le roi a dit qu'il lancerait une guerre contre la dynastie fatimide dans trois ans. D'ici là, nous serons ses écuyers. »

« Nous ? »

« Oui, nous sommes déjà frères aux yeux de Dieu, il serait donc déraisonnable de te demander de continuer à me servir », dit Baudouin gaiement. « Le problème, c'est que quand tu étais mon page, je pouvais couvrir une partie de tes frais, mais une fois que tu deviendras écuyer, tu devras t'équiper toi-même de beaucoup de choses… C'est une dépense considérable. Bien qu'il y ait des maîtres généreux qui fournissent cela à leurs écuyers, si tu peux te les procurer toi-même, ta réputation en sera meilleure. »

« Je me souviens que le comte Étienne t'a donné de l'argent », Baudouin se redresse et se met à compter sur ses doigts : « Et le frère Geoffroi des chevaliers du Temple t'a donné cent pièces d'or. » César ne le lui avait pas caché. « Bouclier, cotte de mailles, bottes de fer, longue épée, poignard, surcot de cuir, armoiries, pourpoint de coton matelassé, gants, genouillères… Cheval… Harnais… Si tu veux du matériel de Tours (un célèbre centre de production d'armures en Francie), le prix pourrait augmenter un peu. »

« Bien sûr », sourit-il. « Si mon père remporte une grande victoire, nous pourrons récupérer quelques choses sur le champ de bataille. »

« Heu… »

Voyant la rare mine embarrassée de César — Baudouin sait que son compagnon est très soucieux de propreté, presque jusqu'à l'excentricité —, il éclate de rire. César comprend qu'il plaisante.

« Mais tu dois vraiment changer tes habitudes », dit Baudouin. « Mon père m'a montré l'armure qu'il portait sur le champ de bataille… »

Quelqu'un frappe à la porte.

Baudouin affiche une expression de mécontentement. « J'ai dit de ne pas nous déranger sauf si c'est mon père ou mon précepteur, qui que ce soit. »

César se lève pour ouvrir. Lorsque la porte s'ouvre, un seigneur, vêtu d'un surcot sans manches de velours gris foncé à boucle de ceinture dorée, se tient sur le seuil. Le serviteur à ses côtés a l'air quelque peu mal à l'aise. César hoche la tête vers lui, et le serviteur s'enfuit comme l'éclair.

Le seigneur examine attentivement le visage de César. Yeux verts, cheveux noirs ; c'est bien le page bien-aimé du prince Baudouin. Son ton s'adoucit légèrement : « Veuillez transmettre à Votre Altesse », dit-il d'une voix basse, « je suis Bérion d'Ibelin. Ma belle-sœur souhaite voir le prince Baudouin. »

Depuis son arrivée au château de la Sainte-Croix, César n'a cessé de mémoriser les généalogies nobiliaires complexes et migraineuses. Bérion d'Ibelin, il le sait, est un petit territoire près de la ville de Jaffa, mais sa belle-sœur ?

« Fais-la entrer », la voix de Baudouin vient derrière César. « C'est la comtesse de Jaffa et d'Ascalon, ma… Mère. »

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