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A Land of Nations

Chapitre 197

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Chapitre 197

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Chapitre 197/30066%~14 min de lecture2 626 mots

« Chypre. »

Même Baudouin doit prendre une grande inspiration pour prononcer ce mot.

À peine ses paroles tombées, la pièce bascule dans un silence de mort. Tous peinent à y croire, pensant avoir mal entendu, aussi Baudouin répète-t-il : « Chypre. Il est prêt à offrir Chypre en dot à la princesse Anna. »

Avant que quiconque ne puisse s'exclamer, un homme se dresse soudain de sa chaise.

Pour en venir à David, il présente encore bien des ressemblances avec son père. Raymond fait encore plus de bruit que son fils. En se levant, il renverse même la chaise derrière lui, provoquant un fracas retentissant. Tous les regards se tournent involontairement vers lui.

« C'est le mariage du comte d'Édesse. » Le Grand Maître des chevaliers du Temple le lui « rappelle aimablement ». Ce n'est pas celui de votre fils. Par politesse, il ne prononce pas la seconde partie, mais l'ironie n'en est pas moins épaisse.

La première pensée de Raymond : c'est impossible, absolument impossible !

Quel genre de lieu est Chypre ? Une barque dorée isolée, flottant seule en Méditerranée orientale.

Cette île ne saurait être appelée la plus grande de Méditerranée, mais elle occupe une position stratégique fort importante — comme une feuille, dont le pétiole pointe vers l'Arménie, l'extrémité septentrionale vers le littoral de la péninsule anatolienne, l'extrémité méridionale vers le littoral de la péninsule arabique, et la pointe de la feuille vers l'Égypte.

On peut dire que pour les pèlerins venus de Francie, voire de toute l'Europe, se rendant en pèlerinage à la Marche d'Ayyarasa et ailleurs, que ce soit par mer ou par terre, cette île est un passage obligé.

Sans compter que cette île n'est ni stérile, ni pauvre. Elle produit de grandes quantités de blé, de raisin, d'olives, de fruits et d'autres denrées agricoles. Celles-ci non seulement pourvoient aux besoins des habitants locaux, mais sont aussi écoulées vers les régions voisines — notamment le vin de Chypre, qu'ils venaient de goûter au banquet de l'empereur. Il est riche en arôme, doux et délicieux.

Et sur cette île, on trouve aussi des minerais tels que fer, sel, gypse et amiante, mais le plus convoité est le minerai de cuivre. La production de cuivre de Chypre était déjà sans rivale en Méditerranée à l'époque romaine. Cuivre — « copper » en tire son nom, signifiant à l'origine « métal de Chypre ».

Il y a aussi des navires marchands qui font la navette aussi denses que des bancs de poissons. Ils apportent d'innombrables trésors : soie, épices, bijoux, céramiques importés d'Orient, d'Afrique du Nord et d'autres régions méditerranéennes, puis les divisent et les vendent ici. Chaque jour, des centaines de navires quittent Chypre, apportant ces luxes aux rois, seigneurs et nobles dans l'attente fiévreuse.

Une telle dot suffirait amplement, même pour marier cette fille illégitime au roi de la Marche d'Ayyarasa. Pourtant, il l'utilise pour la donner à un simple chevalier. Quand bien même cet écuyer l'aurait sauvé jadis — ne suffisait-il pas de donner de l'or et des robes de soie ?

Ce mariage devrait revenir de droit à son fils David. Raymond faillit le hurler. Heureusement, David se trouve temporairement dans l'angle mort du roi. Avant de pouvoir se réjouir pour César, il voit l'expression de son père.

Il connaît son père. S'il ne l'arrête pas, les prochaines paroles de celui-ci pourraient être de demander au roi de transférer ce mariage à son profit. David se met immédiatement à secouer la tête et à agiter les bras frénétiquement, faisant des gestes et des mines suppliants tout en tournant rapidement au-dessus des têtes de Baudouin et César, signifiant que leur amitié est indestructible et ne changera pas pour les paroles d'un régent.

César voit les gestes de David, mais il ne peut que retenir son rire, saisir la main de Baudouin et attirer son attention sur lui. Là-bas, Baudouin semble pressentir quelque chose, mais comme César ne le laisse pas regarder, il ne tourne pas la tête exprès, de peur de mettre David mal à l'aise.

À cet instant, le Grand Maître des chevaliers du Temple se lève. Il passe derrière Raymond, redresse sa chaise pour lui — non par respect ni flagornerie, mais en vieux chevalier, il ne veut tout simplement pas voir Raymond tomber dans une position ridicule. Il replace la chaise, saisit le bras de Raymond et l'interrompt : « Chypre n'est pas exactement un bon endroit non plus. »

Cette déclaration va vraiment à l'encontre de sa conscience ; son visage se tord même férocement. Mais son raisonnement n'est pas tout à fait farfelu.

Compte tenu de la position géographique de Chypre, elle est condamnée à ne jamais connaître la paix. Elle appartint jadis aux Mycéniens-Achéens, puis à Alexandre le Grand, fut ensuite gouvernée par les Romains de l'Antiquité, et héritée par les Byzantins de l'Empire romain. Mais à ce jour, l'Empire byzantin a décliné, s'affaiblissant de jour en jour.

Sa puissante marine ne peut que stationner autour de la mer Égée, s'efforçant de maintenir les territoires centraux de l'empire, incapable de s'étendre jusqu'à Chypre. Cela conduit à ce que Chypre soit fréquemment harcelée par d'autres nations — qu'il s'agisse des Seldjoukides turcs, des Arméniens ou des États croisés. Mais la plus grande menace, sans nul doute, vient des Sarrasins au sud.

La puissance navale de la dynastie fatimide d'Égypte n'est certainement pas à la hauteur des Byzantins d'antan, mais elle n'a pas d'adversaires dignes de ce nom en Méditerranée. Ils y dominent ; d'une simple punition, ils peuvent faire souffrir Chypre immensément. Les Sarrasins ne se contentent pas de bloquer les voies maritimes et de brûler les navires marchands — ils bloquent aussi ses ports, vont jusqu'à débarquer pour détruire leurs villages et leurs églises, et enlever leurs habitants.

Au fil du temps, après que les Cypriotes ont compris qu'ils ne pouvaient recevoir de soutien ferme et effectif de l'Empire byzantin, ils sont devenus d'entiers opportunistes.

Ils acceptèrent la domination sarrasine et aussi la domination impériale byzantine — après tout, cela ne signifiait que payer le double d'impôts. La prospère Chypre pouvait le supporter ; c'était mieux que d'être complètement détruite par l'un ou l'autre camp.

En d'autres termes, Manuel Ier de Byzance offrant Chypre en dot, ce n'est pas couper un gros morceau de viande de choix, mais plutôt jeter une patate brûlante.

Mais comme César l'avait dit auparavant, c'est bien une condition impossible à refuser. Même le plus prudent Grand Maître des Hospitaliers en tombe silencieux. C'est Chypre, après tout.

Si Manuel Ier de l'Empire byzantin posait ce contrat de mariage devant eux, ils abandonneraient sans hésiter les serments prononcés en entrant dans l'ordre, reprendraient le siècle, et épouseraient la princesse — non, même épouseraient l'empereur, un cheval ou un brin d'herbe ; ils accepteraient avec joie.

Quel lieu important. Au-delà de ses ports, de ses produits et de ses habitants, sa position géographique signifie que qui la tient peut changer la situation actuelle.

Seuls Baudouin et César ont-ils remarqué l'affaiblissement des États croisés ? Bien sûr que non. Tous les présents l'ont senti, mais peinent à imaginer des stratégies correspondantes.

Jadis, les croisés purent s'emparer de la Ville sainte et d'autres lieux des mains des Sarrasins parce que l'Europe était en tourmente, les gens mouraient de faim, et des famines successives les forçaient à mettre leur espoir en Dieu. C'est ainsi que tant de seigneurs et chevaliers se rassemblèrent pour tailler un point d'appui sur les Sarrasins.

Mais à mesure qu'ils établissaient chacun leur nation aux confins de la péninsule arabique, la Terre sainte et les alentours retombèrent dans l'impasse. Les rois et seigneurs, en intérêts acquis, refusaient d'allouer leurs terres aux chevaliers, si bien qu'aucun nouveau chevalier ne vint les servir.

Sans chevaliers, il leur devint difficile de rassembler de grandes armées pour combattre à nouveau les Sarrasins. Oublier l'acquisition de nouveaux territoires — même tenir leurs frontières actuelles devenait ardu.

N'est-ce pas le cas ? Le comté d'Édesse n'est plus qu'un nom, la principauté d'Antioche n'a d'autre choix que d'accepter d'être avalée par l'Empire byzantin, et Tripoli a sombré plus d'une fois en guerre civile. La Marche d'Ayyarasa est au contraire devenue la plus intacte et la plus puissante de ces quatre États croisés. C'est pourquoi Raymond cherche sans relâche pouvoir et intérêts à la Ville sainte.

Mais la situation récente de la Marche d'Ayyarasa n'est pas entièrement satisfaisante — ils misent sur Baudouin, mais la lèpre de Baudouin reste un regret insurmontable.

Si un chevalier croisé, croyant en le Christ, pouvait devenir seigneur de Chypre, tous les obstacles devant eux se dissoudraient.

Même ce que Raymond voulait auparavant — faire de David le propriétaire de l'ancien territoire de Mulai — deviendrait logique et aisé. Cet endroit s'appelle Mersine ; il a du minerai de fer et quelques zones côtières. Chypre et ce nouveau territoire ne sont séparés que par un étroit détroit.

Raymond méprise César et lui voue même une hostilité latente, mais il croit que le caractère de César ne lui permettra pas de rester indifférent envers David. Une fois David seigneur de Mersine, il gagnera immédiatement un allié puissant — et qui n'est pas cupide. Peut-être David pourra-t-il maintenir un pouvoir stable pendant des décennies sans grand coût.

Pour les États croisés, c'est encore mieux. La principauté d'Antioche, le comté de Tripoli, et même une partie de la Marche d'Ayyarasa font face à Chypre. Le littoral anatolien que les pèlerins doivent traverser est protégé au tiers par Chypre. La pression sur eux diminuerait soudain, tandis que leur richesse ne s'amenuiserait pas.

Le Grand Maître des chevaliers du Temple pose son regard sur César, plein de joie. Les membres réguliers des chevaliers du Temple sont généralement de jeunes chevaliers de naissance noble, aussi lorsque Geoffroy proposa pour la première fois d'introduire l'écuyer de Baudouin dans l'ordre, il refusa net.

Il n'y avait pas manque de combinaisons — des nobles n'avaient-ils pas essayé ces dernières décennies de placer leurs fils illégitimes ou leurs fils de roturiers favorisés dans l'ordre ? Bien sûr qu'il y en eut. Mais il ne jugeait pas que cela valût la peine pour un si mince personnage. Qu'importe s'il était beau ? Ils n'étaient pas l'Église de Rome ayant besoin de garnir le chœur de garçons frais.

Même si Walter ou certains jeunes membres de l'ordre admiraient grandement César, il n'avait pas changé d'avis. Mais maintenant, c'est différent. Devant lui n'est pas seulement le comte d'Édesse sans terre, l'écuyer du roi, le chevalier de Bethléem, mais aussi le seigneur de Chypre.

Songeant à comme la route du pèlerinage serait fluide et sûre à l'avenir, et quelle réputation et quels revenus les chevaliers du Temple en tireraient, il est aux anges.

Il force Raymond à se rasseoir sur sa chaise. Il devine ce que Raymond veut dire. S'il était à la place de Raymond, il lutterait pour l'obtenir lui aussi — alors quoi, si Chypre est fréquemment harcelée par les Sarrasins ?

Si elle vient véritablement aux États croisés comme dot de la princesse, il croit que les chevaliers du Saint-Sépulcre, les chevaliers du Temple ou les Hospitaliers consentiront volontiers à épargner quelques chevaliers pour aider à défendre l'île.

« Qu'en penses-tu ? » demande Baudouin. Il regarde la seule personne dans la pièce qui n'a montré ni émotion ni parole : César ne fait que réfléchir un instant. Il pense que s'il refuse, tous ici, sauf Baudouin, voudront le déchirer personnellement.

Cela a une grande importance pour les croisés et pourrait même affecter des lieux plus lointains. Le pape de Rome pourrait, dans sa colère, l'excommunier et l'expulser de l'Église.

Mais après un tel appât sucré, qui sait combien de crises suivront.

Pourtant, depuis son arrivée ici, combien de choix n'a-t-il pas dû faire ? César ne se croit pas supérieur aux autres, mais il croit pouvoir supporter cette pression plus calmement et plus lucidement que la plupart. D'ailleurs, il a peu de marge pour refuser, aussi accepte-t-il très aisément.

Quant à l'apparence ou l'âge de la princesse, cela ne fait plus partie de leur discussion. Rien que pour ce mariage, leur séjour à Constantinople s'allonge sans qu'ils s'en rendent compte — aucun mariage ne se règle en un jour ou deux. Mais pour l'amour de Chypre et de son ami proche, Baudouin fait bien des concessions.

Selon l'accord préalable, il reçoit 150 000 pièces d'or et cent robes de soie pourpre. Il en offre immédiatement la moitié au nom de César à la princesse qui s'apprête à devenir sa belle-sœur.

Quelle que soit la négligence précédente de Manuel Ier envers cette princesse, ou la part d'héritage de sa mère qu'elle pourrait récupérer, 75 000 pièces d'or et cinquante robes de soie pourpre suffisent à combler une partie de sa dot.

Les chrétiens n'y voient guère d'objection. Après tout, comparé à Chypre, cela est négligeable. Ce qu'ils débattent sans cesse, c'est que Manuel Ier de Byzance espère encore obtenir de vastes quantités de bois ou des engins de siège tout prêts de ce contrat de mariage. Il s'accroche encore à des illusions et refuse de renoncer.

Aussi l'armée. Il espère que le roi de la Marche d'Ayyarasa continuera de mener ses chevaliers à se battre pour lui.

Après délibération, les généraux croisés jugent cette condition acceptable. Le fils de Raymond, David, est destiné à rester ici comme seigneur. Même si ces Seldjoukides turcs ne sont pas hostiles, ils ont encore besoin de s'étendre vers l'extérieur. Ils peuvent aider Manuel Ier de Byzance à conquérir ces territoires, mais comment les partager et les gérer ne relève pas de l'empereur.

Ils restent de l'étouffant septembre au frais novembre, et ce n'est qu'à l'approche de l'hiver, avec les potentielles tempêtes de neige sur terre et mer ou les vagues monstres, que les croisés décident de faire demi-tour.

Selon la coutume byzantine, la princesse les accompagnera à la Marche d'Ayyarasa. C'est aussi l'une des manières dont l'Empire byzantin — ou la plupart des pays chrétiens — honorent les contrats de mariage.

À cette époque, qu'il s'agisse entre nations, châteaux, ou même séparés par un village, langues et coutumes pouvaient différer. Pour la future maîtresse qui y vivrait une décennie ou des décennies, se familiariser rapidement avec son mari, son château, ses sujets et même la populace était fort important.

Ainsi, on pouvait commencer à discuter mariage quand l'enfant avait six ou sept ans, ou sept ou huit. Après la signature du contrat, la jeune fiancée était envoyée à des milliers de lieues au château de son mari. Là, elle était élevée et éduquée par les aînées de la famille du mari. À l'âge où elle pouvait se marier et consommer, elle connaissait déjà tout ce qu'elle devait savoir de la famille de son mari.

Cette période variait de mois en années. La princesse Anna ne peut certainement pas attendre des années. Baudouin a décidé de célébrer leur mariage à la prochaine fête de l'Offrande du Seigneur.

Mais cette idée est vite balayée par plusieurs personnes, dont César.

D'abord, un comportement aussi vain et outrancier éveillerait aisément la jalousie et la méfiance d'autrui. Il ne dirait peut-être pas combien Baudouin valorise César, mais il l'appellerait assurément un vil hypocrite qui, en ce jour le plus important, vole la vedette et usurpe la gloire d'un roi.

Ensuite, ils ne peuvent pas célébrer le mariage à la Marche d'Ayyarasa ni à Bethléem. Cela touche à la question d'hôte et d'invité du mariage. Tout comme quand la grande-duchesse Constance d'Antioche épousa Renaud de Châtillon, ils ne firent pas faire le long voyage à Constance jusqu'à Châtillon pour se marier.

Pour ne pas affecter les futurs droits d'héritage, la princesse Anna doit d'abord aller à Chypre, puis César y naviguer, et accomplir toute la cérémonie en la cathédrale Saint-Lazare de Chypre.

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