Aller au contenu principal

A Land of Nations

Chapitre 188

A Land of NationsA Land of Nations
Chapitre 188

Chapitre 188

Chapitre 188/30063%~9 min de lecture1 769 mots

Arslan II a tenu sa promesse, et son armée s'est déjà retirée du passage obligé. Même s'ils croisent parfois de la cavalerie légère errant à l'extérieur, celle-ci se contente de brider ses montures et de les regarder passer, glaciale.

Peu après, ils secourent un détachement assiégé par les Turcs. À l'interrogatoire, ils apprennent qu'il s'agit de l'escorte d'un fonctionnaire financier provincial.

L'homme aperçoit Baudouin, et une lueur d'espoir jaillit dans ses yeux, mêlée d'une pointe de peur. Il agrippe la robe de Baudouin, se prosterne, sanglote et supplie : « Allez vite. L'Empereur vous attend… »

Et cet ignorait qu'après son départ du château, des émeutes dues au manque de vivres avaient déjà éclaté à plusieurs reprises à l'intérieur.

Manuel Ier a perdu sa foi d'autrefois. Il n'est plus obsédé par la vengeance pour son neveu, ou plutôt son fils illégitime, et ne convoite plus ce morceau de choix dans la gueule d'Arslan II. Il est malade, très gravement. Il ressent des maux de tête et a constamment des hallucinations, comme s'il voyait en permanence des silhouettes armées se mouvoir autour de lui. Il hurle au milieu de la nuit ou en plein après-midi, jetant un trouble permanent parmi les siens.

L'Empereur veut que sa garde l'escore pour forcer le blocus, mais les nobles qui l'entourent s'y opposent. Ils estiment que Manuel Ier doit rester et continuer à combattre Arslan II, ne serait-ce que pour secourir ces troupes assiégées. Certes, ils ont perdu pas mal d'hommes dans la précédente bataille du canyon, mais heureusement, tout ce contingent appartenait au duc d'Antioche — l'armée de l'Empire byzantin n'a presque pas subi de pertes.

En d'autres termes, tant que Manuel Ier se ressaisit, ils ne sont pas incapables de retourner la défaite en victoire. Ils doivent aussi tenir bon — sinon, cette expédition deviendra inévitablement un gouffre qu'il faudra combler pendant cent ans.

Même si les vivres sont coupés depuis longtemps, ils peuvent encore piller de la nourriture partout — ils peuvent aussi engager et réquisitionner des Arméniens ou des Turcs des environs. Ce lieu n'appartenait pas à Arslan II auparavant, alors peut-être que certains accepteraient de rester loyaux et de suivre leur seigneur d'origine.

Mais quoi qu'ils disent, l'Empereur se contente de se tenir la tête et ne dit mot, et aucun d'entre eux n'ose décider à la place de Manuel Ier.

Quand Baudouin mène l'armée au château, il ne trouve qu'un groupe d'officiels, de généraux byzantins abattus, et un duc d'Antioche sombre.

« Où est votre Empereur ? » demande Baudouin. Un officiel byzantin remue légèrement les lèvres ; il semble vouloir dire quelque chose mais n'y parvient pas. Il évite le regard de Baudouin, et les autres baissent aussi la tête. Finalement, seul le duc d'Antioche Bohémond s'avance. Ce n'est pas un homme aimable, mais son visage actuel inspire la pitié même à ses ennemis.

« Il n'est pas là », dit-il. « Manuel Ier n'est pas là. Juste la nuit précédant votre arrivée, il s'est éclipsé en catimini avec quelques hommes. Quant à l'endroit où il se trouve maintenant, nous l'ignorons. »

Cette réponse dépasse totalement les prévisions de Baudouin. Il regarde autour de lui, semblant avoir du mal à accepter le fait. Même en retranchant les dix mille hommes du duc d'Antioche, il y en a encore plus de vingt mille ici. Même sans vivres, cette force n'est pas à sous-estimer. Bien employée, elle pourrait raviver la volonté de survie des soldats, les pousser à contre-attaquer de toutes leurs forces, à échapper au harcèlement et au contrôle des Turcs, ou même à renégocier avec Arslan II — ce n'est pas impossible.

Alors qu'entend-il ? Il entend le duc d'Antioche dire que Manuel Ier a bel et bien abandonné ces ministres, ces généraux, ces nobles, ainsi que plus de dix mille soldats, pour s'enfuir avec une poignée d'hommes.

Il ne veut pas employer le mot « fuite ». Mais hors de ce mot, il est difficile de décrire le comportement actuel de Manuel Ier. Il en vient même à douter que les brillants exploits militaires que Manuel Ier a accomplis par le passé n'aient pas tous été forgés par lui. Même si on mettait un singe ici, dix mille singes pourraient au moins griffer quelques marques sur ces Turcs.

Et avant de mener la grande expédition, Manuel Ier était si héroïque et si confiant, repoussant les appels répétés à la paix d'Arslan II, résolu à écraser cet insolent sujet sous ses pieds.

Comment a-t-il pu perdre si soudainement le courage et l'audace qu'un monarque doit avoir, devenir confus et stupide ?

Mais quelle que soit la perplexité de Baudouin, le fait est là. Il n'a pas le temps d'en dire plus à ces gens à la fois désespérés et furieux. « Pouvez-vous retrouver sa trace ? »

« Nous n'en sommes pas sûrs. » Un général byzantin s'avance. Il a un morceau de soie pourpre vif incrusté sur son manteau, et son col porte aussi des incrustations de perles et de rubis, marquant quelque parenté avec la famille impériale.

Il témoigne un grand respect à Baudouin, s'incline d'abord, puis dit : « Les traces d'autant d'hommes et de chevaux sont difficiles à masquer. Nous pouvons savoir grossièrement par où ils sont passés, mais nous ne savons pas où ils en sont ni s'ils ont percé l'encerclement des Turcs.

Si vous voulez les poursuivre, je peux envoyer un guide pour vous montrer le chemin. »

« Faites-le venir. » dit Baudouin. Ils sont déjà venus si loin. Que Manuel Ier soit soudain devenu un fou et un idiot ou non, ils doivent le retrouver. Et ce guide est rassurant ; ce n'est ni un Turc ni un Sarrasin, mais un garde byzantin. Il a déjà servi le Sultan ici, donc il connaît un peu le terrain.

Et quand César sort la carte, il reconnaît immédiatement leur position actuelle et la direction que Manuel Ier a pu prendre. Grâce au guide et à la carte, ils atteignent bientôt une rivière. Cette rivière sort d'une forêt de sapins gris foncé. Un chevalier utilise sa lance pour ramasser un fragment de soie laiteuse échoué sur la berge, les taches de sang dessus sont de mauvais augure.

Mais le fait qu'elle ne soit pas pourpre est déjà bien réconfortant.

Et avant qu'ils n'hésitent à s'engager dans la forêt dense, une troupe de cavalerie byzantine débouche derrière les collines d'un côté, pourchassée par un groupe de Turcs. À la vue des chevaliers de la Marche d'Ayyarasa, ils se jettent vers eux dans une joie délirante.

Inutile de décrire l'issue : après avoir débarrassé leurs poursuivants, Baudouin demande s'ils sont le groupe qui a suivi Manuel Ier dans la sortie. Oui, c'est ce groupe, mais hélas, ils n'ont pas trouvé de brèche chez les Turcs. Au contraire, peu après le départ, ils ont été repérés par les Turcs. Ils ont combattu les Turcs, et du fait de cela, dans l'obscurité, leur troupe s'est rapidement dispersée. Il n'a vu vaguement que la monture de Manuel Ier s'élancer dans la forêt dense.

Baudouin soupire profondément. Cette forêt dense est exceptionnellement vaste, une rivière la traverse. Cela signifie qu'il peut y avoir des zones humides et des marais dans la forêt, et dans un tel lieu inhabité, il n'y a pas de chemins praticables pour les hommes et les chevaux. Certains endroits ne peuvent même pas être traversés à cheval.

Baudouin réfléchit un moment et finit par se résoudre, impuissant. Ils doivent entrer dans la forêt dense pour chercher les traces de Manuel Ier. Pour retrouver l'Empereur le plus vite possible, ils décident de se disperser temporairement — un chevalier distribue plusieurs sifflets d'aigle. Ces sifflets produisent des sons aigus et longs. Si quelqu'un rencontre l'ennemi ou Manuel Ier, il doit souffler dans le sifflet.

Le groupe pénètre dans la sapinière. Au début, ils peuvent encore avancer à cheval, mais bientôt, ils doivent laisser les chevaux au bord de la rivière, en confiant la garde à quelques chevaliers. Quelqu'un conseille à Baudouin de rester dehors, mais hélas, le disparu n'est pas n'importe qui…

« C'est cent cinquante mille pièces d'or et cent robes de soie pourpre. »

dit Baudouin. Les gens autour tournent immédiatement la tête pour réprimer leur rire. Même ce Byzantin ne peut s'empêcher de grincer des dents. Si les Croisés marchent pour la foi, ils ne peuvent qu'aider le duc d'Antioche. Si l'Empire byzantin veut son Empereur, il doit payer.

Et le prix convenu est cent cinquante mille pièces d'or et cent robes de soie pourpre, cadeaux non compris.

« Et avec César à mes côtés. » C'est la vraie raison qui convainc tout le monde. Seul Bohémond affiche un sourire amer, mais lors de la séparation, il reste aux côtés de Baudouin. Après tout, Manuel Ier est encore son monarque allié par mariage.

Ce qui suit, on ne sait dire si c'est la chance de l'Empereur ou la leur. Avant que le ciel ne s'assombrisse, dans la lueur du couchant, ils voient des ornements d'or refléter la lumière du soleil.

Puis ils entendent de faibles cris.

Baudouin met immédiatement le sifflet d'aigle à sa bouche et souffle, sans rester sur place à attendre. Il prend César et fonce droit dans la direction du son. César le suit de près, serrant Baudouin pour lui ajouter une couche de protection. Nul ne sait s'ils vont trouver des Byzantins en détresse ou des Turcs en embuscade.

Sans archers, dès qu'ils traversent les branches et feuilles entrelacées, la vue devant eux s'ouvre soudain, offrant une clairière de forêt assez typique.

C'était à l'origine une dépression, probablement formée après la chute d'un arbre géant foudroyé, brûlé ou rongé par les insectes. L'eau de pluie s'est vite accumulée dans le creux, et d'épaisses algues vertes y ont bientôt poussé. De fines herbes et plantes ont poussé sur les algues, donnant au premier coup d'œil l'impression d'une clairière plate.

Et au fil du temps, la vapeur d'eau a constamment érodé la boue environnante, faisant grossir ce marais de plus en plus.

Certains peuvent encore s'accrocher aux bois morts et aux lianes au bord, luttant vers la lisière du marais. D'autres arrivent à peine à lever la tête pour garder bouche et nez hors de l'eau. Certains n'ont plus que leurs vêtements flottant à la surface, et le plus visible parmi eux est une cape pourpre foncé à bordure d'or. Même couverte de boue et d'eau, la douce lueur de la soie reste si séduisante, et sur la bordure d'or brillent des perles de la taille d'un coussinet de doigt.

Sans nul doute, son propriétaire ne peut être que Manuel Ier.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.