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A Land of Nations

Chapitre 179

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Chapitre 179

Chapitre 179

Chapitre 179/28862%~14 min de lecture2 612 mots

« Ah, cela… »

La reine mère Marie entrouvre les lèvres, et après avoir prononcé ces deux mots, elle reste figée là. Ce n'est pas une femme inculte, mais à cet instant, tous les livres, poèmes et parchemins qu'elle a lus au cours de la dernière décennie semblent s'être changés en page blanche, sans qu'elle puisse en tirer un seul mot convenable pour répondre à Baudouin.

Après un court silence, un sourire apparaît au coin de ses lèvres, un sourire qu'elle-même n'a peut-être même pas conscience d'esquisser.

« Leur situation est donc bien critique. » Elle marque une pause, réfléchit un instant : « Cela me rappelle le sultan Nour al-Din de Syrie. » Sans cette dernière phrase, son soupir précédent n'aurait sonné que comme la plainte impuissante d'une femme.

Mais précisément à cause de cette phrase, Baudouin lui-même affiche un air surpris — la fin de Nour al-Din est connue de tous. Ce seigneur naguère renommé de sa génération a péri en terre ennemie dans les derniers instants de sa vie. Il avait conduit des dizaines de milliers d'hommes avec assurance depuis Saint-Jean-d'Acre en expédition vers la Terre sainte, prêtant même le serment audacieux de mourir, fût-ce sur la Marche d'Ayyarasa.

En réalité, avant même d'atteindre la Terre sainte et d'apercevoir ces collines sacrées, il subit une défaite cuisante au lac de Tibériade, perdant de nombreux soldats et presque tous ses vivres, et lui-même tomba de cheval et mourut.

Les Sarrasins durent même payer bien des biens par négociation pour récupérer son corps jusqu'à Saint-Jean-d'Acre.

Mais à présent Manuel Ier n'est pas encore mort, et que la reine mère Marie dise cela revient peu s'en faut à maudire son grand-oncle.

Marie, elle, fait comme si elle n'avait pas vu l'expression de Baudouin et le presse : « Continue, j'écoute. »

Bien qu'une certaine résistance et une certaine méfiance persistent chez les croisés à l'égard de la reine mère Marie, du fait qu'elle peut s'asseoir auprès de Baudouin à toute réunion importante, cela signifie qu'on n'a nulle intention de lui rien cacher, ni hors du château de la Sainte-Croix ni dedans — après tout, avant le mariage de Baudouin, elle était la maîtresse du château de la Sainte-Croix.

C'est pourquoi, lorsque les derniers renseignements arrivent du champ de bataille de Manuel Ier et du sultan Arslan II, Baudouin n'ignore pas sa belle-mère ; au contraire, du fait de ses liens avec Manuel Ier, il vient expressément l'en informer, bien que l'attitude de la reine mère le trouble réellement.

Que ce soit Amaury Ier ou la comtesse de Jaffa, s'ils ont d'autres pensées au fond du cœur, ils apparaissent toujours irréprochables devant Baudouin. Baudouin aime profondément ses parents et ne peut naturellement imaginer que dans d'autres familles, la relation entre enfants et parents puisse être celle d'ennemis plutôt que de proches.

Le lien entre la reine mère Marie et Manuel Ier implique des choses encore plus innommables et sordides — curieusement, Héraclius en a averti César, mais personne n'en a parlé à Baudouin — les uns par prudence et pitié, d'autres peut-être pour en garder un atout.

« En résumé, Manuel Ier, à cause de la mort de son neveu, souffre d'une perte de sang excessive et d'un reflux de bile noire. Rempli de colère et incapable de se maîtriser, il insulte vertement les émissaires turcs, humilie leur sultan, puis les expulse, rejette l'accord de cessez-le-feu d'Arslan II, et jure de le battre jusqu'à ce qu'il jette son armure et se prosterne à ses pieds pour implorer la grâce. »

En entendant Baudouin dire cela, le sourire aux lèvres de la reine mère Marie s'approfondit légèrement. Bien sûr qu'elle connaît ce soi-disant neveu ; ils en ont plein de tels neveux, nièces et petites-nièces.

Et parmi ces enfants nés dans le harem du sultan en totale méconnaissance de l'éthique, les garçons s'en tirent mieux que les filles.

Les garçons peuvent devenir fonctionnaires, généraux, prêtres ; ils peuvent recevoir la Bénédiction de Dieu et devenir l'Élu. En l'occurrence, avoir un empereur pour père vaut bien mieux qu'en avoir un ordinaire. Manuel Ier a toujours été très tolérant envers eux et les a grandement soutenus.

Mais tant qu'ils étaient à Constantinople, ils devaient endurer cette origine souillée tout en flattant leurs oncles ou grand-oncles nominaux. Leurs mères les voyaient comme une honte, leurs pères nominaux souhaitaient constamment leur mort, et leurs frères, oncles et cousins aînés… les considéraient comme des fleurs qu'on peut écraser à loisir, après tout…

Avec l'exemple de Manuel Ier, ils ne font que suivre le mouvement.

Sans la protection de Manuel Ier, ils ne seraient que de petits animaux au pelage lisse, recroquevillés dans les coins du palais, s'accrochant à la survie jour après jour. Ce qui est encore plus tragique, c'est qu'ils ne peuvent s'entraider mais doivent comploter les uns contre les autres.

La faveur de Manuel Ier n'est que ce qu'elle est ; si l'un la prend, les autres restent les mains vides.

Ainsi, bon gré mal gré, ils doivent sans honte courtiser l'Empereur, voire son entourage — jusqu'à un eunuque. S'ils ne le font pas, leur sort ne diffère en rien de celui des femmes sans faveur dans le harem du sultan !

Pire encore, car ces filles n'ont pas tant d'ennemis ni une origine aussi risible et pitoyable.

Et elle a toujours été la cible principale ; l'Empereur se souvient même de son nom !

Mais à présent, il semble — la faveur que Manuel Ier lui accorde ne vaut probablement pas un dix-millième de celle de ce « neveu ».

On lui a tranché la tête. Mais si ce n'était pas le cas ? Si cette grande bataille se soldait finalement par une victoire complète, sans nul doute il pourrait s'appuyer sur ce mérite pour devenir l'un des généraux de Manuel Ier, et peut-être, dans quelques années, être envoyé comme gouverneur de quelque territoire.

À l'avenir, même s'il ne pouvait revenir à Constantinople comme empereur de Byzance par ce statut, il serait inévitablement courtisé par le nouvel Empereur.

Comparé à la reine mère Marie et aux autres enfants illégitimes, son avenir était si lisse et brillant.

Baudouin perçoit aussi l'étrange atmosphère qui imprègne la pièce. La reine mère Marie semble perdue dans la réminiscence du passé, indifférente — voire quelque peu satisfaite — du danger que court son grand-oncle.

César, assis à ses côtés, désigne une coupe d'or pur posée près de la main du roi. Cette coupe est de style byzantin typique et fait partie de la dot de la reine mère. Il se rappelle immédiatement que la reine mère Marie a été mariée sur la Marche d'Ayyarasa, mais qu'il n'y a pas eu seulement une tentative d'assassinat par quelqu'un de son cortège nuptial, sa dot était aussi fort maigre — la part la plus importante de la dot d'une princesse byzantine n'étant bien sûr pas l'or et la soie, mais l'armée.

Pourtant, seuls cinquante cavaliers byzantins nominaux étaient venus avec elle sur la Marche d'Ayyarasa, et ils avaient plus tard prouvé leur incompétence et leur lâcheté sur le champ de bataille.

Et lors de l'attaque de Fustat, la performance de la flotte byzantine avait été extrêmement décevante.

L'envoyé byzantin n'était venu que pour quelques jours hâtifs lorsque la reine mère Marie mit au monde Isabelle — probablement pour vérifier si elle avait donné un garçon ou une fille. Apprenant que c'était une princesse — sur la Marche d'Ayyarasa, une princesse a certes des droits successoraux, mais la prétention qu'elle apportait était bien trop faible —, le visage de l'envoyé fut plein de déception, et il repartit prestement. On peut supposer que Manuel Ier, à son rapport, arbora la même mine.

Cela se voit au fait que l'envoyé byzantin ne reparut plus jamais devant la reine mère Marie, mais rencontra fréquemment le grand-duc Bohémond d'Antioche.

Clairement, Manuel Ier n'avait plus la volonté ni l'énergie d'attendre encore une dizaine d'années. Il préférait commencer à soutenir la princesse Sibylle de la Marche d'Ayyarasa et son petit-neveu Abigaïl.

Il pourrait même voir leurs enfants — le soupçon de Manuel Ier était juste. La reine mère Marie ne sait pas si elle l'a convaincu, mais d'un point de vue à long terme, son comportement était téméraire et impulsif, sans souci des conséquences. Et si l'on y joint sa haine pour Manuel Ier, cela ne ferait qu'équilibrer les choses.

Mais Manuel Ier n'y songerait peut-être jamais, tout comme un éléphant ne peut jamais voir la fourmi sous son pied.

« Et puis, qu'est-il advenu, » répète-t-elle sa question : « L'Empereur a-t-il donné à ces barbares turcs une leçon suffisamment sévère ? » Cela sonne avec une ironie totale.

César reprend le fil ; il connaît bien cette affaire et peut sentir encore plus aiguement la malveillance que Marie cultive dans l'ombre.

« Manuel Ier a d'abord hésité, mais trop de gens l'ont poussé à continuer la guerre contre les Turcs. »

L'accompagnaient dans l'expédition non seulement les Grecs d'origine mais aussi de nouveaux vassaux, tels que Hongrois et Serbes, et quelques Francs mercenaires. Ils avaient fait un long chemin à grands frais.

Bien que Manuel Ier eût promis que même sans tuer un seul Turc — au retour à Constantinople, ils recevraient encore des récompenses —, chacun savait que les récompenses de Manuel Ier ne seraient certainement pas très généreuses. Sinon, dans de futures guerres réelles, comment récompenserait-il ces guerriers qui se battent férocement et accumulent les mérites ?

« Sans parler de ces mercenaires… » Il jette un coup d'œil à Baudouin, qui se contente de faire un geste de la main. Comment pourrait-il ne pas comprendre ces chevaliers francs ? Les vertus chevaleresques et les lois des croisés ne sont pour eux que plumes et soie ornant leur armure. Qui plus est, sur terre païenne, tous leurs actes — y compris le meurtre, le viol et le pillage — ont reçu la permission de Dieu.

Ils n'iront pas en enfer pour les péchés causés par ces actes. Avec cela, de quoi auraient-ils à s'inquiéter ?

Mais si Manuel Ier décidait de faire demi-tour maintenant, ils n'oseraient sûrement pas piller et saccager Constantinople — bien que ce ne soit pas impossible, leurs effectifs et leur force sont encore insuffisants pour que leurs ambitions aboutissent pour l'instant.

Ce sont eux qui s'opposent le plus violemment, ainsi que quelques jeunes généraux qui estiment que le meurtre du neveu de Manuel Ier est une humiliation indélébile. Bien qu'on sache qu'il ne cherche qu'à gagner assez de mérite dans cette guerre, ce motif est vraiment difficile à réfuter.

Finalement, Manuel Ier rejette tout de même la proposition de paix d'Arslan et décide de poursuivre la guerre contre le sultan Arslan II.

Et en avançant vers le territoire d'Arslan II, ils doivent traverser un long et profond canyon.

Même en tant que simple femme, la reine mère Marie réalise immédiatement en entendant cela que Manuel Ier va subir un rude coup ici.

Ils ont peut-être envoyé des éclaireurs en avant, mais ceux-ci ont manifestement manqué à leur rôle.

Alors que l'armée de trente mille hommes rampait dans le canyon comme une colonne de fourmis allongée, les Turcs lancèrent l'attaque.

Cela ressemblait un peu à la bataille du lac de Tibériade d'alors. César jette un œil aux fruits confits sur le plateau, prend quelques dattes et raisins pour illustrer.

Les raisins sont alignés en une longue rangée, représentant l'armée de Manuel Ier, tandis que les dattes figurent les Turcs éparpillés sur les crêtes et les sommets. Mais l'armée de Manuel Ier est manifestement plus solide que celle de Nour al-Din — peut-être parce que, dans les pays chrétiens, ceux qui sont sous les ordres de Manuel Ier sont des généraux et des sujets plutôt que des esclaves. Ne pouvant obtenir de réponse de Manuel Ier, chacun a réagi correctement.

Et le nombre des Turcs était vraiment trop faible.

Au début, les Turcs infligèrent quelque dommage à la première moitié de l'armée, mais celle-ci s'organisa vite en résistance. S'appuyant sur leurs armes et leur supériorité numérique, ils repoussèrent à leur tour les Turcs hors du canyon, les forçant à fuir vers l'extérieur. Mais les ennuis amenés par l'énorme effectif de l'armée de trente mille hommes suivirent bientôt.

Il y avait parmi eux des généraux capables et des soldats braves, mais entassés dans le canyon étroit, ils pouvaient à peine bouger. César étend la main et disperse les raisins — « Certains voulaient percer, d'autres battre en retraite, d'autres tenir position. Mais même à ce stade, on ne peut pas dire que l'armée de Manuel Ier était vouée à la défaite. »

La reine mère Marie voudrait beaucoup demander où était le problème, alors.

Mais en tant que femme, en tant qu'extérieure, elle sait que sa meilleure posture maintenant est de sourire en silence, comme si elle ne comprenait rien.

« Le grand-duc d'Antioche, » César pose la main sur la moitié arrière de l'armée en raisins, « en tant que gendre de Manuel Ier, frère de sa femme, et son sujet, Manuel Ier lui a confié une tâche très importante : garder les engins de siège que cette armée transporte.

Un groupe de Turcs a chargé depuis la crête en emportant du naphte. Ils se sont jetés dans l'armée mais ne s'y sont pas attardés, lançant au contraire des pots en terre cuite enflammés directement au centre des chariots empilés d'appareils. Le ciel était clair ce jour-là, avec un vent fort ; en un instant, tout — bois, fer, toile, corde — s'embrasa.

Les chevaliers et soldats autour des chariots s'enfuirent en masse. Personne ne put éteindre l'incendie, ni cela n'était possible. Après tout, d'où aurait-on tiré de grandes quantités d'eau dans un canyon ? Même si quelqu'un pelletait du sable pour étouffer les flammes, les Turcs aux aguets à proximité interféraient.

Les Turcs étaient déjà connus pour leurs tactiques de guérilla ; face à l'armée de Manuel Ier, ils ne s'embrouillèrent jamais, frappant et se retirant presque instantanément.

À moins que Manuel Ier n'eût une force d'esclaves prête à mourir pour lui, utilisant leur sang et leurs vies pour défendre le froid matériel, sinon il ne pouvait que regarder, comme maintenant, un grand feu consumer en cendres tout son dur labeur. »

À ce stade, César et Baudouin, qui ont personnellement vu construire des engins de siège, se taisent tous deux — Pour attaquer Fustat, Amaury Ier a pu abattre toutes les oliveraies de Ghazalafa à Fustat.

Et pour cette campagne, Manuel Ier n'était pas venu seulement pour attaquer une ville. Outre les appareils nouvellement construits, il avait apporté tous les stocks de l'Empire. Ces grands et majestueux engins de siège en chêne et bois d'olivier, qui glacent le cœur au premier regard, n'avaient même pas atteint le champ de bataille ni montré le moindre effet avant de devenir un tas de combustible onéreux.

Après un tel coup, Manuel Ier ne put plus tenir et fit retirer l'armée vers le château de Miliosephalon.

À ce moment, les Turcs envoyèrent de nouveau des émissaires, mais cette fois, les conditions qu'ils apportaient étaient sans nul doute bien plus dures qu'auparavant. Arslan II retira toutes ses promesses précédentes et exigea que Manuel Ier parte immédiatement, sur-le-champ, et démantèle les trois forteresses bâties sur le nouveau territoire.

« Au fait, » demande la reine mère Marie comme par hasard, « Le grand-duc d'Antioche, qui gardait ce chargement de vivres et d'appareils, a-t-il reçu quelque punition ? »

« Manuel Ier n'a pas encore décidé, » cette fois c'est Baudouin qui lui répond, « mais je pense qu'il a déjà été puni. » Baudouin dit avec résignation : « Antioche a perdu douze mille hommes dans cette campagne. »

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