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A Land of Nations

Chapitre 120

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Chapitre 120

Chapitre 120

Chapitre 120/22853%~13 min de lecture2 508 mots

Pour le Grand Maître Philippe des chevaliers du Temple, qu'il séjourne dans la Marche d'Ayyarasa ou qu'il accompagne le roi Baudouin IV en sortie, la tâche est légère et agréable — bien qu'une telle pensée eût été un pur blasphème pour lui quelques années plus tôt.

Et désormais, il ne veut que sourire, un sourire empli de moquerie et d'amertume.

Il fut l'un des chevaliers les plus pieux et les plus fermes, ayant juré jadis qu'après avoir rempli ses devoirs et obligations, il partirait pour la Terre sainte servir Dieu — à cette époque, ils étaient nombreux comme lui, qui, bien qu'ils dussent se marier et avoir des enfants pour la famille et le roi, gouverner des terres ou servir à la cour, abandonneraient sans hésiter titre, biens, territoire, femme et enfants dès qu'un héritier pourrait reprendre leur charge séculière, pour se rendre directement dans la Marche d'Ayyarasa.

Philippe jouissait d'un respect particulier chez les chevaliers du Temple, outre son propre caractère et son courage, parce que la forteresse la plus importante de son fief avait été donnée aux chevaliers du Temple, une forteresse qu'Amaury Ier avait once offert quinze mille pièces d'or, et qu'il avait refusée — bien qu'Amaury Ier fût aussi seigneur de la Terre sainte, il préférait la confier à un homme plus pieux — le Grand Maître de l'époque.

Ironiquement, peu de temps après qu'il eut remis cette forteresse aux chevaliers du Temple — bien qu'Amaury Ier eût maintes fois enjoint aux chevaliers du Temple de tenir la place fermement — elle fut saisie par les Sarrasins.

Si les chevaliers du Temple de cette forteresse s'étaient battus jusqu'au bout, Philippe n'eût peut-être pas été si déçu, mais en fait, peu après le siège, les chevaliers de l'intérieur se rendirent aux Sarrasins — quand Amaury Ier fit pendre avec colère ces douze vils lâches, quelqu'un suggéra qu'il intercède pour la grâce, mais Philippe garda le silence tout du long, marquant sa position par son silence.

Peut-être à partir de ce moment, les chevaliers du Temple perdirent-ils leur dernier éclat à ses yeux.

Et quand ce colosse révéla-t-il enfin sa chair nue, ses organes tortillés et ses veines immondes en son sein ? Probablement le jour où il fut élu Grand Maître suivant, quand listes, livres de comptes, contrats et documents furent étalés devant lui les uns après les autres.

Cette organisation jadis pauvre, qui avait besoin de deux chevaliers pour partager un cheval, était devenue, sous la complaisance de l'Église et des monarques, une bête insatiable dévorant l'or ; il ne comprenait pas pourquoi les chevaliers du Temple, qui n'avaient pas le droit de posséder des biens privés, étaient encore si cupides.

Ce jour-là, l'ensemble des avoirs des chevaliers du Temple pouvait acheter un royaume ; leurs châteaux parsemaient non seulement la Syrie, la Marche d'Ayyarasa et l'Égypte, mais aussi la Francie et les Apennins ; sur leurs propres terres, ils étaient rois et papes, avec leurs propres lois et doctrines. Ils percevaient l'impôt séculier et la dîme sacrée. Ils possédaient moulins, puits et fermes ; ils pouvaient nommer et révoquer à volonté fonctionnaires de ville ou prêtres d'église.

Il ressentait une profonde déception et une peur sourde, mais après avoir vu tous les documents, il n'osa même pas songer à purger cette pourriture, car cela aurait signifié offenser l'ensemble des chevaliers du Temple et l'intricat réseau de seigneurs, nobles et évêques derrière eux. Combien ils étaient, nul ne le savait, mais il voyait cette boule de neige sans cesse grandissante dévaler à une vitesse irrésistible, jusqu'à rouler dans l'abîme ou l'enfer.

Le jeune roi ignore peut-être que chez les chevaliers du Temple, le Grand Maître Philippe est celui qui le soutient. Mais pour assurer la paix et l'unité au sein des chevaliers du Temple, il ne rend pas cette position publique. Mais du fond du cœur, en tant qu'homme prêt à tout donner pour Dieu, il préfère naturellement combattre les ennemis de Dieu, ces païens ou ces hérétiques, plutôt que mener expédition contre Mulai pour de l'argent séculier.

Bien que ce dernier pût aussi être dit défendre la sécurité et le passage de la route de pèlerinage. Mais cette sécurité était à l'origine l'une des plus grandes et plus anciennes sources de fonds des chevaliers du Temple — au début, les fondateurs des chevaliers du Temple avaient établi l'ordre seulement pour assurer la sécurité de pèlerins aussi pieux et simples qu'eux-mêmes.

Avant eux, les pèlerins devaient souvent engager des mercenaires peu fiables ou des marchands. Sur la route de pèlerinage, les cas où mercenaires dépouillaient les pèlerins, les tuaient ou les abandonnaient dans la nature étaient légion, tandis que les marchands les trompaient pour les mener à quelque port et les vendre directement aux païens.

Ce n'est qu'après les chevaliers du Temple que de telles situations diminuèrent progressivement.

Les gens leur faisaient confiance, leur étaient reconnaissants, et ainsi jamais avares d'argent et de dons, mais les affaires séculières semblent toujours ainsi : l'argent et le pouvoir sont une bête difficile à dompter, et dès que les hommes engendrent la cupidité, ils en sont inévitablement dévorés.

Plus Philippe savait, plus il souffrait, mais il ne pouvait rien faire pour détruire l'ensemble des chevaliers du Temple ; parfois, il devait même composer avec Raymond et Bohémond — pour ces guerriers des chevaliers du Temple qui conservaient encore des idéaux purs.

Lors de l'expédition en Égypte avec Amaury Ier, il songea même à mourir sur le champ de bataille face aux païens, mais hélas, bien que blessé, il survécut à la bataille. Jusqu'à l'assassinat d'Amaury Ier, l'incendie de Fustat et leur repli sur Ghazalafa, il n'avait pas encore trouvé l'occasion de donner sa vie pour Dieu.

Il ne cessait de se mettre en garde : c'était une pensée terriblement dangereuse.

Le suicide était toujours un péché grave, maintes fois condamné par l'Église, une trahison de Dieu, surtout l'autodestruction au nom du martyre ; même si les mortels ne pouvaient la détecter ou la juger, devant Dieu nul crime ne demeurait caché, et son âme serait jetée en enfer, incapable d'en sortir jusqu'à la fin des temps.

C'est pourquoi, quand le comte Raymond de Tripoli espéra qu'il reste dans la Marche d'Ayyarasa, il accepta en silence, avec peu de déplaisir au fond du cœur.

Bien sûr, jusqu'alors, il ne considérait toujours pas le jeune Baudouin IV ni l'attendant aux cheveux noirs à ses côtés comme ses égaux.

Bien qu'il eût entendu le nom de cet attendant aux cheveux noirs, au moins deux chevaliers aînés chez les chevaliers du Temple — Geoffroi et Walter — l'avaient loué et avaient même voulu qu'il rejoigne les chevaliers du Temple — bien que l'ordre n'autorisât que les nobles à devenir chevaliers, si le jeune homme était disposé, ils trouveraient toujours le moyen de l'arranger.

Mais tous furent refusés.

D'après les observations de Philippe pendant ce temps, le lien entre Baudouin IV et César pouvait être qualifié de pur et sincère ; Baudouin IV faisait grandement confiance à César et le chérissait, tandis que César ne trahissait pas cette bienveillance. Ce qui surprenait le plus Philippe, c'est que leur attitude l'un envers l'autre était même égale.

C'était quelque peu étrange ; ils savaient tous que les origines de César n'étaient pas grandes, et un supérieur bienveillant pouvait avec humilité traiter ceux qu'il appréciait, mais un inférieur pouvait à peine accepter un tel don avec calme — certains en seraient flattés, d'autres s'en agaceraient — l'arrogance née de l'infériorité n'était pas rare.

Mais il n'avait pas encore détecté de telles émotions chez César.

Philippe avait entendu dire que certains naissent sachant, comme s'ils avaient été enseignés par des saints avant la naissance, et César semblait tel homme ; à son âge, il pourrait faire un bon serviteur, un bon écuyer ou un bon chevalier, mais cette fois, servant Baudouin IV jusqu'à Bethléem, il découvrit qu'il pouvait même faire ce que ses pairs ne pouvaient — maintenir la ville aussi calme et paisible qu'auparavant.

Ne sous-estimez pas ce calme et cette paix ; même dans la Marche d'Ayyarasa, après la mort d'Amaury Ier et la succession de Baudouin, la Ville sainte fut en émoi pendant des mois, l'ordre antérieur perturbé, tous paniqués comme des fèves roulant dans une poêle chaude, ne sachant que faire ou ne pas faire.

Ils couraient çà et là cherchant l'information, ne voulant savoir que l'avenir ; incapables de déterminer les événements possibles, ils ne pouvaient qu'imaginer le pire et s'en inquiéter profondément. Si ce n'était que cela, mais ils commettaient aussi maintes sottises, attirant plus de gens mal intentionnés pour le chantage, la fraude…

Pendant ce temps, les chevaliers des chevaliers du Temple, des Hospitaliers et des chevaliers du Saint-Sépulcre furent occupés un moment, et les potences hors de la ville eurent toujours foule, jusqu'à ce que Baudouin achève l'onction et la cérémonie du couronnement, et que la princesse Sibylle épouse Abigaïl, fils du duc d'Antioche, les esprits du peuple ne s'apaisent progressivement.

Bien que Bethléem ne fût qu'une petite ville, elle comptait des chrétiens, des Isaacites, des Sarrasins, des marchands, des artisans et des fonctionnaires, ainsi que l'évêque André qui y régnait à l'origine pour le roi ; les chevaliers du Saint-Sépulcre d'ici étaient toujours sous son commandement — tant que le nouveau maître des lieux, le chevalier de Bethléem, ne savait pas réfréner ses impulsions de jeunesse et commettait ne fût-ce qu'un acte téméraire, même avec de bonnes intentions, Bethléem serait en émoi pour un temps.

Les autres ne verraient dans le jeune homme qu'une excessive lâcheté ; seul Philippe, qui fut aussi seigneur, sait combien il est difficile d'apaiser en si peu de temps chaque force dans la ville.

S'il peut continuer ainsi, pensa Philippe, les perspectives pour la Marche d'Ayyarasa ne seront peut-être pas si sombres.

Surtout quand il accompagne Baudouin IV en sortie, voyant le jeune duo traiter la tournée non comme chasse ou divertissement, mais recevant sérieusement les sujets partout, inspectant les chevaliers, vérifiant armes et chevaux de l'arsenal, une lueur d'espoir ne peut s'empêcher de naître en son cœur.

Les voir, c'est comme voir son jeune moi, pas encore frappé par la dure réalité, avec un cœur si pur et fervent.

Ce dont la Marche d'Ayyarasa a besoin maintenant, ce pourrait être un tel roi et un tel ministre ; même si Baudouin est encore atteint de la maladie, qu'importe ? Si Baudouin peut avoir une descendance à l'avenir, ou si sa sœur la princesse Sibylle peut avoir un enfant avec Abigaïl, alors cet attendant actuel deviendra le plus puissant, le plus pieux et le plus digne de confiance des régents, pourvu qu'il ne change pas de cœur.

« Vous nous observez, » dit Baudouin : « Avez-vous quelque chose à nous dire ? »

Philippe ne saurait dire que les voir lui rappelle son passé et son présent, « Ne trouvez-vous pas cela ennuyeux ? »

Bien que Bethléem fût une petite ville, sa richesse et sa prospérité rivalisaient presque avec la Marche d'Ayyarasa, mais après avoir quitté Bethléem, les autres petites villes et forteresses n'avaient rien de remarquable.

Surtout ces petits châteaux à usage purement militaire ; du haut de la tour ou du rempart, on ne voyait que d'infinies terres sableuses jaunâtre-brun, des plaines gris-vert et un ciel bleu limpide.

Les chevaliers vivant dans de tels châteaux ne voyaient que de grossières servantes et lavandières, peu nombreuses, et pour la plupart fort laides, soit maigres comme des baguettes, soit larges comme des tonneaux ; des tourments de la vie, pas différents des hommes, parfois même plus grossiers et plus vils.

Les marchands visitaient rarement ces châteaux, sauf aux jours fixes, car ils ne combattaient ni Sarrasins ni autres, ce qui signifiait ni butin ni butin de guerre, ni rançon.

Ainsi, même si des marchands venaient, ils ne pouvaient faire que peu d'échanges, sans signification, ne gaspillant que vivres et eau en pure perte.

Les vivres dans de tels châteaux étaient rationnés ; la nourriture et l'eau étaient précieuses, bien incapables de soutenir nains ou musiciens pour le divertissement.

Si les chevaliers en garnison ici n'étaient pas des ordres monastiques militaires comme les chevaliers du Temple ou les Hospitaliers, ils pouvaient noyer le temps dans l'alcool. Mais pour ces ordres de chevaliers religieux, hors prière et entraînement, les chevaliers avaient peu d'autre passe-temps.

Voyager entre ces forteresses et châteaux était aussi pénible : ciel empli de poussière, air sec, jours brûlants et nuits glaciales, risques fréquents de se perdre, de soif, de maladie — sans parler de Baudouin IV qui est un malade.

Philippe s'était même préparé à ce que Baudouin s'effondre soudain, les forçant à faire demi-tour immédiatement vers la Marche d'Ayyarasa, mais le pire n'arriva pas ; ils parvinrent ici, au château de Makab de Baniel.

Ce château n'appartenait à l'origine pas aux Croisés ; il fut bâti par des Sarrasins locaux. Plus tard saisi et agrandi par les Croisés.

Il occupait une position stratégique fort critique, au-dessus de la mer de Galilée, au nord vers Damas, dominant la mer Morte et la vallée du Jourdain ; par temps clair, on pouvait même voir la Marche d'Ayyarasa.

Heureusement, les chevaliers du Temple d'ici n'avaient pas négligé leur devoir comme ces douze fous pendus ; bien que les conditions fussent rudes, dans l'ensemble il n'y eut pas de manquement majeur, et les menus problèmes étaient négligeables.

« Comment pourrait-il en être autrement, » dit Baudouin, « je vois ces… Grand Maître, tout ici a un sens. »

Bien que César prenne toujours soin de lui, avec de telles conditions, le jeune roi souffre encore de lèvres gercées, de joues rugueuses, surtout les taches rouges redevenant proéminentes, mais ses yeux sont si brillants, pleins de vitalité, et ses paroles portent une excitation et une fierté sans dissimulation.

Entendant cela, le Grand Maître des chevaliers du Temple ne put s'empêcher de ressentir une joie sincère, mais se souvenant de son devoir, il rappela : « Alors, nous devrions rentrer demain. »

Le château de Makab de Baniel était déjà le poste de défense le plus au nord de la Marche d'Ayyarasa ; plus avant était territoire sarrasin, de plus ils étaient en sortie depuis trois semaines pleines ; quel qu'en fût le motif, ils étaient prêts à faire demi-tour.

« Vous avez raison, » dit Baudouin, avec quelque regret, mais sachant qu'il était effectivement temps de rentrer au château de la Sainte-Croix.

Bien que la Ville sainte ait le patriarche Héraclius, tout le monde ne peut être réprimé par lui.

« Qui est celui-là ? »

César demanda soudain en s'approchant.

Le château de Makab n'était qu'une petite forteresse avec un seul rempart, et ils se tenaient sur la tour à flèches près de la porte ; regardant à travers les créneaux, ils virent un chevalier légèrement armé galoper vers eux ; Philippe plissa les yeux, vit son expression paniquée, sa cape de travers et tachée de sang, et son visage changea !

Et avant qu'il n'ait pu crier une question, on entendit le chevalier hurler : « Attaque ennemie ! »

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