Maylie ne parvenait pas à garder l'équilibre. Azriel en soutint une partie sur son dos et se dirigea vers l'escalier, trébuchant à répétition. Son corps était déjà affaibli, et elle ne pouvait avancer vite en aidant Maylie, plus grande qu'elle. Elle ruisselait de sueur et du sang de Maylie. Les blessures de son dos et de son mollet saignaient sous la pression, et la chaleur de l'incendie l'étouffait. Elle eut la chance que sa toux chronique ne reprenne pas.
De toutes ses forces, elle gravit les marches. Évitant le côté du couloir barré par les flammes, elle prit la direction opposée et entendit des pas se rapprocher. Dépitée, elle regarda autour d'elle et entra dans la pièce en face de celle où elle s'était cachée un peu plus tôt, où étaient entreposés les tapis d'hiver, rideaux, carpettes et autres meubles. Elle adossa Maylie, qui avait perdu connaissance, contre les piles de tapis de laine. On bougeait et on criait au feu dans le couloir. Azriel verrouilla la porte et s'approcha de la fenêtre, dont les rideaux étaient tirés.
Lorsqu'elle les écarta et regarda dehors, une pluie torrentielle s'abattait. De rares éclairs illuminaient les alentours en blanc. Des lanternes s'agitaient dans la pluie. Les gardes devaient traquer d'éventuels intrus depuis l'annonce de l'incendie au château. Des lanternes étaient également massées près de l'entrée arrière.
« Il faut que je regagne le passage secret. »
Même après avoir décidé de la suite, Azriel ressentit tout à coup un désespoir total. Seule, elle aurait pu simplement s'enfuir, mais qu'adviendrait-il de Maylie ? Maylie avait une famille qu'on ne pouvait pas déplacer aussi aisément. Elle serra les dents.
« Si nous avons de l'argent, nous nous en sortirons. Je dois m'enfuir avec toute la famille de Maylie. Si je loue une grande voiture… »
Elle était enfin décidée. Azriel revint vers Maylie et lui secoua l'épaule.
« Maylie, Maylie. Réveille-toi un instant. Où as-tu mis l'autre soulier de verre ? Il nous faut pour fuir ensemble. »
Maylie ne fit que cligner des yeux, comme engourdie. Ce ne fut qu'après qu'Azriel l'eut pressée d'une voix basse qu'elle parvint à répondre difficilement.
« Dans le hall… armure, déco… ration… à droite, la deuxième… à l'intérieur du heaume… »
C'était à Maylie qu'incombait le nettoyage de l'armure décorative exposée dans le hall du château.
« Elle l'a caché dans un endroit familier. »
Azriel acquiesça et recouvrit Maylie du rideau qu'elle avait décroché de la fenêtre pour qu'elle ne soit pas visible de quiconque entrerait dans la pièce.
« Repose-toi ici. Tiens encore un peu. Je vais chercher le soulier de verre et nous pourrons fuir ensemble. »
Après avoir caché Maylie, Azriel sortit par la fenêtre et descendit le long du mur. Son corps tout entier fut instantanément trempé jusqu'à la douleur par la pluie battante. Bientôt, elle eut froid. Elle courut en titubant vers l'entrée arrière près du hall. Heureusement, il y avait une certaine distance entre le hall et l'endroit où l'incendie faisait rage. Elle compta les armures exposées dans le hall silencieux. La deuxième à partir de la droite. Posant le pied sur le genou de l'armure, elle grimpa et ouvrit le heaume. À l'intérieur de la masse sombre de fonte brilla un soulier de verre limpide. Azriel le sortit et le glissa dans la poche intérieure de son tablier.
Au moment où Azriel retrouva Maylie, l'incendie était maîtrisé. Alors qu'elle remontait par la fenêtre qu'elle avait laissée ouverte, elle entendit le cri strident de Deborah.
« La gamine a disparu ! Allez la chercher tout de suite ! Elle n'a pas pu aller bien loin ! »
Il n'y avait pas le temps de reprendre son souffle. Azriel ignora son corps qui se mettait à trembler et écarta le rideau qu'elle avait posé.
« Maylie, réveille-toi. Maylie ? »
Maylie semblait avoir complètement perdu connaissance. Elle n'ouvrit pas les yeux, combien de fois Azriel la secouât. Azriel l'enveloppa dans un tapis moelleux et la fit rouler par la fenêtre. Ce n'était possible que parce qu'elles étaient au rez-de-chaussée et que la fenêtre était basse. Le tapis s'alourdit une fois détrempé par la pluie, et elle n'eut pas la force de le soulever. Dès qu'elle eut passé la fenêtre, elle retira le tapis et porta Maylie sur son dos. Son dos la faisait souffrir et ses jambes tremblaient, mais elle parvint tout de même à avancer. Elle le devait.
Des lumières s'allumèrent dans tout le château Colte, jusque-là endormi. Des ombres de gens courant çà et là se devinaient derrière les fenêtres. Azriel se plaqua contre le mur pour se cacher et progressa lentement. Ses cheveux, mouillés par la pluie, ne cessaient de lui coller au visage. La seule consolation d'Azriel était d'entendre la respiration légère et intermittente de Maylie.
Elle atteignit le puits après ce qui lui parut une éternité. Une fois arrivée, elle assit Maylie contre la margelle. Bien qu'épuisée, elle devait faire entrer Maylie et elle-même dans le passage secret avant de pouvoir se reposer. En regardant à l'intérieur du puits pour tirer la corde, elle fut saisie par le désespoir.
« Non… L'eau a… »
À cause de la pluie soudaine et violente, l'eau remplissait le puits. Elle avait pensé qu'il devait y avoir un dispositif pour l'évacuer puisqu'on y trouvait l'accès au passage secret, mais en contemplant le puits inondé, elle sentit que ses efforts étaient vains et s'effondra au sol. Essuyant d'un revers de main la pluie qui lui coulait dans les yeux, elle réfléchit intensément.
« Que faire maintenant ? Réfléchis, Azriel Esthera. Ce n'est pas seulement pour toi, il faut aussi sauver Maylie… » Azriel marqua une pause et songea. « Ce passage, il y avait une légère pente au début. Peut-être que si je parviens à entrer sous l'eau, il n'y en a pas à l'intérieur. »
« … Salope, je t'ai eue ! »
Elle entendit une voix terrifiants. Azriel se retourna, saisie d'effroi.