[Rienne] « Attends, je… ne me suis pas encore lavée… »
Chaque fois qu’elle tentait de prononcer une phrase, les mots se heurtaient les uns aux autres, bloqués par sa déglutition nerveuse.
Mais Black l’avait déjà prise dans ses bras, passait un bras autour de sa taille et débouclait les boutons nacrés sur le dos de sa robe, un par un.
[Black] « Ce n’est pas grave. Tu finiras bien par te laver plus tard. »
[Rienne] « Pourtant, je… je, j’ai été dehors toute la journée. »
[Black] « Ta robe couvrait la majorité de ton corps, alors rien n’a touché ta peau. »
Deux boutons s’ouvrirent tandis que Black venait frotter doucement son visage contre le creux du cou de Rienne.
Elle poussa un cri étouffé à la sensation de l’air frais sur ses épaules et au contact de sa respiration chaude contre sa peau lorsqu’il inspira profondément.
[Black] « Et tu sens bon. Tu n’as aucune raison de t’inquiéter. »
[Rienne] « C’est impossible. »
Il ne pouvait pas être sérieux, si ?
Se méfiant de son absence quelques instants plus tôt, Rienne tourna légèrement la tête, saisit la main de Black et porta son poignet à son nez pour sentir.
[Rienne] « Mmmh… ? »
L’odeur était tenace, mais c’était bien celle du savon.
[Black] « Je me suis lavé il y a un moment. »
Ah, c’était probablement pour cela. Même s’il portait encore ses vêtements de cérémonie, sa cravate avait disparu et la plupart des boutons de sa chemise étaient ouverts.
[Rienne] « C’est un peu injuste. »
[Black] « Considère-moi comme désespéré. Je ne veux perdre aucune seconde de plus. »
Clic—glisse—
Le bouton suivant céda encore plus vite cette fois-ci, tiré avec une précipitation visible.
[Rienne] « Ah, attends, ralentis. »
La cadence lui semblait vraiment trop rapide.
En sentant l’air froid caresser son dos presque entièrement découvert, Rienne se tourna vers lui, essayant désespérément de freiner son élan tandis que ses orteils se recroquevillaient sous l’impression étrange.
[Rienne] « C’est… un peu… »
[Black] « Un peu ? »
[Rienne] « J’ai besoin de… préparer mon cœur, d’abord. »
[Black] « … »
Avec un regain de lucidité, Black aspira une grande bouffée d’air, puis la souffla plusieurs fois de suite avant de retirer finalement ses mains et de les tenir suspendues en l’air.
[Black] « Très bien. »
[Rienne] « Haa… »
Tout ce temps, elle avait eu l’impression de ne pas pouvoir respirer correctement, et une gêne forte lui serrait la poitrine.
[Rienne] « Je… je n’ai jamais fait ça auparavant, donc… aller aussi vite… c’est un peu… »
[Black] « Je comprends. Si tu as besoin de temps pour te préparer, prends-le. »
[Rienne] « D’accord. D’abord, je devrais… »
S’agrippant à elle-même, se tapotant le torse pour retrouver son souffle, Rienne fut sur le point de dire qu’elle devrait aller se laver, mais alors—
[Black] « Je peux enlever mes vêtements en premier. »
[Rienne] « Quoi ? Non, mais pourquoi ? »
[Black] « Mon cœur y est prêt depuis longtemps. Je n’ai plus besoin de temps pour me préparer. »
Black prit la main de Rienne, la serra délicatement avant de la guider jusqu’à sa poitrine, y posant sa paume contre l’un des derniers boutons encore fermés de sa chemise.
[Black] « Si tu préfères, je ne vois pas d’inconvénient à ce que tu aies hâte. Si c’est trop fatigant, tu peux aussi simplement tout déchirer. »
Ce qu’il cherchait à dire en réalité, c’était…
[Black] « Tu ne veux pas ? Ce n’est pas grave, je peux m’en charger moi-même. »
Face à la question implicite de savoir si elle répugnait à le déshabiller, il n’y avait vraiment qu’une seule réponse possible.
[Rienne] « C’est… faux. »
[Black] « Alors fais-le pour moi. »
[Rienne] « … »
Bien qu’elle eût tenté d’imaginer comment se passerait cette nuit des centaines de fois, une image claire ne parvenait jamais à se former dans son esprit.
Alors qu’est-ce qui rendait cet instant si difficile pour elle, malgré son manque d’attentes précises ?
[Rienne] « … Il y a trop de lumière. »
Cela lui demanda un examen attentif et laborieux, mais après y avoir réfléchi un instant, Rienne parla à nouveau une fois sa décision prise.
[Rienne] « Il est encore un peu tôt… ceux qui sont dehors n’ont peut-être pas encore parti… se déshabiller avant de dormir, c’est… et l’atmosphère… »
Son cœur anxieux et son esprit troublé venaient surtout de l’ambiance, ou plutôt de son absence.
Black était parfaitement prêt, pas elle. Honnêtement, elle avait l’impression que son esprit restait coincé quelque part au milieu de la cérémonie de mariage.
[Black] « Je comprends. »
Mais heureusement, Black comprit rapidement.
C’était ainsi qu’il avait toujours agi : lisant dans ses pensées comme dans un livre ouvert, trouvant des réponses pendant qu’elle encherchait encore.
[Black] « J’éteins les lumières d’abord. »
Son cœur s’apaisa face à ces mots, mais Black ne les avait pas dits dans l’intention de partir seul souffler les bougies.
Ce qu’elle ne remarqua pas, c’est qu’il tendait lentement la main, mais avant qu’elle puisse percevoir le mouvement subtil, il saisit soudain son menton pour la forcer à lever les yeux.
[Rienne] « Tu— »
Tu as dit que tu allais éteindre les lumières.
Mais aucunes de ces paroles ne franchirent ses lèvres. Chacune d’elles fut complètement absorbée par un baiser, scellée sous le contact de ses lèvres.
Pourtant, ce n’était pas comme leurs baisers habituels. Beaucoup d’entre eux étaient rapides, comme s’ils manquaient de temps, mais celui-ci était doux et lent, pourtant bien plus lourd que tous ceux qu’ils avaient partagés.
Ses lèvres étaient humides, mais cette sensation était trahie par une soif ardente qui montait en elle, comme si son gosier brûlait à vif, rouge et desséché.
Tandis que le brouillard se dissipait dans son esprit pour laisser place à la clarté, Rienne réalisa qu’elle entourait le cou de Black de ses bras, les manches de sa robe glissant négligemment sur ses épaules.
[Black] « On dirait que je viens de recevoir une flèche. »
La voix de Black n’était qu’un murmure, prononcée alors que leurs lèvres luisantes restaient pressées l’une contre l’autre.
[Rienne] « Quoi… ? »
[Black] « C’est pareil quand la fièvre m’a fait perdre la tête. »
[Rienne] « Ah… »
[Black] « Si je n’avais pas reçu cette flèche à l’époque, je serais probablement resté un homme honnête jusque-là. »
Toujours les lèvres jointes dans un baiser haletant, Black guida le corps de Rienne vers le mur où pendait l’un des nombreux candélabres.
Et lorsqu’il s’écarta seulement un instant—
Tchhh—
La flamme vacilla puis s’éteignit, marquant l’extinction de l’une des cinq bougies disposées dans la chambre.
À l’ordinaire, une ou deux suffisaient, mais pour célébrer leur première nuit, les cinq candélabres brulaient fierement et avec éclat.
Ce qui signifiait qu’il en restait quatre.
[Rienne] « Comment cela ? »
[Black] « Ou peut-être serait-il plus juste de dire que je faisais semblant d’être respectable. »
[Rienne] « Tu veux dire que tu ne m’aurais pas embrassée ainsi si ça n’était pas arrivé ? »
[Black] « Je faisais attention parce que je pensais que ça prendrait beaucoup de temps avant que tu ne te familiarises avec moi. »
[Rienne] « Ça… »
Peut-être avait-il raison. Peut-être les choses se seraient-elles passées exactement ainsi.
À l’époque, compte tenu de tout ce qui s’était passé, éprouver la moindre attirance pour cet homme lui eût paru impensable. Elle n’avait jamais imaginé que viendrait le jour où elle tomberait amoureuse de lui autant qu’elle le faisait maintenant.
[Black] « Alors j’avais pensé être chanceux d’avoir été touché par cette flèche, car ça a accéléré les choses plus vite que prévu, mais… »
Il mordilla doucement et joueur son lèvre inférieure, faisant un autre pas en arrière vers la deuxième bougie.
[Black] « Maintenant que j’y repense, je ne crois pas que ça aurait changé quoi que ce soit. De toute façon, je n’aurais pas su attendre. »
[Rienne] « Pourquoi ? »
[Black] « Si tu pouvais me voir maintenant, tu comprendrais. »
Tchhh—
Une deuxième bougie s’éteignit, plongeant la pièce dans une obscurité plus dense. Dans cette pénombre envahissante, Black saisit la main de Rienne et la guida délicatement vers le bouton de sa chemise.
[Black] « Déboucle. »
Sa voix était si basse que même une requête aussi simple résonnait comme un feu dans ses oreilles.
Rienne avala sa salive difficilement, mouvant ses mains en silence.
Sans la lumière des bougies, tout sembla un peu plus supportable. Plus l’obscurité devenait profonde, plus leur baiser gagnait en douceur, et chaque détail de sa personne semblait consumer son corps, tel un feu intérieur qui ravageait tout sur son passage.
Clic—
Et le bouton céda plus facilement qu’elle ne l’aurait cru.
Ses mains tremblaient jusque-là, mais l’obscurité lui offrit une confiance et une assurance qu’elle jugeait impossibles. Avant même qu’elle ne s’en rende compte, tous les boutons furent ouverts et sa chemise tomba sur le sol.
[Black] « Très bien. »
Le torse nu, Black encadra le visage de Rienne dans ses grandes paumes et l’embrassa affectueusement partout où ses lèvres pouvaient atteindre.
Tchhh—
La troisième bougie fut la suivante à s’éteindre.
Passant à la suivante, leur baiser s’accéléra, devenant plus essoufflé, leurs mains se saisissant l’une l’autre alors qu’ils happaient l’air par saccades.
Quand la cinquième bougie s’éteignit à son tour, les vêtements n’étaient plus qu’un obstacle inutile les séparant.
Black posa ses mains sur la peau nue de Rienne tandis qu’il la soulevait dans ses bras, l’emportant vers le lit.
[Rienne] « Quand Rienne réussit à peine à entrouvrir les paupières, l’après-midi du lendemain était déjà bien avancé. »
[Rienne] « … »
Et elle se sentait un peu bizarre.
Le crépuscule commençait à tomber, teignant tout d’une lumière rougeâtre. De part et d’autre de son lit se trouvaient des chaises, destinées aux deux femmes qui veillaient sur elle.
Ou plutôt, on aurait dit qu’elles la gardaient à vue ?
Au-delà se dressait une table remplie de bouillottes chaudes, de serviettes et de divers plats faciles à consommer, comme si Rienne était une malade incurée souffrant depuis des lustres.
[Rienne] « Madame… ? Que s’est-il passé ? »
[Mrs. Flambard] « Oh, Votre Altesse. Vous êtes réveillée. »
[Rienne] « Oui. Est-ce que j’ai un problème ? Pourquoi êtes-vous toutes les deux là ? »
[Mrs. Henton] « Vous devez être terriblement fatiguée. Remettez-vous au lit et buvez de l’eau. Vous avez une voix si rauque. »
[Rienne] « Ah, ah… Vraiment ? »
En y réfléchissant, son gorge lui faisait effectivement mal.
Mais pourquoi sa gorge était-elle si douloureuse ? Avait-elle réellement attrapé une maladie ?
Mme Henton lui versa un verre d’eau sans un mot. Rienne tenta d’un geste automatique de le prendre, mais lorsque ses doigts le touchèrent, sa main se mit curieusement à trembler.
[Rienne] « Ah, qu’est-ce que j’ai ? »
[Mrs. Flambard] « Oh là là, Votre Altesse ! »
Mme Flambard saisit vivement la main de Rienne pour la reposer sur la couverture. Comme si elles en avaient longuement discuté bien avant le réveil de la princesse, Mme Henton porta le verre à ses lèvres.
[Mrs. Henton] « Buvez. »
[Rienne] « Je peux boire toute seule, madame. »
[Mrs. Henton] « Non, vous finiriez par faire tomber un verre intact pour rien. Buvez comme ça. »
[Rienne] « Mais, je… »
Mais les deux femmes âgées paraissaient si entêtées et déterminées que Rienne finit par se résoudre à boire sur ordre.
Même quand l’eau coula dans sa gorge, elle ressentit une douleur lancinante, comme après avoir crié sans relâche.
[Mrs. Flambard] « Il vous sera trop difficile de vous lever pour aller vous laver aux toilettes, alors je vais mouiller une serviette. Vous pourrez vous rafraîchir ici. »
D’un geste exercé et précis, Mme Flambard plongea la serviette dans le bassin d’eau, l’essoria, puis tenta de l’appliquer sur le visage de Rienne.
[Rienne] « Non, madame… que se passe-t-il exactement ? »
[Mrs. Flambard] « Non, c’est ce qu’il faut faire. Ne pensez pas à vous lever et restez tranquillement en place. »
[Rienne] « Je vais bien, ma gorge me fait juste un peu mal. Je me sens beaucoup mieux depuis que j’ai bu, il n’y a donc pas besoin de tout ça. »
Tandis que Mme Flambard avançait la serviette humide, Rienne repoussa sa main sur le côté.
Mais c’était étrange. Son propre bras lui semblait considérablement alourdi. Elle croyait pouvoir l’écarter d’une simple poussée légère, mais c’était comme essayer de déplacer un rocher.
[Mrs. Flambard] « Qu’est-ce que vous racontez, Votre Altesse ? Vous feriez mieux de rester immobile. Vous allez vous abîmer le dos si vous bougez comme ça. »
[Rienne] « Non, je me sens juste un peu fatiguée parce que j’ai trop dormi. Je retrouverai toutes mes forces une fois bien réveillée. Alors laissez-moi faire, je vous en prie ? »
[Mrs. Henton] « Reposez-vous simplement. »
Pourtant, Mme Henton se montrait tout aussi obstinée.
Rienne ne comprenait pas pourquoi elles agissaient ainsi ; ignorant leurs mises en garde, elle repoussa la couverture et tenta de poser pied à terre.
Ou en tout cas, elle tenta de le faire. Avant même d’avoir pu songer à se lever, un son étrange s’échappa de sa bouche.
[Rienne] « Ah… »
L’apparition brutale de cette sensation fit que Rienne s’affala inévitablement sur le lit.
Sans prévenir, son corps entier se mit à douloureux, comme si on l’avait violemment secoué.
Elle sentait des contusions non seulement au niveau de la taille, mais aussi le long des cuisses et des hanches. Son corps était d’une faiblesse extrême, et ni ses jambes ni ses bras cessaient de trembler sans défense. Dans cet état, elle doutait de pouvoir s’asseoir correctement, à plus forte raison de marcher.
Grimcant, Rienne se tourna vers les deux femmes.
[Rienne] « Que se passe-t-il ? »
[Mrs. Flambard] « Vous avez passé votre première nuit, Votre Altesse. Et quelle longue nuit, au passage. »
[Rienne] « Quoi… ? »
Pour des raisons qu’elle ne parvenait pas à expliquer, le visage de Rienne rougit comme une pomme mûre.
Elle était un peu désorientée en se réveillant, mais on lui rappelait que la veille c’était le mariage, et puis cette nuit…
[Rienne] « C’est… normal que ça fasse ça… ? »
Elle savait que la première expérience pouvait être très douloureuse, mais elle ignorait que son corps entier réagirait ainsi.
[Mrs. Flambard] « Non. Je me souviens très clairement de ma propre nuit de noces, mais je ne me rappelle pas avoir vécu une telle chose. »
Mme Henton hochait très ouvertement la tête en signe d’accord.
[Mrs. Henton] « Idem pour moi. »
[Rienne] « Alors pourquoi je me sens si terriblement courbaturée en ce moment ? »
Était-ce parce que sa première expérience avait lieu plus tard que d’habitude ? Mais non, n’est-ce pas généralement plus douloureux quand on est jeune ?
Et puis euh… enfin, ce n’était pas tant l’endroit précisément où elle redoutait la douleur qui la faisait souffrir. C’était surtout son dos, avec ses cuisses, ses hanches et le reste de ses jambes.
[Mrs. Flambard] « Et pourquoi vous le dites ? »
[Rienne] « Est-ce parce que je me suis trop fatiguée à préparer le mariage ? »
Tandis que Rienne observait nerveusement alentour, cherchant désespérément une excuse plausible à ses douleurs, Mme Flambard la regarda avec une expression extrêmement sérieuse.
[Mrs. Flambard] « Ce n’est rien de votre fait, Votre Altesse. »
[Rienne] « Hein ? Alors… ? »
[Mrs. Flambard] « C’est la faute de votre mari. »
[Rienne] « Pardon ? »
Si Mme Flambard était déjà directe, Mme Henton décida de pousser le vice encore plus loin.
[Mrs. Henton] « Elle veut dire que vous et votre mari vous êtes amusés peut-être un peu trop intensément. Même si la première nuit est douloureuse pour beaucoup de femmes, je n’ai jamais vu une mariée incapable d’ouvrir les yeux pendant la moitié de la journée comme vous, Votre Altesse. Incroyable, absolument sidérant. »
[Rienne] « … »
Si elle n’avait pas ajouté ces derniers mots en les marmonnant à mi-voix, le visage de Rienne se serait colorié un peu moins.
C’était agréable… Oui, c’était vrai… mais pourquoi fallait-il qu’elles insistent là-dessus… ?
[Rienne] « Ça doit être juste de la fatigue. La cérémonie de mariage était très longue… »
Mais Mme Flambard restait très catégorique.
[Mrs. Flambard] « Nous avons toutes participé à la préparation de la cérémonie, nous avons travaillé ensemble. Et pour autant que je m’en souvienne, n’est-ce pas vous qui vous êtes endormie en premier la veille, Votre Altesse ? Mon Dieu. »
Et pourquoi devaient-elles continuer à afficher autant de stupéfaction ? En était-ce vraiment si étonnant ?
[Mrs. Flambard] « Vous ne pourrez pas marcher pendant un moment, alors reposezs-vous. Avez-vous faim ? »
[Rienne] « Je crois que oui, un peu. »
[Mrs. Flambard] « Très bien. Mon Dieu. »
[Mrs. Henton] « Je vous apporte quelque chose de chaud. »
Mme Henton se leva de sa chaise, mais même en se retournant pour partir, Rienne put l’entendre murmurer une nouvelle exclamation pleine de stupéfaction mêlée d’une pointe de reverence.
[Rienne] « … Arrêtez toutes les deux de raconter ça, s’il vous plaît. »
Murmera Rienne en se passant la couverture sur la tête.
[Mrs. Flambard] « Comment voulez-vous qu’on s’en empêche ? Elles s’échappent toutes seules. Je veux dire franchement, c’est sidérant. »
[Rienne] « Madame… »
Mme Flambard agita la main, consciente probablement de combien le visage de Rienne était gênamment rougi, mûrissant comme un fruit sous sa couverture.
[Mrs. Flambard] « Je vais vraiment arrêter désormais. C’est juste que vous avez l’air tellement satisfaite et heureuse, que je ne peux m’empêcher de réagir ainsi. »
[Rienne] « Je n’arrive pas à sortir du lit parce que j’ai tellement mal, mais j’ai l’air satisfaite… ? »
[Mrs. Flambard] « Satisfaction est le mot. Je garantis qu’aucune autre mariée vivante ne pourrait prétendre ne pas avoir réussi à ouvrir les yeux après sa première nuit comme vous, Votre Altesse… »
[Rienne] « Madame, je vous en prie. »
Arrivée à bout de patience, Rienne retira la couverture.
Sa température montait déjà à cause de la gêne, mais il faisait maintenant trop chaud sous la couverture à force de moqueries.
[Mrs. Flambard] « Rétablissez-vous vite, Votre Altesse. Quoique je ne sache si lui recommander de « guérir » est la meilleure manière de formuler ça dans ce contexte. »
Mme Flambard remet commodément les cheveux de Rienne en place, le visage rayonnant de fierté et d’affection.
[Mrs. Flambard] « Vous auriez dû voir à quel point votre mari était nerveux et agité ce matin quand vous n’ouvriez toujours pas les yeux, Votre Altesse. Si vous l’aviez vu, vous comprendriez pourquoi je dis ça. Nous l’avons assommé de reproches au point qu’il a peur de remettre les pieds dans cette pièce. »
[Rienne] « Ah… C’est pour ça qu’il n’est pas là en ce moment ? »
[Mrs. Flambard] « Nous lui avons ordonné de s’éloigner. Vous avez besoin de repos confortables, Votre Altesse. »
Rienne laissa échapper un rire silencieux.
[Rienne] « C’est un peu drôle d’imaginer qu’il ait peur de vous. Au début, vous aviez terriblement peur de le regarder en face. »
[Mrs. Flambard] « Enfin, s’il n’était pas votre mari, peut-être ressentirais-je encore la même chose. »
Mme Flambard retira sa main des cheveux de Rienne, regardant à la place son propres paume avec maladresse.
[Mrs. Flambard] « Quand le seigneur Kleinfelder était votre amant, Votre Altesse, je croyais qu’il n’existait personne au monde capable de vous aimer comme lui. Mais aujourd’hui, je n’ai d’autre choix que de changer d’avis. »
Ces mots transmettaient un sentiment qui réchauffa son cœur d’une douce chaleur.
Elle avait raison. Rienne était très heureuse en cet instant.
[Rienne] « Puisque vous le dites, alors c’est forcément vrai. »
[Mrs. Flambard] « Bien sûr. Votre mari semble du genre à attraper un ours blanc à mains nues sans hésiter si on lui disait que c’est bon pour vous, Votre Altesse. »
Cependant, cette idée rendit Rienne vertigineuse car, inconsciemment, elle parvenait à l’imaginer agir ainsi.
[Rienne] « Faites attention à vos propos, madame. Il finirait peut-être par essayer vraiment. »
[Mrs. Flambard] « Je ne dis pas qu’il va y courir immédiatement, simplement que j’estime certainement qu’il possède l’endurance et la force nécessaires pour ce genre d’exploit. En y repensant… Mon Dieu, ça reste absolument incroyable. »
[Rienne] « Madame, arrêtez, je vous en prie. »
Mme Henton, arrivée avec la nourriture tiède pour Rienne, ajouta à son tour de nouvelles exclamations de stupéfaction en entrant, les deux femmes s’échangeant les rênes sans jamais manquer de rendre Rienne confus.
Dès qu’elle eut mangé un peu, son corps se sentit considérablement mieux, et elle put marcher seule dès le moment où la lune commença à monter.