C'était une prise de conscience tardive, mais c'était la première fois que la femme parlait à Black seul à seul. Cela différait de ce qu'elle avait imaginé, à l'époque où elle le voyait simplement comme un mercenaire barbare et inquiétant d'une manière qu'elle ne comprenait pas.
La façon dont il donnait ses ordres à ses hommes était très claire et concise. Il n'avait certainement pas l'air poli, mais il ne hurlait pas sur eux et ne parlait pas non plus avec une rudesse particulière.
En fait, étrangement, l'atmosphère qui émanait de lui était pesante d'une manière similaire à celle d'un haut noble.
[Mme Flambard] « Ceci… concerne la tenue de mariage. »
Alors qu'elle prenait la parole, elle eut l'impression devoir choisir chacune de ses paroles avec soin, de peur de se refermer complètement.
[Black] « Si vous avez besoin d'en commander de nouvelles, faites-le. Si l'argent pose problème, parlez-en simplement à Phermos. Il s'en chargera. »
[Mme Flambard] « Oh, pourriez-vous donc en informer directement la princesse ? Elle veut continuellement vendre des bijoux aussi précieux… »
[Black] « Des bijoux ? »
[Mme Flambard] « Oui. Je n'aurais pas eu l'audace de m'immiscer s'il s'agissait de simples pierres quelconques, mais elle tient à vendre le collier tant aimé de Sa Majesté, la défunte Reine. C'était un objet qu'elle avait conservé même après avoir vendu des choses comme la baignoire en marbre. Mais là, elle annonce vouloir le vendre et mon cœur s'en trouve blessé. Ce collier faisait partie des rares trésors qu'elle avait gardés tandis que tout le reste avait été liquidé progressivement. »
Black fronça les sourcils.
[Black] « Elle vend un bijou de famille pour ma tenue de mariage ? »
[Mme Flambard] « Oui. »
[Black] « Mais ce ne sont que des vêtements…. »
Mme Flambard l'interrompit vivement.
[Mme Flambard] « Il ne s'agit pas de simples vêtements. La princesse n'ayant pratiquement rien d'autre à vous offrir en cadeau de mariage, c'est avec cette intention qu'elle agit. Elle m'a dit de ne pas me soucier du prix et de préparer quelque chose de véritablement spécial. Mais vendre le collier de Sa Majesté, c'est aller trop loin. Une fois vendu, aucun argent au monde ne pourra le récupérer. »
C'était justement pour cela qu'elle espérait pouvoir l'en empêcher.
D'après ce qu'elle pouvait voir, il faisait preuve d'une grande sincérité envers sa princesse, et il semblait clairement disposé à dépenser sans compter, alors elle jugea qu'il accèderait facilement à cette demande.
[Black] « ……Cela complique les choses. »
Mais Black murmura simplement pour lui-même à la place.
[Mme Flambard] « Pardon ? »
Mme Flambard fut si troublée qu'elle saisit l'ourlet de sa robe. Voulait-il dire qu'il ne voulait pas gaspiller cet argent ? Le disait-il vraiment en sa présence, maintenant ?
[Black] « N'a-t-elle pas horreur à l'idée de se marier……? »
Mais il pensait autre chose en réalité.
Expirant un souffle de soulagement, Mme Flambard se tapota le thorax pour retrouver son calme.
[Mme Flambard] « Bien sûr que non. La princesse est déjà prête à vous accepter comme son époux, Seigneur Tiwakan. Lorsque nous avons commencé à modifier les vêtements, elle était très enthousiaste et a réalisé la majeure partie du travail elle-même. Elle s'y préparait avec tout son cœur et son âme, mais dès que je me suis absentée, la femme que vous avez amenée à la tour du nord a tout complètement ruiné…… Ah, je ne devrais pas dire ça. »
Elle feignit de reprendre ses mots, mais en vérité, Mme Flambard les avait prononcés exprès. Elle trouvait tout cela bien injuste.
Rienne n'était pas celle qui avait ruiné les habits. Mme Flambard ne saisissait pas vraiment ce qui l'avait poussée à être si bouleversée et à se servir des ciseaux de la sorte, mais le constat était là : la majorité des dommages avaient été commis par ladite femme de la tour du nord.
Il était injuste que Rienne porte seule ce blâme. Elle ignorait quels liens pouvaient unir le Seigneur Tiwakan à la femme de la tour, mais il devait entendre ces mots.
[Mme Flambard] « La princesse m'a demandé de taire tout ça. La faute d'avoir abîmé des vêtements destinés à un mariage est grave, alors je suppose qu'elle voulait simplement couvrir l'affaire. »
Elle cherchait à faire comprendre que cette chère princesse était une si bonne âme qu'elle tentait de comprendre les agissements d'une personne bien inférieure à elle. Et comme elle était une personne gentille et adorable, une telle princesse méritait mieux qu'un simple chef de mercenaires ; naturellement, il devrait régler ce problème pour compenser.
Ou du moins, c'était l'impression que Mme Flambard souhaitait donner.
[Black] « Dans ce cas… »
Et heureusement, ses incitations douces portaient leurs fruits. Black était tellement absorbé dans ses pensées que ses tempes pulsaient.
[Black] « ……D'accord. J'ai compris. »
Mme Flambard sourit, accueillant sa réponse comme prévisible.
[Mme Flambard] « Alors que dois-je répondre au joaillier ? La princesse dit qu'elle souhaite les voir aujourd'hui. »
Après un court instant de réflexion, Black acquiesça.
[Black] « Pour l'instant, faites simplement ce que demande la princesse. »
[Mme Flambard] « Pardon ? Mais alors, le collier… »
[Black] « Il ne tombera jamais entre d'autres mains. »
[Mme Flambard] « Ah, très bien. C'est entendu. »
Il semblait avoir une autre idée en tête.
[Mme Flambard] « Je ferai prévenir le joaillier. »
Black hocha la tête pour confirmer, puis se retourna et disparut.
[Mme Flambard] « Hmm… En y repensant, comment quelqu'un peut-il avoir des épaules aussi larges ? »
Et apparemment, de larges épaules s'accompagnaient d'un esprit ouvert et d'une poche généreuse – des traits inhabituels pour un mercenaire.
[Mme Flambard] « ……Hmm. Eh bien, quand on parle d'un homme, à quoi sert d'être bien né ou issu d'une bonne famille ? Il est bien plus important d'avoir l'argent nécessaire pour traiter convenablement sa compagne. Mon Dieu. »
En y réfléchissant ainsi, il devenait un peu plus acceptable pour Mme Flambard de mettre de côté ses craintes concernant l'adéquation d'un chef de mercenaires avec une princesse, jugé sous bien des aspects inapte à être le partenaire idéal de Rienne.
Tandis que, ignorant totalement la teneur de leur échange, Rienne vendit discrètement ce soir-là le collier de sa mère au joaillier. Le prix extrêmement généreux parvint à apaiser l'amertume qui rongeait son cœur.
La journée était déjà révolue.
Écoutant avec attention, elle distinguait le son familier et ténu de l'eau courante. C'était le bruit de Black qui se lavait après une longue journée.
Il lui serait probablement difficile de s'endormir sans entendre ce bruit.
Même si leurs horaires différaient, le bruit de l'eau juste avant son endormissement constituait pour elle un réconfort, comme s'il servait de signe indiquant enfin la fin de la journée.
Et cela signifiait qu'ils étaient tous deux rentrés, sains et saufs.
Rienne jouait nerveusement avec l'oreiller qu'elle avait posé près d'elle.
Mais elle ignorait si Black viendrait dans sa chambre ou non. Elle avait laissé traîner une couverture et un oreiller, mais elle ne savait s'ils seraient utiles ce soir.
Il a dit qu'il allait essayer de se calmer la tête… Y est-il parvenu ? Il avait encore l'air vraiment en colère. Ou peut-être déçu ? Il pense que j'essaie d'éviter ce mariage.
J'ai besoin de lui faire comprendre que ce n'est pas du tout ça. Mais comment dois-je m'y prendre ?
Perdue dans ses réflexions, le bruit de l'eau cessa soudain. Cela signifiait que Black avait fini de se laver et sortirait bientôt.
[Rienne] « ……Non. »
Rienne bondit hors du lit et fouilla le tiroir situé près de sa table de nuit.
Elle venait de se rappeler une bonne excuse pour lui parler.
Tac, tac.
Un ticottement hésitant et prudent retentit contre la porte de la salle de bain.
[Rienne] « E, est-ce que… je peux entrer ? »
Pas de réponse. Avait-il terminé et passé par l'autre porte ?
Rienne frappa de nouveau à la porte.
[Rienne] « Avez-vous terminé de vous laver ? »
………………
Nouveau silence. Fermée hermétiquement, sans un mot pour répondre, elle donna l'impression à Rienne que la porte la rejetait. La jeune femme mordit sa lèvre.
Qu'allais-je faire maintenant ? Devrais-je remettre à demain ma tentative de réconciliation ?
Certains n'appréciaient pas qu'on les oblige à parler lorsqu'ils étaient de mauvaise humeur. Mais s'il faisait partie de ceux-là, ne le lui aurait-il pas dit clairement ? Elle ne croyait pas qu'il était du genre à l'ignorer ou à faire semblant de ne pas l'entendre parce qu'il était fâché.
Peut-être ne pouvait-il vraiment pas m'entendre… ? Oh, ou bien s'était-il écroulé comme la dernière fois ?
À cette époque, Black était gravement blessé et perdait beaucoup de sang. Désormais, Rienne commençait à ressentir un léger frisson d'effroi.
[Rienne] « Seigneur Tiwakan. »
Tac, tac.
Le bruit de ses coups de poing résonnait plus fort désormais.
[Rienne] « Je m'inquiète de ne pas recevoir de réponse… Je vais ouvrir la porte. »
Finalement, Rienne ouvrit la porte.
[Rienne] « ….. ? ….. »
Mais rien de terrible ne s'était produit dans la salle de bain. Tout allait bien pour Black, debout sur ses propres jambes, les cheveux en désordre alors qu'il les séchait. La seule différence résidait dans le fait qu'il ne portait aucun vêtement, une simple serviette entourant sa taille.
[Rienne] « Allez-vous…. bien ? »
[Black] « Je vais bien. »
Sa réponse fut brève.
D'une manière ou d'une autre, l'atmosphère devenait légèrement malcommode. Le silence oppressant semblait lui ordonner de partir, car il n'y avait plus aucune raison de rester. Comme si elle était une étrangère.
[Rienne] « C'est juste… tu n'as pas répondu quand je t'ai appelé… »
[Black] « Je n'ai rien à dire. »
[Rienne] « . . . »
…… C'est vrai. Cet homme possédait un visage qu'elle connaissait mal. Il pouvait faire preuve d'une telle douceur avec elle, mais cela rendait sa froideur encore plus glaciale…
[Rienne] « J, je voulais juste savoir si tu avais des blessures quelque part. Si ce n'est pas trop grave, peut-être que je peux t'aider à appliquer la pommade… »
Plus elle continuait, plus sa voix s'amenuisait, comme si l'air environnant la faisait se refermer. Jusqu'à ses épaules semblaient instinctivement se contracter.
[Black] « Je vais bien. »
[Rienne] « Ah… Je vois… Tant mieux. »
Elle affirma que c'était tant mieux, mais elle ne ressentait aucune joie. Maintenant… elle n'avait plus d'excuse pour lui parler. Rienne prit la main tenant le pot de remède et la cacha derrière son dos.
Apparemment, un soupçon d'expectative subsistait dans son cœur.
Il avait dit aimer qu'elle fasse des choses pour lui et qu'elle le touche, alors elle pensa stupidement que la réconciliation serait facile. Qu'elle pourrait simplement lui expliquer qu'il s'agissait d'un malentendu, qu'elle avait détruit les vêtements parce qu'elle ne voulait pas se marier, et qu'il écouterait.
Qu'elle tenait tant à être avec lui qu'elle avait peur qu'il parte.
[Rienne] « Dans quelle chambre dormirais-tu ce soir ? »
Alors que Rienne posait la question, sa voix était empreinte d'une hésitation craintive.
[Rienne] « Dois-je te préparer une couverture ? »
Bien qu'elle ait en réalité déjà fait le nécessaire.
[Black] « …. C'est inutile. »
Black répondit avec plus de lenteur qu'auparavant. Il ne la regarda pas, concentré sur le geste de passer sa main dans ses cheveux mouillés. Alors qu'il bougeait, la serviette autour de sa taille glissa également, et la scène devenait trop gênante à observer. Il savait qu'elle était là, à le regarder.
Rienne baissa les yeux vers le sol, prononçant des mots qui la remplissaient de crainte.
[Rienne] « Tu dis que tu n'en as pas besoin… mais puis-je te demander pourquoi ? »
Peut-être était-il encore fâché. Elle savait qu'il avait parlé de se calmer la tête, mais elle était profondément triste face au refroidissement soudain de son cœur.
[Rienne] « J'aimerais savoir si c'est seulement pour ce soir…… ou si tu n'en auras plus jamais besoin. »
[Black] « Je viens juste de réaliser que je t'ai forcée à faire quelque chose qui ne te plaisait pas. Mais je suppose que c'est comique venant de ma part, vu que je t'ai imposé ce mariage. »
Avec ses cheveux rejetés en arrière, le visage impassible de Black était plus visible que d'habitude, mais cela ne faisait que rendre la situation encore plus incroyable. Sans voile pour masquer le visage, les expressions devraient se lire plus facilement.
Mais avec lui, c'était l'inverse absolu. C'était comme s'il portait un masque. Elle n'avait aucune idée de ce qui se passait dans son esprit.
[Black] « Nous avons commencé à partager le même lit parce que je t'y ai forcée. Et maintenant je réalise que tu n'aurais eu d'autre choix que de bien jouer le jeu, même si tu haïssais cela. Donc ça ne se reproduira plus. »
[Rienne] « Je n'ai jamais pensé détester ça… »
[Black] « Une chose est arrivée et j'ai fini par pouvoir dormir à côté de toi en guise de compensation. Honnêtement, ça a toujours été comme ça, au point que je ne me souviens même plus quand cela a commencé. »
[Rienne] « Même si cela a commencé par un simple paiement… »
Dégageant une indifférence glacée, Black se tourna vers Rienne.
[Black] « Franchement, je me sens un peu pathétique de devoir user de ce genre de moyens en te forçant à chaque fois. Alors ne t'en fais et dors tranquille. Je ne te dérangerai plus. */
[Rienne] « Je n'ai jamais dit que tu me dérangeais. */
[Black] « Mais tu n'as jamais dit non plus que ça te plaisait. */
Black ouvrit la porte située de l'autre côté, celle qui menait à sa propre chambre.
[Black] « Désormais, fais uniquement ce qui te met à l'aise, Princesse. */
Clic.
Puis il disparut, laissant derrière lui des mots tout aussi froids et indifférents que son expression.
Tac.
Le contenant du remède échappa aux doigts de Rienne, produisant un léger tintement contre le sol. Même en roulant sur le parquet, la jeune femme ne songea même pas à le ramasser.
Elle n'y avait jamais réfléchi auparavant. …… Mais être repoussée comme ça arrachait littéralement le cœur.
Rienne plissa les sourcils, comme si elle recevait une blessure physique.
Elle s'était sentie si épuisée et faible pendant toute sa toilette, mais à présent, elle n'arrivait même plus à fermer les paupières.
Il devait être aux alentours de l'aube, juste avant le lever du soleil.
Grincement—
Rienne repoussa les couvertures d'une main et ouvrit la porte de la salle de bain sur des pieds entièrement muets. Son cœur était si lourd qu'elle ne parvenait pas à dormir du tout. À ce rythme, il se pourrait bien qu'elle ne repose plus jamais de la vie.
Depuis quand ?
Traversant la galerie royale pour se retrouver devant la porte de la chambre de Black, Rienne mordit sa lèvre.
Depuis quand ?
Depuis quand étais-je incapable de dormir sans lui……. ?
La porte fermée à clef paraissait particulièrement lourde ce soir-là. Et le peu de confiance qui lui restait pour l'ouvrir s'évapora rapidement.
[Rienne] « . . . »
Devrais-je simplement rentrer ?
Cet homme devait sûrement dormir en ce moment. C'était quelqu'un qui avait vécu longtemps sur un champ de bataille. Même endormi, il remarquerait immédiatement si elle ouvrait cette porte.
Elle ne pouvait pas le réveiller. Il était déjà fâché contre elle, et elle risquait d'empirer les choses en troublant son repos également.
Alors, je devrais juste partir.
C'était ce qu'elle pensait, mais ses pieds refusaient de bouger.
Rienne avala sa salive plusieurs fois à la suite, tendit le bras et saisit délicatement la poignée de la porte.
Clac…..
Mais la porte s'ouvrit bien trop aisément, cédant au mouvement comme si elle attendait qu'elle effleure la poignée. Les épaules de Rienne se tendirent par surprise, puis son courage grandit.
La porte…. s'est ouverte toute seule….. Je ne l'ai pas ouverte.
La pièce était d'un silence extraordinaire. Seul le son respiratoire de Black retentissait. Il ne manifesta aucun signe de réveil, aussi Rienne s'approcha-t-elle prudemment du lit.
Il dormait si profondément qu'il en paraissait presque mort.
Voyant combien il serrait les paupières, elle eut un sentiment étrange. Elle était heureuse de le voir se reposer si paisiblement, mais en même temps, elle ressenta un petit goût amer.
Tu dors si bien, et moi je n'arrive même pas à fermer les paupières. Comme si j'avais complètement oublié comment dormir seule.
Mais je suis contente que tu ne te sois pas réveillé.
Alors que ses yeux s'habituaient à l'obscurité, Rienne suivit du regard les contours de son visage. Cela ne faisait qu'une seule journée, mais elle lui manquait déjà terriblement.
…… Bonne nuit.
Et demain…. J'espère que je reverrai l'homme que tu étais auparavant.
Se sentant mal à l'aise, comme si elle franchissait une limite en restant ici, Rienne se retourna silencieusement.
Elle s'apprêtait à partir, mais alors—
[Black] « Tu vas simplement partir comme ça ? */