Grincement.
Rouillée par l'humidité de l'air, la porte de fer émit un grincement terrible lorsqu'on l'écarta.
Pas.
Même le bruit des pas résonnait de l'humidité des cachots. Les cheveux noirs de l'homme qui entrait dans la pièce se balancèrent tandis qu'il inclinait légèrement la tête sur le côté, se frayant un chemin au-delà de l'étroite porte de fer.
[Beggar] “. . .”
Assis par terre, le vieillard releva péniblement la tête, son unique œil s'écarquillant dans une expression de choc.
[Beggar] “…….!”
À cet instant, il maudit sa vue si limitée avec un seul œil.
Il repoussa la chaise, se recroquevillant sur le sol, bougeant son corps avec douleur en réalisant son inconfort. Tentant de se relever, il essaya de mieux voir l'homme qui s'approchait de lui.
[Beggar] “Gai…Gainers….F……Fer…. Fernand Gainers..…”(1)
La voix du vieillard trébucha, sa bouche peinant à prononcer un nom.
[Black] “So you recognized me. Interesting. I don't look at all how I did back then.”
Le vieillard, qui venait à peine de se mettre debout, ne put résister à sa force oppressante et retomba lourdement.
Grattement, grattement.
Black s'approcha du vieillard, tira la chaise sur laquelle il n'était pas assis et s'abaissa pour établir un contact visuel direct avec lui.
[Black] “But I remember your face, too.”
Ses mots lents flottaient dans l'air, étrangement silencieux face au poids humide de la pièce.
[Black] “High Priest, Manau.”
[Beggar] “………!”
Black n'était pas le seul dont l'identité avait été découverte. Ce vieux mendiant avait aussi un nom à cacher.
[Black] “How long has it been since your body turned into that? Twenty years?”
[Beggar] “. . .”
[Black] “No, probably closer to twenty one.”
Après que le silence eut saisi le vieillard qui avait été Grand Prêtre de Nauk, Black ajouta tranquillement un autre commentaire.
Le vieillard ne put plus tenir, finit par acquiescer en guise de réponse.
C'était il y a vingt-et-un ans que Black perdit sa famille et fut forcé de quitter Nauk.
Au même moment, le Grand Prêtre Manau perdit un œil, une jambe et un bras. Sans compter que le serviteur Klimah perdit aussi son père et son cadet de deux ans.
C'étaient tous des secrets survenus le jour même.
Manau, dont le corps entier tremblait, frappa soudain sa tête contre le sol.
Bang—!
Un son affreux résonna dans le cachot. Sa tête s'était ouverte et le sang coulait librement de la blessure — les cheveux en désordre de Manau, mouillés de sang.
[Manau] “Kill me. Kill me, please…….”
Soudain, son bégaiement avait complètement disparu. On entendait sa voix forte et claire. Il était tout à fait possible que le bégaiement de Manau ait été feint pour cacher sa voix.
[Black] “That would be difficult.”
Black regarda le vieil Grand Prêtre, un vestige du passé déjà à demi brisé, qui suppliait alors que sa tête continuait de saigner.
Et ce faisant, il avait l'air de ne ressentir aucune émotion.
S'il y a dix ans, il aurait peut-être ressenti quelque chose.
Mais ce n'était plus possible. Comme il l'avait dit à Rienne, il avait oublié la plupart de ses propres sentiments qui lui étaient venus il y a vingt-et-un ans.
Pour lui, cela ne valait pas la peine d'être rappelé. Sur le champ de bataille, où la vie pouvait basculer en mort en quelques secondes, il avait appris à trouver d'autres choses qui comptaient. Des choses plus importantes que vingt ans de vieux sentiments.
[Black] “Princess Rienne will come to see you. Tell her what you know.”
[Manau] “…..?”
Manau releva la tête.
[Manau] “What are you saying……..”
[Black] “Exactly what it sounds like. Tell her what you know.”
[Manau] “. . .”
Ses yeux tremblant sauvagement semblaient demander s'il était sérieux.
[Black] “You're all misunderstanding something.”
Black parla lentement, son ton ne trahissant pas la moindre once d'émotion.
[Black] “I came to get Nauk, not destroy it. But no matter how many times I say that, she doesn't seem to believe me, so I'm starting to get a little irritated.”
[Manau] “Who would ever believe that? That's not possible. It can't be possible………”
[Black] “That's why I didn't reveal my name.”
[Manau] “……?”
[Black] “If I did, most people would act like you.”
[Manau] “. . .”
Manau resta silencieux, ses pensées revenant sans cesse sur les paroles de Black.
[Black] “My name is that of the Tiwakan, and that's enough. As far as you're concerned, that is the only name you know me by.
Il n'avait besoin de personne pour aller chercher son nom dans un passé qui devait être oublié et enterré.
Mais Manau ne comprenait pas du tout cela.
[Manau] “To forget……….Is that even possible?
[Black] “I already have.”
Grincement.
Black se leva, repoussant la chaise.
[Black] “From what I can remember, you were never the smartest person, but you've managed to hide your identity for the past twenty years, so I trust your head's on right. What you say to Princess Rienne will determine Nauk's fate.”
[Manau] “. . .”
Il le comprit.
Il était évident ce qui arriverait à Nauk si le nom de Black était révélé. De même, les choses pourraient connaître une fin similaire si son propre nom était connu.
Réalisant cela, Manau hocha la tête comme s'il portait un poids.
[Manau] “Alright.”
[Black] “Don't overstep your bounds by saying the name I used when I left Nauk.”
[Manau] “I understand.”
Entendant cette réponse, Black se tourna sans rien ajouter. Au moment où ses pas lourds approchaient et s'arrêtaient à la porte, Manau cria soudain.
[Manau] “But don't kill him!”
[Black] “…….Who?”
Black tourna la tête juste un instant.
[Manau] “Klimah. He changed his name and became a servant, but originally he was known as the first son of Henton.”
[Black] “. . .”
Il était resté indifférent et réservé tout ce temps, mais en entendant cela, l'expression de Black se déforma légèrement.
[Klimah] “He's been manipulated by the Kleinfelders and has so much blood on his hands……..But you must not kill him, son of Gainers.”
[Black] “I'll handle it however I see fit.”
Laissant seulement ces mots, Black se retourna et quitta le cachot.
Après cela, quelques Mercenaires de Tiwakan entrèrent, forçant Manau à se lever. Mais bien avant leur arrivée, Manau ne pouvait que pleurer sans fin, le visage enterré dans ses mains.
[Phermos] “Ah, the Lord went himself?”
Pendant tout ce temps, Phermos était occupé à fouiller les archives royales au bureau du roi. Comme promis, il prévoyait de trouver le responsable des archives manquantes pour le compte de Rienne.
Alors, il fit une découverte intéressante.
En fait, c'était assez surprenant que Rienne ne le sache pas déjà, mais bien que Phermos n'ait aucune intention de rompre sa promesse, il voulait tout de même faire preuve de prudence.
Il décida donc de parler de cela à Black avant Rienne.
Mais quand il alla le chercher, on lui dit que Black était parti chercher le vieux mendiant lui-même.
[Phermos] “Hmm…. He must have something he wishes to speak with him privately about……….No, I shouldn't even guess at this. Just…….Oh, yes. How is the search for the servant going? Have you found him?”
[Mercenary] “No. He seems to know his way around, so we're having some trouble tracking him down.”
[Phermos] “You idiots. What have you been doing all this time? You should know this place well by now.”
[Mercenary] “Don't get too mad at us. Everyone's doing what they can, but it's hard to compete with someone who's lived here their entire life. Besides, he was wearing a uniform of the Temple. Someone who doesn't know what's going on might've been willing to harbor him.”
[Phermos] “Dammit. This is going to take some time.”
[Mercenary] “Yeah. Shouldn't we just put out a bounty for him?”
[Phermos] “We can't do that. I know it's in our nature, but like you said, he's a man of the Temple. Treating a man of the cloth so roughly in front of others will only put a stain on the name of our Lord.”
Le mercenaire poussa un soupir agacé.
[Mercenary] “The whole time we've been here, it just seems like there's always something going wrong.”
[Phermos] “It can't be helped. Down to their noses, the head of a mercenary company and a member of the royal family are just too different……..Hm?”
[Mercenary] “………..Sir?”
Phermos, dont les mots s'étaient évanouis un instant, tourna la tête comme si de rien n'était.
[Phermos] “It's nothing. Just catch him quickly.”
[Mercenary] “We'll run until the soles of our shoes are completely worn.”
[Phermos] “Please do.”
D'un geste de la main, Phermos renvoya le mercenaire.
[Phermos] “The royal family……..”
Ses yeux pleins de concentration traversèrent l'espace, se posant sur les plus anciennes archives royales.
[Phermos] “To be exact, only the records prior to the coronation have been lost. And the Lord once said that Nauk was originally his.”
Le doigt de Phermos tapota la page où Rienne avait dit que certains archives avaient disparu.
[Phermos] “It makes sense. The missing records must have something to do with the Lord. Princess Rienne hasn't seen them yet, but……should I tell her this? The Lord wouldn't want it to be known. What should I do…….?”
Alors que Phermos marmonnait pour lui-même, une vague de pensées complexes traversa son expression.
[Rienne] “Ah…….I can't take this anymore.”
Il lui était impossible de faire semblant d'être alitée pour toujours. En fait, rester ainsi ne faisait qu'empirer son mal de dos, alors Rienne finit par rouler hors de la couverture, se relevant.
Mme Flambard, qui venait de finir de bouillir et repasser les draps de coton, les rangea dans l'armoire et sursauta en remarquant Rienne.
[Mrs. Flambard] “Princess! Aren't there guards outside?”
[Rienne] “It's fine. They won't notice anything unless you speak too loudly.”
Mme Flambard jeta un coup d'œil à la porte hermétiquement close avec une expression incertaine.
[Mrs. Flambard] “I will be careful, but doesn't your stomach hurt?”
[Rienne] “It feels better than usual. The medicine I was given must be working.”
[Mrs. Flambard] “Do you know what kind of medicine it was?”
[Rienne] “I felt very tired after I took it, so it must've been some kind of sedative. I've been laying in bed doing nothing since this morning because of it. I don't even what time it is.”
[Mrs. Flambard] “…….He was very nice aside from that. Look how much more weight you've lost because of that.”
[Rienne] “Please. I'm stronger than ever.”
Cependant, parfois quand ses manches glissaient, elle apercevait ses poignets fins qui ne semblaient que s'affiner, mais Rienne l'ignora.
[Mrs. Flambard] “Given everything that's happened, it would be stranger if you didn't lose weight……But, what do you plan on doing now? Today's affairs have only made it harder for you reveal the truth about your pregnancy.”
[Rienne] “……….That's true.”
Rienne pensait exactement la même chose. Elle l'avait déjà tant trompé, mais s'il l'apprenait plus tard, il ne se sentirait que plus trahi.
[Rienne] “Maybe it would be best to stay quiet.”
La voix de Rienne devint calme, comme si elle rumineait quelque chose en elle-même.
[Mrs. Flambard] “You don't know that, Princess.”
[Rienne] “But you're also with me, ma'am. If he becomes angered, it won't just be me that pays the price.”
[Mrs. Flambard] “Well…….Whatever happens, what can we do about it? But I feel sorry for you, Princess……….And for him as well.”
[Rienne] “. . .”
Comme Rienne ne répondait rien, elle continua à parler, l'observant prudemment.
[Mrs. Flambard] “He doesn't seem cruel enough to do anything like that. There's no man in this world who would speak of another man's child like that, Princess.”
[Rienne] “I know.”
[Mrs. Flambard] “So why……”
[Rienne] “But that's why I'm scared.”
[Mrs. Flambard] “You're…….what? What do you mean?”
[Rienne] “What does he get by doing all of this?”
[Mrs. Flambard] “Princess……”
La femme cligna des yeux sans but, comme si c'était quelque chose qu'elle n'avait pas envisagé.
[Rienne] “If things like this continue to build up and I open myself up to him completely, I worry about he'll do then.”
[Mrs. Flambard] “How…..could you think such bad things?”
[Rienne] “How could I not? You saw it for yourself. You saw that man's subordinate crush away those letters written on the ground.”
[Mrs. Flambard] “Yes……but it may have been something he chose to do on his own. Or maybe my old eyes saw things incorrectly.”
[Rienne] “. . .”
Rienne offrit un sourire silencieux.
Pour une raison quelconque, la femme faisait écho aux mêmes choses que le cœur de Rienne hurlait.
Elle voulait croire que ses soupçons profondément ancérés étaient sans fondement. Elle voulait croire qu'il n'avait rien fait de mal, et qu'elle ne pouvait pas croire en lui simplement parce qu'elle était acculée depuis si longtemps.
[Rienne] “That old man will tell me what I want to know.”
[Mrs. Flambard] “And I hope he does not confirm your fears, Princess.”
Moi aussi.
Plus que tout.
Bang, bang—!
Alors, elle entendit un coup à la porte.
[Mercenary] “Princess, there's someone here asking to see you.”
Ce coup fort et net était une habitude chez les Mercenaires de Tiwakan. Surprise, Rienne esquissa un sourire amer et secoua la tête.
[Rienne] “Go answer the door, please. I'm going to pretend I was lying down.”
[Mrs. Flambard] “Of course. Please do.”
Mais il n'y avait pas besoin de s'allonger.
Les gens venus voir Rienne n'étaient pas du genre qu'on pouvait recevoir clouée au lit.
[Rienne] “I ask for your understanding why we must meet in the reception room rather than the meeting hall. I'm not feeling very well.”
[Ellaroiden] “We completely understand. They say you are presently carrying the child of a beast within your frail body. It's only natural you would feel sick.”
[Rienne] “. . .”
Bien qu'elle essayât de rester calme, le visage de Rienne se tordit si vite qu'on aurait cru entendre un bruit.
C'est ainsi qu'ils étaient tous.
Ceux qui venaient la voir aujourd'hui étaient deux des six familles ayant signé le Traité de Risebury. Les six familles avaient leurs différences uniques, mais au final, elles ne différaient pas des Kleinfelder.
[Rienne] “It seems such a filthy way of speaking was a virtue of the head of the delegation that I wasn't aware of. Or is this your way of honoring Linden Kleinfelder?”
[Ellaroiden] “Wh, what did you say?”
Le chef de la maison Ellaroiden haussa la voix.
[Ellaroiden] “Where did you learn to speak this this……!”
C'était il y a plusieurs ans, lors d'une réunion des nobles convoquée à Nauk.
Rienne venait d'être couronnée et siégeait sur le trône. Soudain confrontée à tant de responsabilités, Rienne paraissait effrayée et repliée sur elle-même.
Regarder droit les six nobles, qui pensaient tous que sa place leur revenait, lui était difficile. La Rienne dont ils se souvenaient était une jeune fille qui pouvait à peine retenir ses larmes en parlant d'une voix tremblante, disant qu'elle protégerait la couronne.
Il leur était donc difficile d'accepter cette Rienne, assise à la tête de la table, répondant tranquillement à leurs mots.
[Rienne] “Whatever you give, I will return, so think carefully about whom you speak ill of with that mouth of yours.”
[Ellaroiden] “You…..! In just a few years—!”
Ellaroiden écarquilla les yeux, mais il n'était aucune menace.
[Mercenary] “Princess. You called?”
Car il y avait toujours un mercenaire de Tiwakan aux alentours, prêt à dégainer sa lame au moment où les choses devenaient un peu trop bruyantes.