Alors qu'il parlait, Phermos acquiesça.
[Phermos] « Bref, comme je venais pour le dire….. »
[Rienne] « Avant que tu continues, je dois demander…… Qu'est-ce qui est arrivé à ton visage ? »
Avec une expression déconcertée, une Rienne stupéfaite s'approcha de Phermos en attendant sa réponse.
Un côté de son visage avait complètement viré au noir et au bleu avec un hématome. Elle se souvenait de son visage plus propre que ça quand elle l'avait vu pour la dernière fois, traînant Linden Kleinfelder hors du bureau du roi par le cou.
[Rienne] « Ça va ? Qui t'a fait ça ? »
[Phermos] « Ah, enfin ça c'est….. »
Phermos jeta un coup d'œil sur le côté, croisant brièvement le regard de Black.
[Phermos] « Je suis juste reconnaissant que ça se soit limité à ça. »
Seul un idiot aurait pu mal interpréter ça. Il était évident que le responsable était Black. Rienne se tourna vers lui, sa surprise éclatante au grand jour tandis qu'elle l'attrapait par le bras.
[Rienne] « Tu l'as frappé ? Mais pourquoi ? »
Black regarda Phermos et le foudroya du regard, mais il était déjà trop tard pour reprendre ses mots. Tandis que Black restait silencieux, Phermos se hâta d'ouvrir la bouche pour répondre.
[Phermos] « C'est de ma faute. Je n'ai pas intervenu pour désamorcer la situation assez vite. À cause de mon incompétence, votre poignet a été blessé, Princesse. »
[Rienne] « . . . »
Rienne plissa les yeux, son front se plissant tandis qu'elle regardait Black.
[Rienne] « Mais je ne pense pas que frapper qui que ce soit soit la réponse appropriée. Je…… je ne suis pas sûre qu'un truc comme ça soit digne d'éloges. »
Rienne pensait qu'il y avait probablement une raison pour laquelle Phermos avait mis du temps à réagir, et elle faisait déjà une supposition dans son esprit.
Il ne voulait probablement pas se faire prendre à aller et venir du bureau sans la permission appropriée. Sans compter qu'il devait être curieux de savoir ce que Rienne faisait, en parlant à Linden Kleinfelder comme ça.
Rétrospectivement, y penser lui donnait le tournis.
Elle ne voulait pas imaginer à quel point les choses auraient pu tourner différemment si elle avait montré le moindre signe de coopération avec lui au lieu d'être menacée.
[Black] « Je n'avais pas l'intention de le frapper. »
Quand il dit ça, la voix de Black était tout aussi dénuée d'émotion que d'habitude.
Mais d'une façon ou d'une autre, il semblait gêné.
[Rienne] « Pas toi ? »
[Black] « . . . »
Black était complètement silencieux, mais son absence de mots parvenait quand même à raconter une histoire. Une histoire où, au moment où il avait repris ses esprits, il avait déjà lancé un coup de poing avant d'avoir entendu toute l'explication.
Sentant que Black était dans l'embarras, Phermos s'empressa de rattraper le coup.
[Phermos] « Encore une fois, c'est vraiment de ma faute. Merci beaucoup pour votre inquiétude, même si c'est à cause de vous que ça s'est produit en premier lieu….. Ah, mais je ne me…… plains pas….. »
[Rienne] « Hah……. »
Rienne secoua la tête, soupirant.
[Rienne] « Ce n'est pas à moi de juger la discipline militaire des Tiwakan, donc je n'en dirai pas plus. Mais votre présence, Lord Phermos, dans le bureau du roi restait inacceptable. Je prononcerai une punition plus raisonnable plus tard. »
[Phermos] « Oui, bien sûr. J'attends humblement votre décision. »
[Rienne] « Mais qu'est-ce que vous faisiez dans le bureau du roi en premier lieu ? »
[Phermos] « C'est…….. Enfin, il y avait quelque chose que je voulais chercher dans les archives royales. En essayant de m'occuper du travail que mon Seigneur m'avait confié, j'ai découvert qu'il y avait des choses que je devais savoir sur Nauk. Je ne souhaitais pas vous déranger pour chaque petite chose, Princesse. »
Ça n'avait pas beaucoup de sens.
La seule chose de valeur dans le bureau du roi était le sceau royal. Peut-être que si c'était Linden Kleinfelder dont ils parlaient, il pourrait en avoir une utilité, mais ce n'était pas quelque chose que Phermos avait quelque raison de désirer.
[Rienne] « … Soit. La prochaine fois, veuillez demander la permission avant d'entrer. Maintenant, qu'est-il arrivé à Linden Kleinfelder ? »
Phermos, dont la conscience le piquait depuis tout à l'heure, laissa son esprit s'éloigner de cette ligne de discussion.
[Phermos] « Je l'ai mis dans la même pièce que le fils illégitime. Je ne savais pas que les nobles pouvaient être si animés. La prison est plutôt bruyante depuis un moment. »
[Rienne] « Je suppose que j'aurais dû m'en douter. Ce n'est pas le genre de personne à accepter un truc comme ça tranquillement. Et….. l'autre Kleinfelder ? »
[Phermos] « Il reste bien sage. Je me demandais s'il savait quelque chose au sujet de la "preuve" dont il a été question plus tôt, mais il semblait ne rien savoir. »
[Rienne] « Je vois. »
[Phermos] « À mon avis, cette "preuve" à eux n'a jamais existé en premier lieu. Ce n'était qu'un stratagème utilisé pour vous tromper, Princesse. »
[Rienne] « Je suis d'accord. S'il existait, je ne pense pas qu'ils auraient pu le garder pour eux si longtemps. »
[Phermos] « Oui, ils auraient pu l'utiliser à leur avantage bien plus tôt. Pour réclamer l'invalidité du mariage, par exemple. »
[Rienne] « En effet. »
À la surprise de Rienne, la conversation fut brève et allait droit au but.
Quiconque regardait Phermos devinerait qu'il était un homme extrêmement lettré, mais ça allait au-delà de la simple intelligence maintenant. Il n'était à Nauk que depuis peu, et il était déjà parvenu à cerner les habitudes de Linden Kleinfelder.
[Phermos] « Mais il y a quelque chose de plus crédible dont il parle. Il ne cesse de mentionner quelque chose appelé "le Traité de Risebury". Est-ce que vous savez quelque chose à ce sujet ? » (1)
[Rienne] « Malheureusement, oui. »
[Phermos] « Mes excuses si j'ai abordé un sujet sensible. »
[Rienne] « C'est un traité de paix signé entre les anciens et conseillers de la délégation aristocratique sous le règne du roi précédent. La plupart des droits dont jouissent actuellement les Kleinfelder ont été obtenus pendant ce traité. »
[Phermos] « Un traité de paix…….. suite à une guerre civile ? »
[Rienne] « Autant que je sache, oui. La sécheresse a duré bien trop longtemps et la seule personne vers qui le peuple pouvait se tourner pour de l'aide était le roi. »
Phermos claqua de la langue.
[Phermos] « Comme si ce n'était pas assez mauvais. »
Le traité de paix avait été signé à une époque dont Rienne ne se souvenait même pas et il représentait la honte de la famille royale. Alors que la sécheresse se prolongeait, le roi fut le premier à ressentir le fardeau financier, alors il leva des impôts sur la noblesse.
Les nobles s'opposèrent à sa décision et formèrent une armée autour des Kleinfelder, déclenchant une guerre qui frôlait la rébellion.
Le roi n'eut d'autre choix que de signer un traité pour mettre fin au conflit, mais tout ce que ça fit fut de museler la famille royale.
[Phermos] « Alors, est-ce vrai que la décision de punir doit être unanime si la personne jugée est un représentant protégé par le traité ? »
[Rienne] « Je crains que oui. C'est aussi vrai. »
[Phermos] « Donc on vous donne l'option d'éliminer toutes les familles nobles ou de détruire le traité lui-même ? »
[Rienne] « Il n'y a pas une seule famille noble qui accepterait d'éliminer le traité. »
[Phermos] « Ah ? Donc ce serait mieux de tous les tuer ? »
Un instant, Rienne crut qu'il plaisantait. Après tout, le sujet touchait au territoire du non-sens. Mais dès qu'elle réalisa qu'il était sérieux, elle secoua calmement la tête.
[Rienne] « Nauk serait juste déchiré. »
[Phermos] « La noblesse n'est pas si nombreuse…… ceci dit, Nauk est un lieu bâti sur des liens familiaux étroits. Il y a le peuple à considérer, ainsi que la loyauté de ceux qui travaillent dans les demeures nobles. Ces gens ont leurs propres familles qui seraient entraînées. »
[Rienne] « C'est exactement mon point. »
Phermos soupira, laissant clairement entendre que sa déclaration précédente n'était définitivement pas une blague.
[Phermos] « J'ai tendance à oublier à quel point la politique peut devenir compliquée. La guerre est bien plus simple. »
Juste au moment où Phermos finissait de marmonner pour lui-même, Black prononça un seul mot.
[Black] « C'est en dire trop. » (2)
[Phermos] « ……… Ah, oui. »
L'attitude de Phermos changea rapidement, comme sur un coup de tête.
[Phermos] « Nous devons trouver un moyen de changer le traité pour pouvoir tenir un procès. »
C'était une idée qui existait depuis longtemps dans l'esprit de Rienne. Mais peu importe combien elle y pensait, le fait restait qu'elle n'avait aucun pouvoir pour le faire.
[Rienne] « La seule exception au traité est le Temple. »
[Phermos] « Le Temple ? »
[Rienne] « Oui. Le Temple a la capacité de renverser le jugement de tous les procès en transmettant la parole de Dieu au peuple à la place. »
[Phermos] « Ah, je vois. »
[Rienne] « Mais là réside le problème. Une partie du Traité de Risebury stipule que le chef délégué de la délégation aristocratique a le pouvoir de nommer le prochain Grand Prêtre. Depuis lors, le Grand Prêtre vit dans la poche des Kleinfelder. »
[Phermos] « Oh. »
Un éclat de lumière se refléta sur le monocle de Phermos.
[Phermos] « Le siège du Grand Prêtre n'est-il pas actuellement vacant ? Son remplaçant a-t-il été décidé ? »
[Rienne] « Pas encore. »
Une ombre sombre se posa sur les yeux calmes de Rienne.
[Rienne] « Il avait une raison pour faire ce qu'il a fait. Linden Kleinfelder cherchait à retarder le mariage avec ça. »
[Phermos] « Hm……. Donc c'était lui le responsable de la mort du Grand Prêtre ? »
[Rienne] « Probablement. »
[Phermos] « Ha ! C'est comme si ce pays avait un second roi qui se prend pour un tyran. »
[Rienne] « . . . »
Le visage de Rienne se tordit, comme si elle avait mangé quelque chose d'amer.
Le traité que le roi précédent avait signé s'était transformé en ver carnivore, rongeant la famille royale, morceau par morceau. Il grignotait leur petit royaume, consumant rapidement et silencieusement la famille royale pour tout ce qu'elle valait.
Et tout ce que Rienne pouvait faire en laissant les jours passer était de le regarder se produire, clairement devant elle.
C'était sa plus grande faiblesse. Un sentiment de honte et de détresse l'étreignit alors que tout cela était mis à nu devant Black.
[Black] « Alors occupons-nous de ça d'abord, et ensuite faisons un procès. »
Black intervint à nouveau.
[Black] « Trouvez le responsable et faites-lui témoigner ce que le chef délégué lui a fait faire. À moins que les prêtres ne soient lobotomisés, ils comprendront eux-mêmes quel chemin leur permettra de vivre le plus longtemps. »
Phermos gémit.
[Phermos] « Eh bien…… L'enquête prend plus de temps que je ne le pensais, donc pas beaucoup de progrès n'a été fait. Les prêtres et les serviteurs portent tous les mêmes vêtements et leurs routines quotidiennes sont un peu vagues donc ils sont difficiles à suivre……… Il nous faut juste plus de temps. »
[Black] « Combien de temps en plus ? »
Au moment où les mots de Black quittèrent le bout de sa langue, Phermos se recula, ses yeux tremulants.
[Phermos] « C'est……. »
[Black] « Alors ? »
[Phermos] « Je ne suis pas sûr…… Mais je le trouverai d'une façon ou d'une autre, mon Seigneur. En fait, j'ai trouvé un indice qui vaut la peine d'être creusé, mais je le remettais à plus tard parce que je n'étais pas sûr de la meilleure façon de m'y prendre. Mais si la Princesse me le permet, je le ferai maintenant. »
[Rienne] « De quoi avez-vous besoin ? »
Avant même que Phermos n'ait eu la chance de vraiment demander, Rienne était déjà prête et disposée. Elle ne s'en rendait probablement pas compte elle-même, mais sa voix tremblait et était pleine d'anticipation.
[Black] « Princesse. »
Black appela Rienne.
[Rienne] « Oui ? »
Quand Rienne tourna la tête pour le regarder, il souleva son poignet.
[Black] « Tu vas te blesser à nouveau. »
[Rienne] « ……. ? »
Inconsciemment, Rienne serrait les poings si fort qu'elle aurait pu se faire des marques à nouveau. Black prit son poing serré dans sa paume, utilisant l'autre pour défaire ses doigts un par un.
[Black] « À moins qu'elles soient faites par moi, je ne veux plus voir aucune blessure sur ton corps. »
[Rienne] « . . . »
À ces mots, les lèvres de Phermos s'entrouvrirent légèrement dans un choc silencieux, mais Rienne fut aussi surprise, bien que pour une raison différente.
[Rienne] « Tu prévois de me faire mal ? »
Il y a beaucoup de genres de marques qu'on laisse sur le corps de son amante. D'après comment il l'a dit, visiblement Black parlait plus d'une étreinte forte que d'une vraie blessure.
Mais en regardant le visage de Rienne, il était évident que ce sens lui passait complètement au-dessus de la tête.
Même Phermos, qui n'avait aucun intérêt pour l'affection partagée entre humains, comprit ce que Rienne ne comprenait pas.
[Black] « Tu ne comprends pas ce que je dis ? »
[Rienne] « Je ne sais pas. Le bon sens me dit que tu parles en plaisantant, mais tu n'as pas l'air de plaisanter, Lord Tiwakan. »
[Black] « ……… Je dois faire plus attention. »
Black poussa un court soupir.
[Black] « Je ne le voulais pas comme ça. Je ne vais pas te faire mal. »
[Rienne] « Je sais. Je suis consciente que tu tiens beaucoup à moi. Je ne te comprendrai pas mal comme ça. »
[Black] « . . . »
En écoutant leur conversation, Phermos ne put supporter de regarder le visage de Black, alors il détourna respectueusement la tête sur le côté.
[Rienne] « Bon alors. Dis-moi pour quoi tu as besoin de permission. »
Phermos hocha vigoureusement la tête, évitant toujours de regarder Black.
[Phermos] « L'indice, c'était des taches de sang. Quelle que soit la blessure dont elles venaient, elle a dû être assez sévère, vu la quantité de sang qu'il y avait. »
[Rienne] « Du sang ? »
[Phermos] « Oui, mais quand j'ai inspecté le corps du Grand Prêtre, il n'y avait aucune blessure qui aurait pu saigner comme ça. »
[Rienne] « Hm…….. »
[Phermos] « Si ce n'est pas lui, alors ça doit venir du coupable, donc il devrait y avoir une blessure sur son corps. Et les circonstances indiquent que qui que ce soit, il doit venir du Temple. »
[Rienne] « Je vois……… »
[Phermos] « Donc si vous me le permettez, je demanderai à tous les prêtres d'enlever leurs vêtements pour vérification. Si l'un d'eux a une blessure qui n'a pas encore guéri, il y a de grandes chances qu'il soit le coupable. C'est le seul indice qu'on a pour l'instant. »
[Rienne] « Il faudra faire déshabiller chaque prêtre et les vérifier individuellement. Ce ne sera pas facile. »
[Phermos] « Oui. Et je ne suis pas sûr qu'ils coopéreront jusqu'au bout. »
Alors, Black lança une idée.
[Black] « Forcez-les simplement. »
[Phermos] « Eh bien…… Bien sûr, c'est une option, utiliser la force ou l'intimidation pour le faire……… mais c'est le Temple. Si on intervient comme ça, les choses pourraient tourner mal, alors j'ai pensé qu'il valait mieux demander à la Princesse avant de faire quoi que ce soit. Me le permettrez-vous, Princesse ? »
[Rienne] « Si c'est pour retrouver le meurtrier du Grand Prêtre, alors nous devons faire ce qui est nécessaire, même si c'est inconfortable….. Bien que…… »
Une pensée lui traversa l'esprit.
L'image du sang s'infiltrant sous une épaisse robe lui vint. Un serviteur de Dieu, qui resta complètement immobile même tandis qu'on le battait — priant pour l'expiation.
Un serviteur du nom de Klimah.
[Rienne] « J'ai rencontré quelqu'un qui saignait l'autre jour. »
[Phermos] « Quoi ? »
Phermos ne pouvait pas être plus ravi.
Faire déshabiller tous les prêtres aurait été faisable, mais c'était bien mieux de trouver une autre voie pour simplifier les choses s'ils le pouvaient.
Seulement
[Phermos] « Qui était-ce ? »