La voix de Rienne monta dans la confusion et l'embarras.
[Rienne] « Quoi….. Non, ce n'est pas ça ! »
[Black] « Ce n'est pas ça ? »
[Rienne] « . . . »
Mais Black n'hésita pas à répliquer, ses lèvres s'entrouvrant aisément pour parler.
Leurs pensées portaient sur des choses complètement différentes.
Tout ce que voulait Rienne, c'était empêcher Nauk d'être déchiré par la guerre, mais Black croyait vraiment qu'elle inventait tous ces mensonges terribles juste pour sauver la vie de son ancien amour.
[Black] « Comme je l'ai dit, je ne te fais pas confiance, Princesse. »
Pour une raison quelconque, ces mots firent plus mal qu'une épine sous l'ongle.
[Black] « Veux-tu toujours que je le laisse en vie ? »
[Rienne] « ……….. Oui. »
Mais même s'il ne la croyait pas, elle ne pouvait pas reculer.
Le fils aîné des Kleinfelder ne pouvait pas mourir. Quels que soient ses sentiments personnels…. Même si elle pensait que les choses iraient mieux s'il mourait, Rienne ne pouvait pas l'autoriser, quoi qu'il arrive.
[Black] « Alors je le ferai. »
[Rienne] « Ah…… »
Le soulagement afflua instantanément.
Quand Rienne leva instinctivement les yeux vers lui, les yeux de Black se plissèrent comme une lame.
[Black] « Mais je veux quelque chose de toi. »
[Rienne] « Quoi— »
Soudain, Black saisit le bras de Rienne et l'attira vers lui. Elle sentit ses lèvres effleurer son oreille, ses mots s'infiltrant dans son lobe tandis qu'il exhalait rudement contre elle.
[Black] « Tu partageras mon lit cette nuit, Princesse. »
[Rienne] « Quoi….. c'est….. »
Puis, aussi vite qu'il l'avait saisie, Black lâcha son bras — comme s'il n'avait aucune intention d'écouter sa réponse.
[Black] « Apportez cette chose. Liez-le et enfermez-le. » (1)
[Mercenaire] « …… Oui, monsieur. »
Les mercenaires se regardèrent tous, apparemment confus de recevoir l'ordre de ne pas tuer quelqu'un dans ces conditions, mais ils obéirent nonetheless.
D'ailleurs, l'expression de Black n'invitait pas aux questions. Il avait l'air si en colère que tous craignaient de se blesser gravement s'ils osaient l'interroger.
[Black] « Ramenez la Princesse au château. J'y vais devant. »
[Mercenaire] « Heu…. euh, vous partez le premier ? Vous allez pouvoir monter à cheval avec ces blessures ? »
Laissant les mercenaires stupéfaits derrière lui, Black s'élança rapidement vers son cheval et monta en selle.
[Black] « Allez ! »
Dun, dun, dun !
Le cheval noir emmenant Black disparut au loin en un clin d'œil.
[Rienne] « . . . »
Tout ce que Rienne put faire fut de rester là à regarder son dos s'éloigner de plus en plus.
Ça fait mal….
Ça faisait encore mal de l'entendre dire si nettement qu'il ne la croyait pas.
*
[Mme Flambard] « Oh…. Princesse ! Qu'est-il arrivé à vos vêtements !? Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Quand Rienne rentra au château, le soleil qui se levait tout à l'heure était en train de se coucher.
[Mme Flambard] « Vous n'avez pas dit que vous partiez seule ? Qu'est-ce qui se passe…. ? »
Et bien sûr, Mme Flambard resta completamente sans voix.
C'était compréhensible. N'importe qui aurait été choqué de voir quelqu'un qui partait juste porter à manger à un vieillard revenir couvert de boue, escorté par trois mercenaires.
[Rienne] « Ça s'est passé comme ça. J'aimerais me laver. Il reste de l'eau ? »
[Mme Flambard] « Bien sûr, vous pouvez utiliser la mienne. Je vais préparer des vêtements pour que vous puissiez vous changer. Entrez, je vous en prie. »
[Rienne] « Merci, madame. »
Rienne se tourna vers les mercenaires.
En réalité, ces hommes n'étaient pas là pour l'escorter. Ils la surveillaient. Les événements de la journée n'avaient fait que montrer aux mercenaires de Tiwakan que Rienne était une femme capable de trahir leur chef et de s'enfuir.
Elle n'avait pas l'intention de leur présenter la moindre excuse, mais cela ne signifiait pas qu'elle allait accepter leur surveillance sans un mot.
[Rienne] « Je pense que vous m'avez assez accompagnée. Je voudrais me reposer maintenant. »
Les mercenaires se regardèrent, l'un d'eux finissant par prendre la parole.
[Mercenaire] « Faites ce qui vous arrange. Nous resterons ici jusqu'à nouvel ordre. »
[Rienne] « Le château est sûr. Une escorte ici est excessive. »
[Mercenaire] « Notre Seigneur pourrait avoir un avis différent. »
[Rienne] « . . . »
Comme elle s'y attendait, ils n'allaient pas céder si facilement. Rienne poussa un petit soupir.
[Rienne] « Alors asseyez-vous au moins. Je vous préviendrai à l'avance si je compte sortir à nouveau. »
[Mercenaire] « Ne vous en faites pas pour nous. On se débrouille. »
[Rienne] « ……. Bon, très bien alors. »
Rienne n'ajouta rien et entra dans la chambre. Mme Flambard attendit longtemps, se demandant encore ce qui se passait exactement.
…… Clic.
Dès que la porte se referma derrière Rienne, Mme Flambard prit la parole.
[Mme Flambard] « Princesse, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi agissent-ils soudainement comme ça ? »
[Rienne] « Hah….. »
À cet instant, toute l'épuisement que Rienne endurait lui retomba dessus d'un coup. Ses jambes la lâchèrent et elle s'affala au sol, sans vie.
[Mme Flambard] « Ah, Princesse ! Ça va !? »
Saisie par la peur, Mme Flambard saisit la main de Rienne, le visage stupéfait.
[Rienne] « Juste un instant….. j'aimerais m'asseoir… »
[Mme Flambard] « Mais pas par terre. Voilà, prenez une chaise. »
[Rienne] « Mes vêtements ne feraient que la salir. Faire nettoyer ma robe est déjà bien assez…. Nous avons déjà trop de travail. »
[Mme Flambard] « . . . »
La femme regarda l'expression incroyablement abattue de Rienne et s'assit à côté d'elle.
[Mme Flambard] « Qu'est-il arrivé ? »
[Rienne] « ….. C'est… »
[Mme Flambard] « Vous ne souhaitez pas en parler ? »
[Rienne] « Non… je ne veux rien cacher… »
…. Je suis désolée de devoir vous l'annoncer.
Rienne ne savait pas pourquoi ça faisait mal…. mais c'était le cas.
[Rienne] « Les Kleinfelder ont essayé de tuer Seigneur Tiwakan. »
[Mme Flambard] « Quoi ? »
Mme Flambard fut si choquée qu'elle faillit hurler. Realisant le volume de sa voix, elle posa une main sur sa bouche.
[Mme Flambard] « Vraiment ? Alors est-ce qu'il….. est-ce qu'il est mort ? »
[Rienne] « Non. »
Le visage de Rienne s'assombrit. Toutes les émotions qu'elle avait ressenties quand on lui avait annoncé la mort de Black lui revinrent en pleine face, tourbillonnant dans son cœur comme de l'eau bouillante.
[Rienne] « Mais il est blessé. Gravement. »
[Mme Flambard] « Mon Dieu….. Mais si la famille Kleinfelder en est responsable, pourquoi est-il si en colère contre vous, Princesse ? »
Entendre cela la surprit.
[Rienne] « Comment saviez-vous que Seigneur Tiwakan était en colère contre moi ? »
[Mme Flambard] « Ces hommes qu'il a envoyés avec vous avaient l'air en colère. »
[Rienne] « Ils n'étaient pas en colère. Pas du tout durs. »
[Mme Flambard] « Vraiment ? Ils m'ont paru différents de la façon dont ils vous traitaient hier. »
[Rienne] « Est…. c'est ainsi ? »
[Mme Flambard] « C'est mon avis, en tout cas. »
Rienne commençait à comprendre ce qu'elle voulait dire.
Les mercenaires de Tiwakan étaient totalement différents de ce que décrivaient les rumeurs.
On disait toujours qu'ils étaient des bêtes déguisées en hommes, avec tant de rumeurs terribles circulant sur leurs actes. Mais Rienne n'avait jamais été témoin de rien de tel personnellement.
Même s'ils étaient en colère contre elle, même si leur ton était devenu un peu rude, ils la traitaient encore avec respect et n'avaient jamais été grossiers.
Je suppose que c'est tout à cause de lui.
Parce que cet homme a toujours été si gentil avec elle.
[Rienne] « Seigneur Tiwakan pense que j'ai conspiré avec Seigneur Kleinfelder. »
[Mme Flambard] « Quoi ? »
Ses yeux s'écarquillèrent au point qu'on aurait cru qu'ils allaient sortir de leurs orbites.
[Mme Flambard] « Princesse… Ne me dites pas que vous… »
[Rienne] « Bien sûr que non. »
Rienne coupa court aux germes de doute dès le début.
[Rienne] « Je jure que je n'ai rien à voir là-dedans. Tenter une chose pareille alors que les Tiwakan occupent le château serait incroyablement stupide. »
[Mme Flambard] « Oui ! Pourquoi Seigneur Kleinfelder tenterait-il quelque chose que même un enfant de cinq ans comprendrait comme étant stupide ? »
[Rienne] « C'est ce que je veux savoir. Je ne comprends pas comment il a pu être si imprudent. »
Alors que Rienne racontait les événements, expliquant comment Rafit l'avait enlevée et forcée dans une voiture jusqu'à l'arrivée de Black sur les lieux, elle entendit Mme Flambard murmurer des mots de choc pour elle-même.
[Mme Flambard] « ….. J'imagine que le malentendu est naturel. Après tout, Princesse….. il croit que vous portez l'enfant de Seigneur Kleinfelder. »
[Rienne] « Oui. »
Rienne enfouit son visage dans ses genoux.
[Rienne] « Quand j'ai dit ça… je n'avais aucun regret… si ça devait protéger ce qui compte… C'est juste….. »
Reprenant son souffle, l'air se bloqua dans la gorge de Rienne.
[Rienne] « ……. C'est trop. » (2)
On aurait dit que quelqu'un lui serrait le cœur dans sa poigne, le pressant de toutes ses forces.
Elle nourrissait tant de doutes sur cet homme et pourtant, pour une raison quelconque, l'entendre dire qu'il se méfiait d'elle en retour lui causa une telle douleur dans la poitrine.
Combien de temps devrons-nous encore nous douter l'un l'autre ainsi ?
Ce cycle… finira-t-il un jour… ?
[Mme Flambard] « Alors dites-lui que ce n'est pas vrai, Princesse. »
Rienne garda le visage enfoui et secoua faiblement la tête.
[Rienne] « Ce serait inutile de le faire maintenant. »
[Mme Flambard] « Alors il faudra vous répéter, encore et encore, jusqu'à ce qu'il vous croie. Une confiance brisée ne se répare pas si facilement. »
[Rienne] « Mais quelle différence cela ferait-il ? »
[Mme Flambard] « Pourquoi dites-vous ça ? Ces malentendus ne vous font-ils pas souffrir, Princesse ? »
[Rienne] « Oui…. mais les dissiper ne veut pas dire que tout ira bien. »
[Mme Flambard] « Princesse…. »
[Rienne] « Ce n'est pas comme si je pouvais lui demander facilement de me faire confiance, je n'ai d'autre choix que de maintenir le mensonge dans l'avenir. » (3)
[Mme Flambard] « Pourquoi avez-vous si peu foi ? Ne pourriez-vous pas simplement être honnête ? »
[Rienne] « Mais comment ? Même maintenant, je dois encore cacher ma fièvre mensuelle. »
[Mme Flambard] « . . . »
Rienne, qui cachait son visage dangereusement pâle, releva lentement la tête.
[Rienne] « Assez. Je dois me laver maintenant. »
[Mme Flambard] « Princesse…… vous pouvez rester ici plus longtemps. »
Mme Flambard dit cela au lieu de dire que Rienne avait mauvaise mine.
[Rienne] « Si je reste ici, je ne partirai peut-être jamais, donc je dois bouger tant que je le peux. Je vais me nettoyer, alors préparez mes vêtements, s'il vous plaît. »
[Mme Flambard] « …… Attendez un instant. Je vais préparer l'eau. »
Mme Flambard se leva d'un bond et se dirigea vers la salle de bain avant que Rienne ne puisse répondre. Peut-être craignait-elle qu'elle ne refuse.
[Rienne] « Tout va bien. »
Rienne chuchota pour elle-même, observant le dos de Mme Flambard.
[Rienne] « Vraiment. »
Malgré ce sentiment hagard en elle, tout allait vraiment bien. Rafit Kleinfelder était toujours en vie, tout comme Black.
Nauk était en sécurité, ce qui voulait dire que ça devait aller.
[Rienne] « ….. Bien qu'il y ait une chose qui ne l'est pas. »
La sécurité de Nauk avait un prix. Un prix que Rienne devait payer.
[Black] – « Tu partageras mon lit cette nuit, Princesse. »
En se souvenant de cela, Rienne sentit un frisson lui parcourir le corps au son de la voix de Black s'insinuant dans son esprit.
Non…. Ça ira. Le mariage est encore dans quelques jours……. donc ça ira.
Black n'était pas le genre d'homme à parler en l'air, et pourtant Rienne était désespérée de croire qu'il en allait autrement.
[Rienne] « Non… ça ira. Ce n'est pas le genre de personne à forcer une chose pareille. »
Mais plus elle le niait et plus elle essayait de se convaincre, plus la pensée résonnait fort dans sa tête. Craignant que son poids ne la cloue sur place, Rienne la chassa vite et se leva.
Je me sentirai mieux une fois lavée.
Elle se sentait juste un peu malade, alors elle ne put s'empêcher de s'inquiéter pour la nuit à venir.
Tout ira bien. Ce doit être le cas.
*
Pour éviter ce qui s'était passé avant, Rienne barra les deux portes menant à la salle de bain avant d'enlever ses vêtements.
En se dévêtant, Rienne se tourna vers la bassine d'eau devant le miroir. Le spectacle était plus pitoyable qu'elle ne l'aurait cru.
[Rienne] « C'est… ? »
Son bras droit et son coude, jusqu'au flanc, étaient parcourus de multiples ecchymoses bleues et rouges. Ce devait être l'endroit où elle s'était blessée quand on l'avait forcée à monter dans la voiture.
[Rienne] « Je me suis coupée ici. Pas étonnant que j'aie senti cette piqûre tout à l'heure. »
Sentant une tristesse s'installer, Rienne se surprit elle-même à laisser échapper un rire bas.
[Rienne] « Il ne sert à rien du tout. »
L'homme en qui elle avait eu confiance comme amant était devenu une existence incroyablement encombrante et lourde.
[Rienne] « Pas le moins du monde. »
Rienne murmura pour elle-même à propos de Rafit, se mettant à nettoyer le sang sur son bras. Le sang avait déjà commencé à sécher, alors le processus fut un peu douloureux.
[Rienne] « Cette personne…… elle est blessée aussi, non ? »
Black avait été si terriblement blessé que le tissu de ses vêtements était trempé de sang. Vu que même ses subordonnés s'inquiétaient de le voir monter à cheval, ce pourrait être encore pire qu'elle ne le pensait.
[Rienne] « Est-ce qu'il s'est fait soigner ? »
Il avait dit qu'il rentrerait le premier, mais il n'était pas encore revenu au château. Rienne sentit l'inquiétude la gagner, se demandant où il était et s'il allait bien.
À un moment donné, ses sentiments à son égard s'étaient détournés de la répulsion et de la peur. À la place, la tristesse, l'anxiété, la gratitude et le regret occupaient davantage de place dans son cœur.
Mais c'était quelque chose dont Rienne n'avait pas conscience.
J'espère que tu n'as pas trop mal.
Rienne avala sa salive, se concentrant sur le nettoyage de sa blessure.
Mais juste au moment où elle était distraite à finir d'enlever le sang et à se nettoyer, cela arriva.
Boum….. Boom !
La porte jadis barrée s'ouvrit violemment. Les gonds de fer censés maintenir la barre en place arrachèrent immédiatement sous la force de la poussée.
[Rienne] « …… ! »
Rienne tourna la tête vers le bruit.
Et c'est alors qu'elle vit Black. Il la fixait, le visage raide comme une statue.