Ding, dong !
Une douzaine de cloches sonnaient le début des funérailles, et pourtant, rien ne laissait présager le début de la cérémonie.
[Rienne] « Cela n'a aucun sens. »
Le Grand Prêtre, qui devait présider la cérémonie, avait disparu. Seuls étaient présents les prêtres censés l'accompagner, qui prétendaient ignorer où il se trouvait.
[Rienne] « Qui a vu le Grand Prêtre Milrod pour la dernière fois ? »
Devenue anxieuse, Rienne rassembla les prêtres et clercs du Temple. Ils se regardèrent tous avec gêne, mais aucun ne put donner de réponse claire.
[Rienne] « Quelqu'un l'a forcément vu. Quand l'avez-vous entendu pour la dernière fois ? »
[Prêtre] « Eh bien… »
Les prêtres se turent, se tournèrent vers leurs collègues et chuchotèrent à voix basse avant de résumer la situation au plus vite.
Au minimum, ils étaient certains que le Grand Prêtre avait quitté le Temple. Ils se souvenaient tous distinctement de sa descente. Une fois les prêtres descendus, ce fut le tour des cercueils. Les six furent chargés sur un char.
Mais certains affirmèrent avoir vu le Grand Prêtre monter à cheval. D'autres non.
En substance, aucun ne put retracer la position du Grand Prêtre après son arrivée à la chapelle royale.
[Rienne] « Qui était chargé de l'assister pendant tout cela ? »
[Prêtre] « C'est… »
Et les réponses devinrent à nouveau floues.
Ceux qui servaient de près le Grand Prêtre étaient de rang inférieur. Ils en choisissaient habituellement un parmi les jeunes clercs, et ils se relayaient pour le seconder.
[Prêtre] « Personne n'a été désigné pour le suivre depuis le Temple aujourd'hui. »
Mais cette fois, le Grand Prêtre n'avait pas d'assistant. Ils dirent qu'il n'en avait pas besoin tant de prêtres l'accompagnaient, rendant l'aide supplémentaire superflue.
[Rienne] « Alors il nous faut trouver d'autres témoins. »
C'étaient les Tiwakan qui étaient chargés de déplacer les cercueils.
Juste derrière l'autel se trouvaient les six cercueils, et au-delà, ceux qui devaient surveiller les lieux — assis sur des chaises ou agenouillés au sol.
Debout devant l'autel, Rienne se retourna et regarda Black, assis parmi les bancs, au premier rang.
[Rienne] « Seigneur Tiwakan. »
Son expression montrait clairement qu'il savait qu'il s'était passé quelque chose.
[Black] « Qu'y a-t-il ? »
[Rienne] « Le Grand Prêtre a disparu. Serait-il possible d'interroger ceux qui l'ont accompagné depuis le Temple ? »
[Black] « Oui. »
Black répondit d'une voix douce et posa un geste de la tête vers l'arrière. Aussi minime et insignifiant que fût ce mouvement, Phermos comprit immédiatement le signal.
[Phermos] « Oui, mon Seigneur. »
[Black] « Le Grand Prêtre a disparu. En saviez-vous quelque chose ? »
[Phermos] « Quoi ? Le Grand Prêtre ? »
On aurait dit que c'était la première fois qu'il en entendait parler.
[Phermos] « Comment est-ce possible… ? Nous le retrouverons immédiatement. »
[Black] « S'il y a eu un incident, il y a une intention derrière. »
[Phermos] « Bien sûr, mon Seigneur. »
Phermos quitta la chapelle en hâte.
Il devenait clair, même pour les assistants venus pour les funérailles, qu'il s'était passé quelque chose. De bas murmures commencèrent à se propager dans la foule.
[Rienne] « Qui selon toi a pu faire ça ? »
Rienne lui chuchota d'une voix douce. Quand il dit « intention », il n'y avait qu'une façon de l'interpréter.
[Black] « Quelqu'un qui s'oppose à cela. »
[Rienne] « Ah… oui. »
Rienne jeta un œil vers l'endroit où les Kleinfelder étaient assis sur les bancs. Linden s'y trouvait, mais Rafit était introuvable. Ils restaient prudents pour que le visage de Rafit ne soit pas reconnu.
Linden Kleinfelder était définitivement suspect s'ils découvraient qu'il y avait une intention derrière l'incident, mais cela n'avait toujours pas de sens.
Ces funérailles étaient censées pleurer Rafit Kleinfelder. Au minimum, ils devaient faire semblant d'être affligés que les rites de leur fils aîné soient retardés.
[Rienne] « Je ne vois pas ce qu'ils auraient à y gagner. Ils n'aiment peut-être pas que les funérailles se tiennent à la chapelle royale, mais il n'y a pas de meilleur lieu pour l'instant. »
[Black] « Cela veut dire qu'ils s'opposent à autre chose, pas au lieu. »
[Rienne] « À autre chose ? »
[Black] « Une personne, peut-être. »
[Rienne] « … »
Une pensée glaçante traversa l'esprit de Rienne.
Est-il mécontent que le Grand Prêtre ait refusé de reporter le mariage parce qu'il a reçu l'argent des Tiwakan ? Est-ce pour cela qu'il a décidé d'extérioriser sa frustration ainsi ?
… Non, ce n'est pas le genre d'homme à se contenter de évacuer sa colère. Il penserait à quelque chose de bien pire…
Thump !
Les pensées de Rienne furent interrompues par le bruit urgent de la porte de la chapelle qui s'ouvrait.
[Phermos] « Mon Seigneur, nous avons retrouvé le Grand Prêtre ! »
C'était Phermos, déboulant dans la chapelle avec un groupe de mercenaires.
[Rienne] « Quoi ? Où ? »
Malgré son « retrouvé », le Grand Prêtre n'était pas avec eux.
[Phermos] « Je crois qu'il est là. »
[Rienne] « Que voulez-vous dire… ici ? »
Comme l'indiquait Phermos, tous les yeux suivirent avec attente la direction de son doigt.
Droit vers l'un des six cercueils.
.
* * *
.
Craquement…
Le couvercle du cercueil était poussé sur le côté.
Après le départ de Phermos, il avait interrogé ceux qui avaient aidé à déplacer les cercueils, cherchant toute information supplémentaire. C'est alors que quelqu'un fit remarquer qu'un des cercueils semblait particulièrement lourd.
[Phermos] « Il n'y a pas de meilleure cachette pour un corps qu'un cercueil, je suppose. »
Phermos marmonna pour lui-même, scrutant par l'entrebâillement tandis que le couvercle était lentement écarté.
Après avoir appris la disparition de quelqu'un, puis qu'un cercueil s'était alourdi, la conclusion la plus naturelle était qu'un corps supplémentaire y avait été glissé.
Craquement… boum !
Enfin, le cercueil s'ouvrit.
[Rienne] « Ah… ! »
Il y avait deux corps dans le cercueil.
Le corps, posé par-dessus et visiblement fourré de force, était bien celui du Grand Prêtre.
[Phermos] « Comme je le pensais. »
Phermos ajusta ses lunettes, marmonnant pour lui-même.
[Phermos] « Vu qu'on a tenté de cacher le corps, c'est certain. Ce n'était pas un accident… il a été assassiné. »
Personne ne pouvait le nier.
Rienne se tourna immédiatement vers Linden, mais il était penché en avant, l'air choqué — comme s'il était aussi horrifié que n'importe qui d'autre.
Cela n'avait aucun sens.
N'était-ce pas lui qui avait fait ça ? Rienne se sentait si certaine qu'il en était responsable… alors pourquoi avait-il cet air, à jouer l'ignorance ?
[Phermos] « Il nous faut un autre cercueil. »
Comme si les mots de Phermos rendaient tout réel, les visages des prêtres devinrent soudain extrêmement décontenancés. Certains tombèrent même à genoux, récitant des prières apprises par cœur.
[Rienne] « Qui dirigera les funérailles maintenant ? Quelqu'un d'autre était-il prêt à le remplacer ? »
La question fut si brutale que les prêtres en furent surpris.
[Prêtre] « Eh bien… nous n'avons… »
[Rienne] « Voulez-vous dire qu'il faut reporter les funérailles ? »
[Prêtre] « Ah, peut-être… si nous ne pouvons pas pourvoir le siège du Grand Prêtre… »
[Rienne] « Eh bien, je me demandais juste… Alors puis-je demander si vous avez quelqu'un en tête pour le poste ? Est-ce une meilleure question à poser en premier ? »
[Prêtre] « … »
Les sept prêtres se turent d'un coup, détournant les yeux d'elle.
Aucun candidat n'avait été choisi à l'avance car c'était le devoir de la délégation aristocratique de désigner cette personne.
Linden Kleinfelder se leva de son siège.
[Linden] « Compte tenu du peu de temps dont nous disposons, nous devons convoquer la délégation au plus vite pour discuter d'un nouveau Grand Prêtre, Princesse. »
[Rienne] « … »
Rienne mordit silencieusement sa lèvre.
N'y a-t-il donc aucune limite à votre culot ?
[Rienne] « Bien sûr, Seigneur Kleinfelder. »
[Linden] « Je clôturerai la réunion au plus vite et vous informerai du nouveau Grand Prêtre. »
Ses mots ne différaient pas de dire que le nouveau Grand Prêtre qu'il enverrait serait simplement sa marionnette.
[Linden] « Partons. »
Sur ce, Linden quitta la chapelle avec sa suite. Ces funérailles étaient censées dire adieu au fils aîné de leur famille, et pourtant aucune inquiétude ne se lisait sur son visage.
[Black] « Ne crois pas que tu as perdu. »
Rienne sentit une main attraper la sienne par derrière.
C'était Black.
[Rienne] « … Hein ? »
Rienne releva la tête et le regarda. Ses yeux étaient si clairs, comme des miroirs bleus qui brillaient sur elle.
[Black] « Maintenir l'ordre à Nauk est ma responsabilité désormais. Nous trouverons celui qui a fait ça. »
[Rienne] « Oh… »
La réponse de Rienne fut douce.
Black avait raison.
Linden avait complètement oublié cela. Il n'avait pu s'en sortir avec tout ce qu'il voulait que parce que Rienne manquait de pouvoir pour le tenir véritablement en laisse.
Mais les choses étaient différentes maintenant.
Les Arsak avaient un nouvel ordre de leur côté — leurs nouveaux Gardiens Chevaliers. La sécurité de Nauk était entre leurs mains désormais. En l'oubliant, Linden ne faisait que creuser sa propre tombe.
Le meurtre d'un Grand Prêtre était impardonnable.
[Rienne] « J'ai confiance. »
Un seul problème restait.
[Rienne] « Pourvu qu'on puisse aussi trouver des preuves. »
S'ils voulaient accuser Linden de meurtre, il leur fallait des preuves solides.
.
* * *
.
Ils ne pouvaient plus laisser les corps sans suite.
Bien que les funérailles fussent reportées, les corps furent finalement enterrés — les six, rendus à la terre. Tous sauf le corps du Grand Prêtre, qui manquait d'un cercueil.
Un gâchis du début à la fin, cette affaire déjà sinistre d'enterrement en devint encore plus lugubre.
Jusqu'à l'aube, Rienne passa du temps avec les familles en deuil, les consolant dans leurs sanglots et leur peine, et les renvoya toutes chez elles avec une pièce d'or chacune.
[Phermos] « Je comprends maintenant pourquoi la Princesse était si pauvre. »
Phermos le constata, se grattant la joue maladroitement.
La route, baignée de lune, était calme et paisible. Même le bruit habituel des sabots semblait feutré et retenu, comme s'ils savaient qu'ils revenaient d'un cimetière.
Au retour, Black fit de son mieux pour garder une distance confortable avec Rienne tout en la suivant par derrière.
Il n'ignorait pas que les corps qu'ils avaient enterrés ce jour-là étaient morts de sa main. Il ne regrettait pas exactement ce qu'il avait fait, ni ne se dégoûtait lui-même d'avoir tué.
Mais il craignait que Rienne ne voie les choses différemment.
[Phermos] « C'est peut-être vertueux de la part d'un dirigeant de faire ce genre de chose, mais elle devrait d'abord regarder sa propre situation. N'a-t-elle pas dû rapiécer sa robe de deuil parce qu'elle n'avait pas les moyens d'en acheter une neuve ? »
Après un moment de silence, Black fronça les sourcils.
[Black] « C'est parce qu'elle est ce genre de personne qu'elle a accepté ma proposition. » (1)
[Phermos] « C'est vrai, mais… »
Phermos se gratta encore la joue. Plus il apprenait sur la situation de la princesse Rienne, plus il réalisait la complexité de tout cela.
Pourquoi n'as-tu pas proposé plus tôt… à l'époque où la princesse Rienne n'était pas liée à un autre homme ?
Il y aurait quand même eu un scandale, mais personne n'en serait mort.
C'était déjà inhabituel que les Tiwakan gèrent les corps de si près, mais maintenant Phermos devait affronter le malaise qu'il ressentait en regardant la princesse Rienne baisser la tête devant les familles en deuil.
[Phermos] « Mais comment ont-ils tué le Grand Prêtre ? Je ne les croyais pas assez fous pour faire une chose pareille. »
Phermos changea vite de sujet. Ce sujet était bien plus important pour l'instant.
Les Kleinfelder continuaient d'être un obstacle au mariage de Black avec la princesse Rienne. Sans parler de la difficulté de résoudre ce problème sans effusion de sang. Cela signifiait qu'ils ne pouvaient pas agir aussi brutalement que d'habitude.
Phermos croyait commencer à comprendre ce que Black voulait vraiment.
Ce que son Seigneur désirait, c'était récupérer non seulement les terres de Nauk ou la princesse Rienne, mais la totalité de son passé qu'il avait perdu.
L'effusion de sang n'était pas nécessaire pour cela.
User d'une force aussi flagrante impliquait « prendre », pas « reprendre ».
[Phermos] « Penses-tu qu'il est sûr d'avoir bien caché toutes les preuves ? S'il en reste, nous les trouverons d'une façon ou d'une autre. »
[Black] « C'est la question. Quand le corps a été découvert, il semblait surpris. Cela ne ressemblait pas à de la comédie. »
[Phermos] « Oh… donc tu ne penses pas qu'il voulait le tuer ? Ou peut-être que l'assassin qu'il a engagé a fait une erreur… ? »
[Black] « Quelque chose a dû mal tourner. »
[Phermos] « Alors nous pouvons partir de là. Si une erreur a été commise, les preuves persistent sans doute. »
[Black] « Exact. »
Coupant court à ses paroles, comme à son habitude, quelques instants plus tard, Black ajouta un dernier sentiment.
[Black] « Ne laissez aucune pierre non retournée. »
[Phermos] « Oh… euh, oui, monsieur. »
Après cela, Black s'en alla devant. Laissé seul, Phermos claqua la langue, l'air perplexe.
[Phermos] « Il a l'air très préoccupé par ça. »
Black s'approcha de Rienne, mais juste au moment d'adapter son pas au sien, il ralentit et la suivit en silence à distance.
Phermos n'aurait jamais cru voir un tel spectacle, regardant Black marmonner pour lui-même comme s'il avait abandonné ce qu'il allait faire.
[Phermos] « Qui aurait cru que mon Seigneur pouvait agir ainsi… »
Ce fut certainement une surprise.
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* * *
.
Claque !
[Linden] « Tu as perdu la tête !? »
Pendant ce temps, une petite tempête éclatait du côté des Kleinfelder.
Linden courait dans tous les sens, complètement déchaîné, semant un chaos absolu sur tout ce qu'il voyait. La tête de quelqu'un saignait à cause de la boîte que Linden lui avait lancée, parfaitement immobile, assis.
[Linden] « Qu'est-ce qui t'a pris de mettre le corps dans le cercueil comme ça !? Tu aurais dû le faire sans que ce soit évident qui en était responsable ! »
Cet individu était celui qui avait tué le Grand Prêtre pour le compte des Kleinfelder. Même la vue de cette personne baissant la tête en silence faisait bouillir Linden.
[Linden] « Idiot ! Si tu ne voulais pas te faire prendre, pourquoi faire ça !? »
Claque, claque !
Sans répit ni pitié, Linden Kleinfelder le frappait.
Seul
* * *
Note du traducteur : (1) Il veut dire que Rienne n'a accepté que parce qu'elle se soucie de son peuple.
commentaire astral : Phermos est peut-être mon personnage secondaire préféré. Pas sûr à 100 % de ce qui se passe, mais prêt à faire tout ce qu'il faut pour aider son maître à avoir la fille !
commentaire ghost : Il est vraiment un vrai. Donnez-nous un CG, s'il vous plaît et merci !
"Cette traduction a été faite par notre équipe, pour lire plus de romans traduits, veuillez visiter www.readernovel.net"