Avant la tombée du jour, les passants nous accueillirent par des acclamations, nous qui faisions notre entrée triomphale légèrement plus tôt que prévu.
C'était parce que nous ramenions la tête et le corps du troll que l'ordre des chevaliers avait abattu. Un peu avant la ville, je l'avais sorti de mon stockage et tout le monde l'avait traîné ensemble.
C'est lourd, de tirer ça tout le long.
Certains priaient pour les aventuriers qui avaient perdu la vie.
Nous défilâmes jusqu'au poste des chevaliers, et sur l'ordre de dissolution du capitaine Waltz, nous retrouvâmes enfin notre liberté.
Pour l'instant, il faut que j'aille à la guilde des aventuriers faire mon rapport.
« Mâal, ça va ? Je vais aller faire mon rapport à la guilde, tu peux me suivre ? »
« Oui, c'est bon, allons-y ! »
Emmenant Mâal, qui semblait encore tout excitée par l'accueil de la foule, je me dirigeai vers la guilde des aventuriers.
Les autres aventuriers se divisèrent entre ceux qui allaient à la guilde comme nous et ceux qui se dispersaient en ville.
Ethan allait apparemment faire son rapport.
« Je pensais y aller après avoir touché l'argent pour faire la fête ! »
Ah, je vois.
« Oh, bon retour. Après votre départ, des gobelins sont sortis près de la ville, j'étais inquiet qu'il ne se soit passé quelque chose. »
Le vieux Uts fit une expression soulagée en nous voyant rentrer.
Mais nous devons aussi apporter une triste nouvelle.
« Trois tués, hein... »
Il était convenu que la guilde des aventuriers collaborerait pour enterrer les corps des aventuriers morts que les chevaliers avaient récupérés.
On récupère les effets personnels et on les remet aux familles s'il y en a.
Les corps sont enterrés au cimetière communal.
La carte d'aventurier sert apparemment de plaque d'identité, et un vétéran remettait au vieux Uts les cartes des trois aventuriers décédés.
« Tout le monde, laissez-moi vérifier vos cartes d'aventurier. »
Sur l'ordre du vieux, les aventuriers soumirent docilement leurs cartes.
Le personnel de la guilde les vérifiait une par une et versait les primes de subjugation respectives.
« Hé, c'est vrai ça ? »
Le vieux Uts vérifia ma carte et poussa un cri de surprise.
Forcément, il y a trois records d'abattage de troll dedans.
« Patron, c'est vrai. J'étais en première ligne à ce moment-là, et ce gamin a utilisé la magie pour en abattre un avec les chevaliers, puis il en a brûlé trois autres à la magie. »
« Ah, moi aussi j'ai vu. C'est sûr. Après, il a achevé d'un coup celui qu'il avait brûlé, et il a abattu les deux qui sont sortis ensuite. »
« Dis plutôt qu'il les a tabassés à mort, à mains nues. »
« Tu mens ? »
« Sérieux. Il a monté sur le troll et l'a matraqué. »
« Puisque vous avez ramené les corps de troll, sortez-les. »
Les aventuriers qui avaient participé à la subjugation témoignèrent tour à tour de mes exploits.
Hahaha, arrêtez de me flatter comme ça.
On nous guida vers l'entrepôt de la guilde et on y alla en groupe.
« Ça m'étonne, ça fait une belle fortune. »
Le vieux Uts grogna en contemplant les trois corps de troll alignés sur le sol de l'entrepôt.
Les corps de monstres apportés par les aventuriers sont mis sur le marché comme matériaux.
Ils y circulent bien sûr à des prix plus élevés que le prix d'achat, et une partie du bénéfice revient à la guilde.
En gros, plus les aventuriers apportent de corps, plus la guilde s'enrichit.
« Combien ça va faire ? »
« Le troll, sa peau et ses os font de bons matériaux d'équipement, sa graisse devient matériau alchimique, sa viande se vend cher aussi. Dommage que les têtes soient abîmées, mais ça reste une fortune. Sans expertise précise je peux pas dire, mais chaque exemplaire doit valoir environ 30 pièces d'or. La prime de subjugation est de 5 pièces d'or par bête, donc au total ça doit faire dans les 105 pièces d'or. »
« C'est un gain qu'on arrive même pas à imaginer. »
105 pièces d'or, ça fait grosso modo 10,5 millions de yens en conversion simple.
C'est pas du niveau "les aventuriers se font une fortune", c'est bien au-delà.
« Aux aventuriers ! Santé ! »
« « « Santé ! » » »
On leva nos verres et on les choqua.
Après avoir touché ma prime, j'ai déclaré la fête sur place, et on a loué une taverne entière pour faire la bringue avec une vingtaine d'aventuriers participants et présents.
Location privée, boisson et bouffe à volonté, ça m'a coûté 5 pièces d'or, mais ce genre de largesse pose pas de problème.
C'est encore mieux que de se faire envier pour avoir trop gagné.
Y'avait quelques aventurières qui me faisaient du charme, mais Mâal-san m'a collé (physiquement) pour me garder.
Ah, adieu les seins tout mous.
Cette nuit-là, on a bien mangé, bu, fait la fête, et quand le banquet s'est fini, je suis rentré à l'auberge et j'ai dormi comme une bûche.
Le lendemain matin.
Pendant que je taquinais Mâal au réveil, le feu s'est mis à prendre.
Apparemment, la marche forcée et le combat avaient accumulé de la fatigue, c'était l'effervescence dès le matin.
Mâal a fini par... disons qu'il y a eu un écart de condition physique, mais bon.
Maintenant, elle dort (?) sur mon bras.
Mais c'est ça, je suis pas mal facile moi aussi.
Après tout, je l'ai déjà complètement acceptée, cette Mâal.
Bah, quand tu dors toutes les nuits avec une fille à ton goût qui se frotte à toi, tu te fais avoir en un rien de temps, c'est inévitable.
Ouais, c'est pas ma faute. Je suis un gars, quoi.
Bon, je nettoie le lit et nos corps avec la magie de vie courante et je me repose.
J'ouvre le menu pour vérifier, mon niveau est passé à 12. J'ai aussi 42 points de compétence en stock.
Pendant que je vérifiais, Mâal a récupéré.
« Môô... c'est trop intense dès le matin... »
Elle dit ça en se frottant à moi et en m'embrassant.
Ouais, arrête, idiot, sinon ça va repartir.
J'en sais rien, moi !
« Mufu, Taishi-san est déjà fou de moi. »
« Tais-toi, idiot, je vais te bullyer. »
« Ah... nn, attends, Taishi-san. »
Au moment où on recommençait à flirter, la porte s'ouvrit avec un bruit énorme.
Je regarde vers la porte ouverte, et là se tient Pinya, avec des veines qui ressortent sur le front.
« Désolée de déranger pendant vos occupations, mais... clients. Vous pourriez pas quitter la chambre bientôt ? J'aimerais bien faire le ménage... »
Sésén.
« Ahaha, sans contraception, t'aurais été enceinte c'est sûr ces derniers jours. »
Mâal-san qui dit des trucs crus en riant toute heureuse.
Apparemment, les aventurières peuvent se faire poser un sort de contraception par la guilde sur demande.
Comme elles sont facilement mêlées aux ennuis, et que certains monstres utilisent les femmes humaines comme mères porteuses pour des trucs obscènes, c'est une mesure nécessaire.
Mais des monstres obscènes, hein... ça fait rêver.
Autre raison : empêcher qu'une femme qui veut continuer l'aventure doive arrêter à cause d'une grossesse.
Avant la généralisation de la contraception magique, il arrivait souvent qu'une femme sur quatre dans un groupe tombe enceinte et doive dissoudre le groupe.
Même si c'est une grossesse désirée, fruit de l'amour, si le groupe se sépare, les deux ou trois autres se retrouvent sur le pavé.
Trouver un nouveau groupe, c'est plus difficile qu'on croit.
Les règles deviennent aussi plus légères, et maintenant c'est assez répandu même chez les gens ordinaires.
Pour nous aussi, ça permet de faire des trucs sans retenue, donc c'est bien pratique. De plein de façons.
« Bon, on fait quoi aujourd'hui ? La vente des trolls a rempli les poches, on va en date ou quoi ? »
« Hein ? »
Mâal me regarde avec un air bête.
C'est quoi cette réaction.
Tu me prends pour quelqu'un qui ne pense qu'à l'entraînement ou au travail ?
« Quoi, t'as pas envie ? »
« Non ! Non non non ! Allons-y ! »
Mâal tire mon bras avec enthousiasme.
Oh, les yeux qui brillent. C'est mignon.
Au fait, les corps de troll se sont vendus 35 pièces d'or l'unité.
Avec la prime des gobelins en plus, on a fait un gros coup cette fois.
« Du coup, pourquoi on commence par l'armurerie... ? »
Mâal me regarde avec des yeux ronds.
« Bah, hier mon épée s'est brisée en mille morceaux pendant le combat. Mâal, t'as une épée à la ceinture, mais moi, un mec, si j'en ai pas, ça fait pas sérieux, non ? »
Porter un bâton de combat, c'est chiant.
Elle regarde sa taille, puis la mienne, et acquiesce légèrement.
« C'est vrai, si moi, une femme, je porte une épée, et que Taishi-san n'en a pas, on se fait prendre à la légère. »
C'est ça. Je m'avance vers le fond du comptoir.
Aujourd'hui Luis a l'air d'être là, mais il est déjà en train de servir un client.
J'appelle le chat-tenancier qui fume sa pipe au comptoir.
« Irasshaaai, quoi de beau aujourd'hui ? »
« Ouais, donne-moi une épée. Une qui casse pas même si je fais passer ma magie et que j'essaie de fendre une tête de troll. »
À ma commande, le chat-tenancier lève un sourcil.
Ah, il se moque de moi. Ça se sent dans l'air.
« Pour un bleu qui connaissait même pas l'onde de choc magique y a peu, c'est trop tôt. Reviens après t'être entraîné... »
Avant qu'il finisse sa phrase, je concentre ma magie au bout du doigt et le pointe vers son visage.
Le tenancier réagit instantanément, charge sa pipe en magie, et intercepte mon doigt.
Pan.
Un bruit sec, et la pipe du tenancier est légèrement repoussée.
Ses fins yeux de chat s'écarquillent.
« ...Surpris, moi. »
Il voulait probablement repousser mon doigt, mais c'est sa pipe qui a été repoussée.
Vu que le contenu a complètement éclaté et disparu, le tenancier range sa pipe en renonçant à fumer.
« Mais c'est cher, hein ? Quel budget ? »
« Hum, disons... 10 pièces d'or, ça donne quoi ? »
« Hmm, voyons. »
Le tenancier sort du comptoir et se met à marcher d'un pas traînant.
Qu'est-ce que c'est, ce dos tout mignon.
D'ailleurs, y'a des chats mais pas de chiens ici ?
Moi je suis plutôt chien, j'aimerais bien en caresser un.
Je regarde Mâal, et elle fixe le chat-tenancier avec un regard super intense. Donc même pour les gens d'ici, c'est mignon.
« Y'a ça, ça, et par là. Y'a des plus chers mais avec 10 pièces d'or ça suffit pas. »
Ce qu'il a sorti, ce sont des épées à lame courte comme celle que j'utilisais avant.
Y'en a trois, je les sors du fourreau une par une pour tester le poids et la prise.
« Hum, pour arme secondaire c'est bien, mais un peu trop léger. Pour Mâal, ça irait parfait. »
Je tends l'une à Mâal pour qu'elle essaie.
L'une d'elles a l'air de lui plaire, elle l'examine avec ardeur.
Celle qu'elle a choisie a une lame courbée avec un motif qui évoque le vent, en métal verdâtre.
La garde a le même motif gravé finement.
« Celle-là t'a plu ? »
« Heu ? Ah, je trouvais juste qu'elle était belle. Elle est plus légère qu'en apparence. »
Elle la range dans le fourreau.
Hmm, elle a l'air de l'aimer.
« Tenancier, t'as pas un truc avec une lame plus longue ? »
« Hmm, pour le grand frère, je crois que ça c'est le mieux. »
Il apporte une épée longue solidement forgée.
Je la prends, la sors du fourreau, et une lame d'un blanc pur sans la moindre impureté apparaît.
Le poids en main est parfait, et avec cette longueur de lame, je pourrai trancher un cou de troll.
Surtout, cet aspect brut sans décoration inutile me plaît.
« Bien, j'aime. Je prends celle-là et celle-là, deux épées, fais un prix. »
Je prends l'épée longue qu'il m'a conseillée et le court épée que Mâal regardait.
Mâal est occupée à choisir un nouvel arbalète, elle a même pas remarqué.
« Alors les deux pour 25 pièces d'or, je fais 24. Mais ici, pas de crédit, hein ? »
« Hahaha, ne me sous-estime pas. C'est du cash, du cash. »
Je lui tends exactement 24 pièces d'or.
Les yeux du tenancier s'écarquillent encore.
« Surpris... comment t'as eu autant de fric ? »
« J'ai buté trois trolls et vendu les corps. Bientôt y'aura du matos et des armures en troll sur le marché, non ? »
« Aïïïï, grand frère, t'es plein de surprises. »
Je passe l'épée longue à ma ceinture, vérifie le confort.
Le court épée, je le donnerai à Mâal plus tard, au bon moment.
« Hmm, c'est du mithril, ça. »
« Ouais, les deux sont en mithril. Le mithril, c'est un métal fort : dur, ne se casse pas, ne se tord pas, ne pourrit pas, ne s'émousse pas. En plus, il a une forte affinité avec la magie, donc même en y faisant passer de la magie, il se brise pas facilement. »
Je jette un œil avec mon Œil d'Analyse sur l'épée longue : "Épée de Mithril".
Pas d'enchantement spécial, mais les capacités comme arme sont élevées.
« L'autre épée a de la magie de vent infusée. C'est une pièce d'exception qui renforce la vitesse et allège l'arme. »
L'Ŕil d'Analyse sur le court épée : "Épée Courte de Mithril".
Comme dit le chat, elle a un enchantement de vent, renforcement de vitesse et allègement.
« Merci, dis bonjour à Luis. »
« À chaque fois. »
Je quitte l'armurerie avec Mâal, salué par les pattes du tenancier qui fait au revoir.
Luis est encore coincé avec son client. Il a l'air de mauvaise humeur.
Bon, je suis en date avec Mâal, pas la peine de m'en mêler exprès.
Après, c'était une date tout à fait normale.
On flânait, on mangeait sur le pouce, on regardait les artistes de rue sur la place centrale, on faisait les magasins de vêtements et d'accessoires.
« Dis, Mâal, t'avais pas beaucoup de bagages, non ? Tu fais comment pour les vêtements ? »
Une fille, elle voudrait plein de vêtements, non ?
En plus, c'est une vraie princesse.
« Si j'en ai trop, ça fait des bagages... En vrai, j'aimerais bien en avoir un peu plus, mais... »
Elle rit jaune.
C'est vrai, sans stockage comme moi, on peut pas trimballer des tonnes de fringues.
À moins de louer une maison ou d'avoir une base.
« Je peux te les mettre dans mon stockage, donc t'inquiète. »
« Euh... »
Elle hésite encore.
Faut insister un peu.
« En plus, j'ai envie de voir Mâal en jolies tenues. »
Conclusion : j'ai trop insisté.
Elle m'a traîné de friperie en friperie, et quand je me suis rendu compte, c'était déjà le soir.
Pour ma part, j'ai réussi à lui faire acheter une tenue de danseuse à forte exposition, donc je suis satisfait.
Plus que la satisfaction, c'est la fatigue qui gagne, ceci dit.
Accessoirement, j'ai acheté des vêtements pour moi aussi.
Maintenant, on fait une pause sur un banc au coin de la place centrale.
« Ah~, c'était drôle ! Ça fait longtemps que j'ai pas fait autant de shopping ! »
Mâal s'affale sur le banc, s'étire en grognant, et affiche un sourire radieux.
Elle sourit souvent, mais un sourire aussi éclatant, c'est peut-être la première fois que je le vois.
Bientôt la cloche du soir va sonner.
Une fois sonnée, la plupart des magasins ferment. Les gens rentrent chez eux pour le repas en famille, ou vont à la taverne.
J'avais donné 10 pièces d'or à Mâal comme prime pour le troll.
La fois d'avant, elle m'avait dit le point faible à l'avance, et m'avait couvert avec ses flèches.
Bon, ce couvert était un peu dangereux, ceci dit.
En plus, j'ai sorti 20 pièces d'or pour les frais de vie.
Au passage, les vêtements cette fois, c'est payé sur cet argent de vie.
On a décidé que tout vêtements, nourriture, logement sortirait de là.
« Ouais, moi aussi j'ai appris plein de trucs. »
Le choc, c'est que dans ce monde, les vêtements tout faits, ça n'existe qu'en friperie.
Et y'a pas deux pièces identiques.
Réfléchis, c'est normal : tout est fait à la main.
Pas de production de masse, donc chaque pièce est unique.
Si tu fais pas toi-même, tu fais faire, donc le neuf coûte un bras.
Du coup, les gens du commun font leurs vêtements.
Ils les vendent quand ils les portent plus.
D'autres les achètent et les portent.
Ils les vendent quand ils les portent plus.
Du coup, y'a pas mal de marchands spécialisés dans la friperie.
Y'a surtout des trucs sobres et durables, mais parfois y'a des trucs mignons ou osés.
« Heu, Taishi-san... vous allez vraiment porter cette tenue ? »
« Puisque je l'ai achetée, faut bien que tu la mettes. »
Je dois avoir un sourire niais en ce moment.
C'est pas ma faute, c'est clairement une tenue pour ce genre de métier, super osée, que je lui ai fait acheter.
Mâal, c'est le type mignon, mais je suis curieux de voir la réaction chimique si je la fais porter ce genre de tenue érotique.
« Ah, j'ai encore un cadeau pour toi. »
Je sors l'épée courte de mithril du stockage et la tends à Mâal à côté de moi.
Elle la reçoit, bouche bée, totalement pantoise.
Ouais, réjouis-toi un peu.
« Cho... !? Hein !? Vous êtes sérieux !? »
Je croise les bras.
Pose de "pas de retour possible".
« Y'a plein de raisons, mais j'ai pas envie de m'étendre. Prends-le sans rien dire. Compris ? »
Elle m'avait plu, alors j'ai voulu lui offrir.
C'est la vraie raison, ceci dit.
« ...O, oui. »
Mâal devient toute rouge et baisse la tête.
Quoi ? Sa réaction est bizarre, non ?
Les gens autour nous regardent avec des sourires attendris.
Incompréhensible.
Je traîne tant bien que mal Mâal, qui serre l'épée contre sa poitrine en baissant la tête, jusqu'au "Marteau Ardent".
Pinya, qui a l'œil, vient vers nous.
« Bien rentrés, qu'est-ce qui... ah, houhou. »
En voyant Mâal serrer l'épée courte de mithril contre elle, Pinya commence à ricaner.
Qu'est-ce que c'est, ce mauvais pressentiment.
« Hé hé hé, quoi qu'on en dise, le grand frère est pas mal. Offrir une dague en mithril, quand même. C'était bien, hein, Mâal. »
Pinya me coude avec un sourire de vieux qui colle pas à son apparence.
Elle a l'air d'une ado, mais elle est bien plus vieille que moi, et c'est la patronne de l'auberge.
Je croyais que c'était la fille du patron, mais en fait c'est sa femme.
Je l'ai appris l'autre jour, choc. Les nains, c'est ouf.
Mais toujours incompréhensible.
C'est quoi, cette réaction.
« Dis, offrir une dague en mithril à une fille, ça a un sens spécial ? »
« Eh. »
« Hein. »
L'air se fige pour une raison quelconque.
« Euh... alors, ce que Taishi a offert, ça veut dire... ? »
« ? Bah, Mâal avait l'air de l'aimer, et c'est bien pour se protéger, alors j'ai pensé... »
À mes mots, Pinya fait un sourire crispé, et Mâal, serrant l'épée, fait une tête à pleurer.
« Ah, bon, je pige pas bien mais pleure pas, pleure pas. Pinya, désolé, mais explique-moi la situation. »
Je prends Mâal qui pleure contre mon épaule en lui caressant la tête, et je demande à Pinya.
Cette réaction, c'est sûrement une coutume que je connais pas.
Mâal, elle, enterre son visage dans mon épaule et se met à renifler.
Mouais, la culture de l'autre monde, c'est dur.
« Ah~, euh~, vraiment tu sais pas ? C'est du bon sens, je croyais. »
« Désolé, vraiment j'ai aucune idée. J'ai passé mon temps à m'entraîner avec mon maître à la campagne, donc le bon sens général, j'en ai zéro. »
À mes mots, Pinya se tape le front.
Et d'une voix exaspérée —
« D'habitude, quand un mec offre une dague en mithril à une fille, ça veut dire "Deviens mienne, protège ta virginité avec ça", tu vois ? »
« Euh, ça veut dire... demande en mariage ? Proposal ? »
« Y'a quoi d'autre ? »
"C'est du bon sens, non ?" dit Pinya, et je ne peux que lever les yeux au ciel.
Je savais pas, moi. Je suis innocent.
Mâal, les yeux gonflés, est assise sur le lit, et je suis assis sur une chaise face à elle.
« ...Tu as pas la préparation du dîner, le travail, tout ça ? »
« Je peux pas laisser une fille qui pleure seule avec un type comme toi. »
Pourquoi Pinya se dresse-t-elle à côté de nous, les bras croisés, en me fusillant du regard.
J'ai pas fait exprès de la faire pleurer, moi.
« Ah, Mâal. Tu m'écoutes un instant ? »
Mâal, qui a posé la dague de mithril sur ses genoux, baisse la tête et hoche légèrement.
Apparemment, elle veut bien m'écouter.
« Je vais être honnête, je connaissais pas la coutume, et je t'ai offert cette dague sans le savoir. »
À mes mots, Mâal recommence à renifler.
Arrête, mes PV mentaux sont à zéro.
« Mais ça... euh... ah... »
Dans ces moments-là, on sait pas quoi dire.
Calme-toi, moi. Dans ces cas-là, faut y aller franchement et droit.
Je prends la dague de mithril sur ses genoux.
À mon geste, Mâal relève la tête d'un bond, les yeux pleins de désespoir.
Je jette un coup d'œil à côté : Pinya est figée avec une tête incroyable.
« ...Recevez-la, s'il vous plaît. »
Je tends la dague de mithril dans mes deux mains, comme une offrande.
Mâal reste un instant sans comprendre, bouche bée, mais...
« ...Oui ! »
Avec un sourire radieux sur son visage gonflé de larmes, elle la reçoit.
Pinya sort en disant "Ah oui oui, merci pour le festin".
C'est pour ça que je t'ai dit de sortir dès le début.
Je m'assois à côté de Mâal, sors un mouchoir du stockage, et lui essuie le visage.
Elle fait une tête chatouillée mais se laisse faire docilement. Et puis elle se colle à moi et me renverse.
« Je suis heureuse. »
« C'est bon alors. »
Je lui caresse la tête, et elle me couvre de baisers.
Cette nuit va être longue.